J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 27 novembre 1998
Dernière mise à jour le 30 septembre 2003

 

MACROCOCCUS

 

Voir aussi le fichier  ¤ Staphylococcaceae.

Autres dénominations :
Macrococcus bovicus : "Staphylococcus bovicus".
Macrococcus carouselicus : "Staphylococcus carouselicus".
Macrococcus caseolyticus : Staphylococcus caseolyticus, "Micrococcus caseolyticus".
Macrococcus equipercicus : "Staphylococcus equipercicus".

 

Systématique

 

En 1982, Schleifer et al. proposent la nomenclature de Staphylococcus caseolyticus pour la souche ATCC 13548 de "Micrococcus caseolyticus" et pour la souche ATCC 29750 de "Micrococcus varians".
Lors de la recherche de Staphylococcus caseolyticus à partir de divers prélèvements (produits carnés, prélèvements cutanés de bovins, d'équins, de caprins, de cétacés et de dauphins), Ballard et al. isolent des souches apparentées à Staphylococcus caseolyticus et semblant appartenir à trois nouvelles espèces ("Staphylococcus equipercicus", "Staphylococcus bovicus" et "Staphylococcus carouselicus").

En 1998, Kloos et al. soumettent à une étude phylogénétique, chimiotaxonomique et phénotypique 10 souches de Staphylococcus caseolyticus et 50 souches bactériennes apparentées à Staphylococcus caseolyticus. Les résultats montrent que ces bactéries appartiennent à un genre proche mais différent du genre Staphylococcus et que les souches apparentées à Staphylococcus caseolyticus forment bien trois espèces différentes. Aussi, les auteurs proposent la dénomination de Macrococcus pour le nouveau genre, le transfert de Staphylococcus caseolyticus dans le genre Macrococcus (Macrococcus caseolyticus) ainsi que la création de trois nouvelles espèces : Macrococcus equipercicus, Macrococcus bovicus et Macrococcus carouselicus.

Le genre Macrococcus a été individualisé grâce à l'analyse des séquences des ARNr 16S, à l'étude des ribotypes, à la valeur du G + C p. cent (38 à 45 soit une valeur plus forte que pour les staphylocoques), à la taille du génome (environ 1500 à 1800 kb soit une taille inférieure au génome des staphylocoques), à l'étude de la composition chimique de la paroi (absence d'acide téchoïque, sauf chez Macrococcus caseolyticus dont la paroi renferme un acide téchoïque atypique) et grâce à quelques caractères phénotypiques.
L'étude des séquences des gènes codant pour la protéine HSP60 a permis de confirmer la validité du genre Macrococcus.
Le genre Macrococcus est actuellement classé dans la famille des ¤ Staphylococcaceae.

Le 12 septembre 2003, le genre Macrococcus s'est enrichi de trois nouvelles espèces isolées chez le lama (Lama glama*) : Macrococcus brunensis, Macrococcus hajekii et Macrococcus lamae. Ces espèces ont été placées dans le genre Macrococcus d'après leurs caractères phénotypiques, la valeur de leur G + C p. cent et l'analyse des séquences des ARNr 16S. L'individualisation des ces trois espèces a reposé sur les hybridations ADN-ADN, sur le ribotypage, sur l'électrophorèse en champ pulsé des fragments de macrorestriction de l'ADN, sur l'analyse des acides gras et sur leurs caractères phénotypiques.

 

Caractères bactériologiques

 

Les macrocoques sont des bactéries à Gram positif, de forme sphérique ou coccoïde, d'un diamètre compris entre 0,74 et 2,5 mm, groupées le plus souvent par deux ou par quatre (mais on observe parfois des formes isolées ou de courtes chaînes), immobiles, non capsulées, non sporulées, mésophiles, non halophiles, résistantes à la bacitracine (disque chargé à 0,04 U) et au lysozyme (25 mg/mL), sensibles à la furazolidone (disque chargé à 100 mg), chimio-organotrophes, aéro-anaérobies mais préférant des conditions d'aérobiose, catalase positive, oxydase positive.
. Une réponse négative est obtenue pour les tests staphylocoagulase, ODC, bêta-glucuronidase, bêta-galactosidase et acidification du D-cellobiose.
. Les principaux caractères permettant de différencier les macrocoques des staphylocoques sont l'oxydase (seuls ¤ Staphylococcus fleurettii, ¤ Staphylococcus sciuri, Staphylococcus lentus et ¤ Staphylococcus vitulinus sont oxydase positive) et la taille. Quand ils sont cultivés en bouillon trypticase soja, le diamètre des macrocoques est environ 1,5 à 4 fois plus grand que le diamètre de Staphylococcus aureus subsp. aureus et 1,2 à 2,5 fois plus grand que le diamètre de Staphylococcus sciuri subsp. sciuri. Cette différence de taille est moins marquée quand les cultures sont effectuées en bouillon cœur-cervelle ou sur gélose trypticase soja ou sur gélose trypticase soja au sang ou sur gélose cœur-cervelle ou sur gélose P.
. Les caractères permettant de différencier les espèces du genre Macrococcus ainsi que les caractères permettant de différencier les Macrococcus sp. et les espèces oxydase positive du genre Staphylococcus sont donnés dans le tableau I.

