J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 12 juin 2008
Dernière mise à jour le 04 mars 2010

 

LACTOBACILLUS EQUIGENEROSI

 

Le genre Lactobacillus* renferme de nombreuses espèces ou sous-espèces (voir le fichier Lactobacillus in List of Procaryotic names with Standing in Nomenclature) associées aux muqueuses de l'homme et de l'animal et jouant un rôle important dans l'industrie agro-alimentaire (ferments, producteurs d'arômes, probiotiques...) ou dans l'industrie pharmaceutique (préparations visant à maintenir ou à restaurer les flores).

La nomenclature de Lactobacillus equigenerosi a été validement publiée le 09 avril 2008 par Endo et al. pour deux souches bactériennes isolées des fèces de chevaux élevés au Japon. L'étude de la flore digestive de chevaux pur sang a permis à ces auteurs d'isoler 35 souches bactériennes. Parmi elles, cinq souches n'ont pu être identifiées. Deux de ces souches, phylogénétiquement apparentées à Lactobacillus gastricus ont été soumises à une étude taxonomique.
Les séquences des ARNr 16S des deux souches présentent 99,9 p. cent de similitude. Les espèces phylogénétiquement les plus proches sont Lactobacillus gastricus, ¤ Lactobacillus mucosae, ¤ Lactobacillus ingluviei et Lactobacillus fermentum. Le pourcentage de similitude obtenu avec l'espèce la plus proche (Lactobacillus gastricus) est de 97,9 alors que les pourcentages de similitude obtenus avec les autres espèces sont inférieurs ou égaux à 95,8. En accord avec les conclusions de Stackebrandt et Goebel le pourcentage de similitude observé avec Lactobacillus gastricus ne permet pas de décrire une nouvelle espèce.
Les résultats des hybridations ADN-ADN montrent (i) que les deux souches isolées de pur sang appartiennent à une même genomospecies (voir le fichier ¤ "Définition d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne") et (ii) que cette genomospecies est distincte de Lactobacillus gastricus. En effet, les pourcentages d'homologie obtenus entre la souche DSM 16045 (qui sera désignée comme la souche type de Lactobacillus equigenerosi) et la souche type de Lactobacillus gastricus varient de 18 à 23.
Les caractères phénotypiques permettent de caractériser la genomospecies ce qui autorise la description d'une nouvelle espèce au sein du genre Lactobacillus.

Les souches de Lactobacillus equigenerosi sont constituées de coques ou de cellules ovoïdes à Gram positif, immobiles, non sporulés, de 0,5 à 0,8 µm de diamètre sur 0,8 à 1,5 µm de longueur, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou plus rarement en tétrades, catalase négative et à métabolisme hétérofermentaire strict (la fermentation du glucose conduit à la production d'acide D-lactique, d'acide L-lactique, d'éthanol, d'acide acétique et de dioxyde de carbone). Le type respiratoire est aéro-anaérobie, mais la croissance en bouillon est plus abondante en anaérobiose et après culture sur milieux gélosés des colonies ne sont obtenues qu'après culture en anaérobiose.

. Une réponse positive est obtenue avec les tests acidification du D-fructose (réponse faiblement positive), du D-glucose, du maltose, du mélibiose, du ribose (réponse faiblement positive), du saccharose et du D-xylose.
. Une réponse négative est observée avec les tests réduction des nitrates, acidification de l'amidon, du cellobiose, du D-mannitol, du mélézitose, du L-rhamnose, de la D-salicine, du sorbitol et du tréhalose.
. L'acidification du L-arabinose, du D-galactose, du lactose et du raffinose est variable selon les souches.

Sur gélose MRS** incubée à 37 °C et en anaérobiose, les colonies sont beiges, lisses et leur diamètre est d'environ 1 à 2 mm après 48 heures d'incubation.
Les souches cultivent facilement à 30 et 45 °C et lentement à 25 °C. Aucune culture n'est observée à 20 ou 50 °C.
Une croissance est observée à pH 4,0ou dans un bouillon MRS contenant 2,5 p. cent de NaCl. En revanche le germe ne croît ni à pH 30 ni en présence de 5,0 p. cent de NaCl.

Une étude réalisée sur neuf chevaux a montré que Lactobacillus equigenerosi, ¤ Lactobacillus equi et ¤ Lactobacillus hayakitensis sont les espèces du genre Lactobacillus les plus abondantes dans l'intestin des chevaux pur-sang élevés au Japon.
L'ingestion d'une souche de Lactobacillus equigenerosi a permis de mettre en évidence un effet probiotique aussi bien chez des rats que chez des chevaux pur-sang.

 

Orientation bibliographique

 

ENDO (A.), ROOS (S.), SATOH (E.), MORITA (H.) et OKADA (S.) : Lactobacillus equigenerosi sp. nov., a coccoid species isolated from faeces of thoroughbred racehorses. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2008, 58, 914-918.

MORITA (H.), NAKANO (A.), SHIMAZU (M.), TOH (H.), NAKAJIMA (F.), NAGAYAMA (M.), HISAMATSU (S.), KATO (Y.), TAKAGI (M.), TAKAMI (H.), AKITA (H.), MATSUMOTO (M.), MASAOKA (T.) et MURAKAMI (M.) : Lactobacillus hayakitensis, L. equigenerosi and L. equi, predominant lactobacilli in the intestinal flora of healthy thoroughbreds. Anim. Sci. J., 2009, 80, 339–346.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

 

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* : Le genre Lactobacillus

Le genre Lactobacillus est, quantitativement, le plus important des genres du groupe des bactéries lactiques.
Les Lactobacillus sp. sont très hétérogènes et les diverses espèces présentent des caractères phénotypiques, biochimiques et physiologiques variés. Cette hétérogénéité est reflétée par les valeurs des G + C p. cent qui, selon les espèces, varient de 32 à 55.

