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Dernière mise à jour le 25 juin 2000
LISTERIA
Autres dénominations :
Introduction
Le genre Listeria est constitué de bactéries largement répandues dans le milieu extérieur. Il compte actuellement six espèces dont deux, Listeria ivanovii et, surtout, Listeria monocytogenes sont responsables d'infections chez l'homme et/ou l'animal. Durant de nombreuses années, les listérioses étaient principalement considérées comme des maladies des animaux même si des cas sporadiques et parfois dramatiques étaient décrits chez l'homme. Dans les années 1979/1980, Listeria monocytogenes a été identifiée comme une des bactéries responsables d'infections d'origine alimentaire et, depuis cette époque, les Listeria sp. ont suscité de nombreuses inquiétudes chez les consommateurs et sont devenues des bactéries dont on parle abondamment (trop ?) dans les grands organes d'information. Pourtant, l'incidence des infections alimentaires collectives dues à Listeria monocytogenes est faible, comparée à l'incidence des infections dues aux salmonelles, aux campylobactéries ou aux Escherichia coli.
Systématique
Listeria monocytogenes, espèce type du genre Listeria, a été décrite en 1926 par Murray et al. sous le nom de "Bacterium monocytogenes" puis renommée "Listerella hepatolytica" (Pirie, 1927). En 1940, Pirie a proposé la nomenclature de Listeria monocytogenes qui sera retenue par les Approved Lists of Bacterial Names.
Dès 1973, les premières études d'hybridation ADN - ADN avaient suggéré l'hétérogénéité génomique des souches regroupées sous la dénomination de Listeria monocytogenes. En 1983, de nouvelles études d'hybridation ADN - ADN, portant sur 66 souches, confirment cette hétérogénéité et montrent que l'espèce Listeria monocytogenes sensu lato est constituée de cinq genomospecies (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne) :
L'unique souche de Listeria denitrificans* présente quelques caractères bactériologiques semblables aux Listeria sp. mais elle s'en distingue par ses caractères morphologiques car c'est un bacille présentant soit des formes en Y soit des formes en club de golf soit, dans les vieilles cultures, des formes sphériques. Plusieurs études de taxonomie numérique ont montré que Listeria denitrificans était plus proche des Corynebacterium sp., des Cellulomonas sp. ou des Arthrobacter sp. que de Listeria monocytogenes. Son pouvoir cellulolytique, la présence de lysine dans le peptidoglycane et la composition des acides gras rapprochent cette bactérie des Oerskovia sp. alors que d'autres caractères et notamment la valeur du G + C p. cent la rapproche de Renibacterium salmoninarum. Les études d'homologie ADN - ADN révèlent que Listeria denitrificans présente un maximum de 20 p. cent d'homologie avec les Listeria sp. ce qui suggère également que cette espèce doive être exclue du genre. La position taxonomique de cette bactérie a été résolue par Rocourt et al. en 1987. Ces auteurs établissent le dictionnaire des oligonucléotides de l'ARNr 16S de Listeria denitrificans et ils le comparent aux dictionnaires établis pour plus de 150 bactéries à Gram positif. Les résultats montrent que Listeria denitrificans est phylogénétiquement apparentée aux actinomycètes et qu'elle doit être placée dans un nouveau genre pour lequel les auteurs proposent la nomenclature de Jonesia. Actuellement, Jonesia denitrificans appartient à la famille des Jonesiaceae, au sous-ordre des Micrococcineae, à l'ordre des Actinomycetales, à la sous-classe des ¤ Actinobacteridae et à la classe des ¤ Actinobacteria.
Listeria grayi et Listeria murrayi ont posé de nombreux problèmes taxonomiques. En 1973, Stuart et Welshimer montrent que ces deux espèces présentent de fortes homologies ADN - ADN mais que la distance génomique entre Listeria monocytogenes d'une part et Listeria grayi et Listeria murrayi d'autre part est importante. Aussi, ces auteurs proposent le transfert de Listeria grayi et de Listeria murrayi dans le nouveau genre "Murraya" avec les appellations, non validement publiées, de "Murraya grayi subsp. grayi" et de "Murraya grayi subsp. murrayi". Cependant, des études de taxonomie numérique et de chimiotaxonomie montrent que ces bactéries sont apparentées à Listeria monocytogenes et des études génétiques ultérieures (homologies ADN - ADN, analyse des profils d'isoenzymes, étude des profils de restriction des gènes codant pour les ARNr 16S, séquençage des ARNr 16S) confirment que ces deux espèces appartiennent bien au genre Listeria même si elles forment un groupe génomique distinct des autres espèces du genre.
La position supragénérique du genre Listeria est actuellement résolue. Historiquement, sur la base de quelques caractères morphologiques, le genre Listeria avait été rapproché des corynébactéries. Toutefois, les études chimiotaxonomiques, l'étude des oligonucléotides de l'ARNr 16S et, surtout, le séquençage total de l'ARNr 16S ont prouvé que les Listeria sp. appartiennent au grand groupe des Bacillus/Clostridium (ou groupe des bactéries à Gram positif avec un G + C p. cent inférieur à 50) et, au sein de cet ensemble, au groupe des Bacillus/Lactobacillus/Streptococcus et plus précisément au groupe des Bacillus/Staphylococcus. La validité de cette position taxonomique est renforcée par l'absence d'acides mycoliques et par la présence d'acides lipotéchoïques.
Caractères bactériologiques
Caractères généraux du genre Listeria
Les Listeria sp. se présentent sous la forme de petits bacilles droits (quelques cellules peuvent être incurvées), de 0,4 à 0,5 µm de diamètre sur 0,5 à 2,5 µm de longueur, aux extrémités arrondies, se présentant de manière isolée ou groupés en V ou en L ou en palissades ou, parfois, en courtes chaînes. Dans les vieilles cultures, il est possible d'observer des formes mesurant de 6 à 20 µm de longueur et lors de l'examen d'un produit pathologique ou lors de l'observation d'un bouillon de culture, il est possible d'observer des formes coccoïdes (0,4 à 0,5 µm de diamètre sur 0,4 à 0,6 µm de longueur).Ce sont des bactéries à Gram positif (les cellules prélevées dans de vieilles cultures retiennent mal la coloration de Gram), non acido-résistantes, non capsulées, non sporulées, aéro-anaérobies facultatives mais cultivant mieux en aérobiose et mobiles lorsqu'elles sont cultivées à 20 - 28 °C. La ciliature est de type péritriche avec un nombre de flagelles compris entre 1 et 5 et la mobilité est caractéristique car la bactérie semble tourner sur elle-même. En gélose mobilité (ensemencement par une strie centrale) incubée à 25 °C, la mobilité se traduit par une image typique en sapin renversé traduisant, outre la mobilité, le caractère aérobie préférentiel des Listeria sp.
