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Créé le 9 juillet 2001
LEGIONELLA
Autres dénominations :
Voir aussi le fichier : ¤ "Legionellales, Legionellaceae, Coxiellaceae".
Introduction
Les légionelles sont des bactéries de l'environnement, aptes à infecter des protozoaires et susceptibles de provoquer des infections, parfois dramatiques, chez l'homme. En médecine vétérinaire, leur importance est très limitée mais de nombreuses personnes s'interrogent sur la présence des légionelles chez les animaux et sur la possibilité d'une éventuelle transmission de l'animal à l'homme. Ce fichier a pour but de répondre à ces interrogations et de présenter quelques notions concernant le genre Legionella et les légionelloses. Pour des renseignements complémentaires, le lecteur est prié de se reporter aux publications et aux sites Internet cités dans le chapitre "Orientation bibliographique".
Systématique
Les premières souches de légionelles ont été mises en évidence entre 1943 et 1968 et considérées comme des rickettsies. Ces bactéries n'ont fait l'objet d'aucune étude approfondie jusqu'en 1976, date à laquelle 182 personnes logeant dans un hôtel de Philadelphie ont présenté des infections respiratoires provoquant 34 décès. La plupart des malades participaient à la 56ème convention de l'American Legion si bien que la maladie a été appelée "maladie des légionnaires".
La bactérie responsable a été isolée et, en 1979, elle a été placée dans une nouvelle famille, la famille des Legionellaceae et dans un nouveau genre, le genre Legionella avec l'appellation de Legionella pneumophila. Ces différentes nomenclatures ont été citées dans la liste de validation n° 3 et incluses dans les Approved Lists of Bacterial Names.
Les études d'hybridation ADN - ADN ont montré que quelques espèces de la famille des Legionellaceae présentaient peu d'homologies avec les espèces du genre Legionella et elles ont conduit à proposer deux nouveaux genres : les genres Fluoribacter et Tatlockia dont les nomenclatures ont été validement publiées. Toutefois, il n'existe pas de définition précise d'un genre bactérien** et les caractères phénotypiques des genres Legionella, Fluoribacter et Tatlockia sont très proches. De plus, l'analyse des gènes codant pour les ARNr 16S suggèrent l'existence d'un seul genre. Aussi, la très grande majorité des auteurs ne reconnaît pas la validité de ces nouveaux genres et nous nous alignerons sur cette position même si, sur un plan strictement nomenclatural, l'appellation de Fluoribacter bozemanae a priorité sur celle de Legionella bozemanae*** En 1996, Sarcobium lyticum a été transféré dans le genre Legionella avec la dénomination de Legionella lytica. La nomenclature de Sarcobium lyticum avait été proposée en 1991 pour une espèce bactérienne parasite d'amibes du sol et de l'eau et appartenant au groupe Acanthamoeba - Naegleria. La reclassification de cette bactérie dans le genre Legionella repose sur l'étude de la séquence des ADNr 16S.
Caractères bactériologiques
Les souches de Legionella se présentent sous la forme de bacilles à Gram négatif, non sporulés, non capsulés, présentant jusqu'à 90 p. cent d'acides gras insaturés dans la paroi (caractère inhabituel pour une bactérie à Gram négatif), possédant des ubiquinones dont le nombre d'unités isoprènes est élevé (de 9 à 14), mesurant de 0,3 à 0,9 µm de diamètre sur 1,5 à 5 µm de longueur, pouvant donner des formes filamenteuses (de 20 µm ou plus) après culture in vitro, aérobies stricts, à métabolisme non fermentatif, catalase positive (réaction parfois faiblement positive), ne réduisant pas les nitrates et ne synthétisant pas d'uréase.
Les caractères biochimiques ont peu d'intérêt pour caractériser le genre Legionella ou pour différencier les diverses espèces. L'oxydase, l'hydrolyse de la gélatine et l'hydrolyse de l'hippurate sont des caractères variables selon les espèces ou selon les souches d'une même espèce :
La culture des légionelles est difficile : elles ne cultivent pas sur des géloses au sang et Legionella lytica ainsi que les souches de LLAP n'ont pas été cultivées in vitro. De plus, il a été démontré que les légionelles pouvaient être présentes dans un état viable mais non cultivable sauf si la culture est effectuée en présence de protozoaires. Cette observation a conduit à mettre en œuvre des techniques de co-cultures légionelles/protozoaires utilisées par certains laboratoires spécialisés.
