J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 11 septembre 2004

 

MOELLERELLA, MOELLERELLA WISCONSENSIS

 

Autre dénomination : CDC Enteric Group 46.

 

Systématique

 

En 1980, le CDC d'Atlanta a reçu quatre souches bactériennes envoyées par le laboratoire d'hygiène de l'État du Wisconsin. Ces souches présentaient les caractères généraux de la famille des Enterobacteriaceae* et elles ont été provisoirement dénommées CDC Enteric Group 46. Une recherche effectuée dans la base de données du CDC a permis de placer cinq autres souches dans le groupe 46.

Les hybridations ADN-ADN, effectuées sur six souches, révèlent un pourcentage d'homologie compris entre 80 et 93.
Les pourcentages d'homologie ADN-ADN entre la souche ATCC 35017 (qui sera désignée comme la souche type de Moellerella wisconsensis) et 49 souches d'entérobactéries sont inférieurs à 32 lorsque la température de renaturation est de 60 °C.
Les souches du groupe 46 constituent donc une genomospecies distincte (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne"). Comme il est possible de les identifier par leurs caractères phénotypiques, Hickman-Brenner et al. proposent de les dénommer Moellerella wisconsensis. Le 16 juillet 1984, le genre Moellerella et l'espèce Moellerella wisconsensis seront validement publiés par inscription sur la liste de validation n° 15.

 

Caractères bactériologiques

 

La description de Moellerella wisconsensis, telle qu'elle est donnée par Hickman-Brenner et al. est la suivante.

1) Moellerella wisconsensis présente les caractères généraux de la famille des Enterobacteriaceae. Cette espèce se différencie des autres entérobactéries car elle donne une réponse positive aux tests RM, citrate de Simmons, acidification du lactose et du raffinose, alors qu'elle donne une réponse négative aux tests mobilité, VP, production d'hydrogène sulfuré, urée, indole, phénylalanine désaminase, LDC, ODC, ADH, production de gaz lors de l'acidification du glucose et acidification du tréhalose.

2) D'autres caractères sont cités dans le tableau 2 de la publication de Hickman-Brenner et al. :
. Après 24, 48 ou 72 heures d'incubation (ces temps sont précisés entre parenthèses), Moellerella wisconsensis donne une réponse positive aux tests ONPG (48 heures) et acidification de l'adonitol (48 heures), du D-arabitol (72 heures), du D-galactose (48 heures), du glycérol (72 heures), du D-mannitol (72 heures), du D-mannose (24 heures), du mélibiose (24 heures), du raffinose (24 heures) et du saccharose (24 heures).
. Après 72 heures d'incubation, une réponse négative est observée pour les tests gélatinase (incubation à 22 °C), DNase à 36 °C, utilisation du malonate, utilisation de l'acétate, fermentation du mucate, acidification du L-arabinose, du cellobiose, du dulcitol, de l'érythritol, du myo-inositol, du L-rhamnose, de la salicine, du D-sorbitol, du tréhalose et du D-xylose.
. Après 72 heures d'incubation, une réponse variable est notée pour les tests croissance en présence de KCN, tartrate de Jordan, DNase à 25 °C et esculine.
. Après 24 heures d'incubation, la réduction des nitrates est positive pour 78 p. cent des souches.
. La production d'indole, après 48 heures d'incubation, est un caractère négatif selon Hickman-Brenner et al. Toutefois, Sandfort et al. montrent que Moellerella wisconsensis peut être indologène en 48 heures à condition de pratiquer une extraction au xylène et pour Stock et al. (utilisation de galeries API 20E) 12 p. cent des souches sont indologènes.

3) Toutes les souches résistent à la colistine (absence d'une zone d'inhibition autour du disque) et elles sont sensibles à la céfalotine, au chloramphénicol, à la gentamicine et à l'acide nalidixique.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Moellerella wisconsensis a d'abord été isolée aux USA puis dans divers pays européens (Allemagne, France, Royaume Uni, Slovaquie, République Tchèque). C'est une espèce rarement isolée et son habitat exact est inconnu, mais il est probable que ce soit le milieu extérieur.

Moellerella wisconsensis a été isolée de selles humaines (fréquence d'isolement d'environ 0,75 p. cent), d'infections de la vésicule biliaire (au moins trois souches isolées), de péritonites (au moins deux souches isolées), d'aspirations bronchiques (au moins deux souches isolées), d'une plaie, d'aliments (saucissons, jambons), de l'étal d'un boucher et d'échantillons d'eau (au moins deux souches isolées).
Même si cette bactérie est souvent présente lors d'infections, et notamment de diarrhées ou de gastro-entérites, son pouvoir pathogène n'est pas établi et aucune étude n'a été consacrée à la recherches de facteurs de virulence.

Chez les animaux, Moellerella wisconsensis a été isolée d'au moins deux volailles domestiques (sans précision complémentaire), d'au moins trois animaux d'élevage (sans précision complémentaire), de rapaces élevés en captivité, (trois souches isolées à partir de 32 oiseaux de l'ordre des Falconiformes et une souche isolée de 15 oiseaux de l'ordre des Strigiformes) et de la bouche d'un raton laveur (Procyon lotor).
Les espèces animales pourraient constituer un réservoir pour l'homme et pour Sandfort et al. on ne peut exclure que Moellerella wisconsensis soit l'agent d'une zoonose.

 

Diagnostic bactériologique

 

Moellerella wisconsensis cultive sur tous les milieux utilisés pour l'étude des entérobactéries. Sur les milieux sélectifs, comme la gélose de MacConkey, la gélose de Drigalski ou la gélose à l'éosine et au bleu de méthylène, les colonies de Moellerella wisconsensis sont semblables aux colonies de Escherichia coli.
Marshall et al. ont proposé l'utilisation d'un milieu sélectif dont la composition est donnée dans une note infrapaginale.