Les souches de lactobacilles sont constituées de bactéries à Gram positif. Généralement les cellules se présentent sous la forme de bacilles longs et fins (parfois incurvés) ou de coccobacilles dont la forme évoque une corynébactérie. Toutefois, les souches de ¤ Lactobacillus equigenerosi et de Lactobacillus gastricus sont constituées de coques ou de cellules ovoïdes. Les lactobacilles sont non sporulés, généralement immobiles (pour les souches mobiles, la ciliature est péritriche), catalase négative, généralement nitrate réductase négative, gélatinase négative, possédant un métabolisme fermentatif (l'acide lactique représente au moins 50 p. cent des produits de fermentation) et présentant des exigences nutritionnelles complexes.

Le type respiratoire est très généralement aéro-anaérobie, mais une atmosphère strictement aérobie a souvent un effet inhibiteur sur la croissance. La croissance sur des milieux solides est généralement stimulée par une réduction de la tension en oxygène et par l'adjonction de 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone. Quelques espèces ne cultivent qu'en anaérobiose lors de l'isolement et ¤ Lactobacillus equicursoris est une espèce anaérobie.

La température optimale de croissance est généralement comprise entre 30 et 40 °C. Mais, selon les espèces, une culture peut être observée pour des températures variant de 2 à 53 °C.

Les lactobacilles ont un habitat vaste et ils sont présents dans de nombreux biotopes : eau, sol, lait et produits laitiers, végétaux, ensilages, produits carnés, poissons, bière, vin, fruits et jus de fruits, intestin, bouche et vagin de l'homme et de nombreuses espèces animales. Plusieurs espèces du genre sont utilisées comme probiotiques et les lactobacilles jouent un rôle important dans la technologie des denrées alimentaires.
Ce sont des bactéries non pathogènes sauf, rarement, pour des individus immunodéprimés ou souffrant de pathologies graves.

En 1919, Orla-Jensen a proposé de diviser le genre en trois sous-genres : "Thermobacterium", "Streptobacterium" et "Betabacterium". Ces nomenclatures n'ont pas été retenues par les Approved Lists of Bacterial Names, elles n'ont pas été validées depuis le premier janvier 1980 et elles n'ont pas de statut dans la nomenclature.
La classification de Orla-Jensen ne correspondait à aucune réalité taxonomique toutefois, elle est toujours utilisée en pratique même si les noms des sous-genres sont remplacés par des qualificatifs illustrant les caractéristiques de la fermentation. On distingue ainsi :
. Les lactobacilles homofermentaires stricts (ancien sous-genre "Thermobacterium") qui dégradent les hexoses en acide lactique (exclusivement par la voie homofermentaire d'Embden Meyerhof), qui ne dégradent pas les pentoses et qui ne produisent pas de CO2 lors de la fermentation du glucose ou du gluconate.
. Les lactobacilles hétérofermentaires stricts (ancien sous-genre "Betabacterium") qui fermentent les hexoses (voie hétérofermentaire de la 6-phosphogluconate déshydrogénase / phosphocétolase) en acide lactique, acide acétique ou éthanol et CO2 et qui dégradent les pentoses (voie hétérofermentative de la glycéraldéhyde-3-phosphate / pyruvate kinase / lactate déshydrogénase) en acide acétique et en acide lactique. Ces bactéries produisent du CO2 lors de la fermentation du glucose et du gluconate.
. Les lactobacilles hétérofermentaires facultatifs (ancien sous-genre "Streptobacterium") qui métabolisent les hexoses en acide lactique par la voie homofermentaire d'Embden Meyerhof et qui dégradent les pentoses par voie hétérofermentaire. Ils ne produisent pas de CO2 lors de la fermentation du glucose mais ils en produisent lors de la fermentation du gluconate.

La liste des espèces incluses dans le genre est donnée dans le fichier Lactobacillus in List of Prokaryotic names with Standing in Nomenclature.

Pour plus d'information, voir HAMMES (W.P.) et HERTEL (C.) : Genus I. Lactobacillus beijerinck 1901, 212AL. In: P. DE VOS, G.M. GARRITY, D. JONES, N.R. KRIEG, W. LUDWIG, F.A. RAINEY, K.H. SCHLEIFER and W.B. WHITMAN (eds): Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, second edition, vol. 3 (The Firmicutes), Springer, Dordrecht, Heidelberg, London, New York, 2009, pp. 465-511.

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** : Composition (pour 1 litre de milieu) de la gélose MRS (DeMan, Rogosa et Sharpe) :

Glucose : 20,0 g
Peptone : 10,0 g
Agar : 10,0 g
Extraits de viande de bœuf : 8,0 g
Acétate de sodium, 3H2O : 5,0 g
Extraits de levure : 4,0 g
K2HPO4 : 2,0 g
Citrate d'ammonium : 2,0 g
MgSO4.7H2O : 0,2 g
MnSO4.4H2O : 0,05 g
Tween 80 : 1,0 mL

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