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Créé le 7 juin 1998
LEPTOSPIRA
Systématique
Le genre Leptospira est un des genres de la famille des ¤ Leptospiraceae placée dans l'ordre des ¤ Spirochaetales. La comparaison des séquences des ARN ribosomaux a confirmé les résultats des études phénotypiques à savoir que le genre Leptospira constitue bien un groupe individualisé au sein de l'ordre des Spirochaetales.
Avant octobre 1987, le genre Leptospira comprenait 3 espèces : (i) Leptospira interrogans regroupant les souches pathogènes pour l'homme et/ou l'animal, (ii) Leptospira biflexa rassemblant les souches non pathogènes isolées de l'eau, de la boue et parfois de l'homme ou de l'animal et (iii) Leptospira parva, espèce non pathogène isolée de l'eau, d'un échantillon d'albumine bovine et de l'utérus d'une truie.
Leptospira interrogans et Leptospira biflexa étaient en fait de simples nomenspecies c'est à dire des taxons définis dans un but pratique sur la base de quelques caractères particuliers. Leptospira parva présente des caractères phénotypiques particuliers et les études d'hybridation ADN - ADN confirment la validité de ce taxon. Le 11 juillet 2005, cette espèce a été reclassée dans un nouveau genre (Turneriella) avec la dénomination de Turneriella parva.
En octobre 1987, des études d'hybridation ADN - ADN ont modifié de manière radicale la taxonomie des leptospires en montrant l'existence d'au moins 5 nouvelles genomospecies (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne) au sein de l'espèce Leptospira interrogans et d'au moins 2 nouvelles genomospecies au sein de l'espèce Leptospira biflexa. Cette classification génomique est étayée par des caractères phénotypiques (peu nombreux et difficiles à mettre en évidence) si bien que Yasuda et al. proposent 7 nouvelles espèces : Leptospira borgpetersenii, Leptospira inadai, Leptospira meyeri, Leptospira noguchii, Leptospira santarosai, Leptospira weilii et Leptospira wolbachii.
En 1992, Ramadass et al. décrivent l'espèce Leptospira kirschneri ; en 1998, Perolat et al. proposent l'espèce Leptospira fainei ; en 1999, Brenner et al. valident la nomenclature de Leptospira alexanderi ; en 2006, Levett et al. décrivent Leptospira broomii ; en 2008, Slack et al. valident la nomenclature de Leptospira wolffii ; en janvier 2009, Leptospira licerasiae Matthias et al. a été validement publiée par citation sur la liste de validation n° 125; et, en avril 2009, Slack et al. valident la nomenclature de Leptospira kmetyi.
En pratique, le taxon de base pour les leptospires est le sérovar défini de la manière suivante : "Deux souches sont considérées comme appartenant à des types sérologiques distincts si, après absorption croisée par une quantité appropriée d'antigène hétérologue, l'antisérum de l'une au moins des deux souches conserve régulièrement, dans des tests répétés par rapport à la souche homologue, un titre au moins égal à 10 p. cent de celui qu'il accusait primitivement avec cette souche". Les sérovars antigéniquement proches sont regroupés en sérogroupes. De manière comparable aux sérovars de Salmonella choleraesuis subsp. choleraesuis, les sérovars et les sérogroupes sont désignés par des noms (quelques sérovars sont toutefois désignés par des numéros ou des lettres ; par exemple les sérovars 21-74 et 26-73 du sérogroupe Bataviae). Le Code de Nomenclature des bactéries ne régit pas la désignation des taxons d'un rang inférieur à la sous-espèce et il est possible d'écrire les noms des sérovars de différentes manières. Toutefois, nous suivrons la désignation utilisée par le sous-comité de taxonomie des leptospires : ces noms ne seront pas écrits en italique, les noms des sérogroupes et des sérovars seront écrits avec une majuscule. Ces sérovars sont couramment désignés sous une forme simplifiée, par exemple : Leptospira Alice dont le nom complet serait Leptospira santarosai sérogroupe Autumnalis sérovar Alice. Au sein du genre Leptospira sensu stricto (excluant les genres Leptonema et "Turneria") il existe au moins 29 sérogroupes rassemblant plus de 260 sérovars.