Macrococcus caseolyticus cultive très mal en anaérobiose (selon les souches, dans un milieu semi-solide au thioglycolate, on observe soit une culture très faible soit une absence de culture), il est nitrate réductase positive, il produit de l'acétoïne et il acidifie en aérobiose le bêta-D-fructose, le maltose et le D-tréhalose. Une réponse négative est obtenue pour les tests uréase, bêta-glucosidase et acidification du D-mannitol.
La croissance est optimale à 35 °C. Les colonies sont légèrement convexes, opaques, d'aspect butyreux, non pigmentées (couleur grisâtre) ou légèrement pigmentées en jaune. Sur gélose P, leur taille est d'environ 3 mm et sur gélose trypticase soja elle atteint 7 mm. Sur gélose au sang de cheval, la plupart des souches donnent une légère hémolyse verdâtre. Cette bactérie peut cultiver en présence de 10 p. cent de NaCl.

Macrococcus equipercicus (étude de 22 souches) résiste à la novobiocine, il est sensible à la lysostaphine et il donne une réponse négative aux tests culture en anaérobiose (milieu semi-solide au thioglycolate), nitrate réductase, VP, DNase (à l'exception d'une souche), pyrrolidonyl-arylamidase, bêta-glucosidase (à l'exception d'une souche), acidification de l'alpha-lactose et du D-ribose (à l'exception d'une souche). En aérobiose, le glycérol, le D-mannitol (à l'exception d'une souche) et le bêta-D-fructose sont acidifiés.
La croissance est optimale à 35 °C, elle se produit en présence de NaCl jusqu'à une concentration de 7,5 p. cent et sur gélose au sang (mouton, cheval ou bovin), les colonies ne sont pas hémolytiques. Les colonies sont comparables à celles de Macrococcus caseolyticus mais elles sont légèrement ou moyennement pigmentées et orange et leur diamètre est d'environ 6 mm sur gélose P ou sur gélose trypticase soja.

Macrococcus bovicus (10 souches) ) résiste à la novobiocine, il est sensible à la lysostaphine ou à l'oxacilline et il donne une réponse négative aux tests culture en anaérobiose (milieu semi-solide au thioglycolate), nitrate réductase, VP, pyrrolidonyl-arylamidase et acidification de l'alpha-lactose. En aérobiose, le glycérol, le D-mannitol et le bêta-D-fructose sont acidifiés.
La croissance est optimale à 35 °C, elle se produit en présence de NaCl jusqu'à une concentration de 7,5 p. cent et sur gélose au sang de cheval ou de bovin, les colonies donnent une hémolyse incomplète. Les colonies sont comparables à celles de Macrococcus caseolyticus mais elles sont pigmentées en jaune pâle ou en orange et leur diamètre est d'environ 4 mm sur gélose P ou sur gélose trypticase soja.

Macrococcus carouselicus (18 souches) résiste à la novobiocine, il est sensible à la lysostaphine ou à l'oxacilline et il donne une réponse négative aux tests culture en anaérobiose (milieu semi-solide au thioglycolate), nitrate réductase (à l'exception d'une souche), VP, bêta-glucosidase (à l'exception d'une souche), pyrrolidonyl-arylamidase, acidification de l'alpha-lactose, maltose et D-ribose. Une réponse positive est obtenue pour les tests DNase, hydrolyse de l'esculine (à l'exception d'une souche), acidification faible du bêta-D-fructose (à l'exception d'une souche).
La croissance est optimale à 35 °C, elle se produit en présence de NaCl jusqu'à une concentration de 7,5 p. cent et sur gélose au sang de cheval ou de mouton, les colonies sont non hémolytiques. Les colonies sont comparables à celles de Macrococcus caseolyticus mais elles sont légèrement pigmentées en orange ou en crème et leur diamètre est d'environ 5 mm sur gélose P et de 7 mm sur gélose trypticase soja.

