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Dernière mise à jour le 11 juin 2000
MYCOBACTERIUM GENAVENSE
Systématique
L'étude de la séquence des ADNr 16S montrait que cette mycobactérie constituait une nouvelle espèce apparentée à Mycobacterium simiae. Cependant, l'absence de culture sur les milieux solides et la faible croissance observée en milieux liquides ne permettaient pas une étude phénotypique. En l'absence de caractères phénotypiques, il était impossible de décrire cette nouvelle espèce et son nom devait être écrit entre guillemets : "Mycobacterium genavense". Ultérieurement, la culture a pu être obtenue sur gélose de Middlebrook 7H11 enrichie en mycobactine J ce qui a permis à Böttger et al. (1993) de réaliser quelques tests phénotypiques (tests biochimiques, sensibilité aux antibiotiques, analyse des acides gras et analyse des acides mycoliques). Les caractères phénotypiques permettent de caractériser cette nouvelle espèce et les auteurs publient de manière valide la nomenclature de Mycobacterium genavense.
Caractères bactériologiques
Outre les caractères communs à la famille des Mycobacteriaceae* et au genre Mycobacterium**, les souches de Mycobacterium genavense présentent les caractères suivants :
Dans les lésions ou dans les cultures effectuées en milieu liquide, les bactéries se présentent sous la forme de cocco-bacilles acido-alcoolo-résistants, de 1,0 mm de diamètre sur 2,0 mm de longueur, groupés en amas. Après culture en milieux solides, les bactéries sont polymorphes et leur longueur peut atteindre 6 µm. Le profil des acides gras est semblable à celui de Mycobacterium fortuitum et les acides mycoliques ont une structure proche de celle de Mycobacterium malmoense et de Mycobacterium simiae.
Compte tenu de la faible croissance du germe in vitro, les caractères biochimiques sont difficiles à étudier et les caractères négatifs doivent être interprétés avec prudence. Une réponse positive est obtenue pour la présence d’une catalase thermostable, d’une pyrazinamidase et d’une uréase. Une réponse négative est notée pour les tests niacine, nitrate réductase, hydrolyse du Tween et présence d’une arylsulfatase. La très grande majorité des souches est sensible à la p-nitro-alpha-acétylamino-bêta-hydroxypropiophénone.
La culture est toujours lente et difficile. Lors des premières études effectuées sur Mycobacterium genavense, la culture n'avait été obtenue que dans des milieux liquides (système radiométrique BACTEC) après 3 à 12 semaines d'incubation. Ultérieurement, une croissance en milieu solide a été obtenue par repiquage des milieux liquides sur milieu de Middlebrook 7H11 additionné de mycobactine J (colonies visibles après 3 à 9 semaines d'incubation) ou sur milieu de Middlebrook 7H9 additionné de charbon et d'extraits de levure (colonies visibles après un temps d'incubation compris entre 6 semaines et 9 mois).
La recherche des conditions optimales de culture a fait l'objet de plusieurs publications dont les principaux résultats sont les suivants :
Mycobacterium genavense se différencie des autres mycobactéries à croissance lente par ses caractères culturaux (croissance plus facile en milieux liquides et absence fréquente de croissance sur les milieux solides couramment utilisés pour les mycobactéries) et par quelques caractères mentionnés dans le tableau I.
Habitat et pouvoir pathogène
En raison de la difficulté d'obtention des cultures, le nombre de souches isolées est encore faible et les données concernant l'habitat de Mycobacterium genavense sont peu nombreuses. Il en va de même pour les données permettant d'apprécier l'importance réelle des infections dans la pathologie de l'homme ou des animaux.
Chez l'homme, Mycobacterium genavense est responsable d'infections disséminées chez des adultes ou des enfants présentant des troubles importants du système immunitaire (individus atteints de SIDA et, moins fréquemment, individus suivant un traitement immunodépresseur). Un cas d'infection des tissus mous a également été décrit chez une femme immunodéprimée. Chez des sujets immunocompétents quelques cas d'adénites cervicales ont été observés.