Une des difficultés rencontrée lors de l'étude du genre Leptospira tient au fait qu'il n'y a pas une superposition entre les espèces nouvellement définies et les divisions sérologiques. Toutes les sérovars d'un même sérogroupe n'appartiennent pas à la même espèce, une seule espèce est constituée de sérovars appartenant à divers sérogroupes et les souches d'un unique sérovar peuvent être réparties entre différentes espèces. Ainsi, la souche 24K du sérovar Pomona est placée dans l'espèce Leptospira noguchii alors que les souches 164, S91, Wickard, Pomona et Johnson sont placées dans l'espèce Leptospira interrogans sensu stricto ; la souche Hardjoprajitno du sérovar Hardjo est placée dans l'espèce Leptospira interrogans sensu stricto, la souche Went 5 dans l'espèce Leptospira meyeri et les souches K-125 et T-20 dans l'espèce Leptospira borgpetersenii ; la souche Andaman du sérovar Grippotyphosa appartient à l'espèce Leptospira interrogans sensu stricto et les souches Moska V, DF, GG et STP appartiennent à l'espèce Leptospira kirschneri ; ...
Caractères bactériologiques
Les leptospires présentent tous les caractères des ¤ Spirochaetales et des ¤ Leptospiraceae. Ce sont des bactéries de 0,1 à 0,2 µm de diamètre (un microscope à fond noir est indispensable pour leur observation) et de 6 à 12 µm de longueur, finement spiralées, présentant des extrémités en crochets, mobiles grâce à deux flagelles (un à chaque pôle de la cellule) qui ne se chevauchent pas au centre de la cellule, aérobies strictes, catalase positive, oxydase négative, chimio-organotrophes, capables d'utiliser les acides gras à longues chaînes comme seule source de carbone et d'énergie, incapables de métaboliser les sucres et ne nécessitant pas d'acides aminés pour la croissance. Les leptospires n'incorporent pas les bases pyrimidiques et l'adjonction de 5-fluoro-uracile (100 mg/mL) est mise à profit pour rendre partiellement sélectif les milieux de culture.
Sur le plan génétique, des études effectuées sur quelques souches révèlent des particularités :
La culture des leptospires est longue (temps de génération de 4 à 5 heures pour les sérovars saprophytes et de 8 à 12 heures pour les sérovars pathogènes) et difficile. Elle nécessite des acides gras à longues chaînes généralement fournis par des Tweens, des vitamines B1 et B12, du fer ferreux et de l'ion ammonium comme source d'azote. Le milieu le plus souvent utilisé est le milieu Tween-albumine ou milieu EMJH (Ellinghausen - McCullough modifié par Johnson et Harris) qui est commercialisé. La croissance est appréciée par une observation des cultures au microscope à fond noir. Les différentes espèces peuvent présenter des caractères phénotypiques particuliers (tableau I). Toutefois, comme le soulignent Brenner et al., ces caractères ont peu d'intérêt pour le diagnostic différentiel. De plus, les techniques sont de mise en œuvre délicate et les caractères phénotypiques ne sont généralement pas donnés pour les espèces les plus récemment décrites (voir tableau I).
Habitat et pouvoir pathogène
Les espèces Leptospira biflexa sensu stricto et Leptospira wolbachii sont constituées de souches saprophytes, Leptospira meyeri rassemble soit des sérovars pathogènes (comme Ranarum, Sofia ou Perameles) soit des sérovars saprophytes (comme Semaranga), Leptospira alexanderi regroupe des sérovars pathogènes (comme Mengla ou Nanding) ou des sérovars dont l'origine est inconnue (Lushui = Manhao 1, Manhao 3) alors que, les autres espèces, comprennent des souches pathogènes.