Caractères biochimiques Une réponse positive est notée pour les tests catalase (quelques rares souches sont catalase négative et la catalase est inhibée par une culture effectuée en présence d'une concentration en glucose supérieure à 10 p. cent ou par une culture dans un milieu pauvre en viande et en extraits de levure), phosphatase alcaline, Voges-Proskauer, rouge de méthyle, hydrolyse de l'esculine, réduction du tellurite de potassium à 0,5 p. cent, réduction du bleu de méthylène, bêta-D-galactosidase, fermentation du glucose avec production d'acide lactique, acidification (en 48 heures) de l'amygdaline, du cellobiose, de l'esculine, du fructose, du mannose et de la salicine, acidification (en 2 à 6 jours) de l'alpha-méthyl-D-glucoside, acidification (en 10 jours) du glycérol. Une réponse négative est obtenue pour les tests oxydase, citrate de Simmons, indole, uréase, gélatinase, hydrolyse de la caséine, hydrolyse de la cellulose, hydrolyse de la tyrosine, hydrolyse de la xanthine, phénylalanine désaminase, LDC, ODC et ADH. Sauf exceptions, l'adonitol, l'arabinose, le dulcitol, l'érythritol, le glycogène, l'inositol, l'inuline, le mannitol, le mélibiose, le raffinose et le sorbose ne sont pas acidifiés. Les Listeria sp. hydrolysent l'hippurate de sodium (à l'exception des souches de Listeria grayi), elles ne produisent pas d'hydrogène sulfuré (à l'exception de quelques souches de Listeria grayi qui produisent de faibles quantités d'H2S détectables par la méthode du papier à l'acétate) et elles ne réduisent pas les nitrates en nitrites (à l'exception des souches autrefois appelées Listeria murrayi et actuellement incluses dans l'espèce Listeria grayi). Caractères culturaux Les Listeria sp. ne sont pas des germes exigeants et la culture est obtenue sur les milieux classiques telles qu'une gélose nutritive ou une gélose au sang. La culture est stimulée par l'addition de glucose à la concentration de 0,2 à 1 p. cent et, sur de tels milieux, les cultures dégagent une odeur de beurre rance. L'optimum thermique est compris entre 30 et 37 °C mais la croissance est possible pour des températures allant de 1 à 45 °C et certaines souches de Listeria monocytogenes peuvent même se développer, avec un temps de génération de 62 à 131 heures, à des températures légèrement inférieures à 0 °C. Le pH optimal est un pH de 7 ou légèrement alcalin mais, la croissance est obtenue pour un large éventail de pH. Classiquement, il était admis que les souches pouvaient croître pour des pH compris entre 5,6 et 9 (voire même 9,6 pour certaines souches de Listeria monocytogenes). En fait, certaines souches de Listeria monocytogenes sont aptes à se multiplier à des pH de l'ordre de 4,3-4,6 lorsqu'elles sont placées dans un bouillon trypticase soja incubé à 30 °C. En revanche, toutes les souches meurent en quelques heures lorsqu'elles sont placées dans un milieu dont le pH est inférieur à 3,3 et de nombreuses souches meurent à un pH inférieur à 5,5 (les milieux ayant servi à étudier la fermentation des sucres ne permettent pas toujours un repiquage de la souche). Les Listeria sp. présentent une certaine halotolérance et toutes les souches cultivent en présence de 10 p. cent de NaCl. Certaines souches tolèrent même des concentrations en sel de 20 p. cent et/ou peuvent survivre un an, à pH 6, dans un milieu contenant 16 p. cent de NaCl. La valeur optimale de l'aw est de 0,97 mais la croissance est possible pour une aw de 0,943 alors qu'elle n'a pas lieu pour une aw inférieure à 0,92. Toutefois, le germe reste viable (sans multiplication) plusieurs jours pour des valeurs d'aw plus faibles (par exemple, 84 jours à + 4 °C dans un salami dont l'aw est de 0,79-0,86). Toutes les souches cultivent sur une gélose de MacConkey, en présence de 10 ou de 40 p. cent de bile de bœuf, en présence de 0,025 p. cent d'acétate de thallium, en présence de 0,04 p. cent de tellurite de potassium, en présence de 3,75 p. cent de thiocyanate de potassium, en présence de 0,01 p. cent de chlorure de triphényltétrazolium. La croissance est inhibée par 0,02 p. cent d'azide de sodium. Sur gélose nutritive, après 24 heures d'incubation en aérobiose à 30-37 °C, les colonies sont lisses, légèrement convexes, à bords réguliers, translucides et leur diamètre varie de 0,5 à 1,5 mm. En transillumination oblique, les colonies présentent une coloration bleu-vert caractéristique. Si l'incubation est prolongée, les colonies grandissent, s'opacifient, elles peuvent prendre un aspect rugueux et celles de l'espèce Listeria grayi apparaissent orange-rouge en transillumination oblique. Sur gélose nutritive contenant du glucose et incubée à 22-25 °C, quelques souches de Listeria grayi produisent un pigment jaune. Sur une gélose contenant 5 p. cent de sang de mouton ou de cheval ou de lapin ou d'homme, les colonies de Listeria ivanovii, de Listeria monocytogenes et de Listeria seeligeri sont bêta hémolytiques. Le sang de certaines espèces, notamment celui des ovins, peut contenir des anticorps anti-Listeria et il est préférable de rechercher l'hémolyse en utilisant des globules rouges lavés. L'hémolyse est particulièrement importante avec Listeria ivanovii (le rayon de la zone d'hémolyse peut atteindre 1 cm après 3 jours d'incubation) et les souches de cette espèce peuvent s'entourer de plusieurs zones d'hémolyse. En revanche, l'hémolyse est moins importante pour Listeria monocytogenes ou Listeria seeligeri et elle n'est parfois visible que sous la colonie. L'hémolyse peut être renforcée en recourant au test de CAMP. Listeria monocytogenes et Listeria seeligeri donnent un CAMP test positif vis-à-vis d'une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus productrice de bêta-lysine. Listeria ivanovii et quelques souches de Listeria monocytogenes donnent un CAMP test positif vis-à-vis d'une souche de ¤ Rhodococcus equi. Le test est réalisé sur une gélose trypticase-soja contenant 5 p. cent de globules rouges lavés de mouton et l'utilisation de certaines souches de Staphylococcus aureus subsp. aureus (telle que la souche CIP 57.10) et de Rhodococcus equi (telle que la souche CIP 58.69) permet d'obtenir d'excellents résultats. Les principaux caractères permettant de différencier les espèces du genre Listeria sont donnés dans le tableau I. Caractérisation infraspécifique Le typage des souches est indispensable pour des enquêtes épidémiologiques et pour une meilleure connaissance de l'écologie. Depuis 1989, les méthodes phénotypiques (étude des sérovars et des lysovars) ont été complétées par des méthodes moléculaires (analyse des profils d'isoenzymes, ribotypie, analyse des profils de restriction de l'ADN, amplification des fragments d'ADN avec des amorces arbitraires). Par contre, l'analyse des plasmides présente peu d'intérêt car de nombreuses souches en sont dépourvues et la diversité des plasmides des Listeria sp. est faible.
La présence de 15 antigènes somatiques (antigènes O) et de 5 antigènes flagellaires (antigènes H) permet de reconnaître au moins 17 sérovars au sein du genre Listeria.
La lysotypie, développée pour pallier les insuffisances du sérotypage, est également une méthode réservée aux laboratoires spécialisés. En 1981, un atelier de travail international a permis de sélectionner 29 phages (appartenant aux familles des Myoviridae et des Styloviridae) isolés de souches de Listeria sp. ou du milieu extérieur. De nombreuses souches, notamment des souches présentes dans les aliments ou dans le milieu extérieur, sont non typables mais, 93 p. cent des souches du sérovar 1/2 et 99 p. cent des souches du sérogroupe 4 se sont avérées typables dans une étude effectuée par Loessner.
L'analyse électrophorétique d'isoenzymes (ou MLEE pour MultiLocus Enzyme Electrophoresis) permet d'obtenir des électrotypes (ou ET pour Electrophoretic Type) en analysant la mobilité électrophorétique de 10 à 25 enzymes. Pour Listeria monocytogenes, l'analyse des électrotypes permet d'individualiser deux grandes subdivisions. L'une, constituée par les sérovars 1/2b, 3b et 4b, comporte au moins 22 électrotypes différents et l'autre, constituée par les sérovars 1/2a, 1/2c et 3a, comporte au moins 45 électrotypes différents. La ribotypie ou analyse des profils de restriction des gènes codant pour les ARN possède un pouvoir discriminant assez faible notamment pour les souches du sérovar 4b.
L'analyse des profils de restriction de l'ADN peut faire appel soit à des enzymes de restriction (comme EcoRI) engendrant de nombreux fragments d'ADN séparés par électrophorèse classique (microrestriction) soit à des enzymes de restriction (comme ApaI, SmaI ou AscI) engendrant un faible nombre de fragments d'ADN séparés par électrophorèse en champ pulsé (macrorestriction).
L'amplification des fragments d'ADN avec des amorces arbitraires (ou RAPD pour Random Amplified Polymorphic DNA) apparaît simple à mettre en œuvre et discriminante. Elle s'est avérée utile pour le typage des souches des sérovars 1/2a, 1/2b, 1/2c et, dans certains cas, 4b. Toutefois, d'autres travaux sont nécessaires pour standardiser la technique et augmenter sa reproductibilité. L'amplification de fragments d'ADN avec des amorces dirigées contre les séquences répétées REP (pour Repetitive Extragenic Palindromes) et ERIC (pour Enterobacterial Repetitive Intergenic Consensus), présentes dans le génome des Listeria sp., permet un typage infraspécifique des sérovars 1/2a, 1/2b, 3b et 4b.
Les techniques actuellement disponibles apportent de nombreuses informations complémentaires notamment pour Listeria monocytogenes. En revanche, Listeria ivanovii apparaît très homogène lorsque les souches sont analysées par sérotypie, lysotypie ou RAPD.
Habitat et épidémiologie
Les Listeria sp. sont des bactéries résistantes dans le milieu extérieur (survie de 1 à 2 ans dans le sol, 21 mois dans du lait naturellement contaminé, 1 à 18 mois dans les fèces, 6 mois dans la paille), très largement répandues dans l'environnement (sols, végétaux, pâturages, eaux douces, eaux de mer, vase, eaux d'égouts), dans les locaux d'élevage (litière, sol, parois, fenêtres, mangeoires, abreuvoirs...) et dans les locaux d'habitation (torchons, serpillières, périphérie des conduites d'évacuation, réfrigérateurs et même brosses à dents).
Bien que les Listeria sp. et Listeria monocytogenes soient des bactéries ubiquistes, la plupart des cas de contamination résultent de l'ingestion d'aliments fortement contaminés. La dose infectante pour l'homme n'est pas connue avec certitude, elle varie avec le statut immunitaire des individus et la virulence de la souche mais, les aliments incriminés contiennent généralement plus de 103 Listeria monocytogenes par gramme et dans la majorité des cas ils en renferment plus de 106 par gramme. Par voie orale, la dose infectante, est de l'ordre de 108 cellules pour la souris normale et de 109 cellules pour des singes. Éléments d'épidémiologie concernant les listérioses animales
Dès les années 1940 et, surtout, depuis les années 1960, le rôle des ensilages dans la contamination des ruminants a été mise en évidence. Lors de leur préparation, les ensilages peuvent être contaminés par un faible nombre de bactéries. En surface et dans les premiers centimètres de l'ensilage, les conditions d'aérobiose permettent la multiplication des Listeria sp. et la faible acidification des couches superficielles de l'ensilage (pH en surface et sur les premiers centimètres supérieur ou égal à 5) associée à la température du milieu extérieur (un ensilage de maïs préparé en automne va passer l'hiver à l'extérieur) permettent un véritable enrichissement sélectif. Compte tenu du fait qu'il s'écoule au minimum 3 semaines et souvent plusieurs mois entre la fabrication d'un ensilage et sa distribution aux animaux, le nombre de bactéries peut être très important au moment de la consommation (plus de 107 unités formant colonies par kg). Lorsque l'ensilage est mal conservé et/ou mal préparé (notamment un tassement insuffisant), l'acidification à cœur est insuffisante (pH supérieur ou égal à 5) et l'anaérobiose n'est pas totale ce qui permet une prolifération des Listeria sp.