Les infections à Mycobacterium genavense ont été décrites à plusieurs reprises chez des oiseaux d'ornements, notamment chez des Coraciiformes, des Galliformes, des Passeriformes, des Piciformes et des Psittaciformes. Chez les oiseaux d'ornement, Mycobacterium genavense semble être la mycobactérie la plus fréquemment responsable d'infections. En effet, dans une étude portant sur 204 animaux atteints de mycobactériose, les auteurs ont pu caractériser 48 souches de mycobactéries dont 34 souches de Mycobacterium genavense, 8 souches de Mycobacterium avium, 2 souches de Mycobacterium fortuitum, 2 souches de Mycobacterium tuberculosis, 1 souche de Mycobacterium gordonae et 1 souche de Mycobacterium nonchromogenicum.
Un cas d'infection a été décrit chez un chien vivant à New York et présentant des difficultés de locomotion. L'examen clinique a révélé une raideur des membres postérieurs, une douleur à la palpation des membres, une adénite des nœuds lymphatiques superficiels et une hyperthermie (39,4 °C). Des examens complémentaires ont mis en évidence une hépatomégalie et une splénomégalie. L'examen d'une biopsie d'un nœud lymphatique a permis de visualiser de nombreuses bactéries acido-alcoolo-résistantes localisées dans les histiocytes. La culture a été effectuée par la méthode radiométrique BACTEC et l'identification a été assurée par amplification et séquençage de l'ADNr 16S. Aucun cas de contamination de l'homme n'a été attribué à un contact avec un animal infecté mais on ne peut exclure une telle éventualité. Aussi, il semble souhaitable d'informer les propriétaires de ce risque potentiel notamment s'ils présentent une immunodépression sévère. Expérimentalement, l'injection par voie intraveineuse à des souris provoque une infection chronique disséminée mais, non létale. Le foie et la rate se révèlent les organes les plus infectés. Les mécanismes immunitaires de résistance sont similaires à ceux mis en jeu vis-à-vis d'autres mycobactéries car ils reposent sur les lymphocytes T : infections plus sévères chez la souris nude athymique, infections plus sévères chez les souris normales traitées par des anticorps monoclonaux anti-CD8, anti-CD4 ou anti-interféron gamma. Le rôle des lymphocytes T dans la résistance acquise explique la susceptibilité des patients atteints de SIDA
Diagnostic bactériologique des infections aviaires
Chez les oiseaux, l'infection doit être suspectée dans les circonstances suivantes : mort rapide non précédée de signes cliniques importants ; absence de lésions macroscopiques ou présence de lésions macroscopiques modestes ; présence de bacilles acido-alcoolo-résistants dans des calques ou des frottis d'organes ; absence de culture sur les milieux classiquement utilisés en mycobactériologie.
L'utilisation du système BACTEC (de préférence milieu "BACTEC PZA Test Medium" dont le pH est acide), à condition de conserver les milieux au moins 8 semaines, permet souvent de cultiver Mycobacterium genavense. L'identification repose ensuite sur l'amplification et le séquençage de l'ADNr 16S.
Le système BACTEC et les techniques de biologie moléculaires ne sont pas accessibles à tous les laboratoires de bactériologie vétérinaire aussi, l'utilisation d'un milieu de Middlebrook 7H11 acidifié et additionné de charbon et de sang de mouton, tel qu'il est préconisé par Realini et al. (voir le paragraphe consacré aux caractères bactériologiques), semble être une alternative.
Sensibilité aux antibiotiques
Les données concernant la sensibilité aux antibiotiques sont encore fragmentaires et il est difficile de déterminer le spectre de sensibilité car la bactérie cultive lentement et la culture nécessite un pH acide de l'ordre de 6. Ce pH acide a pour conséquence de diminuer l'activité de certains antibiotiques comme l'éthambutol, la clarithromycine ou la clofazimine.
Une sensibilité est notée vis-à-vis de la streptomycine, de la rifampicine, de la rifabutine, de la roxithromycine, de la clarithromycine, de l'azithromycine et de l'acide fusidique.
