J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 26 mars 1999

 

MORAXELLA BOEVREI

 

Lors d’une enquête écopathologique effectuée en 1988 dans la région Rhône-Alpes, Richard et al. isolent, de la flore nasale de la chèvre, 24 souches de Moraxella sp. Kodjo et al. (1993, 1994) ont soumis 7 de ces souches à un examen bactériologique approfondi.
Ces souches ressemblent à Moraxella bovis et à Moraxella lacunata mais elles se distinguent de Moraxella bovis par la réduction des nitrates et de Moraxella lacunata par leur pouvoir hémolytique.
Les caractères bactériologiques de ces 7 souches, étudiées avec des galeries API 20NE et des galeries API ZYM, sont plus proches des caractères de Moraxella bovis que des caractères de Moraxella lacunata et les auteurs estimaient que ces souches étaient soit une nouvelle espèce du genre Moraxella soit une sous-espèce de Moraxella bovis. L’étude du profil électrophorétique des protéines et le résultat de tests de transformation qualitative* incitaient cependant à les placer dans une nouvelle espèce.
En 1997, les résultats obtenus par transformation quantitative*, hybridation ADN - ADN et ribotypage permettent à Kodjo et al. de décrire une nouvelle espèce, Moraxella boevrei.

Les souches de Moraxella boevrei sont constituées de courts bacilles à Gram négatif, souvent groupés par deux ou en courtes chaînes, immobiles, mésophiles, aérobies mais cultivant mieux en présence de 5 p. cent de CO2. Les colonies, obtenues après 48 heures d’incubation sur une gélose au sang (sang de mouton ou sang humain) ont un aspect rugueux, elles sont grisâtres, hémolytiques et leur diamètre est de 0,5 mm. Sur gélose nutritive, la croissance est faible ou nulle.

Les réactions catalase, oxydase, nitrate réductase, gélatinase et hydrolyse du Tween 80 donnent un résultat positif. Les sucres ne sont pas acidifiés, le germe ne produit pas d’uréase et il est non indologène.

En plaque API 20 NE le code obtenu est 1010004, en plaque API ZYM, seuls les tests estérase C4, estérase lipase C8 et leucine arylamidase sont positifs.

Les principaux caractères permettant de distinguer Moraxella boevrei d'autres espèces du genre Moraxella isolées de l’animal sont indiqués dans le tableau I.

Toutes les souches ont été isolées des cavités nasales de chèvres saines. Le pouvoir pathogène expérimental a été recherché à l’aide de la souche 80363 (= 80363A). Son inoculation par voie intrapéritonéale au cobaye ou à la souris ne conduit à aucun signe clinique mais le dépôt sur la cornée de 0,1 ml d’une suspension contenant 109 unités formant colonies est suivi, 48 heures plus tard, d’une photophobie transitoire.

 

Orientation bibliographique

 

KODJO (A.), DORIER (A.), LERONDELLE (C.) et RICHARD (Y.) : Isolation and characterization of a new biovar of Moraxella bovis from healthy caprine nasal swabs. Small Ruminant Research, 1994, 15, 87-95.

KODJO (A.), EXBRAYAT (P.) et RICHARD (Y.) : Identification of Moraxella bovis and related species from calves with IBK and goats by qualitative genetic transformation assay. J. Vet. Med., 1994, B41, 336-343.

KODJO (A.), MOUSSA (A.), BORGES (E.) et RICHARD (Y.) : Identification of Moraxella-like bacteria isolated from caprine and ovine nasal flora. J. Vet. Med., 1993, B40, 97-104.

KODJO (A.), RICHARD (Y.) et TØNJUM (T.) : Moraxella boevrei sp. nov., a new Moraxella species found in goats. Int. J. Syst. Bacteriol., 1997, 47, 115-121.

RICHARD (Y.), BORGES (E.), FAVIER (C.) et OUDAR (J.) : Flores nasale et pulmonaire de la chèvre. Ann. Rech. Vét., 1989, 20, 269-276.

 

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* : Tests de transformation

La transformation permet d’évaluer les relations génétiques entre différentes espèces car l’intégration de l’ADN exogène reflète, au moins partiellement, l’existence d’homologies. Les tests de transformation ont été utilisés pour l’étude taxonomique des genres Actinobacillus, Haemophilus, Micrococcus, Moraxella, Neisseria, Pasteurella et Streptococcus ainsi que pour l’étude des relations existant entre les espèces Agrobacterium tumefaciens et Rhizobium leguminosarum.

Les tests de transformation nécessitent l’obtention de souches bactériennes mutantes (par exemple des mutants résistants à un antibiotique x) dont l’ADN servira aux tests et l’obtention de souches compétentes (souches réceptrices aptes à incorporer un ADN exogène) ayant conservé leur sensibilité à l’antibiotique x. Après mise en contact de l’ADN de la souche donatrice avec les bactéries réceptrices, les cellules transformées sont sélectionnées par culture sur un milieu contenant l’antibiotique.

Dans un test de transformation quantitative, l’efficacité ou la fréquence de la transformation est évaluée en faisant le rapport du nombre de colonies obtenues après une transformation hétérologue (la souche donatrice d’ADN et la souche réceptrice appartiennent à des espèces différentes) sur le nombre de colonies obtenues après une transformation homologue (la souche donatrice d’ADN et la souche réceptrice appartiennent à une même espèce).

D’une manière générale, l’efficacité de la transformation est de l’ordre de 2 X 10-1 lorsque les souches donatrices et réceptrices appartiennent à des espèces différentes d’un même genre, elle est de l’ordre de 10-3 lorsque les souches appartiennent à des genres différents d’une même famille et de 10-6 lorsque les souches appartiennent à des familles différentes.

Dans le cas particulier des souches appartenant au "groupe des moraxelles classiques", l’efficacité de la transformation varie entre 0,3 et 1,0 pour des souches d’une même espèce et elle varie de 10-1 à 10-3 pour des souches d’espèces différentes.

Les techniques de transformation sont actuellement peu utilisées en systématique bactérienne et elles sont délicates à réaliser.

Références :

BOVRE (K.) : Studies on transformation in Moraxella and organisms assumed to be related to Moraxella. 3. Quantitative sterptomycin resistance transformation between Moraxella bovis and Moraxella nonliquefaciens strains. Acta Path. et Microbiol. Scandinav., 1965, 63, 42-50.

BOVRE (K.) : Studies on transformation in Moraxella and organisms assumed to be related to Moraxella. 5. Streptomycin resistance transformation between serum-liquefying, nonhaemolytic moraxellae, Moraxella bovis and Moraxella nonliquefaciens. Acta Path. et Microbiol. Scandinav., 1965, 65, 435-449.

GOODFELLOW (M.) et O’DONNELL (A.G.) : Roots of bacterial systematics. In : M. GOODFELLOW et A.G. O’DONNELL (éditeurs), Handbook of new bacterial systematics, Academic Press, Londres, 1993, 3-54.

JONES (D.) : Bacterial classification IV. Genetic methodes. In : Williams ST, Sharpe ME et Holt JG (éditeurs), Bergey’s manual of systematic bacteriology. Volume 4 , The Williams and Wilkins Compagny, Baltimore, 1989, p. 2310-2312.

JONES (D.) et SNEATH (P.H.A.) : Genetic transfer and bacterial taxonomy. Bacteriol. Rev., 1970, 34, 40-81.

KODJO (A.), EXBRAYAT (P.) et RICHARD (Y.) : Identification of Moraxella bovis and related species from calves with IBK and goats by qualitative genetic transformation assay. J. Vet. Med., 1994, B41, 336-343.

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