Éléments d'épidémiologie des listérioses humaines
Chez l'homme, les premiers cas de listériose ont été décrits dans les années 1960 mais il fallut atteindre les années 1979-1980 pour observer les premières anadémies et mettre en évidence le rôle des aliments. Ces anadémies se traduisent par de petites bouffées de moins de 20 cas ou par d'importantes anadémies pouvant regrouper plusieurs centaines de cas, évoluant sur des périodes prolongées (4 ans par exemple, dans l'anadémie suisse) et responsables d'une importante mortalité. Quelques exemples d'anadémies sont donnés dans le tableau III.
De nombreux problèmes subsistent en ce qui concerne la présence des Listeria sp. dans les aliments :
La recherche systématique de Listeria a permis de montrer que de très nombreuses denrées peuvent être contaminées : végétaux (laitues, choux, céleris, concombres, champignons, pommes de terre, radis...), lait et produits laitiers (fromages à pâte molle et à croûte fleurie, fromages à pâte molle et à croûte lavée, fromages à pâte persillée, fromages à pâte pressée cuite ou non cuite, pâtisseries, poudres de lait et, dans une moindre mesure, les beurres, les crèmes glacées et les yaourts) carcasses de volailles (poulets, dindes, canards), viandes de porcs, viandes de bovins, viandes d'ovins, produits carnés (plats cuisinés à base de viande, jambons cuits, rillettes, langues en gelée, saucisses de type hot-dog, saucisses à base de viande de volailles, chipolatas, merguez, saucisses de Morteau, viandes séchées, salamis, pâtés, saucissons, sandwichs au poulet, poulets frits, beignets de poulet, hamburgers au poulet...), poissons et produits dérivés (saumon fumé, truite fumée, surimi, "caviar" de saumon...), coquillages (huîtres, moules, coques, palourdes...), crustacés (crevettes grises, crevettes roses, crabes, homards...)...
La contamination peut intervenir à tous les stades de la fabrication et de la distribution mais, elle peut aussi se produire chez le consommateur. La prévalence de l'infection est faible (5 à 10 cas par million d'habitants) mais le taux de mortalité atteint 20 à 30 p. cent. La listériose de l'homme est présente dans les pays industrialisés mais elle est quasiment absente des pays en voie de développement. Outre les différences existant dans les moyens de diagnostic et de surveillance sanitaire, cette répartition géographique s'expliquerait par une meilleure hygiène et par la généralisation de la chaîne du froid dans les pays développés.
Depuis quelques années, dans tous les pays développés, l'incidence des listérioses diminue. Cette baisse est due à un meilleur contrôle des denrées alimentaires et à l'information des populations à risque. En France, selon les chiffres du Centre National de Référence des Listeria (voir : http://web.pasteur.fr/recherche/RAR/RAR1998/Listeria.html), 801 cas de listériose ont été recensés en 1986, 301 cas ont été décrits en 1995 alors que, pour les années 1996,1997 et 1998, le nombre de cas de listériose a été compris entre 220 et 230. En 1998, seuls des cas sporadiques (20 p. cent de formes périnatales et 80 p. cent de formes non périnatales) ont été notés et l'incidence de la listériose a été de 3,8 cas par million d'habitants, variant, selon la région, de 1,4 à 8,4 cas par million d'habitants.
Pouvoir pathogène
Listeria monocytogenes a été isolée pour la première fois lors d'une épidémie observée chez des lapins et des cobayes de laboratoire. Par la suite, des infections ont été décrites, dans pratiquement tous les pays, chez plus de 40 espèces d'animaux domestiques et sauvages ainsi que chez l'homme.
Ruminants Chez les ruminants domestiques, Listeria monocytogenes est responsable de méningo-encéphalites, de septicémies, d'avortements et de mammites et Listeria ivanovii est à l'origine d'avortements. La contamination se fait par voie digestive et les ensilages de mauvaise qualité sont une source majeure de germes. L'évolution de la maladie varie selon la forme clinique mais dans les formes nerveuses le pourcentage de mortalité est proche de 100. Les méningo-encéphalites sont une forme classique chez les adultes mais aussi chez les très jeunes animaux. Après une incubation de l'ordre de 2 à 6 semaines, elles se traduisent par une prostration, un port anormal de la tête (l'animal regarde ses flancs), une marche en cercle (d'où le nom de "circling disease" donné à la maladie par les auteurs anglo-saxons), une perte de l'équilibre, parfois une hyperthermie, une atteinte des nerfs crâniens V, VI, VII, VIII, IX, X et XII se traduisant par une paralysie faciale et souvent unilatérale (strabisme, chute des paupières, chute des oreilles, difficultés de mastication, dysphagie, salivation excessive, protrusion de la langue, et diminution de la sensibilité à la douleur) puis, la maladie évolue vers un décubitus et la mort. Chez les ovins et les caprins la mort intervient en 2 à 3 jours mais, chez les bovins, la durée d'évolution est plus longue (4 à 14 jours). L'atteinte du cerveau pourrait résulter soit d'une migration intra-axonale dans les terminaisons nerveuses du nerf trigéminé soit d'une dissémination par voie hématogène. Les septicémies sont principalement observées chez les animaux nouveau-nés et chez les jeunes mais, elles ont également été observées chez des brebis gravides. Dans ce dernier cas, les animaux présentent de la fièvre, une entérite sévère, des lésions d'ulcération sont présentes dans l'abomasum et sur la muqueuse intestinale et les plaques de Peyer présentent des abcès. Les avortements peuvent être dus à Listeria monocytogenes et, moins fréquemment, à Listeria ivanovii. Ils résultent d'une contamination de l'utérus gravide par voie hématogène. La durée d'incubation est de l'ordre de 5 à 12 jours, les animaux sont affaiblis, anorexiques, ils peuvent présenter de la fièvre et une diarrhée profuse mais, parfois, aucun signe clinique n'est observé. Les avortements sont tardifs, ils sont généralement sporadiques (bien que, dans certains troupeaux de petits ruminants, ils puissent concerner jusqu'à 15 p. cent des femelles gravides) et ils s'accompagnent de rétention placentaire. Des complications de mammite, de métrite puis de septicémie sont parfois observées. Lors d'une infection proche du part, on note une mortalité néonatale. Les mammites sont peu fréquentes et elles évoluent soit sous une forme clinique soit sous une forme sub-clinique. Dans certains cas, les animaux excrètent le germe sans présenter aucune inflammation mammaire. La présence de Listeria monocytogenes dans le lait constitue un danger important pour les consommateurs de lait cru ou pour la fabrication de produits au lait cru car les traitements antibiotiques sont peu efficaces et le germe est excrété dans le lait en grande quantité et durant une longue période (ainsi, une vache a excrété Listeria monocytogenes durant 3 lactations consécutives à des concentrations moyennes de 103 unités formant colonies par mL). La contamination de la mamelle résulterait soit d'une localisation secondaire soit d'une pénétration par le canal du trayon. Des uvéites, des kératoconjonctivites, des pneumonies, des endocardites et des myocardites ont également été décrites. Autres espèces animales Chez les monogastriques, les listérioses sont rares mais des septicémies et des méningo-encéphalites ont été décrites chez plusieurs espèces (chiens, chats, porcelets, poulains). Chez les oiseaux, les infections provoquent une septicémie, des nécroses du foie, des nécroses du myocarde et des péricardites. Plus rarement, l'infection se traduit par des encéphalites (abattement, ataxie, torticolis, chute sur le côté, mouvements désordonnés des membres...). Chez les lapins et chez les rongeurs de laboratoire, la forme la plus fréquente est une septicémie et, chez le lapin on note une monocytose marquée qui est à l'origine de l'appellation monocytogenes. Chez le cobaye, les infections spontanées sont rares mais quelques cas de septicémie et de conjonctivite ont été décrits. Homme
Les infections à Listeria monocytogenes sont connues depuis 1920 et elles s'observent, essentiellement (mais pas uniquement) chez les femmes enceintes (quel que soit le terme de la grossesse), les nouveau-nés contaminés par leurs mères et les individus présentant des troubles du système immunitaire dus à diverses causes. Ces derniers sont classés, par le Centre National de Référence des Listeria, en trois groupes avec un niveau de risque décroissant : 1) personnes atteintes d'hémopathies, transplantées, atteintes de SIDA ; 2) personnes atteintes de cancers solides, d'hépatopathies et les hémodialysés ; 3) personnes diabétiques mal équilibrées et les alcooliques.