Les sérovars pathogènes ont pour habitat les animaux infectés, malades ou non, qui hébergent le germe notamment dans les tubules rénaux et le tractus génital. Le réservoir de germes est variable selon les sérovars : le rat (Rattus norvegicus) pour Leptospira Icterohaemorrhagiae ; le campagnol pour Leptospira Grippotyphosa ; le chien pour Leptospira Canicola ; les bovins et les ovins pour Leptospira Hardjo ; les porcs et les suidés sauvages ainsi que les bovins (au moins en Amérique du Nord) pour Leptospira Pomona ; ... Cette spécificité réservoir - sérovar n'est pas exclusive et de nombreuses espèces animales peuvent être des réservoirs pour de nombreux sérovars.
Les leptospiroses sont observées chez de nombreuses espèces de mammifères y compris l'homme. En revanche, elles ne semblent pas exister chez les oiseaux et, expérimentalement, il est impossible d'infecter les oiseaux adultes. L'infection des poissons, des batraciens, des animaux invertébrés aquatiques et des reptiles n'est pratiquement pas documentée (on sait toutefois que certains sérovars comme pingchang, sichuan et ranarum sont isolés de grenouilles paraissant en bonne santé). D'une manière générale, chez les animaux, les infections chroniques sont beaucoup plus fréquentes que les infections aiguës ou subaiguës et dans la grande majorité des cas les infections sont asymptomatiques. Les formes aiguës se caractérisent par des septicémies, des hépatites, des néphrites et des hémoglobinuries. Dans les formes subaiguës, les signes généraux sont moins intenses et les avortements fréquents. Dans les formes chroniques, le tableau clinique est dominé par des avortements, des néphrites interstitielles et chez certaines espèces par de l'infertilité et des uvéites.
Les sérovars responsables d'infections chez les mammifères sont nombreux et variables selon les régions.
Chez l'homme, les leptospiroses sont principalement des zoonoses professionnelles ou des zoonoses de loisir.
Leptospiroses des carnivores
Les principaux sérovars responsables d'infections chez les carnivores sont canicola et icterohaemorrhagiae et, dans une moindre mesure, pomona, grippotyphosa, copenhageni, bratislava, ballum, australis, autumnalis, hardjo et bataviae.
Chez le chat, les leptospiroses sont beaucoup moins fréquentes ou non diagnostiquées. Les sérovars identifiés sont icterohaemorrhagiae, pomona, grippotyphosa, ballum et canicola. Les signes cliniques sont comparables à ceux observés chez le chien.
L'infection des chevaux est souvent asymptomatique et des anticorps sont fréquemment mis en évidence chez des animaux sains. Ces réponses sérologiques fréquentes, concernant 68,4 p. cent des 1452 chevaux testés en France en 1998, s'expliquent, en grande partie, par le mode d'entretien de ces animaux. Les principaux sérovars sont pomona, icterohaemorrhagiae, grippotyphosa, autumnalis, canicola, sejroe et bratislava (le cheval serait même un réservoir pour ce dernier sérovar).
Les sérovars pomona et hardjo sont les plus fréquents mais des cas d'infections à grippotyphosa, icterohaemorrhagiae, bratislava, tarassovi, autumnalis, australis, hebdomadis, bataviae, hardjobovis, hardjo (hardjoprajitno), ... sont également observés.
Leptospiroses des petits ruminants
Chez le mouton, les formes frustres voire même asymptomatiques sont les plus fréquentes. Lors de leptospiroses aiguës (rares), on note de l'anorexie, un état d'abattement, une hémoglobinurie, un ictère, une anémie et une mortalité importante chez les agneaux. Dans la forme chronique, des néphrites ont été observées mais les signes cliniques les plus fréquents sont des troubles de la reproduction (mortinatalité et surtout avortements). Les principaux sérovars responsables de ces infections sont variables selon les pays. En ce qui concerne la France, aucune donnée récente n'est disponible mais, en 1988, les sérovars les plus fréquents étaient grippotyphosa, sejroe, icterohaemorrhagiae et tarassovi.