La structure antigénique (lipopolysaccharide, protéine majeure de membrane externe, autres antigènes protéiques) permet de reconnaître 70 sérogroupes qui peuvent être divisés en sous-types. Au moins 15 sérogroupes de Legionella pneumophila ont été décrits et certains sérogroupes semblent particulièrement virulents. Lors de maladie des légionnaires, le sérogroupe le plus fréquemment isolé est le sérogroupe 1 (retrouvé chez environ 79 p. cent des malades) suivi des sérogroupes 4 et 6.
Habitat
À l'exception de Legionella longbeachae, les légionelles sont des bactéries présentes dans le milieu extérieur et notamment dans l'eau douce. Elles peuvent être isolées de lacs, de rivières, de canalisations d'eau, de systèmes de climatisation, d'humidificateurs, de nébulisateurs, de bacs de réserve d'eau, de fontaines d'eau, de machines à glace, de piscines, de bains à remous, d'équipements de stations thermales... L'importance de la colonisation des réseaux d'eau ou des bacs d'eau est fonction de nombreux facteurs : la longueur des tuyauteries, la nature des matériaux, la présence de boucles ou de réservoirs permettant une stagnation de l'eau, l'ancienneté des réseaux, la température de l'eau (une eau dont la température est comprise entre 35 et 45 °C permet une multiplication importante)... Dans les canalisations d'eau, la majorité des légionelles est présente dans les biofilms au sein desquels elles sont capables de survivre. Les réseaux anciens possèdent un biofilm important ce qui pourrait expliquer que l'ancienneté des réseaux soit un facteur prédisposant. La multiplication des légionelles dans les biofilms est probable, mais expérimentalement la multiplication n'est observée que si les biofilms contiennent des protozoaires.
Dans l'eau, les légionelles peuvent être à l'état libre ou associées à des amibes (Acanthamoeba sp., Didasculus sp., Echinamoeba sp., Hartmanella sp., Mayorella sp., Naegleria sp., Schizopyrenus sp., Vahlampfia sp. ...) et à des protozoaires ciliés tels que ceux du genre Tetrahymena. Selon les espèces de légionelles, la spécificité d'hôte est large ou étroite. De ce point de vue, il convient de remarquer que Legionella pneumophila est apte à infecter de nombreux micro-organismes eucaryotes ce qui pourrait expliquer que cette espèce soit largement répandue et soit l'espèce la plus fréquemment impliquée dans les infections de l'homme.
Pouvoir pathogène
Homme
Plusieurs espèces du genre Legionella ont été mises en évidence chez l'homme***** mais, la plus importante est Legionella pneumophila, responsable d'environ 90 p. cent des cas de légionelloses. Les autres espèces sont généralement isolées chez des personnes immunodéprimées. En France, 316 cas ont été déclarés au cours de l'année 1998 ce qui correspond à une incidence de 0,55 cas pour 100 000 habitants et le pourcentage de létalité a été de 23. Ces chiffres situent la France dans la moyenne européenne (en 1998, l'incidence moyenne en Europe était de 0,43).
Les sources de contamination, fréquemment incriminées dans les épidémies, sont les installations permettant une multiplication des Legionella sp. dans l'eau et générant des aérosols : circuits de distribution d'eau chaude sanitaire alimentant des douches ; systèmes de climatisation et tours aéro-réfrigérantes ; bassins utilisés pour la détente, la balnéothérapie ou le thermalisme dans lesquels l'eau est chaude et agitée (bains à remous, bains à jet...) ; équipements médicaux pour les traitements respiratoires par aérosols ; eaux thermales ; fontaines décoratives. Parmi toutes ces sources, les circuits d'eau chaude sanitaire représentent la cause la plus fréquente d'infection.
