J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 27 septembre 2005

 

KINGELLA, KINGELLA POTUS

 

Systématique

 

En 1960, Elizabeth O. King isole une nouvelle bactérie à Gram négatif et hémolytique à partir d'hémocultures, de prélèvements de gorge, de liquides synoviaux et d'exsudats osseux. En raison de ses caractères morphologiques et culturaux, cette bactérie a été rapprochée du genre Moraxella et dénommée "Moraxella kingii" (sic).

En 1976, les résultats de tests de transformation conduisent à placer "Moraxella kingii" ainsi que d'autres moraxelles peu actives sur les sucres dans le nouveau genre Kingella avec les appellations de Kingella kingae, Kingella denitrificans et Kingella indologenes. Le 1er janvier 1980, toutes ces nomenclatures seront listées dans les Approved Lists of Bacterial Names.

En 1990, Dewhirst et al. transfèrent Kingella indologenes dans le genre Suttonella sous la forme d'une nouvelle combinaison, Suttonella indologenes.
En 1993 et en 2005, deux nouvelles espèces ont été incluses dans le genre Kingella, Kingella oralis corrig. et Kingella potus.

Le genre Kingella appartient à la famille des ¤ Neisseriaceae (ordre des "Neisseriales", classe des ¤ "Betaproteobacteria", phylum des ¤ "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria" ou des "Eubacteria").

 

Caractères bactériologiques

 

Les Kingella spp. présentent les caractères de la famille des ¤ Neisseriaceae.
Ce sont des cocco-bacilles ou des bacilles à Gram négatif, de 0,6 à 1 µm de diamètre sur 2 à 3 µm de longueur, groupés par deux ou en courtes chaînes, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, catalase négative (à l'exception de rares souches de Kingella oralis), oxydase positive, nitrate réductase négative (à l'exception de la majorité des souches de Kingella denitrificans), non indologènes, n'hydrolysant pas l'esculine, bêta-galactosidase négative, DNase négative (à l'exception de Kingella potus), acidifiant le glucose (à l'exception de Kingella potus) et parfois le maltose (Kingella kingae).
Les Kingella spp. peuvent résister à la décoloration et être confondues avec des germes à Gram positif. Toutefois, les examens en microscopie électronique révèlent que la structure de la paroi est bien celle d'un bacille à Gram négatif.
Les Kingella spp. se distinguent des Neisseria spp. et des Moraxella spp. qui sont des bactéries catalase positive à l'exception de quelques souches de Neisseria elongata subsp. elongata.

Les Kingella spp. cultivent en 48 heures ou plus sur des géloses au sang ou des géloses chocolat et leur croissance est stimulée par l'adjonction de 5 p. cent de dioxyde de carbone dans l'atmosphère d'incubation. Les colonies sont lisses, convexes, pouvant corroder la gélose et celles de Kingella kingae s'entourent d'une zone d'hémolyse bêta.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

À l'exception de Kingella potus, le genre Kingella présente peu d'intérêt en médecine vétérinaire. Ce sont des bactéries normales de la flore buccale et des voies respiratoires de l'homme.

Kingella kingae est un pathogène opportuniste responsable d'endocardites, d'ostéomyélites, de spondylodiscites, d'arthrites, de septicémies et, plus rarement, d'infections des voies respiratoires inférieures et de méningites.

Kingella oralis a été isolée de la plaque dentaire, mais son rôle dans les périodontites est inconnu.

Kingella denitrificans est rarement isolée, mais elle peut être responsable d'endocardites, de vaginites, d'inflammations du chorion et de l'amnios et de maladies granulomateuses (chez des patients infectés par le virus HIV).

 

Description de Kingella potus

 

Kingella potus est la nomenclature validement publiée le 14 septembre 2005 (inscription sur la liste de validation 105) pour une unique souche bactérienne isolée d'une plaie de morsure chez une femme âgée de 53 ans. La patiente qui travaillait dans un zoo avait été mordue à l'avant-bras par un kinkajou* (Potus flavus ou Potos flavus). La plaie était purulente, douloureuse, entourée d'un érythème de 5 cm de diamètre et on notait une inflammation de la gaine des tendons fléchisseurs.
Les examens bactériologiques ont permis d'isoler un streptocoque alpha-hémolytique, une flore anaérobie et, en grande quantité, un bacille à Gram négatif.

L'analyse des acides gras cellulaires suggère que la souche de bacilles à Gram négatif appartient à la famille des ¤ Neisseriaceae.
L'analyse des séquences des ARNr 16S rapproche ce bacille des Kingella spp. (94,8 à 95,9 p. cent d'homologie de séquences) et de Neisseria canis (95,4 p. cent d'homologie). En accord avec les conclusions de Stackebrandt et Goebel, les analyses phylogénétiques permettent de proposer une nouvelle espèce. L'espèce phylogénétiquement la plus proche étant Kingella oralis, Lawson et al. proposent une nouvelle espèce du genre Kingella, Kingella potus.

Outre les caractères du genre Kingella, l'unique souche de Kingella potus est constituée de bacilles à Gram négatif, catalase négative, DNase positive, ne réduisant pas les nitrates en nitrites, n'hydrolysant ni l'esculine ni l'urée ni le Tween 80 ni la tyrosine, donnant une réponse négative aux tests indole, phénylalanine désaminase, ADH, LDC, ODC, phosphatase alcaline, alpha-glucosidase, bêta-galactosidase, bêta-glucuronidase, acidification du fructose, du glucose, du lactose, du maltose, du mannitol, du mannose et du saccharose.
En utilisant une galerie API NH une réponse positive n'est obtenue que pour le test gamma glutamyl transférase (profil numérique 0 0 0 1).