Macrococcus brunensis (4 souches) Macrococcus hajekii (1 souche) et Macrococcus lamae (3 souches) hydrolysent la caséine et la gélatine, ils produisent une phosphatase alcaline, ils acidifient le D-fructose, le D-glucose, le maltose et le D-mannitol. Ces trois espèces donnent une réponse négative aux tests hémolyse, uréase, ADH, ODC, arginine arylamidase, bêta-glucuronidase, pyrrolidonyl arylamidase, estérase (C4), lipase (C14), estérase lipase (C8), naphtol-AS-BI-phosphohydrolase, valine arylamidase, cystine arylamidase, alpha-galactosidase, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, alpha-mannosidase, alpha-fucosidase, acidification de l'arabinose, du D-galactose, du glycérol, de la N-acétylglucosamine, de l'alpha-méthyl-D-glucoside, du lactose, du D-mannose, du D-mélibiose, du mélézitose, du raffinose, du ribose, de la D-salicine, du D-sorbitol, du turanose, du xylitol et du xylose. La résistance à la novobiocine, la production d'une phosphatase acide et l'acidification du saccharose varient selon l'espèce (voir tableau I).
Aucune de ces espèces ne cultive en présence de 7,5 p. cent de NaCl et la croissance en présence de 4 p. cent de NaCl est variable selon l'espèce (voir tableau I). Elles cultivent à des températures comprises entre 15 et 36 °C, mais aucune culture n'est obtenue à 4 ou à 42 °C.
Après 24 heures d'incubation, les colonies obtenues sur gélose P sont circulaires, lisses et elles ont un diamètre de 2 à 3 mm pour Macrococcus hajekii, de 2 à 4 mm pour Macrococcus lamae et de 2 à 5 mm pour Macrococcus brunensis. Seules les colonies de Macrococcus lamae sont pigmentées (coloration orange).

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les deux souches de Macrococcus (Staphylococcus) caseolyticus, étudiées par Schleifer et al. en 1982, provenaient de lait de vache. Par la suite, très peu d'études ont été consacrées à cette bactérie mais, en 1992, une souche a été isolée du lait de chèvre et De La Fuente et al. rapportent l'isolement de 17 souches chez le mouton. Les moutons étaient atteints de la maladie des abcès due à ¤ Staphylococcus aureus subsp. anaerobius et aucun pouvoir pathogène n'a été attribué à Macrococcus caseolyticus. Parmi les 8 souches isolées par Kloos et al., 3 ont été isolées de viande de bovins, 4 de divers prélèvements d'origine bovine (cœur, langue, lèvre) et une d'une baleine. Ultérieurement, d'autres souches de Macrococcus caseolyticus ont été identifiées dans du lait de vache et dans de la viande de porc. Aucun pouvoir pathogène n'a pu être attribué à cette bactérie qui semble rarement isolée.

Macrococcus bovicus a été isolé de la peau saine chez des équidés et des bovins.

Macrococcus equipercicus et Macrococcus carouselicus n'ont été isolés que chez des équidés où ils semblent faire partie de la flore cutanée.

Macrococcus brunensis, Macrococcus hajekii et Macrococcus lamae ont été isolés de la peau de lamas sains.

 

Orientation bibliographique

 

DE LA FUENTE (R.), SUAREZ (G.), RUIZ SANTAQUITERIA (J.A.), MEUGNIER (H.), BES (M.), FRENEY (J.) et FLEURETTE (J.) : Identification of coagulase negative staphylococci isolated from lambs as Staphylococcus caseolyticus. Comp. Immun. Microbiol. Infect. Dis., 1992, 15, 47-52.

KLOOS (W.E.), BALLARD (D.N.), GEORGE (C.G.), WEBSTER (J.A.), HUBNER (R.J.), LUDWIG (W.), SCHLEIFER (K.H.), FIEDLER (F.) et SCHUBERT (K.) : Delimiting the genus Staphylococcus through description of Macrococcus caseolyticus gen. nov., comb. nov. and Macrococcus equipercicus sp. nov., Macrococcus bovicus sp. nov. and Macrococcus carouselicus sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1998, 48, 859-877.

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MANNEROVÁ (S.), PANTUCEK (R.), DOSKAR (J.), SVEC (P.), SNAUWAERT (C.), VANCANNEYT (M.), SWINGS (J.) and SEDLÁCEK (I.): Macrococcus brunensis sp. nov., Macrococcus hajekii sp. nov. and Macrococcus lamae sp. nov., from the skin of llamas. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 1647-1654.

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* : Lama glama

Classification d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Deuterostomia ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Gnathostomata ; Teleostomi ; Euteleostomi ; Sarcopterygii ; Tetrapoda ; Amniota ; Mammalia ; Theria ; Eutheria ; Cetartiodactyla ; Tylopoda ; Camelidae ; Lama ; Lama glama.

Pour des informations sur Lama glama voir le fichier Lama glama sur le site Animal Diversity Web (Museum of Zoology, University of Michigan).

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