La contamination des adultes se fait le plus souvent par voie digestive et elle résulte soit de l'ingestion d'aliments contaminés soit d'une infection endogène liée à un portage intestinal. Dans ce dernier cas, des altérations de la muqueuse intestinale (liées par exemple à des infections gastro-intestinales) ou des altérations du système immunitaire local (immunothérapie, immunodépression) permettraient une invasion de la barrière intestinale. La réalité des infections endogènes est suggérée par les cas de listériose observés en 1987 à Philadelphie (36 cas de listériose dont 16 mortels). Ces cas étaient dus à de nombreuses souches ce qui excluait le rôle d'une unique source de contamination et, dans la plupart des cas, ils ont été observés chez des patients atteints de troubles gastro-intestinaux et présentant une érosion de la muqueuse intestinale.
. Listériose foeto-maternelle En France, depuis 1994, le nombre des listérioses foeto-maternelles est en diminution. Les femmes se contaminent durant les 6 premiers mois de grossesse et l'infection entraîne fréquemment un avortement, la naissance d'enfants mort-nés ou la naissance d'un enfant contaminé (soit par voie sanguine soit au moment de l'accouchement à partir d'un foyer endométrial). La contamination de l'amnios est silencieuse mais, un épisode fébrile d'allure pseudogrippal est souvent observé avant l'avortement ou l'accouchement. Chez le nouveau-né infecté, la listériose se traduit par une forme septicémique précoce avec formation de granulomes disséminés sur de nombreux organes (granulomatose septique infantile) ou par des formes méningées plus tardives. . Listériose de l'adulte Chez l'adulte, la listériose se traduit, le plus souvent, par une septicémie ou des infections du système nerveux central (méningites, méningo-encéphalites, parfois encéphalites, rarement abcès de cerveau). D'autres formes ont été décrites : gastro-entérites, endocardites, infections cutanées (papules ou pustules sur les bras et les mains observées chez des vétérinaires ou des éleveurs ayant été en contact avec des avortons contaminés), arthrites, péritonites (notamment chez des patients présentant une cirrhose du foie)...
Facteurs de pathogénicité
Les facteurs de pathogénicité de Listeria monocytogenes ont fait l'objet de nombreux travaux. Il est désormais bien établi que l'espèce Listeria monocytogenes rassemble des souches très virulentes et d'autres peu virulentes. Toutefois, il n'existe aucun rapport entre la virulence et le typage d'une souche ce qui revient à dire que la caractérisation infraspécifique d'une souche ne permet pas d'évaluer son niveau de virulence. Lors d'infections, les bactéries envahissent les cellules M des plaques de Peyer et/ou les entérocytes, elles traversent la barrière intestinale puis, elles sont phagocytées par les macrophages de la lamina propria dans lesquels elles survivent et se multiplient. Ultérieurement, elles gagnent la lymphe et le courant sanguin et infectent le foie et la rate. Dans ces organes, la plupart des bactéries sont rapidement tuées (chez la souris, 90 p. cent des bactéries sont éliminées en moins de 6 heures). Les micro-organismes qui survivent infectent les cellules, notamment les hépatocytes et, si dans les quelques jours qui suivent, la réponse immunitaire à médiation cellulaire ne contrôle pas l'infection, ils sont disséminés par voie sanguine et gagnent le cerveau et chez les femelles gravides, le placenta. La pathogénie de Listeria monocytogenes implique la pénétration dans des cellules phagocytaires et non phagocytaires, une multiplication intracellulaire, un déplacement de la bactérie dans le cytoplasme et une invasion des cellules adjacentes sans libération par les cellules infectées. Les protéines nécessaires à ces diverses fonctions sont sous la dépendance de gènes dont l'expression est régulée par le gène prfA codant pour une protéine de 27 kDa apte à se lier à des portions d'ADN. A basse température, l'expression de prfA est réprimée alors qu'elle est maximale à 37 °C. En conséquence, la production des facteurs de virulence est elle-même maximale à 37 °C et faible ou nulle à basse température. Pénétration dans les cellules
Après franchissement de la barrière intestinale, la pénétration dans les macrophages, les hépatocytes et d'autres cellules sont des stades cruciaux de l'infection.
La protéine InlA (codée par le gène inlA) ou internaline est une protéine de 800 acides aminés, nécessaire à l'entrée dans des cellules Caco-2 (lignée de cellules intestinales d'origine humaine). L'expression de cette protéine dans une souche de Listeria innocua suffit à conférer à ces bactéries un pouvoir invasif pour les cellules Caco-2 suggérant que la protéine InlA est suffisante pour l'entrée dans ces cellules. La structure primaire de cette protéine est connue et on peut noter : l) que l'extrémité C-terminale contient une région hydrophobe précédée d'un hexapeptide LPTTGD (L : leucine, P : proline, T : thréonine, G : glycocolle, D : acide aspartique) qui constitue une séquence signature retrouvée dans de nombreuses protéines capables de s'ancrer dans la paroi des bactéries à Gram positif ; 2) qu'elle possède une région constituée de l5 répétitions d'un motif de 22 acides aminés, riche en résidus leucine, d'où le nom de LRR (pour Leucine-Rich Repeats), dont on sait qu'ils sont impliqués dans de fortes interactions protéines-protéines. La protéine InlA est détectable dans les surnageants de culture ce qui indique qu'elle est soit sécrétée soit libérée à partir de la surface. Le rôle éventuel de cette forme libre n'est pas connu. Le gène inlB code pour la protéine InlB de 630 acides aminés qui comporte une région LRR analogue à celle de la protéine InlA mais qui est dépourvue de la séquence signature LPTTGD. La protéine InlB est une protéine de surface qui joue un rôle mineur pour l'entrée dans les cellules épithéliales de l'intestin mais qui est essentielle pour l'invasion des hépatocytes en culture ainsi que pour l'invasion d'autres cellules comme les cellules HeLa, HEp2, Vero. Toutefois, à elle seule, la protéine InlB ne permet pas la pénétration dans les hépatocytes et d'autres facteurs sont nécessaires. Comme la protéine InlA, la protéine InlB est mise en évidence dans des surnageants de culture. Cinq autres gènes inl ont été clonés et séquencés et les protéines codées par ces gènes sont en cours d'étude. Il est possible que chacun des produits des gènes inl soient des protéines de surface dont chacune serait impliquée dans un tropisme cellulaire particulier. Les entrées dépendantes de InlA et InlB sont inhibées par un traitement des cellules avec des inhibiteurs de la polymérisation de l'actine ou par un traitement avec des inhibiteurs des tyrosines kinases. La protéine InlA se fixe sur une molécule d'adhésion des cellules, la E-cadhérine dont le domaine intracellulaire relie, indirectement, l'ensemble InlA-E-cadhérine à l'actine. La pénétration InlB dépendante est inhibée par les inhibiteurs de la PI3-kinase qui semble contrôler, indirectement, la polymérisation de l'actine. La pénétration se fait par un mécanisme de type fermeture éclair dans lequel la membrane de la cellule hôte recouvre progressivement la bactérie jusqu'à permettre l'incorporation dans le cytoplasme. La polymérisation de l'actine est nécessaire à ces mouvements membranaires.
D'autres composants de surface ont été décrits et participeraient à la pénétration dans des cellules eucaryotes :
Multiplication intracellulaire
Après pénétration, Listeria monocytogenes est emprisonnée dans une vacuole intracytoplasmique dont elle va s'échapper pour se multiplier dans le cytosol. La destruction de la vacuole est principalement due à la listériolysine O codée par le gène hly (également appelé hlyA).
Déplacement intracytoplasmique et invasion des cellules adjacentes Listeria monocytogenes colonise les tissus par diffusion de cellules à cellules. Cette diffusion nécessite la formation d'une queue d'actine qui propulse la bactérie, de manière aléatoire, dans le cytoplasme. Lorsque la bactérie atteint la membrane cytoplasmique, elle induit la formation de protubérances cellulaires ou protrusions qui seront phagocytées par la cellule adjacente pour donner naissance à des vacuoles à deux membranes. Après lyse de ses vacuoles, la bactérie peut initier un autre cycle infectieux. Cette stratégie permet aux bactéries de se disséminer au sein d'un tissu sans jamais quitter le cytoplasme, échappant ainsi aux anticorps.
Le mouvement intracellulaire de Listeria monocytogenes s'effectue grâce à la formation d'une queue d'actine filamenteuse associée à un pôle bactérien. Des observations effectuées en microscopie électronique après marquage suggèrent que l'addition de nouveaux filaments d'actine s'effectue à la surface de la bactérie. L'incorporation et la polymérisation de nouveaux filaments d'actine engendrent la force motrice nécessaire au mouvement. La vitesse du déplacement, variable selon la nature des cellules infectées, varie de 6 à 60 µm par minute. La formation de la queue d'actine est sous la dépendance du gène actA qui code pour la protéine ActA de 610 acides aminés qui s'ancre dans la membrane bactérienne par son extrémité hydrophobe C-terminale. Environ la moitié de la molécule fait saillie à la surface de la bactérie et peut interagir avec des protéines de la cellule eucaryote. Les mutants incapables de synthétiser ActA sont invasifs, aptes à lyser les vacuoles mais, ils ne se déplacent pas, n'envahissent pas les cellules adjacentes et leur multiplication dans le cytosol conduit à la formation de microcolonies.
Les mécanismes impliqués dans la formation des protrusions et leur phagocytose par cellules adjacentes sont inconnus.