Leptospiroses du porc
Chez le porc, les sérovars pomona, kennewicki (Amérique du Nord), tarassovi, bratislava, muenchen, icterohaemorrhagiae et dans une moindre mesure sejroe et hardjo (élevages de plein air) semblent les plus fréquents. Les sérovars pomona et bratislava sont bien adaptés au porc.
Facteurs de pathogénicité
Les leptospires pénètrent par voie transcutanée (peau saine dont la perméabilité est augmentée par un séjour prolongé dans l'eau, présence d'abrasions, d'excoriations ou de lésions plus importantes) ou muqueuse (conjonctivale, nasale, pharyngée, digestive, génitale). Le germe n'est généralement pas présent dans la salive et les morsures ne jouent pas un rôle direct dans la contamination de l'homme (elles sont cependant à l'origine de plaies pouvant offrir une porte d'entrée à la bactérie). Par la suite, les bactéries passent dans le sang où elles se multiplient avec un temps de doublement estimé à 8 heures puis gagnent la rate, le foie, le cerveau et d'autres organes. Les lésions les plus précoces sont des lésions des endothéliums vasculaires conduisant à des ischémies responsables de nécrose des tubules rénaux, de lésions d'hépatite, de méningite, de myosite et de placentite. Le développement d'une réponse immunitaire (anticorps opsonisants) peut entraîner une élimination des bactéries et la guérison mais, le germe peut également persister dans des sites privilégiés comme les tubes rénaux proximaux, le cerveau, la chambre antérieure de l'œil ou le tractus génital.
La virulence des leptospires se perd rapidement in vitro si bien que le passage sur animal sensible est nécessaire à la conservation du pouvoir pathogène. Les facteurs de virulence sont très mal connus.
Diagnostic bactériologique
Les techniques utilisées dans le diagnostic bactériologique sont détaillées dans l'ouvrage de G. Baranton et D. Postic (1989). Les leptospires de l'espèce Leptospira interrogans sensu lato appartiennent au groupe de risque 2 (arrêté du 8 juillet 1994) et leur manipulation nécessite des précautions (hottes, port de gants imperméables, lunettes protectrices, ...).
Lors d'infections aiguës, les leptospires peuvent être recherchés dans le sang (les chances d'isoler le germe sont d'autant plus grandes que le prélèvement est précoce), le LCR, l'urine, le liquide pleural des avortons ou dans divers tissus. Après 8 à 10 jours d'évolution, les prélèvements sont constitués par de l'urine ou divers produits d'autopsie (rein, cerveau, organes des avortons, ...). Les prélèvements doivent être effectués avant toute antibiothérapie et ne doivent pas être congelés.
La recherche des leptospires peut se faire par un examen direct au microscope à fond noir ou après coloration.
L'examen au microscope à fond noir doit se réaliser sur des prélèvements très frais au sein desquels les leptospires auront conservé leur mobilité (la mobilité particulière de ces germes est importante pour orienter le diagnostic). Les leptospires apparaissent comme de fins spirochètes, aux extrémités recourbées en crochets et présentant une mobilité par rotation, flexion et translation. L'examen microscopique présente de nombreux inconvénients :
Les techniques de coloration par imprégnation argentique sont d'un intérêt limité et on leur préférera une coloration par l'acridine orange ou des "colorations" faisant appel à des réactions immunologiques (immunofluorescence ou "coloration" à la peroxydase) qui nécessitent l'utilisation d'antisérums spécifiques et qui sont généralement réservées à des laboratoires spécialisés.
La mise en culture est réservée à des laboratoires spécialisés. Elle est généralement réalisée sur le milieu EMJH liquide ou semi-solide (1 p. cent d'agar). Le sang ou les urines sont dilués 10 fois avant ensemencement pour limiter l'effet d'éventuels inhibiteurs. Lorsque les prélèvements sont contaminés, il est possible de filtrer les prélèvements liquides sur des membranes de porosité 0,45µm voire même de 0,22 µm ou de rendre les milieux sélectifs par adjonction de 5 fluoro-uracile (100 µg/mL) ou éventuellement de fosfomycine (400 µg/mL) ou de néomycine (300 µg/mL).
