J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 07 juin 1998

 

MELISSOCOCCUS PLUTONIUS

 

Voir aussi le fichier ¤ Enterococcaceae.

Autres dénominations : "Bacillus pluton", "Streptococcus pluton", Melissococcus pluton.

 

Systématique

 

Le genre Melissococcus a été proposé en 1982, sur la base de critères purement phénotypiques. Ultérieurement, l’étude de la séquence du gène codant pour l’ARNr 16S révèle que ce genre est phylogéniquement apparenté au genre Enterococcus mais qu’il mérite de conserver son autonomie. Le genre Melissococcus n’est constitué que d’une seule espèce, Melissococcus plutonius.

 

Caractères bactériologiques

 

Melissococcus plutonius se présente sous forme de coques lancéolés, de 0,5-0,7 x 1,0 micron, parfois polymorphes et pouvant donner de courts bacilles, groupés en chaînettes, à Gram positif (mais se décolorant facilement), non acido-résistants, immobiles, non sporulés, anaérobies ou micro-aérophiles, possédant l’antigène D de Lancefield.

Sur des milieux ordinaires, la culture est faible ou nulle. Il faut avoir recours à des milieux spéciaux contenant de la cystéine ou de la cystine ou des extraits de levure et incubés soit en micro-aérophilie soit dans une atmosphère anaérobie contenant du CO2 à une concentration ne devant pas dépasser 5 p. cent (au-delà de cette concentration, certaines souches sont inhibées). Sur le milieu de Bailey (1 p. cent d’extraits de levure, 1 p. cent de glucose, 1 p. cent d’amidon, 0,1 M de phosphate de potassium, pH 6,6) les colonies ont une taille de 1 mm de diamètre et elles ont un aspect très variable. Elles peuvent être blanches convexes et lisses ou avoir un aspect granuleux ou avoir un aspect translucide ou présenter une forme annulaire avec un centre clair et une périphérie d’aspect granuleux.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Melissococcus plutonius est l’agent d’une maladie des abeilles, connue sous le nom de loque européenne, décrite chez Apis mellifera, Apis cerana et Apis laboriosa et inscrite sur la liste B de l'OIE (maladies de la liste B de l'Office International des Epizooties). En France, c'est une "maladie réputée légalement contagieuse".

La loque européenne est une maladie aux conséquences économiques importantes et elle a été identifiée dans de nombreux pays (Amérique du Nord, Amérique du Sud, Australie, Europe, Indes, Japon, Afrique). Dans le passé, plusieurs bactéries ont été incriminées dans cette infection ("Streptococcus apis", ¤ Paenibacillus alvei, ¤ Paenibacillus thiaminolyticus, Brevibacillus laterosporus, "Bacterium eurydice", Enterococcus faecalis…) mais, actuellement, on considère que l'agent de la loque européenne est Melissococcus plutonius et l'infection peut être reproduite expérimentalement en faisant ingérer moins de 100 germes à des larves. Les autres bactéries, isolées des cas de loque européenne, notamment Enterococcus faecalis, sont cependant susceptibles d'aggraver les signes cliniques.

La loque européenne touche le couvain non operculé et elle provoque la mort des larves âgées de 4 à 5 jours. L'infection sévit le plus souvent au début de l’été au moment où les ruches sont en pleine expansion. La loque européenne se traduit par une mort des larves qui deviennent blanches puis jaunes puis d'une couleur brune presque noire. Les larves se dessèchent et donnent des "écailles" non adhérentes aux parois des cellules. Le couvain dégage une odeur aigre.

 

Diagnostic bactériologique

 

Le diagnostic repose sur l’examen microscopique d’une dilution du contenu de l’intestin moyen qui révèle de nombreux coques lancéolés de 0,5 à 1,0 mm de diamètre souvent groupés en courtes chaînes, parfois en amas. Un diagnostic de certitude requiert l’isolement du germe à partir d’un broyage de larves ou mieux à partir du contenu de l’intestin moyen. L’isolement est facilité par l’incorporation de dilutions décimales dans du milieu de Bailey maintenu en surfusion puis coulé en boîtes de Pétri. L’incubation se réalise à 34 °C en atmosphère anaérobie contenant 5 p. cent de gaz carbonique. Les colonies apparaissent alors en 4 jours. La distinction avec Enterococcus faecalis, souvent présent dans les cas de loque européenne, est facile car les caractères culturaux de ces 2 germes sont très différents.
L'isolement est toutefois très difficile et les bactéries associées à l'infection cultivent souvent mieux que Melissococcus plutonius aussi, d'autres techniques telles que la microscopie électronique ou l'immuno-enzymologie, ont été proposées. Une technique de PCR, utilisant des amorces spécifiques dirigées contre des séquences du gène codant pour l'ARNr 16S, permet d'amplifier une séquence de 812 pb. Cette technique, applicable directement sur des larves, semble rapide (6 heures), spécifique et elle est une bonne alternative à la culture.

 

Adresse utile en médecine vétérinaire

 

AFSSA, Laboratoire de pathologie des petits ruminants et des abeilles. "Les Templiers", 105 route des Chappes, Sophia Antipolis, BP 12, 06410 Biot.

 

Orientation bibliographique

 

ALIPPI (A.M.) : A comparison of laboratory techniques for the detection of significant bacteria of thehoney bee, Apis mellifera, in Argentina. J. Apicultural Res., 1991, 30, 75-80.

ALLEN (M.F.) et BALL (B.V.) : The cultural characteistics and serological relationships of isolates of Melissococcus pluton. J. Apicultural Res., 1993, 32, 80-88.

BAILEY (L.) et COLLINS (M.D.) : Reclassification of Streptococcus pluton (White) in a new genus Melissococcus, as Melissococcus pluton nom. rev., comb. nov. J. Appl. Bacteriol., 1982, 53, 215-217.

CAI (J.) et COLLINS (M.D.) : Evidence for a close phylogenetic relationship between Melissococcus pluton, the causative agent of European fouldbrood disease, and the genus Enterococcus. Int. J. Syst. Bacteriol, 1994, 44, 365-367.

GOVAN (V.A.), BRÖZEL (V.), ALLSOPP (M.H.), et DAVISON (S.) : A PCR detection method for rapid identification of Melissococcus pluton in honeybee larvae. Appl. Environ. Microbiol., 1998, 64, 1983-1985.

 

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