Orientation bibliographique
Site Web : Tuberculose. Techniques de diagnostic en mycobactériologie (Michel Fabre, Frédéric Augu & Stéphane Lecaudey)
BOTTGER (E.C.), HIRSCHEL (B.) et COYLE (M.B.) : Mycobacterium genavense sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 841-843. CHEVRIER (D.), OPRISAN (G), MARESCA (A.), MATSIOTA-BERNARD (P.) et GUESDON (J.L.) : Isolation of a specific DNA fragment and development of a PCR-based method for the detection of Mycobacterium genavense. FEMS Immunol. Med. Microbiol., 1999, 23, 243-52. COYLE (M.B.), CARLSON (L.D.C.), WALLIS (C.K.), LEONARD (R.B.), RAISYS (V.A.), KILBURN (J.O.), SAMADPOUR (M.) et BÖTTGER (E.C.) : Laboratory aspects of "Mycobacterium genavense", a proposed species isolated from AIDS patients. J. Clin. Microbiol., 1992, 30, 3206-3212. CHOU (S.), CHEDORE (P.) et KASATIYA (S.) : Use of gas chromatographic fatty acid and mycolic acid cleavage product determination to differentiate among Mycobacterium genavense, Mycobacterium fortuitum, Mycobacterium simiae, and Mycobacterium tuberculosis. J. Clin. Microbiol., 1998, 36, 577-579. FALKINHAM III (J.O.) : Epidemiology of infection by nontuberculous mycobacteria. Clin. Microbiol. Rev., 1996, 9, 177-215. HILLEBRAND-HAVERKORT (M.E.), KOLK (A.H.), KOX (L.F.), TEN VELDEN (J.J.A.M.) et TEN VEEN (J.H.) : Generalized Mycobacterium genavense infection in HIV-infected patients: detection of the mycobacterium in hospital tap water. Scand. J. Infect. Dis., 1999, 31, 63-68. HOOP (R.K.), BOTTGER (E.C.), OSSENT (P.) et SALFINGER (M.) : Mycobacteriosis due to Mycobacterium genavense in six pet birds. J. Clin. Microbiol., 1993, 31, 990-993. HOOP (R.K.), BÖTTGER (E.C.) et PFYFFER (G.E.) : Etiological agents of mycobacterioses in pet birds between 1986 and 1995. J. Clin. Microbiol., 1996, 34, 991-992. KIEHN (T.E.), HOEFER (H.), BOTTGER (E.C.), ROSS (D.), WONG (M.), EDWARDS (F.), ANTINOFF (N.) et ARMSTRONG (D.) : Mycobacterium genavense infections in pet animals. J. Clin. Microbiol., 1996, 34, 1840-1842. LÉAUTEZ (S.), BOUTOILLE (D.), BEMER-MELCHIOR (P.), PONGE (T.) et RAFFI (F.) : Loaclized Mycobacterium genavense soft tissue infection in an immunodeficient HIV-negative patient. Eur. J. Clin. Microbiol. Infect. Dis., 2000, 19, 51-52. MEDENHALL (M.K.), FORD (S.L.), EMERSON (C.L.), WELLS (R.A.), GINES (L.G.) et ERIKS (I.S.) : Detection and differentiation of Mycobacterium avium and Mycobacterium genavense by polymerase chain reaction and restriction enzyme digestion analysis. J. Vet. Diagn. Invest., 2000, 12, 57-60. PORTAELS (F.), REALINI (L.), BAUWENS (L.), HIRSCHEL (B.), MEYERS (W.M.) et DE MEURICHY (W.) : Mycobacteriosis caused by Mycobacterium genavense in birds kept in a zoo: 11-year survey. J. Clin. Microbiol., 1996, 34, 319-323. RAMIS (A.), FERRER (L.), ARANAZ (A.), LIÉBANA (E.), MATEOS (A.), DOMÍNGUEZ (L.) PASCUAL (C.), FDEZ-GARAYAZABAL (J.) et COLLINS (M.D.) : Mycobacterium genavense in canaries. Avian Dis., 1996, 40, 246-251. REALINI (L.), DE RIDDER (K.), HIRSCHEL (B.) et PORTAELS (F.) : Blood and charcoal added to acidified agar media promote the growth of Mycobacterium genavense. Diagn. Microbiol. Infect. Dis., 1999, 34, 45-50. REALINI (L.), DE RIDDER (K.), PALOMINO (J.C.), HIRSCHEL (B.) et PORTAELS (F.) : Microaerophilic conditions promote growth of Mycobacterium genavense. J. Clin. Microbiol., 1998, 36, 2565-2570. REALINI (L.), VAN DER STUYFT (P.), DE RIDDER (K.), HIRSCHEL (B.) et PORTAELS (F.) : Inhibitory effects of polyoxyethylene stearate, PANTA, and neutral pH on growth of Mycobacterium genavense in BACTEC primary cultures. J. Clin. Microbiol., 1997, 35, 2791-2794. THOMSEN (V.Ø.), DRAGSTED (U.B.), BAUER (J.), FUURSTED (K.) et LUNDGREN (J.) : Disseminated infection with Mycobacterium genavense: a challenge to physicians and mycobacteriologists. J. Clin. Microbiol., 1999, 37, 3901-3905.
