J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 28 mars 2003
Dernière modification le 14 avril 2006

 

LACTOBACILLUS INGLUVIEI

 

Même si un travail daté de 1990 avait révélé la présence d'entérocoques et de lactobacilles, la flore bactérienne du jabot des pigeons est mal connue. En 2001, Baele et al. publient les résultats d'une étude consacrée à la recherche d'entérocoques, de streptocoques et de lactobacilles dans le jabot de 10 pigeons appartenant à dix élevages différents. Ces auteurs isolent 42 souches bactériennes dont 18 souches de Lactobacillus agilis, une souche de Lactobacillus salivarius, une souche de Lactobacillus johnsonii et cinq souches non identifiées mais apparentées à ¤ Lactobacillus mucosae et à Lactobacillus fermentum.

En 2003, ces cinq souches, ainsi que deux souches isolées de l'intestin, ont fait l'objet d'une étude génétique montrant qu'elles constituent une nouvelle espèce du genre Lactobacillus* pour laquelle Baele et al. valident la nomenclature de Lactobacillus ingluviei.
. La taille des fragments obtenus après amplification des séquences situées entre les gènes codant pour les ARN de transfert (tRNA-intergenic spacer length polymorphism analysis ou tDNA-PCR) est identique pour les sept souches qui forment ainsi un groupe homogène et distinct des autres espèces du genre Lactobacillus.
. La séquence de l'ARNr 16S de la souche KR3 (qui sera désignée comme la souche type de Lactobacillus ingluviei) présente 96 p. cent d'homologie avec la séquence de la souche type de Lactobacillus fermentum et 95,4 p. cent d'homologie avec la séquence de la souche type de ¤ Lactobacillus mucosae. Selon Stackebrandt et Goebel, ces valeurs sont compatibles avec la création d'une nouvelle espèce.
. Les hybridations ADN - ADN, réalisées sur deux souches dont la souche KR3, montrent qu'elles forment une unique genomospecies puisque les pourcentages d'homologie sont de 77 (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne").
. L'analyse électrophorétique des protéines cellulaires, effectuée sur les sept souches, confirme qu'elles méritent d'être placées dans une espèce distincte.

Le 06 avril 2006, Felis et al. publient un article montrant que Lactobacillus ingluviei est un synonyme antérieur et hétérotypique de ¤ Lactobacillus thermotolerans. Notamment, les souches types de ces deux espèces présentent des homologies ADN-ADN d'environ 79 p. cent. Pour ces auteurs, les caractères phénotypiques de ces deux taxons sont proches ce qui rend inutile la création de deux sous-espèces et une modification de la description de Lactobacillus ingluviei. Il convient cependant de remarquer que Felis et al. n'ont étudié que les caractères phénotypiques des seules souches types !
L'habitat de ces germes est cependant différent et leurs caractères phénotypiques ne sont pas identiques (notamment les souches de Lactobacillus ingluviei ne sont pas thermotolérantes). Aussi, en l'absence d'une modification de la description de Lactobacillus ingluviei (ou de la création de deux sous-espèces), nous considérerons que ces deux espèces constituent des taxons distincts.

Les souches de Lactobacillus ingluviei se présentent sous la forme de bacilles courts et trapus, à Gram positif (mais se décolorant facilement), isolés ou groupés par deux, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies et catalase négative.

L'acidification des sucres a été recherchée à l'aide de galeries API 50CH.
. Une réponse positive est notée pour l'acidification du L-arabinose, du D-fructose, du bêta méthyl-D-xyloside, du ribose, du saccharose et du D-xylose.
. Une réponse variable est obtenue pour l'acidification de l'esculine, du gluconate, du D-glucose, du maltose, du D-mannose et du D-raffinose.
. Les autres sucres de la galerie ne sont pas acidifiés.
. L'absence d'acidification du galactose et du mélibiose différencie Lactobacillus ingluviei de Lactobacillus fermentum. L'acidification du D-fructose distingue Lactobacillus ingluviei de ¤ Lactobacillus mucosae qui n'acidifie pas ce sucre.

La croissance est optimale lorsque les milieux sont incubés à 42 °C dans une atmosphère anaérobie. Aucune croissance n'est observée à 25 °C et elle est faible à 30 °C. La présence de 5 p. cent de dioxyde de carbone stimule légèrement la croissance lorsque les milieux sont incubés en aérobiose.
Sur gélose Columbia au sang, les colonies sont non hémolytiques, leur diamètre est d'environ 0,5 mm et elles ont un aspect comparable à des colonies de streptocoques. Sur gélose MRS**, six souches donnent des colonies lisses et une souche donne des colonies sèches et friables.

Toutes les souches ont été isolées de pigeons. Cinq souches ont pour origine le jabot et deux souches proviennent de l'intestin.

Quelques caractères permettant de différencier Lactobacillus ingluviei des autres espèces du genre Lactobacillus isolées du jabot des pigeons sont présentés dans le tableau I.

 

Orientation bibliographique

 

BAELE (M.), BAELE (P.), VANEECHOUTTE (M.), STORMS (V.), BUTAYE (P.), DEVRIESE (L.A.),VERSCHRAEGEN (G.), GILLIS (M.) et HAESEBROUCK (F.) : Application of tRNA intergenic spacer PCR for identification of Enterococcus species. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 4201-4207.

BAELE (M.), DEVRIESE (L.A.) et HAESEBROUCK (F.) : Lactobacillus agilis is an important component of the pigeon crop flora. J. Appl. Microbiol., 2001, 91, 488-491.