Diagnostic bactériologique
L'isolement des Listeria sp. est relativement simple lorsqu'elles sont abondantes dans le prélèvement à analyser et que celui-ci n'est pas contaminé par une flore associée. L'ensemencement d'une gélose d'usage courant telle qu'une gélose trypticase soja au sang (5 p. cent de sang de mouton, de cheval ou de lapin) permet alors l'isolement. Dans le cas particulier d'une hémoculture, les milieux classiquement utilisés conviennent pour les Listeria sp.
Dans la majorité des cas, notamment dans les denrées alimentaires, les Listeria sont en faible nombre et la flore associée est abondante. Il faudra alors avoir recours à des techniques d'enrichissement sélectif suivies d'un isolement sur des milieux sélectifs. De nombreuses substances sélectives ont été utilisées, seules ou en association : acriflavine, chlorure de lithium, phényléthanol, tripaflavine, acétate de thallium, colistine, acide nalidixique, polymyxine B, moxalactam, ceftazidime, cyclohéximide, latamoxef, céfotétan, fosfomycine... La composition de quelques milieux d'enrichissement sélectif et de quelques milieux d'isolement sélectif est donnée dans l'annexe I.
Il subsiste encore quelques difficultés dans la mise en évidence des Listeria sp. dans les denrées alimentaires. Selon Catteau (1999), elles sont le plus souvent liées à l'hétérogénéité des produits analysés (lorsque la contamination est faible, pour un même lot de fabrication, certains produits peuvent être contaminés et d'autres non) et à l'existence de souches stressées par les traitements qu'elles ont subis (chauffage, congélation, salage...). Les souches stressées peuvent être sensibles aux inhibiteurs présents dans les milieux sélectifs et ne pas être détectées lors des analyses utilisant des milieux fortement sélectifs comme la gélose PALCAM. Inversement, l'utilisation de milieux moins sélectifs comme la gélose Oxford pourra permettre la croissance d'une souche stressée mais cette croissance risque d'être masquée par la présence de micro-organismes contaminants.
Les techniques consistant à placer un milieu d'enrichissement à 4 °C et à poursuivre l'incubation durant plusieurs semaines sont efficaces mais ne sont plus employées en routine compte tenu des délais nécessaires à l'obtention des résultats.
Une fois isolée, les bactéries devront être identifiées soit en ayant recours à des techniques bactériologiques classiques soit en utilisant des méthodes plus modernes.
Pour des études épidémiologiques, il est nécessaire d'effectuer une identification infraspécifique de la souche isolée (détermination du sérovar, identification du lysovar, étude du profil de macrorestriction...). Isolement des Listeria sp. à partir de produits pathologiques d'origine animale (COFRAC/CNEVA Pr 116/00/BA 90/00)
Le prélèvement (tissu nerveux et notamment la protubérance bulbaire, foie, avorton entier, liquide stomacal de l'avorton, méconium, placenta, utérus, liquide céphalo-rachidien, lait, éventuellement écouvillonnage naso-pharyngien) est homogénéisé en eau peptonée et le broyat est mis en culture dans un bouillon cœur-cervelle et, parallèlement, ensemencé sur une gélose PALCAM (Polymyxin Acriflavine LiCl Ceftazidime Esculine Mannitol) modifiée et sur gélose Columbia ANC au sang de mouton.
Méthode alternative d'isolement des Listeria sp. à partir des placentas (COFRAC/CNEVA Pr 116/00/BA 90/00) Les enveloppes placentaires sont broyées en eau peptonée de façon à obtenir une dilution comprise entre 1/2 et 1/5 puis directement ensemencées sur gélose PALCAM. Les boîtes sont incubées à 37 °C, observées tous les jours durant 3 jours et les colonies suspectes (si possible 5 colonies ou plus) sont repiquées sur géloses trypticase soja au sang de mouton, incubées durant 18-24 heures à 37 °C puis identifiées. Isolement des Listeria sp. à partir des fèces d'origine animale et des ensilages (COFRAC/CNEVA Pr 116/00/BA 90/00)
Vingt cinq grammes d'échantillon sont dilués au dixième dans un bouillon d'enrichissement de Fraser "demi" et incubés à 30 °C. Lorsque le prélèvement est disponible en faible quantité ou pour des écouvillons, l'échantillon est placé dans 10 mL de bouillon d'enrichissement de Fraser "demi".
Isolement des Listeria sp. dans les aliments destinés à l'homme ou aux animaux (méthode de routine AFNOR NF V 08 055)
L'échantillon est placé dans un bouillon d'enrichissement de Fraser "demi" de façon à obtenir un rapport prise d'essai / milieu d'enrichissement de 1/10. Le bouillon est ensuite incubé à 30 °C durant 18 à 24 heures.
Isolement des Listeria sp. dans les aliments (méthode normalisée NF EN ISO 11290-1)
La méthode internationale normalisée NF EN ISO 11290-1 est voisine de la précédente. La principale différence est qu'elle préconise un isolement sur géloses PALCAM et Oxford au lieu d'un repiquage sur géloses PALCAM ou Oxford.
Isolement des Listeria sp. dans les aliments selon la méthode "Rapid'L.Mono" (Sanofi diagnostic Pasteur, BioRad) validée par l'AFNOR
Cette technique utilise un milieu gélosé sélectif permettant une identification en 24-48 heures après l'étape de pré-enrichissement. Le milieu Rapid'L.Mono permet la détection chromogénique d'une phopholipase C produite par Listeria monocytogenes et Listeria ivanovii et une différenciation de ces deux espèces basées sur la capacité d'acidification du xylose.
Isolement des Listeria sp. à partir des aliments ou des prélèvements biologiques contaminés (méthode des "Centers for Disease Control and Prevention")
Les CDC utilisent de manière conjointe la méthode préconisée par l'USDA (U.S. Department of Agriculture) et celle préconisée par le NGFIS (The Netherlands Government Food Inspection Service). L'utilisation conjointe de ces deux méthodes permet d'obtenir une sensibilité de 90 p. cent.
Identification bactériologique classique L'identification au genre Listeria repose sur les caractères morphologiques, sur la recherche de la catalase, sur la mobilité à 25 °C (étudiée en ensemençant deux bouillons nutritifs incubés pendant environ 4 heures, l'un à 25 °C et l'autre à 37 °C ou étudiée en gélose mobilité ce qui permet d'observer l'image caractéristique en sapin renversé), sur l'hydrolyse de l'esculine (hydrolyse rapide observée en 2 à 3 heures), sur l'acidification du D-glucose, sur une réponse positive aux tests RM et VP et sur l'absence de production d'H2S.
Il est possible de confondre une Listeria sp. avec une souche appartenant à une autre genre bactérien :
Le diagnostic de l'espèce est basé sur les caractères présentés dans le tableau I mais, il peut également être réalisé en utilisant des galeries miniaturisées comme la galerie API Listeria qui permet la recherche de 10 caractères : hydrolyse de l'esculine, alpha-mannosidase, acidification du D-arabitol, du D-xylose, du rhamnose, de l'alpha-méthyl-D-glucoside, du ribose, du glucose-1-phosphate, du D-tagatose et d'une arylamidase. Ce dernier test, désigné sous le sigle DIM (pour Différenciation Listeria innocua / Listeria monocytogenes), est négatif pour Listeria monocytogenes mais positif pour 99 p. cent des souches de Listeria innocua, pour 99 p. cent des souches de Listeria grayi, pour 97 p. cent des souches de Listeria seeligeri, pour 90 p. cent des souches de Listeria welshimeri et pour 88 p. cent des souches de Listeria ivanovii. L'utilisation de la galerie API Listeria évite de recourir aux tests de CAMP. Techniques d'identification rapide
Des tests commerciaux permettent une détection rapide des Listeria présentes dans les denrées alimentaires après enrichissement sélectif. Certains de ces tests ont été validés par L'AFNOR. Ils reposent soit sur des techniques immuno-enzymatiques utilisant des anticorps monoclonaux spécifiques du genre Listeria (kit Transia®, Vidas Listeria sp.®...) ou spécifiques de Listeria monocytogenes (Vidas L. monocytogenes®, Lister test®...) soit sur des techniques faisant appel à des sondes spécifiques de Listeria monocytogenes et à des tests PCR (Genetrak Listeria monocytogenes®, Accuprobe Listeria monocytogenes®, Probelia Listeria monocytogenes®...). Ces différents tests ne sont pas destinés à un diagnostic clinique effectué à partir de prélèvements d'origine humaine ou animale.
Diagnostic sérologique
Le diagnostic sérologique par agglutination, fixation du complément ou immunoprécipitation est peu sensible et peu spécifique. La détection des anticorps anti-listériolysine O est plus prometteuse. Un test de type dotblot, utilisant comme antigène de la listériolysine O purifiée, nécessite un traitement préalable des sérums pour éviter les réactions faussement positives dues à la présence d'anticorps anti-streptolysine O. Un test de Western-blot, faisant appel à un polypeptide produit par des techniques de biologie moléculaire et correspondant aux 411 premiers acides aminés de la listériolysine O (partie ne présentant pas d'homologie avec la streptolysine O) est beaucoup plus spécifique mais des réactions faussement positives sont observées lors d'encéphalites herpétiques. La sensibilité de ces tests est toutefois médiocre et n'est globalement que de 50 à 60 p. cent. Selon l'Institut de Veille Sanitaire, l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments et le Centre National de Référence des Listeria, la sérologie est soit trop peu sensible soit trop peu spécifique pour apporter à l'heure actuelle une aide au diagnostic.