Quelques caractères permettant de différencier Moellerella wisconsensis de Escherichia coli sont donnés dans le tableau I. Les caractères permettant de différencier Moellerella wisconsensis de quelques entérobactéries donnant une réponse négative aux tests LDC, ODC, ADH et H2S figurent dans le tableau II.

Selon Stock et al. l'utilisation de galeries API 20E (17 souches étudiées) permet un diagnostic correct dans 100 p. cent des cas. D'autres systèmes d'identification ne permettent pas de différencier Moellerella wisconsensis de ¤ Klebsiella pneumoniae subsp. ozaenae. Outre les caractères culturaux et les caractères donnés dans le tableau II, les souches de ¤ Klebsiella pneumoniae subsp. ozaenae acidifient très généralement le cellobiose, la salicine et le tréhalose.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

À la connaissance de l'auteur, une unique publication a été consacrée à la sensibilité in vitro de Moellerella wisconsensis (17 souches étudiées).

Moellerella wisconsensis est sensible à l'amoxycilline, à la pipéracilline, à la ticarcilline, à la mezlocilline, à l'azlocilline, à la céfazoline, au céfuroxime, à la céfoxitine, à la céfotaxime, à la ceftriaxone, à la ceftazidime, à l'imipénème, à l'aztréonam, à la ciprofloxacine, à la sparfloxacine, à la norfloxacine, à l'ofloxacine, à la péfloxacine, à l'acide pipémidique, à la doxycycline, à la minocycline, à l'amikacine, à l'apramycine, à la gentamicine, à la kanamycine, à la lividomycine A, à la néomycine, à la nétilmicine, à la ribostamycine, à la spectinomycine, à la streptomycine, à la tobramycine, au triméthoprime, au sulfaméthoxazole, au chloramphénicol et à la nitrofurantoïne.

Une résistance est observée vis-à-vis de la pénicilline G, de l'oxacilline, des macrolides, de la lincomycine, des streptogramines, de la teicoplanine, de la vancomycine, de l'acide fusidique, de la rifampicine et des kétolides.

 

Orientation bibliographique

 

CCUG: Culture Collection, University of Göteborg, Sweden.

BANGERT (R.L.), WARD (A.C.), STAUBER (E.H.), CHO (B.R.) et WIDDERS (P.R.) : A survey of the aerobic bacteria in the feces of captive raptors. Avian Dis., 1988, 32, 53-62.

FARMER III (J.J.), DAVIS (B.R.), HICKMAN-BRENNER (F.W.), McWHORTER (A.), HUNTLEY-CARTER (G.P.), ASBURY (M.A.), RIDDLE (C.), WATHEN-GRADY (H.G.), ELIAS (C.), FANNING (G.R.), STEIGERWALT (A.G.), O'HARA (C.M.), MORRIS (G.K.), SMITH (P.B.) et BRENNER (D.J.) : Biochemical identification of new species and biogroups of Enterobacteriaceae isolated from clinical specimens. J. Clin. Microbiol., 1985, 21, 46-76.

HICKMAN-BRENNER (F.W.), HUNTLEY-CARTER (G.P.), SAITOH (Y.), STEIGERWALT (A.G.), FARMER III (J.J.) et BRENNER (D.J.) : Moellerella wisconsensis, a new genus and species of Enterobacteriaceae found in human stool specimens. J. Clin. Microbiol., 1984, 19, 460-463.

JANDA (M.) : New members of the family Enterobacteriaceae. In : M. Dworkin et al., eds., The Prokaryotes: An Evolving Electronic Resource for the Microbiological Community, 3rd edition, release 3.9, 4/1/2002, Springer-Verlag, New York, http://link.springer-ny.com/link/service/books/10125/.

KUBINIEK (V.), DAHMAN (M.), SICARD (D.) et FOSSE (T.) : Péritonite à Moellerella wisconsensis. Méd. Mal. Infect., 1995, 25, 760-769.

RICHARD (C.) : Nouvelles Enterobacteriaceae rencontrées en bactériologie médicale : Moellerella wisconsensis, Koserella trabulsii, Leclercia adecarboxylata, Escherichia fergusonii, Enterobacter asburiae, Rahnella aquatilis. Ann. Biol. Clin. (Paris), 1989, 47, 231-236.

SANDFORT (R.F.), MURRAY (W.) et JANDA (J.M) : Moellerella wisconsensis isolated from the oral cavity of a wild raccoon (Procyon lotor). Vector Borne Zoonotic Dis., 2002 , 2, 197-199.

STOCK (I.), FALSEN (E.) et WIEDEMANN (B.) : Moellerella wisconsensis: identification, natural antibiotic susceptibility and its dependency on the medium applied. Diagn. Microbiol. Infect. Dis., 2003, 45, 1-11.

 

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* Caractères bactériologiques de la famille des Enterobacteriaceae : voir le fichier Enterobacteriaceae, "Enterobacteriales".

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* Milieu sélectif de Marshall et al.
(D'après JANDA (M.) : New members of the family Enterobacteriaceae. In : M. Dworkin et al., eds., The Prokaryotes: An Evolving Electronic Resource for the Microbiological Community, 3rd edition, release 3.9, 4/1/2002, Springer-Verlag, New York, http://link.springer-ny.com/link/service/books/10125/.)

Proteose peptone No. 3 (Difco) : 20.0 g
Lactose : 10.0 g
Rouge neutre : 0.075 g
NaCl : 5.0 g
Agar : 12.0 g
Polymyxine B : 30.0 g
Bacitracine : 500 000 UI
Eau désionisée : qsp 1 L

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