Cliniquement, les infections de l'homme évoluent sous trois formes différentes :
Animaux Bien que les légionelles soient largement répandues dans le milieu extérieur, les légionelloses sont rares chez les animaux. Expérimentalement, le rat, le cobaye, la gerbille, la souris, le hamster et le lapin sont sensibles après une inoculation par voie intrapéritonéale alors que la poule, la caille et le pigeon sont résistants. Des cobayes, utilisés comme animaux sentinelles et placés dans un système d'air conditionné contaminé, ont présenté des signes d'infections et Legionella pneumophila a été mis en évidence dans les poumons de quelques animaux.
Des enquêtes sérologiques, concernant le plus souvent un unique sérum, ont été réalisées chez des espèces domestiques (bovins, chevaux, porcs, moutons, chèvres, chameaux, chiens et lapins) ou sauvages (antilopes, buffles, wapitis, éléphants, hippopotame, zèbres, élans, lions, hyènes, alligators, divers primates, rongeurs) par fixation du complément, agglutination ou immunofluorescence. Les animaux sauvages sont généralement séronégatifs alors que les résultats obtenus avec les animaux domestiques varient selon les études. En cas de séropositivité, les titres obtenus sont souvent faibles et l'existence de réactions croisées n'est pas toujours exclue. D'une manière générale, seul un faible pourcentage de bovins, de porcs, de petits ruminants, de lapins ou de chiens apparaissent séropositifs alors que les chevaux semblent plus fréquemment contaminés (plus de 30 p. cent des animaux peuvent être séropositifs). Toutefois, aucune souche du genre Legionella n'a été isolée chez le cheval et l'inoculation expérimentale, par voie intraveineuse ou par aérosol, d'une souche de Legionella pneumophila sérogroupe 1 ou sérogroupe 3 provoque des signes cliniques et histologiques modérés (fièvre et lymphopénie transitoires, légère adénopathie généralisée, quelques signes d'inflammation pulmonaire) et la souche bactérienne ne peut être isolée du sang ou de l'appareil respiratoire. En revanche, les animaux présentent une séroconversion et les anticorps persistent au moins quatre mois.
En recherchant des légionelles par un test d'immunofluorescence indirecte, Boldur et al. (1987) ont obtenu un résultat positif sur 17 p. cent des poumons de veaux autopsiés et sur 3 p. cent des poumons de veaux prélevés à l'abattoir. Quinze tests ont été positifs pour Legionella pneumophila, sept pour Legionella gormanii, deux pour Legionella bozemanae et un test a été positif à la fois pour Legionella pneumophila et pour Legionella gormanii. Dans la discussion de leur article, les auteurs soulignent que certaines des réactions positives peuvent être dues à des communautés antigéniques croisées. A partir des poumons de deux veaux autopsiés, provenant de deux élevages différents, il a été possible d'isoler une souche de Legionella pneumophila. L'un des animaux ne présentait aucune lésion particulière à l'autopsie et l'autre était un animal cachectique atteint de péritonite sérofibrineuse. Les deux souches de légionelles ont été isolées à l'état pur des poumons mais une souche de Salmonella sp. et une souche de Escherichia coli K99 ont été isolées de l'intestin du premier animal et une souche de Salmonella Dublin a été isolée du foie et de la rate du deuxième veau. Boldur et al. soulignent que la mort des animaux ne semble pas due à une légionellose et ils n'excluent pas la possibilité d'une contamination, à partir du milieu extérieur, lors de la phase d'agonie. En fait, il semble qu'un unique cas d'infection animale ait été décrit. Il concerne un veau de 20 jours mort après avoir développé des signes respiratoires. Les examens post-mortem ont révélé une pneumonie fibrineuse, localisée aux lobes pulmonaires crâniaux, la présence de macrophages et de neutrophiles dans la lumière alvéolaire, la présence d'un exsudat inflammatoire dans les bronchioles et la présence de nombreux bacilles dans les macrophages alvéolaires. Les examens bactériologiques ont permis d'isoler une souche de Legionella pneumophila sérogroupe 1 associée à quelques rares colonies de ¤ Arcanobacterium pyogenes. La source de contamination semble être du lait souillé par l'eau d'un bain-marie utilisé pour le réchauffage. En effet, l'eau du bain-marie contenait des Naegleria sp. et des Acanthamoeba sp. et Legionella pneumophila a été isolée des dépôts présents sur le fond de l'instrument. L'animal se serait infecté soit par voie respiratoire (inhalation de gouttelettes de lait) soit par voie digestive. Une contamination par voie respiratoire semble plus probable car elle explique la présence des lésions localisées aux lobes pulmonaires crâniaux. En conclusion, les légionelloses semblent excessivement rares chez les animaux à moins qu'elles ne soient pas diagnostiquées. En effet, les techniques nécessaires à l'isolement des Legionella sp. (Cf. infra) ne sont pas utilisées en routine par les laboratoires d'analyses vétérinaires. Toutefois, les résultats des examens sérologiques et les résultats de quelques études bactériologiques bien conduites ne plaident pas en faveur d'un rôle important des légionelles en pathologie animale. Une transmission d'individus à individus n'a jamais été observée si bien qu'un animal infecté ne devrait pas représenter un danger pour l'homme. Dans l'état actuel de nos connaissances, les légionelloses ne sont pas donc pas des zoonoses.