Sensibilité aux antibiotiques
In vitro, Listeria monocytogenes et les autres Listeria sp. sont généralement sensibles à de nombreux antibiotiques : pénicilline G, ampicilline, amoxicilline, azlocilline, imipénème, gentamicine, sisomicine, nétilmicine, amikacine, kanamycine, streptomycine, érythromycine, clarithromycine, roxithromycine, tyrothricine, vancomycine, teicoplanine, daptomycine, triméthoprime-sulfaméthoxazole, rifampicine et tétracyclines. Un résistance naturelle est notée vis-à-vis des céphalosporines (notamment vis-à-vis des céphalosporines de 3ème génération à large spectre comme la céfotaxime ou la céfépime), de l'aztréonam, de l'acide nalidixique, de l'ofloxacine (la D-ofloxacine est complètement inactive alors que le deuxième composant de l'ofloxacine, la lévofloxacine, est modérément active), des fluoroquinolones récentes et de la fosfomycine. La sensibilité est intermédiaire pour la céfalotine, la ciprofloxacine, le chloramphénicol et la clindamycine.
Quelques rares souches sont capables d'acquérir une résistance à la streptomycine, à la kanamycine, à la gentamicine, au triméthoprime, aux tétracyclines ou à la rifampicine. L'émergence des souches résistantes résulte généralement de l'acquisition de plasmides ou de transposons conjugatifs. Ainsi, en 1988, une souche multirésistante a été isolée en France. Cette souche résistait à l'érythromycine, à la streptomycine, au chloramphénicol, à la tétracycline et à la minocycline. L'ensemble de ces caractères est porté par un plasmide de 37 kb (le plasmide p IP 811) également présent chez des souches de ¤ Enterococcus sp. et de Streptococcus sp. In vitro, les plasmides de résistance aux antibiotiques des entérocoques se transfèrent facilement à des souches de Listeria sp. Il est donc probable que ce transfert soit possible in vivo notamment lorsque des souches de Listeria sont hébergées dans le tube digestif. Selon Hof et al. (1997), la pression de sélection, due à une utilisation anarchique des antibiotiques, pourrait dans un proche avenir faire émerger de nombreuses souches de Listeria multirésistantes.
Le traitement fait généralement appel à une association pénicilline G (ou ampicilline) - gentamicine. L'association triméthoprime - sulfaméthoxazole constitue une bonne alternative chez les sujets allergiques aux bêta-lactamines. Cette dernière association présente l'avantage de bien pénétrer la barrière hémoméningée et d'être active sur les bactéries intracellulaires. Chez l'homme, la vancomycine est parfois utilisée dans le traitement des formes septicémiques (la grande variabilité des concentrations atteintes dans le LCR conduit à émettre des réserves sur son utilisation dans les formes neuro-méningées).
Prophylaxie
La prophylaxie médicale (vaccination et/ou antibioprophylaxie) n'est pas utilisée et, selon un avis***** du Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France (approuvé le 29 juin 1999), il n'y a pas lieu de recommander une antibioprophylaxie systématique en cas de consommation d'un aliment contaminé par Listeria monocytogenes.
La prophylaxie des infections à Listeria et notamment des anadémies de listériose humaine est avant tout une prophylaxie sanitaire qui nécessite un contrôle de tous les échelons de la filière agro-alimentaire. Cette prévention est toutefois très délicate car les Listeria sp. sont des germes ubiquistes dont l'éradication est illusoire.
Prévention dans les élevages Les ensilages doivent être correctement préparés et conservés. Un soin particulier doit être apporté au tassement et à l'absence de terre. L'ensemencement des ensilages avec des souches de Lactococcus lactis ou de Lactobacillus plantarum permet d'inhiber la croissance des Listeria et l'utilisation de ce procédé apparaît prometteur. L'hygiène des locaux et en particulier de la salle de traite est primordiale (réduction des contaminations fécales, propreté et désinfection du matériel du traite...). Les désinfectants classiques (détergent acide anionique, ammonium quaternaire, iode, hypochlorite...) sont actifs sur Listeria monocytogenes. Le lait stocké à la ferme doit être conservé à une température ne dépassant pas 4 °C et une recherche systématique de Listeria sp. doit être entreprise en vue de détecter les vaches excrétrices. Cette recherche peut s'effectuer avec un rythme annuel ou semestriel et être réalisée à l'échelon individuel ou, pour les grands effectifs, sur des échantillons successifs de taille de plus en plus réduite. La réforme des femelles excrétrices est une nécessité. Diminution de la contamination des matières premières Tout doit être fait pour éviter la contamination des matières premières (hygiène de la traite, hygiène de l'abattage, surveillance des locaux et des conditions de stockage, hygiène corporelle et vestimentaire des manipulateurs, sélection rigoureuse de la matière première lorsqu'elle est destinée à l'élaboration d'un produit cru...).
En moyenne, 2 à 4 p. cent des prélèvements de lait cru sont contaminés et cette contamination présente un risque important pour les produits fabriqués à base de lait cru et qui, comme certains fromages, permettent une bonne multiplication du germe (environ 10 p. cent des fromages au lait cru sont contaminés).
Les carcasses des animaux de boucherie sont essentiellement contaminées en surface et, à l'abattoir, le poste de dépouillage est un point critique de contamination. Ultérieurement, les phases de découpe et de conditionnement accroissent les risques. Il est donc nécessaire de veiller au respect strict des normes d'hygiène pour chacun de ces postes à risque. Heureusement, la cuisson des viandes de boucherie limite les risques d'infections alimentaires. Le traitement antimicrobien des matières premières (ionisation, irradiation, système lactoperoxydase, utilisation d'antimicrobiens biologiques, traitement par des acides organiques tels que l'acide lactique, l'acide citrique ou l'acide acétique...) a fait l'objet de très nombreux travaux. C'est notamment le cas de l'utilisation de bactériocines produites par des bactéries lactiques (¤ Carnobacterium sp., Lactobacillus sp., Leuconostoc sp., Pediococcus sp. ...). Maîtrise de la transformation
Les Listeria sp. sont introduites dans les locaux de transformation par les matières premières contaminées, par les équipements de manutention contaminés, par les chaussures et les vêtements du personnel, par les individus porteurs sains... Leur croissance et leur survie est favorisée par l'humidité et par la présence de nutriments. Listeria monocytogenes est capable d'adhérer à de nombreuses surfaces (y compris le verre ou l'acier inoxydable), elle survit dans les biofilms présents dans l'environnement des entreprises de transformation, elle peut être retrouvée sur les mains du personnel même après lavage et elle survit dans les aérosols.
Pour prévenir toute contamination, la préparation des denrées alimentaires doit être effectuée dans le strict respect des bonnes pratiques d'hygiène (hygiène des locaux, hygiène du matériel, hygiène corporelle, hygiène vestimentaire, hygiène gestuelle, hygiène du conditionnement, hygiène du stockage) et elle nécessite la mise en place d'un système d'assurance qualité de type HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point). La formation et la sensibilisation du personnel sont particulièrement importantes. Les entreprises agro-alimentaires sont tenues de pratiquer des auto-contrôles et ceux ci sont complétés par des contrôles officiels. La fréquence des auto-contrôles est laissée à l'appréciation des industriels mais des recommandations sont édictées par les autorités sanitaires. Ces recommandations sont variables selon le type d'industrie, selon les quantités de produits fabriqués... Globalement, les recommandations prévoient au moins un contrôle par trimestre. À la production, les normes françaises actuelles (2 février 2000) exigent, une absence de Listeria monocytogenes dans 25 grammes de lait ou de produit à base de lait, une absence dans 25 grammes d'aliments spécialement destinés à la consommation de populations à risque (aliments pour nourrissons, aliments spéciaux à usage médical) et un taux maximum de 100 bactéries par gramme de produit de salaison. Récemment, l'AFSSA (Agence Française de sécurité Sanitaire des Aliments) a préconisé une absence totale de Listeria monocytogenes dans 25 grammes pour les produits de salaison. Toutefois, à la date du 2 février 2000, cette recommandation n'a pas été reprise dans un document officiel. Les critères applicables à la distribution sont une absence dans 25 grammes pour les aliments spécialement destinés à la consommation de populations à risque (aliments pour nourrissons, aliments spéciaux à usage médical) et pour les aliments ayant fait l'objet d'un traitement assainissant dans leur conditionnement définitif ou conditionnés aseptiquement après traitement. Les autres denrées alimentaires doivent renfermer moins de 100 Listeria monocytogenes par gramme. Cette limite de 100 Listeria monocytogenes par gramme correspond à une tolérance qui n'est acceptable que dans le cas où le producteur de la denrée a fait réaliser une étude de vieillissement prouvant qu'à la date limite de consommation (ou DLC) la denrée respecte ce critère. Respect de la chaîne du froid et réduction des dates limites de consommation Listeria monocytogenes peut se multiplier à basse température mais le temps de génération est beaucoup plus long qu'à température ambiante. Le respect de la chaîne du froid est donc primordial pour éviter une multiplication excessive. Si les industriels et des commerçants ont les capacités techniques d'assurer une bonne conservation des aliments, il n'en va pas toujours de même pour les consommateurs. Un produit présentant très peu de bactéries au moment de la vente peut devenir fortement contaminé lorsqu'il est conservé plusieurs jours voire même plusieurs semaines dans un réfrigérateur domestique dont la température est généralement supérieure à + 4 °C. L'éducation des consommateurs est un point important mais il serait illusoire de croire qu'elle pourra concerner tous les individus. Dans ces conditions, une diminution des dates limites de conservation peut constituer une bonne alternative. Récemment, une réduction de 12 jours des dates limite de consommation des produits de charcuterie a été décidée par l'administration française. Information des consommateurs et des populations à risque Les réfrigérateurs ménagers jouent un rôle important dans la contamination des aliments : nettoyage et désinfection irrégulières, température souvent voisine de 7 à 8 °C, absence de séparation des aliments... Les analyses bactériologiques faites sur les réfrigérateurs des malades révèlent qu'ils sont fréquemment contaminés par des Listeria (dans une étude, 81 réfrigérateurs sur les 121 examinés, soit un pourcentage supérieur à 66, ont permis d'isoler Listeria monocytogenes).