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* La famille des Mycobacteriaceae La famille des Mycobacteriaceae constitue avec les familles des Corynebacteriaceae (genres Corynebacterium et Turicella), des Dietziaceae (genre Dietzia) des Gordoniaceae (genre Gordonia) des Nocardiaceae (genres ¤ Nocardia et ¤ Rhodococcus) et des Tsukamurellaceae (genres Tsukamurella), le sous-ordre des Corynebacterineae placé dans l'ordre des Actinomycetales (voir le fichier ¤ Actinobacteria). Elle est constituée d'un unique genre, le genre Mycobacterium qui compte, à la date du 13 mars 2000, 85 espèces dont deux (Mycobacterium avium et ¤ Mycobacterium fortuitum) sont divisées en sous-espèces (voir : ¤ Mycobacterium in ¤ List of Procaryotic Names with Standing in Nomenclature). La définition de la famille des Mycobacteriaceae et de son unique genre repose sur trois critères : l'acido-alcoolo-résistance, la composition des acides mycoliques et la valeur du G + C. p. cent.
. Acido-alcoolo-résistance
. Composition des acides mycoliques
. G + C p. cent
** Caractères bactériologiques du genre Mycobacterium Les mycobactéries sont des bacilles droits ou légèrement incurvés, de 0,2 à 0,6mm de diamètre sur 1,0 à 10,0 mm de longueur, présentant parfois des renflements ou des ramifications, formant occasionnellement des hyphes rampants qui se fragmentent très facilement en éléments bacillaires (Mycobacterium farcinogenes et Mycobacterium senegalense donnent des filaments qui se fragmentent peu), ne formant jamais d’hyphes aériens visibles à l'œil nu, prenant difficilement la coloration de Gram mais considérés comme à Gram positif (en fait, la paroi des mycobactéries possède une structure plus complexe que la paroi des bactéries à Gram positif et, sur un frottis coloré par la technique de Gram, les mycobactéries apparaissent souvent comme non colorées, sous la forme de "fantômes" ce qui les fait qualifier parfois de "à Gram neutre"), acido-alcoolo-résistants (coloration de Ziehl-Neelsen, coloration de Kinyoun, coloration fluorescente à l’auramine phéniquée), immobiles, non sporulés, aérobies stricts, catalase positive.
Sur le plan structural, elles se caractérisent par une paroi originale, très riche en lipides (60 p. cent des constituants) et dont la constitution explique, au moins partiellement, les propriétés tinctoriales, la pathogénicité et la résistance à divers antibiotiques.
Selon les espèces, le temps de génération des mycobactéries varie de 2 heures à plus de 200 heures et les colonies ne sont visibles qu’après un temps d'incubation compris entre 2 jours et 10 semaines, voire plus. En fonction de leur vitesse de croissance, les espèces du genre Mycobacterium sont divisées en 2 groupes :
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