Facteurs de pathogénicité
La virulence des Legionella sp. est liée à leur capacité à se multiplier dans les monocytes, les macrophages alvéolaires et les cellules épithéliales alvéolaires de type I et II ce qui conduit à une destruction de ces cellules. Dans l'environnement les légionelles sont des parasites des protozoaires et ce parasitisme semble jouer un rôle important pour leur survie dans le milieu extérieur (Cf. supra). Infections des cellules et multiplication intracellulaire
L'adhésion des légionelles aux macrophages alvéolaires repose sur au moins deux mécanismes :
L'attachement des légionelles aux protozoaires fait également appel aux pili de type IV qui se fixent sur une lectine présentant des analogies avec la bêta2-intégrine de Entamoeba histolytica. La fixation de Legionella pneumophila ou de Legionella micdadei sur la lectine de Hartmanella vermiformis provoque une déphosphorylation de la lectine et une déphosphorylation de plusieurs protéines du cytosquelette ce qui faciliterait l'endocytose des bactéries. La pénétration dans les phagocytes ou dans les protozoaires fait appel à un mécanisme de phagocytose classique et à un mécanisme de phagocytose par enroulement ("coiling phagocytosis"). Après pénétration dans les deux types de cellules hôtes, la bactérie se multiplie dans des phagosomes (entourés par des mitochondries, des vésicules et du réticulum endoplasmique rugueux) qui ne fusionnent pas avec les lysozomes. Les mécanismes d'invasion des cellules des mammifères et des protozoaires présentent donc de nombreuses analogies. Ces analogies suggèrent que les légionelles sont des parasites des protozoaires secondairement aptes à infecter l'homme ou d'autres espèces animales. Les légionelles introduites dans les organismes supérieurs, principalement par l'inhalation d'aérosols, sont capables d'infecter les cellules des mammifères grâce à des mécanismes primitivement destinés à infecter des protozoaires. Sur le plan biologique, les légionelloses ne seraient que des accidents liés au développement de techniques, telle que la climatisation, générant des aérosols infectieux.
Plusieurs types de mutants ont été obtenus et leur utilisation a permis de mettre en évidence des loci impliqués dans la multiplication intracellulaire. Les mutants pmi (pour protozoa and macrophage infectivity) sont incapables de se multiplier dans les protozoaires et dans les macrophages alors que les mutants mil (pour macrophage-specific infectivity locus) se multiplient chez les protozoaires mais pas dans les macrophages.
L'attachement aux cellules épithéliales des alvéoles pulmonaires fait intervenir les pili de type IV et ces cellules permettent également la multiplication des légionelles. L'infection des alvéocytes a été peu étudiée et son importance dans la pathogénie est très mal connue. Les mutants pmi et mil sont aptes à se multiplier dans les alvéocytes de type I et II ce qui montre que les mécanismes de survie dans les macrophages et les cellules épithéliales sont différents. L'inoculation de ces mutants à des souris A/J provoque une infection comparable à celle obtenue avec une souche sauvage ce qui suggère que l'infection des alvéocytes joue un rôle majeur in vivo. Mort des cellules Les mécanismes conduisant à la lyse des protozoaires sont inconnus. En ce qui concerne la mort des cellules des mammifères, celle-ci se produirait en deux phases. Dans une première phase, lorsque les cellules sont infectées par un faible nombre de bactéries, la mort résulterait d'un phénomène d'apoptose. Ultérieurement, lorsque le nombre de bactéries présentes dans les foyers infectieux est important, les cellules subiraient un phénomène de nécrose.