Outre le respect des bonnes conditions de stockage, il est indispensable que les sujets à risque (femmes enceintes, patients immunodéprimés et personnes âgés) connaissent les précautions permettant de réduire le risque de contamination d'origine alimentaire. Ces recommandations ont fait l'objet d'une circulaire de la Direction Générale de la Santé diffusée en mars 1993 et elles sont les suivantes :
Le numéro 4 du 25 janvier 2000 du Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire donne quelques précautions supplémentaires :
Les recommandations des Centers for Disease Control and Prevention (CDC d'Atlanta) sont comparables à celles édictées par la Direction Générale de la Santé. Toutefois, les CDC édictent des normes applicables à tous les individus (cuire soigneusement les aliments d'origine animale, laver soigneusement les légumes crus, éviter la consommation de lait cru et de produits à base de lait cru, se laver les mains et nettoyer les ustensiles de cuisine après la manipulation d'aliments non cuits) et des normes supplémentaires concernant les individus à risque (éviter la consommation de tous les fromages à pâte molle même fabriqués avec du lait pasteurisé, éviter la consommation des plats cuisinés à l'avance ou des aliments de restauration rapide (comme les hot-dogs) qui n'ont pas été réchauffés longtemps à température élevée).
Conclusion
Les listérioses ne sont pas un problème majeur en santé animale ou en santé publique. Toutefois, elles se caractérisent par un taux de mortalité important et, à ce titre, elles nécessitent une grande vigilance de la part des vétérinaires, des médecins, des hygiénistes et des industriels. Comme la majorité des cas résulte de l'ingestion d'aliments, des mesures doivent être mises en œuvre pour limiter leur contamination, pour détruire les Listeria déjà présentes dans une denrée et pour informer les consommateurs et notamment les populations à risque.
L'absence totale de Listeria dans toutes les denrées alimentaires est illusoire et une réglementation très sévère ne peut être respectée (comment un industriel pourra-t-il assurer que tous les produits de tous les lots sont indemnes de Listeria ?).
Orientation bibliographique
Autre site Web
Bactériologie Les références des publications décrivant et/ou validant les différentes espèces du genre Listeria sont données dans le fichier Listeria de List of Procaryotic Names with Standing in Nomenclature. BILLE (J.), ROCOURT (J.) et SWAMINATHAN (B.) : Listeria, Erysipelothrix, and Kurthia. In: P.R. MURRAY, E.J. BARON, M.A. PFALLER, F.C. TENOVER et R.H. YOLKEN (ed.) : Manual of Clinical Microbiology, 7th edition, ASM Press, Washington, D.C., 1999, pp. 346-356. BIND (J.L.) et SCALZO (S.) : Recherche des Listeria dans les produits pathologiques d'origine animale. Texte français de référence d'une technique d'analyse. Centre National d'Études Vétérinaires et Alimentaires, Paris, 1996, 8 pages. BOERLIN (P.), ROCOURT (J.) et PIFFARETTI (J.C.) : Taxonomy of the genus Listeria by using multilocus enzyme electrophoresis. Int. J. Syst. Bacteriol., 1991, 41, 59-34. LARPENT (J.P.) : Listeria. Technique et Documentation Lavoisier, 1995, un volume. McKELLAR (R.C.) : Use of the CAMP test for identification of Listeria monocytogenes. Appl. Environ. Microbiol., 1994, 60, 4219-4225. MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE ET DE LA PÊCHE : Note de service DGAL/SDHA/N.93/N° 8108 du 5 juillet 1993. (Texte repris dans la norme AFNOR VO8-055 de décembre 1993). RALOVICH (B.) : Data for the properties of Listeria strains. Acta Microbiol. Hung. 1992, 39, 105-132. ROCOURT (J.) : Taxonomie du genre Listeria et typage de L. monocytogenes. Path. Biol., 1996, 44, 749-756. ROCOURT (J.), RENAUD (F.) et FRENEY (J.) : Listeria. In : J. Freney, F. Renaud, W. Hansen, C. Bollet : Manuel de Bactériologie Clinique, 2ème édition, Elsevier, collection Option Bio, 1994, pp. 833-849. SEELIGER (H.P.R.) et JONES (D.) : Genus Listeria Pirie 1940, 383AL. In: P.H.A. SNEATH, N.S. MAIR, M.E. SHARPE and J.G. HOLT (ed.) Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, vol. 2, The Williams & Wilkins Co., Baltimore, 1986, pp. 1235-1245. SWAMINATHAN (B.), HUNTER (S.B.), DESMARCHELIER (P.M.), GERNER-SMIDT (P.), GRAVES (L.M.), HARLANDER (S.), HUBNER (R.), JACQUET (C.), PEDERSEN (B.), REINECCIUS (K.), RIDLEY (A.), SAUNDERS (N.A.) et WEBSTER (J.A.) : WHO-sponsored international collaborative study to evaluate methods for subtyping Listeria monocytogenes: restriction fragment lenght polymorphism (RFLP) analysis using ribotyping and Southern hybridization with two probes derived from L. monocytogenes chromosome. Int. J. Food. Microbiol., 1996, 32, 263-278. Autres publications (liste limitée à des synthèses) AMGAR (A.) rédacteur/éditeur : Compte-rendus de la conférence internationale Listeria et sécurité alimentaire, 13-14 juin 1991, Laval, France. ASEPT Editeur, Laval, 1991, 220 pages. BEN EMBAREK (P.K.) : Presence, detection and growth of Listeria monocytogenes in seafoods: a review. Int. J. Food. Microbiol., 1994, 23, 17-34. BERTHOLOM (C.) : Listeria monocytogenes et sa pathologie (compte rendu d'un colloque réuni le 17 mars 1995 à Paris). Option/Bio, 1995, numéro 145-146, 1-4. BROOME (C.V.) : Listeriosis: can we prevent it? ASM News, 1993, 59, 444-446. BRUGÈRE-PICOUX (J.) : La listériose ovine. Bull. GTV, 1994, n° 3, 65-69. CATTEAU (M.) : Listeria monocytogenes : un problème de méthode d'analyse ? Bull. Soc. Fr. Microbiol., 1999, 14, 99-101. CHAUBEAU (C.) et DUFFOUR (B.) : Listeria. Bull. GTV, 1994, n° 4, 57-63. COSSART (P.) : Interactions of the bacterial pathogen Listeria monocytogenes with mammalian cells: bacterial factors, cellular ligands, and signaling. Folia Microbiol., 1998, 43, 291-303. CURTIS (G.D.W.) et LEE (W.H.) : Culture media and methods for the isolation of Listeria monocytogenes. Int. J. Food Microbiol., 1995, 26, 1-13. De VALK (H.), ROCOURT (J.), LEQUERREC (F.), JACQUET (C.), VAILLANT (V.), PORTAL (H.), PIERRE (O.), PIERRE (V.), STAINER (F.), SALVAT (G.) et GOULET (V.) : Bouffée épidémique de listériose liée à la consommation de rillettes. France, octobre-décembre 1999. Synthèse des données disponibles au 12/01/2000. Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, N° 4, 25 janvier 2000. (Disponible sur Internet : http://www.invs.sante.fr/) DEVER (F.P.), SCHAFFNER (D.W.) et SLADE (P.J.) : Methods for the detection of foodborne Listeria monocytogenes in the U.S. J. Food Safety, 1993, 13, 263-292. DURAND (M.P.) : Listeria - Listérioses et produits laitiers. Première partie. Bull. Soc. Vét. Prat. de France, 1992, 76, 517-539. DURAND (M.P.) : Listeria - Listérioses et produits laitiers. Deuxième partie. Bull. Soc. Vét. Prat. de France, 1993, 77, 15-37.. GERROS (T.C.) : Recognizing and treating listeriosis in dairy goats. Vet. Med., January 1998, 92-98. HOFT (H.), NICHTERLEIN (T.) et KRETSCHMAR (M.) : Management of listeriosis. Clin. Microbiol. Rev., 1997, 10, 345-357. HOF (H.) et ROCOURT (J.) : Is any strain of Listeria monocytogenes detected in food a health risk. Int. J. Food. Microbiol., 1992, 16, 173-182. IRETON (K.) et COSSART (P.) : Mécanismes d'entrée de Listeria monocytogenes dans les cellules de mammifères : facteurs bactériens, ligands cellulaires et signalisation. Annales de l'Institut Pasteur / actualités, 1997, 8, 131-138. LASA (I.), EGILE (C.), COSSART (P.) et SANSONETTI (P.J.) : Motilité intracellulaire et polymérisation de l'actine par Listeria monocytogenes et Shigella flexneri. Annales de l'Institut Pasteur / actualités, 1997, 8, 163-172. LARPENT (J.P.) : Listeria. Technique et Documentation Lavoisier, 1995, un volume. LOW (J.C.) et DONACHIE (W.) : A review of Listeria monocytogenes and listeriosis. Vet. J., 1997, 153, 9-29. RALOVICH (B.) : Data for the properties of Listeria strains (a review). Acta Microbiol. Hung., 1992, 39, 105-132. ROCOURT (J.) et COSSART (P.) : Listeria monocytogenes. In : M.P. DOYLE, L.R. BEUCHAT et T.J. MONTVILLE (éd.) : Food microbiology. Fundamentals and frontiers. ASM Press, Washington DC, 1997, pp. 337-352. ROCOURT (J.) et JACQUET (C) : Epidémiologie des infections humaines à Listeria monocytogenes en 1994 : certitudes et interrogations. Annales de l'institut Pasteur / actualités. 