Après 48 heures d'incubation à 37 °C, les colonies de Kingella potus, obtenues sur une gélose Columbia au sang de mouton, sont circulaires, à contour régulier, légèrement convexes, lisses, friables, non hémolytiques, pigmentées en jaune (pigment non diffusible) et leur diamètre atteint 1,5 à 2 mm.

L'absence d'acidification du glucose et la pigmentation des colonies distinguent Kingella potus des autres espèces du genre Kingella.

L'unique souche de Kingella potus est sensible à la pénicilline, à l'ampicilline, à l'amoxycilline, au céfotaxime, à la ciprofloxacine, à la ceftriaxone, à l'imipénème et au méropénème. Une résistance est notée pour l'érythromycine, la clarithromycine, la clindamycine, la gentamicine, la tétracycline, le chloramphénicol et le triméthoprime.

L'habitat de Kingella potus n'est pas connu avec certitude. L'unique souche a été isolée d'une plaie infligée par la morsure d'un kinkajou et le germe semble donc capable de coloniser la cavité buccale de ce carnivore. Le pouvoir pathogène reste incertain car l'isolement de Kingella potus à partir de la plaie n'a pas été effectué en culture pure.

 

Orientation bibliographique

 

CENTERS FOR DISEASE CONTROL AND PREVENTION (CDC) : Kingella kingae infections in children--United States, June 2001-November 2002. MMWR Morb. Mortal. Wkly Rep., 2004, 53, 244.

DEWHIRST (F.E.), CHEN (C.K.C.), PASTER (B.J.) et ZAMBON (J.J.) : Phylogeny of species in the family Neisseriaceae isolated from human dental plaque and description of Kingella orale sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 490-499.

EUZÉBY (J.P.) : Genus Kingella in List of Prokaryotic Names with Standing in Nomenclature.

HEDLUND (B.P.) et STALEY (J.T.) :Phylogeny of the genus Simonsiella and other members of the Neisseriaceae. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 1377-1382.

HOLLIS (D.G.), WEAVER (R.E.) et RILEY (P.S.) : Emended description of Kingella denitrificans (Snell and Lapage 1976): correction of the maltose reaction. J. Clin. Microbiol., 1983, 18, 1174-1176.

LAWSON (P.A.), MALNICK (H.), COLLINS (M.D.), SHAH (J.J.), CHATTAWAY (M.A.), BENDALL (R.) et HARTLEY (J.W.) : Description of Kingella potus sp. nov., an organism isolated from a wound caused by an animal bite. J. Clin. Microbiol., 2005, 43, 3526-3529.

MUTTERS (R.) : Actinobacillus, Capnocytophaga, Eikenella, Kingella, and other fastidious or rarely encountered Gram-negative rods. In : P.R. MURRAY, E.J. BARON, M.A. PFALLER, F.C. TENOVER et R.H. YOLKEN (éd.) : Manual of clinical microbiology, 7th edition, ASM Press, Washington, D.C., 1999, pp. 561-571.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

YAGUPSKY (P.) : Kingella kingae: from medical rarity to an emerging paediatric pathogen. Lancet Infect. Dis., 2004, 4, 358-367.

YAGUPSKY (P.), PELED (N.) et KATZ (O.) : Epidemiological features of invasive Kingella kingae infections and respiratory carriage of the organism. J. Clin. Microbiol., 2002, 40, 4180-4184.

 

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* Kinkajou:

Le kinkajou (Potos flavus ou Potus flavus), parfois appelé à tort singe de nuit, est un carnivore vivant dans les forêts tropicales d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale. Bien qu'étant un carnivore, il se nourrit plus de fruits que de viande.

Classification selon le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Deuterostomia ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Gnathostomata ; Teleostomi ; Euteleostomi ; Sarcopterygii ; Tetrapoda ; Amniota ; Mammalia ; Theria ; Eutheria ; Laurasiatheria ; Carnivora ; Fissipedia ; Procyonidae ; Potos (ou Potus) ; Potos flavus (ou Potus flavus).

Pour plus d'informations sur cette espèce, voir le fichier Potos flavus in Animal Diversity Web (University of Michigan Museum of Zoology) ou le fichier Kinkajou in Vie animale, site du cours d'écologie 114 et de sciences et technologie ( PSI) de première secondaire (École secondaire Mgr-A.-M.-Parent).

L'arrêté du 15 mai 1986 (fixant sur tout ou partie du territoire national des mesures de protection de la faune représentée dans le département de la Guyane) précise que sont interdits en tout temps, sur tout le territoire national, la naturalisation ou, qu'ils soient vivants ou morts, le colportage, la mise en vente, la vente ou l'achat de Potos flavus (nom guyanais, singe de nuit). Leur transport est interdit en tout temps sur tout le territoire national à l'exception du département de la Guyane d'où ils ne peuvent toutefois être exportés.

Le kinkajou (Potos flavus) originaire du Honduras est cité dans l'annexe III de la Convention de Washington.
L'Annexe III cite des espèces inscrites à la demande d'une Partie qui en réglemente déjà le commerce et qui a besoin de la coopération des autres Parties pour en empêcher l'exploitation illégale ou non durable (voir l'Article II, paragraphe 3, de la Convention). Le commerce international des spécimens des espèces inscrites à cette annexe n'est autorisé que sur présentation des permis ou certificats appropriés (voir l'Article V de la Convention).

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