Diagnostic biologique
En France, la légionellose de l'homme est une maladie à déclaration obligatoire et le diagnostic de certitude est important afin de mettre en place les mesures prophylactiques. Les définitions des cas de légionellose (cas confirmés, cas possibles, cas groupés, cas liés, légionelloses nosocomiales) sont données dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n° 20/22 du 20 mai 1997 (disponible sur Internet : http://www.invs.sante.fr/).
Les différentes techniques, nécessaires à la confirmation d'un cas de légionellose ainsi que les techniques de recherche à partir du milieu extérieur sont rapidement présentées ci-dessous. Culture et identification dans les prélèvements cliniques
La culture des légionelles est difficile mais l'isolement reste la méthode de choix pour un diagnostic de certitude. Les prélèvements (liquide broncho-alvéolaire, ponction transtrachéale, liquide pleural, biopsie pulmonaire broyée, crachats...) contaminés peuvent être traités par la chaleur (60 °C durant 2 minutes) ou par acidification (HCL-KCL 0,2 N, pH 2, temps de contact de 15 minutes, neutralisation à la potasse 0,1 N durant 15 minutes). L'intérêt de ces méthodes de décontamination est discuté car elles apportent un surcroît de travail, elles peuvent altérer la viabilité des légionelles et elles ne semblent vraiment utiles que lorsque la contamination est due à des Pseudomonas sp. non inhibées par les antibiotiques contenus dans les milieux sélectifs (Cf. infra). Chez les patients gravement malades, la recherche peut également être effectuée sur le sang.
L'isolement doit se réaliser, en parallèle, sur des milieux non sélectifs (BCYE) et sur des milieux sélectifs****** (BYCE AB, BKAB, GVP, GVCP).
Immunofluorescence directe dans un prélèvement clinique
L'immunofluorescence directe sur les prélèvements (expectorations, aspirations trachéales, lavages bronchiques, biopsies pulmonaires, liquide pleural) fait appel à des réactifs commercialisés. La majorité d'entre eux permet le diagnostic de tous les sérogroupes de Legionella pneumophila mais, aucun kit ne permet la détection de toutes les espèces du genre.
Mise en évidence d'antigènes solubles dans les urines Environ 80 p. cent des malades présentent des antigènes solubles dans leurs urines dès l'apparition des symptômes et chez certains sujets, l'élimination se prolonge durant plusieurs semaines ou plusieurs mois. La détection d'antigènes solubles de Legionella sp. dans les urines se réalise grâce à des tests commercialisés faisant appel à la radio-immunologie, à l'immuno-enzymologie ou à une immunochromatographie sur membrane. Aucun test ne permet la détection de tous les sérogroupes de Legionella pneumophila et de toutes les espèces de légionelles. Compte tenu de la sensibilité et de la spécificité de ces tests et compte tenu de la prévalence de l'infection, la valeur prédictive positive est estimée à 86 p. cent et la valeur prédictive négative à 95 p. cent. Les avantages sont toutefois nombreux : précocité, rapidité, détection possible des antigènes malgré une antibiothérapie, recueil facile du prélèvement, conservation possible des urines plusieurs jours à température ambiante, plusieurs mois à 4 °C et jusqu'à 265 jours à - 70 °C. Sérologie
La sérologie est la technique la plus utilisée et elle fait généralement appel à l'immunofluorescence indirecte détectant les anticorps dirigés contre le lipopolysaccharide. Seule la sérologie de Legionella pneumophila sérogroupe 1 est reconnue au niveau international.