1994, 5, 168-174. SCHELCHER (F.), VALARCHER (J.F.), MAENNLEIN (E.), COSTARD (S.), de CLERMONT (R.) et ESPINASSE (J.) : Listériose des ruminants et santé humaine. Point Vétérinaire, 1992, 24, 215-227. TILNEY (L.G.) et TILNEY (M.S.) : The wily ways of a parasite: induction of actin assembly by Listeria. Trends Microbiol., 1993, 1, 25-31. Quelques publications récentes (à la date du 25 juin 2000) COFFEY (A.), VAN DEN BURG (B.), VELTMAN (R.) et ABEE (T.) : Characteristics of the biologically active 35-kDa metalloprotease virulence factor from Listeria monocytogenes. J. Appl. Microbiol., 2000, 88, 132-141. HARRISON (W.A.), PETERS (A.C.) et FIELDING (L.M.) : Growth of Listeria monocytogenes and Yersinia enterocolitica colonies under modified atmospheres at 4 and 8 °C using a model food system. J. Appl. Microbiol., 2000, 88, 38-43. LYYTIKÄINEN (O.), AUTIO (T.), MAIJALA (R.), RUUTU (P.), HONKANEN-BUZALSKI (T.), MIETTINEN (M.), HATAKKA (M.), MIKKOLA (J.), ANTTILA (V.J.), JOHANSSON (T.), RANTALA (L.), AALTO (T.), KORKEALA (H.) et SIITONEN (A.) : An outbreak of Listeria monocytogenes serotype 3a infections from butter in Finland. J. Infect. Dis., 2000, 181, 1838-1841. WILKINS (P.A.), MARSH (P.S.), ACLAND (H.) et DEL PIERO (F.) : Listeria monocytogenes septicemia in a thoroughbred foal. J. Vet. Diagn. Invest., 2000, 12, 173-176.
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* : Quelques souches de Listeria sp. isolées de viande de porc maintenue à basse température avaient été identifiées comme étant Listeria denitrificans. Toutefois, lors d'études ultérieures, ces souches se sont révélées nitrate réductase négative et elles ne sont plus considérées comme des souches de Listeria denitrificans.
** : Caractères phénotypiques de Brochothrix thermosphacta : D'après : SNEATH (P.H.A.) et JONES (D.) : Genus Brochothrix Sneath and Jones 1976, 102AL. In: P.H.A. SNEATH, N.S. MAIR, M.E. SHARPE et J.G. HOLT (éd.) Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, vol. 2, The Williams & Wilkins Co., Baltimore, 1986, pp. 1249-1253.
Bacilles à Gram positif, de 0,6 à 0,75 µm de diamètre sur 1 à 2 µm de longueur, pouvant donner des formes coccoïdes dans les vieilles cultures, isolés ou groupés en chaînes de taille variable, non capsulés, non sporulés, immobiles, aéro-anaérobies, catalase positive (toutefois, la réponse au test catalase varie avec les milieux de culture et la température d'incubation), oxydase négative, nitrate réductase négative, fermentant le glucose (sans gaz) en produisant de l'acide lactique, rouge de méthyle positif, Voges-Proskauer positif, H2S négatif, non indologène, n'hydrolysant pas l'hippurate de sodium, gélatinase négative, citrate de Simmons négatif.
La culture est possible pour des températures comprises entre 0 et 30 °C mais une culture faible est parfois notée à 35 °C. Sur gélose nutritive, les colonies obtenues après 48 heures d'incubation sont convexes, à contour régulier, non pigmentées et leur diamètre est de 0,75 à 1 mm. La croissance est stimulée par le glucose et sur un milieu glucosé, les cultures ont une odeur légèrement acide. Toutes les souches cultivent en présence de 6,5 p. cent de NaCl et de nombreuses souches cultivent en présence de 10 p. cent de NaCl. L'habitat de cette bactérie n'est pas connu avec certitude mais, elle est isolée de nombreuses denrées alimentaires et c'est un agent important d'altération des viandes et des produits carnés.
D'après : LARPENT (J.P.) et LARPENT-GOUGAUD (M.) : Mémento Technique de Microbiologie. Technique et Documentation Lavoisier, Paris, 3ème édition, 1997, 1039 pages.
Composition en grammes par litre :
**** : Caractères phénotypiques des Kurthia sp. (à l'exception de Kurthia sibirica) : D'après : KEDDIE (R.M.) et SHAW (S.) : Genus Kurthia Trevisan 1885, 92AL Nom. cons. Opin. 13 Jud. Comm. 1954, 152. In: P.H.A. SNEATH, N.S. MAIR, M.E. SHARPE et J.G. HOLT (éd.) Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, vol. 2, The Williams & Wilkins Co., Baltimore, 1986, pp. 1255-1259. Bacilles à Gram positif, de forme régulière, de 0,8 à 1,2 µm de diamètre sur 2 à 4 µm de longueur (la longueur est toutefois très variable selon l'âge des cultures), groupés en chaînes souvent parallèles les unes aux autres, pouvant donner des formes coccoïdes dans les vieilles cultures, non sporulés, généralement mobiles grâce à une ciliature péritriche, aérobies stricts, à métabolisme respiratoire, n'acidifiant pas les sucres dans un milieu peptoné, catalase positive, oxydase négative, nitrate réductase négative, gélatinase négative. La température optimale de croissance est de 25 à 30 °C et sur une gélose à base de peptones et d'extraits de levure, les colonies sont irrégulières, elles présentent des filaments et peuvent évoquer une tête de méduse. Une culture est obtenue pour une concentration en NaCl de 5 p. cent et pour une température de 5 °C. L'habitat de ces bactéries semble être l'appareil digestif des mammifères et des oiseaux. Des souches de Kurthia sp. sont isolées de selles diarrhéiques mais leur pouvoir pathogène n'est pas documenté. Les Kurthia sp. sont fréquemment isolées des viandes et des produits carnés notamment lorsqu'ils sont conservés à des températures de l'ordre de 16 °C.
***** AVIS DU CONSEIL SUPERIEUR D'HYGIENE PUBLIQUE DE FRANCE (approuvé le 29 juin 1999) SUR L'OPPORTUNITE D'UNE ANTIBIOPROPHYLAXIE POUR LES PERSONNES AYANT CONSOMME UN ALIMENT CONTAMINE PAR LISTERIA MONOCYTOGENES Considérant : - qu'il n'y a pas de données dans la littérature qui permettent d'apprécier réellement le risque lié à la consommation d'un aliment contaminé ; - que les éléments recueillis par le CNR (Centre National de Référence) des Listeria et les données de l'InVS (Institut de Veille Sanitaire) ont montré que le nombre de cas humains identifiés après différentes alertes alimentaires a toujours été extrêmement faible par rapport au nombre estimé de personnes ayant consommé l'aliment contaminé ; - qu'il n'y a pas d'exemple, à sa connaissance, de pays recommandant une antibioprophylaxie à la suite de consommation d'aliment contaminé par Listeria monocytogenes ; - qu'en revanche, la recommandation faite aux populations à risque est de consulter un médecin sans délai en cas de fièvre ou syndrome grippal durant les deux mois suivant la consommation d'un aliment contaminé ;
la section des maladies transmissibles du Conseil supérieur d'hygiène publique de France émet l'avis suivant : En raison de la rareté des cas survenant après consommation d'un aliment qui s'avère a posteriori contaminé, de la relative faiblesse du risque tel qu'il apparaît dans l'état actuel des connaissances et de l'absence d'élément scientifique en faveur d'un traitement antibiotique en l'absence de signe clinique, il n'y a pas lieu de recommander une antibioprophylaxie systématique en cas de consommation d'un aliment contaminé par Listeria monocytogenes. En revanche une information aux consommateurs est dans ce cas impérative, les invitant notamment à faire preuve de vigilance et à consulter sans délai devant l'apparition de fièvre, isolée ou accompagnée de maux de tête, survenant dans les deux mois qui suivent la consommation de l'aliment contaminé. CET AVIS NE PEUT ETRE DIFFUSE QUE DANS SON INTEGRALITE SANS SUPPRESSION NI AJOUT
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