L'identification du genre Leptospira repose sur les caractères morphologiques ainsi que sur son aptitude à pousser dans le milieu EMJH (à l'exception de Leptonema illini et de "Turneria parva", les autres spirochètes ne poussent pas sur ce milieu). L'identification de l'espèce par l'étude des caractères phénotypiques a peu d'intérêt. Il est éventuellement possible de recourir aux caractères mentionnés sur le tableau I. On peut également identifier Leptospira interrogans sensu lato par inoculation à l'animal (cobaye ou mieux hamster, sensible à un nombre plus important de sérovars). Cette technique présente quelques limites car les leptospires perdent rapidement leur virulence in vitro, tous les sérovars ne provoquent pas de signes cliniques évidents et la sensibilité des animaux est variable selon les individus (la sensibilité peut être augmentée par un traitement préalable à la cyclophosphamide). La détermination du sérogroupe et du sérovar se fait par la technique de micro-agglutination (agglutination lyse de Martin et Pettit). Elle nécessite de posséder toutes les souches de référence ainsi que leurs antisérums et elle est réservée à des laboratoires hautement spécialisés tels que les centres collaborateurs OMS.
Diagnostic sérologique
Les techniques utilisées dans le diagnostic sérologique sont détaillées dans l'ouvrage de G. Baranton et D. Postic (1989). Compte tenu de la difficulté du diagnostic bactériologique par isolement et identification du germe, le diagnostic des leptospirose est assuré essentiellement par sérologie. Comme pour la très grande majorité des examens sérologiques, deux prélèvements espacés de 8 à 10 jours sont nécessaires à l'établissement du diagnostic des formes aiguës. Le diagnostic sérologique n'est possible que 10 à 12 jours après l'apparition des symptômes et une antibiothérapie préalable retarde l'apparition des anticorps, peut diminuer les titres et même négativer des réactions comme l'ELISA. Le test de macro-agglutination sur lame ou test TR utilise un antigène thermorésistant (d'où le nom de TR) préparé à partir d'une souche de Leptospira Patoc. Ce test est de mise en œuvre très simple mais sa mauvaise sensibilité et, surtout, sa mauvaise spécificité le rende inadapté pour un diagnostic. Un test ELISA faisant appel à un antigène extrait d'une souche de Leptospira Patoc se révèle spécifique (spécificité de genre) mais il présente l'inconvénient d'être fréquemment négatif lorsque l'infection est due à certains sérovars comme grippotyphosa ou australis. L'utilisation de plusieurs sérovars comme antigène améliore les résultats mais alourdit la mise en œuvre de la réaction. Sous sa forme actuelle, l'ELISA est considéré comme un test de dépistage.
Le test de micro-agglutination microscopique ou MAT (ancienne réaction d'agglutination-lyse de Martin et Pettit) est la technique de référence. Il consiste à mettre en présence le sérum à tester avec des cultures vivantes de leptospires puis à évaluer le degré d'agglutination au microscope à fond noir. La batterie de souches comprend une vingtaine de souches de référence représentatives des principaux sérogroupes, plus des souches isolées localement ainsi qu'une souche de Leptospira Patoc qui est agglutinée par les anticorps induits par de nombreux sérovars pathogènes. Un sérum est positif, à une dilution donnée et pour la souche testée, si au moins 50 p. cent des leptospires sont agglutinés par rapport à une souche témoin. Chez l'homme, le titre est fixé à 100. Chez l'animal le seuil de positivité retenu par l'Unité de Pathologie Infectieuse de l'École Nationale Vétérinaire de Nantes est fonction de l'espèce : 100 pour les bovins et les porcs, 200 pour les chevaux et 40 pour les chiens non vaccinés. Ces titres ont été établis en tenant compte de l'évolution clinique des leptospiroses : formes chroniques chez les bovins, chevaux et porcs (la réponse sérologique est le plus souvent établie lors de la réalisation du prélèvement), formes aiguës chez le chien non vacciné (le prélèvement est généralement réalisé au moment de la mise en place de la réponse en anticorps). La présence de co-agglutinines (anticorps agglutinant plusieurs sérovars) est fréquente en début de maladie et seul un sérum tardif permet de préciser le sérogroupe (d'où l'intérêt, dans le cas des leptospiroses, de tester un troisième sérum).