Recherche des légionelles dans l'eau La recherche et la numération des légionelles dans l'eau sont effectuées selon la norme AFNOR NT90-431 de novembre 1993. Le prélèvement, constitué par un litre d'eau, doit parvenir au laboratoire dans les 48 heures. L'eau est filtrée sur un filtre en polycarbonate de porosité 0,22 µm, le filtre est repris dans 5 mL d'eau stérile et les bactéries sont remises en suspension à l'aide d'ultrasons. Cent microlitres sont ensemencés directement et après acidification sur des milieux spécifiques pour les légionelles (BCYE, BYCE AB, GVPC) puis les milieux sont incubés à 35 °C dans une atmosphère contenant 2,5 p. cent de dioxyde de carbone. Les légionelles sont dénombrées et identifiées à J3, J5 et J10. La sensibilité de la méthode est de 50 UFC/litre et les résultats sont généralement disponibles en 8 à 10 jours.. Typage des souches Dans un but épidéiologique, il est nécessaire d'établir un lien de clonalité entre les souches isolées des malades et les souches isolées de l'environnement. La technique de typage la plus discriminante est l'analyse des profils de macrorestriction de l'ADN total par électrophorèse en champ pulsé.
Sensibilité aux antibiotiques
La détermination de la sensibilité in vitro aux antibiotiques ne peut être réalisée selon les normes standardisées classiques. En effet, la présence de charbon et d'extraits de levure dans les milieux de culture ainsi que l'acidité des milieux (pH 6,9) a un effet inhibiteur pour certains antibiotiques et, le temps de génération étant long, la lecture ne peut s'effectuer avant 48 heures d'incubation. De plus, il existe des discordances entre les résultats obtenus in vitro et l'efficacité des traitements ce qui s'expliquerait, au moins partiellement, par la localisation intracellulaire des légionelles dans les macrophages. Pour toutes ces raisons, la réalisation en routine d'un antibiogramme n'est pas conseillée.
Prophylaxie
En France, les légionelloses sont des maladies à déclaration obligatoire depuis 1987. Une déclaration permet à la DDASS de réaliser une enquête afin d'identifier les expositions à risque, de rechercher d'autres cas liés à ces expositions et de prendre les mesures environnementales de contrôle appropriées. Dans chaque établissement hospitalier, les Comités de Lutte contre les Infections Nosocomiales sont chargés de la surveillance, de la prévention des infections et de l'investigation de tout cas de légionellose nosocomiale. Le Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France a rendu un avis concernant l'antibioprophylaxie des légionelloses. Cet avis ne pouvant être cité que dans son intégralité, il est reproduit dans une note infrapaginale******. La recherche d'une contamination par les légionelles dans les établissements de santé est obligatoire depuis la parution de la circulaire DGS n° 98/771 (disponible sur Internet, voir : http://www.invs.sante.fr/). Pour les autres établissements accueillant un public tout venant, tels que les hôtels, les centres d'hébergements, les campings, les centres sportifs... une surveillance annuelle est recommandée (circulaire DGS n° 97-377, disponible sur Internet, voir : http://www.invs.sante.fr/). Depuis 1996, une directive européenne concerne les voyages organisés. Cette directive rend responsable le voyagiste qui loge des clients dans des hôtels dont il sait qu'ils sont susceptibles d'être a l'originede légionellose. Les investigations à réaliser lors d'un cas isolé, les investigations épidémiologiques de cas groupés, les modalités des enquêtes environnementales, les mesures de lutte et de prévention ainsi que les modalités de surveillance épidémiologique et environnementale sont exposées dans la circulaire DGS n° 97/311 (disponible sur Internet, voir : http://www.invs.sante.fr/). Les "mesures de désinfection des circuits d'eau chaude sanitaire", "les bonnes pratiques d'entretien d'un réseau d'eau chaude sanitaire en vue de limiter la multiplication de Legionella", "les mesure de lutte et de prévention au niveau des systèmes de climatisation et des tours aéro-réfrigérantes" et "les mesures de lutte et de prévention en milieu thermal" sont données dans les annexes de la circulaire DGS n° 97/311 (disponible sur Internet, voir : http://www.invs.sante.fr/).