BAELE (M.), VANCANNEYT (M.), DEVRIESE (L.A.), LEFEBVRE (K.), SWINGS (J.) et HAESEBROUCK (F.) : Lactobacillus ingluviei sp. nov., isolated from the intestinal tract of pigeons. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 133-136.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

 

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* :  Le genre Lactobacillus

Le genre Lactobacillus est, quantitativement, le plus important des genres du groupe des bactéries lactiques.
Les Lactobacillus sp. sont très hétérogènes et les diverses espèces présentent des caractères phénotypiques, biochimiques et physiologiques variés. Cette hétérogénéité est reflétée par les valeurs des G + C p. cent qui, selon les espèces, varient de 32 à 55.

Les souches de lactobacilles sont constituées de bactéries à Gram positif. Généralement les cellules se présentent sous la forme de bacilles longs et fins (parfois incurvés) ou de coccobacilles dont la forme évoque une corynébactérie. Toutefois, les souches de ¤ Lactobacillus equigenerosi et de Lactobacillus gastricus sont constituées de coques ou de cellules ovoïdes. Les lactobacilles sont non sporulés, généralement immobiles (pour les souches mobiles, la ciliature est péritriche), catalase négative, généralement nitrate réductase négative, gélatinase négative, possédant un métabolisme fermentatif (l'acide lactique représente au moins 50 p. cent des produits de fermentation) et présentant des exigences nutritionnelles complexes.

Le type respiratoire est très généralement aéro-anaérobie, mais une atmosphère strictement aérobie a souvent un effet inhibiteur sur la croissance. La croissance sur des milieux solides est généralement stimulée par une réduction de la tension en oxygène et par l'adjonction de 5 à 10 p. cent de dioxyde de carbone. Quelques espèces ne cultivent qu'en anaérobiose lors de l'isolement et ¤ Lactobacillus equicursoris est une espèce anaérobie.

La température optimale de croissance est généralement comprise entre 30 et 40 °C. Mais, selon les espèces, une culture peut être observée pour des températures variant de 2 à 53 °C.

Les lactobacilles ont un habitat vaste et ils sont présents dans de nombreux biotopes : eau, sol, lait et produits laitiers, végétaux, ensilages, produits carnés, poissons, bière, vin, fruits et jus de fruits, intestin, bouche et vagin de l'homme et de nombreuses espèces animales. Plusieurs espèces du genre sont utilisées comme probiotiques et les lactobacilles jouent un rôle important dans la technologie des denrées alimentaires.
Ce sont des bactéries non pathogènes sauf, rarement, pour des individus immunodéprimés ou souffrant de pathologies graves.

En 1919, Orla-Jensen a proposé de diviser le genre en trois sous-genres : "Thermobacterium", "Streptobacterium" et "Betabacterium". Ces nomenclatures n'ont pas été retenues par les Approved Lists of Bacterial Names, elles n'ont pas été validées depuis le premier janvier 1980 et elles n'ont pas de statut dans la nomenclature.
La classification de Orla-Jensen ne correspondait à aucune réalité taxonomique toutefois, elle est toujours utilisée en pratique même si les noms des sous-genres sont remplacés par des qualificatifs illustrant les caractéristiques de la fermentation. On distingue ainsi :
. Les lactobacilles homofermentaires stricts (ancien sous-genre "Thermobacterium") qui dégradent les hexoses en acide lactique (exclusivement par la voie homofermentaire d'Embden Meyerhof), qui ne dégradent pas les pentoses et qui ne produisent pas de CO2 lors de la fermentation du glucose ou du gluconate.
. Les lactobacilles hétérofermentaires stricts (ancien sous-genre "Betabacterium") qui fermentent les hexoses (voie hétérofermentaire de la 6-phosphogluconate déshydrogénase / phosphocétolase) en acide lactique, acide acétique ou éthanol et CO2 et qui dégradent les pentoses (voie hétérofermentative de la glycéraldéhyde-3-phosphate / pyruvate kinase / lactate déshydrogénase) en acide acétique et en acide lactique. Ces bactéries produisent du CO2 lors de la fermentation du glucose et du gluconate.
. Les lactobacilles hétérofermentaires facultatifs (ancien sous-genre "Streptobacterium") qui métabolisent les hexoses en acide lactique par la voie homofermentaire d'Embden Meyerhof et qui dégradent les pentoses par voie hétérofermentaire. Ils ne produisent pas de CO2 lors de la fermentation du glucose mais ils en produisent lors de la fermentation du gluconate.

La liste des espèces incluses dans le genre est donnée dans le fichier Lactobacillus in List of Prokaryotic names with Standing in Nomenclature.

Pour plus d'information, voir HAMMES (W.P.) et HERTEL (C.) : Genus I. Lactobacillus beijerinck 1901, 212AL. In: P. DE VOS, G.M. GARRITY, D. JONES, N.R. KRIEG, W. LUDWIG, F.A. RAINEY, K.H. SCHLEIFER and W.B. WHITMAN (eds): Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, second edition, vol. 3 (The Firmicutes), Springer, Dordrecht, Heidelberg, London, New York, 2009, pp. 465-511.

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** : Composition (pour 1 litre de milieu) de la gélose MRS (DeMan, Rogosa et Sharpe) :

Glucose : 20,0 g
Peptone : 10,0 g
Agar : 10,0 g
Extraits de viande de bœuf : 8,0 g
Acétate de sodium, 3H2O : 5,0 g
Extraits de levure : 4,0 g
K2HPO4 : 2,0 g
Citrate d'ammonium : 2,0 g
MgSO4.7H2O : 0,2 g
MnSO4.4H2O : 0,05 g
Tween 80 : 1,0 mL

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