Diagnostic par amplification génique
En raison des difficultés du diagnostic bactériologique classique et du diagnostic sérologique, des techniques d'amplification génique par PCR ont été proposées. L'amplification d'une séquence de 331 pb du gène rrs, spécifique du genre Leptospira, couplé à l'hybridation par une sonde complémentaire a été mise au point à l'Institut Pasteur de Paris. Elle permet un diagnostic rapide (36 heures) et pouvant être positif dès le premier jour d'évolution de la maladie sur des échantillons de sang ou d'urine. Sa positivité sur l'humeur aqueuse permet d'effectuer le diagnostic des complications oculaires. Des études complémentaires devraient permettre de codifier l'utilisation de cette technique pour le diagnostic. D'autres techniques d'amplification ont été proposées notamment une technique amplifiant une séquence du gène rrs mais utilisant deux jeux d'amorces différents : un jeu spécifique des souches pathogènes et un jeu spécifique des souches saprophytes. Cette technique permet une détection des souches pathogènes dans le milieu extérieur, devrait permettre la détection d'une souche pathogène dans un prélèvement et son utilisation a montré que Leptospira meyeri rassemble des sérovars saprophytes et pathogènes et que Leptospira fainei appartient au groupe des leptospires pathogènes.
Sensibilité aux antibiotiques
Chez l'homme, l'efficacité des traitements par la doxycycline et la pénicilline a été démontrée par des études cliniques.
Prophylaxie
La prophylaxie sanitaire est difficile compte tenu du grand nombre d'espèces animales susceptibles d'héberger des leptospires et de la survie de ces bactéries dans le milieu extérieur. Elle repose sur l'information des personnels à risque, la lutte contre les rongeurs, l'assèchement des collections d'eau par drainage, l'assainissement des berges des cours d'eau, le contrôle des eaux de baignade, le nettoyage des locaux infectés (abattoirs, cliniques vétérinaires, ...) et sur le port de vêtements protecteurs par les professionnels exposés (gants, bottes, masques, ...). La lutte contre l'infection des animaux domestiques permet également d'éviter la contamination de l'homme. La prophylaxie médicale fait appel à des vaccins inactivés. L'immunité étant spécifique de sérovars, les vaccins doivent contenir les principaux sérovars susceptibles d'infecter l'espèce animale objet de la vaccination. Des vaccins destinés aux bovins, aux porcs et aux chiens sont commercialisés dans plusieurs pays. En France, seuls des vaccins destinés aux chiens sont commercialisés (2 injections à 3 semaines d'intervalle suivies d'un rappel annuel ou, mieux, d'un rappel tous les 6 mois). Ces vaccins qui contiennent des souches des sérovars icterohaemorrhagiae et canicola, ont une efficacité limitée, ils ne protègent que pour une durée de 6 à 12 mois et ils n'empêchent ni le portage ni l'excrétion si bien qu'un chien vacciné peut être à l'origine de contaminations de l'homme. Selon André-Fontaine et al. ces vaccins pourraient conférer une certaine protection vis-à-vis d'autres sérovars (protection croisée due à des antigènes communs). Un vaccin à usage humain a été mis sur le marché français en 1979. Ce vaccin inactivé par le formol, fabriqué à partir de deux sérovars du sérogroupe Icterohaemorrhagiae, est destiné aux professionnels très exposés.
Adresse utile en médecine vétérinaire
Madame le Professeur André-Fontaine, Laboratoire des Leptospires, Unité de Pathologie Infectieuse de l'École Nationale Vétérinaire de Nantes, BP 40706, 44307 Nantes CEDEX 03.
Orientation bibliographique
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