Orientation bibliographique
Sur Internet Centre National de Référence des Légionelles Institut de Veille Sanitaire. De nombreux documents d'information ainsi que les circulaires DGS sont disponibles sur ce site. Pour consulter facilement le contenu des circulaires, il suffit de rentrer leurs numéros dans le moteur de recherche. List of Procaryotic Names with Standing in Nomenclature. Le fichier Legionella donne la liste des espèces validement publiées et permet de trouver les références des publications décrivant les diverses espèces du genre. Ministère (français) de l'emploi et de la solidarité : Dossier légionelloses Infections animales BOLDUR (I.), COHEN (A.), TAMARIN-LANDAU (R.) et SOMPOLINSKY (D.) : Isolation of Legionella pneumophila from calves and the prevalence of antibodies in cattle, sheep, horses, antelopes, buffaloes and rabbits. Vet. Microbiol., 13, 313-320. CHO (S.N.), COLLINS (M.T.) et REIF (J.S.) : Serologic evidence of Legionella infection in horses. Am. J. Vet. Res., 1984, 45, 2600-2602. CHO (S.N.), COLLINS (M.T.), REIF (J.S.) et McCHESNEY (A.E.) : Experimental infections of horses with Legionella pneumophila. Am. J. Vet. Res., 1983, 44, 662-668. COLLINS (M.T.), CHO (S.N.) et REIF (J.) : Prevalence of antibodies to Legionella pneumophila in animal populations. J. Clin. Microbiol., 1982, 15, 130-136. ESPINASSE (J.), VISO (M.), ROUSSEAU (D.), LAMBERT (P.), TRAM (C.), MOLLARET (H.H.), PERRIN (M.) et FEDIDA (M.) : Incidence of antibodies to Legionella species in French cattle. Vet. Rec., 1982, 111, 463. FABBI (M.), MAGNINO (S.), SCANZIANI (E.) et PASTORIS (M.C.) : Legionella pneumonia in a calf. J. Infect., 1993, 27, 215-216. FABBI (M.), PASTORIS (M.C.), SCANZIANI (E.), MAGNINO (S.) et DI MATTEO (L.) : Epidemiological and environmental investigations of Legionella pneumophila infection in cattle and case report of fatal pneumonia in a calf. J. Clin. Microbiol., 1998, 36, 1942-1947. PHAKKEY (A.), LINDQVIST (K.J.), OMLAND (T.) et BERDAL (B.J.) : Legionella antibodies in human and animal populations in Kenya. APMIS, 1990, 98, 43-49. PRITCHARD (D.G.), MACRAE (A.D.) et LAVERICK (A.) : Failure to detect antibodies to Legionella pneumophila serogroup 1 in bovine and porcine sera from outbreaks of severe respiratory disease. Vet. Rec., 1980, 106, 367. Autres publications (liste limitée à des synthèses) BORNSTEIN (N.) et FLEURETTE (J.) : Legionella. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Manuel de bactériologie clinique, volume 3, 2ème édition, Elsevier, collection Option Bio, Paris, 1994, 1327-2354. BRENNER (D.J.), FEELEY (J.C.) et WEAVER (R.E.) : Family VII. Legionellaceae Brenner, Steigerwalt and McDade 1979, 658AL. In : N.R. KRIEG and J.G. HOLT (ed.), Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, vol. 1, The Williams & Wilkins Co, Baltimore, 1984, p. 279. BRENNER (D.J.), FEELEY (J.C.) et WEAVER (R.E.) : Genus I. Legionella Brenner, Steigerwalt and McDade 1979, 658AL. In : N.R. KRIEG and J.G. HOLT (ed.), Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, vol. 1, The Williams & Wilkins Co, Baltimore, 1984, pp. 279-288. DOWLING (J.N.), SAHA (A.K.) et GLEW (R.H.) : Virulence factors of the familly Legionellaceae. Microbiol. Rev., 1992, 56, 32-60. EDELSTEIN (P.H.) : Legionnaires' disease. Clin. Infect. Rev., 1993, 16, 741-749. FIELDS (B.S.), BENSON (R.F.) et BESSER (R.E.) : Legionella and legionnaires's disease: 25 years of investigation. Clin. Microbiol. Rev., 2002, 15, 506-526. JARRAUD (S.) et ETIENNE (J.) : Legionella et légionelloses. Bulletin de l'Association des Anciens Élèves de l'Institut Pasteur, 2002, N° 170, 17-20. JARRAUD (S.), REYROLLE (M.) et ETIENNE (J.) : Legionella et légionellose. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Précis de bactériologie clinique, Editions ESKA, Paris, 2000, pp. 1389-1405. KWAIK (Y.A.), GAO (L.Y.), STONE (B.J.) et HARB (O.S.) : Invasion of mammalian and protozoan cells by Legionella pneumophila. Bull. Inst. Pasteur., 1998, 96, 237-247. KWAIK (Y.A.), GAO (L.Y.), STONE (B.J.), VENKATARAMAN (C.) et HARB (O.S.) : Invasion of protozoa by Legionella pneumophila and its role in bacterial ecology and pathogenesis. Appl. Environ. Microbiol., 1998, 64, 3127-3133. LA SCOLA (B.) : Bactéries intracellulaires d'amibes. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Précis de bactériologie clinique, Editions ESKA, Paris, 2000, pp. 1407-1412. WINN Jr. (W.C.) : Legionella. In : P.R. MURRAY, E.J. BARON, M.A. PFALLER, F.C. TENOVER et R.H. YOLKEN (éd.) : Manual of Clinical Microbiology, 7th edition, ASM Press, Washington, D.C., 1999, pp. 572-585.
AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.
* : Les nomenclatures de Legionella micdadei (décrite par Hébert et al. 1980) et de Legionella pittsburghensis (décrite par Pasculle et al. 1980) ont été validement publiées en 1980 par inscription sur la liste de validation n° 5. Ces deux espèces possèdent la même souche type (la souche TATLOCK = ATCC 33218) et elles sont donc des synonymes homotypiques. Sur la liste de validation n° 5, les numéros de priorité (ces numéros reflètent la date à laquelle le comité éditorial de IJSB ou de IJSEM a reçu la demande de validation) ne sont pas indiqués car cette procédure n'a été mise en place qu'en janvier 1988. En théorie, ces deux noms peuvent être utilisés indifféremment. En pratique, la nomenclature de Legionella pittsburghensis est peu employée et la majorité des auteurs utilisent celle de Legionella micdadei.
** : Définition d'un genre bactérien
Il n'existe pas de définition d'un genre bactérien. De manière idéale, un genre devrait rassembler des espèces génétiquement et phénotypiquement apparentées. Les critères génétiques varient selon les auteurs mais un genre pourrait regrouper des souches présentant entre 25 (ou 40) et 60 p. cent d'homologie ADN - ADN.
Références:
*** : Fluoribacter bozemanae et Legionella bozemanae corrig. possèdent la même souche type (la souche WIGA = ALLO1 = ATCC 33217) et sont des synonymes homotypiques.
**** : Gélose BCYE (Buffer Charcoal Yeast Extract) :
Extrait de levure : 10 g
***** : Principales espèces du genre Legionella isolées chez l'homme : Legionella anisa, Legionella birminghamensis, Legionella bozemanae, Legionella cincinnatiensis, Legionella dumoffii, Legionella feeleii, Legionella gormanii, Legionella hackeliae, Legionella israelensis, Legionella jordanis, Legionella lansingensis, Legionella longbeachae, Legionella lytica, Legionella maceachernii, Legionella micdadei, Legionella oakridgensis, Legionella pneumophila, Legionella sainthelensi, Legionella tucsonensis, Legionella wadsworthii.
Milieu BCYE AB : milieu BYCE contenant de la céfalotine (4 mg/L), de la colistine (16 mg/L) et de la vancomycine (0,5 mg/L). Milieu BKAB : milieu BYCE contenant de l'alpha-cétoglutarate (1 g/L), de la colistine (5 mg/L) et de la vancomycine (5 mg/L). Milieu GVP : milieu BYCE contenant de la glycine (3 g/L), de la vancomycine (5 mg/L) et de la colistine (5 mg/L). Milieu GVPC : milieu BYCE contenant de la glycine (3 g/L), de la polymyxine B (100 000 UI/L), de la cycloheximide (80 mg/L) et de la vancomycine (1 mg/L).
******* : Avis du 16 avril 1999 du conseil supérieur d'hygiène publique de France sur la place de l'antibioprophylaxie dans la prévention des légionelloses nosocomiales NOR: MESP9930250V (Texte non paru au journal officiel)
Considérant :
la section des maladies transmissibles du Conseil supérieur d'hygiène publique de France émet l'avis suivant :
(Cet avis ne peut être diffusé que dans son intégralité sans suppression ni ajout)
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