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Dernière mise à jour partielle le 05 décembre 2007
MORITELLA, MORITELLA MARINA, MORITELLA VISCOSA
Autres dénominations :
Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase).
Systématique
Le genre Moritella a été validement publié en 1999 pour reclasser une unique espèce bactérienne préalablement connue sous le nom de Vibrio marinus.
L'analyse de la séquence des ARNr 5S, effectuée par MacDonell et Colwell, suggérait que Vibrio marinus n'était pas une espèce du genre Vibrio mais les auteurs n'ayant étudié qu'une seule souche, ils ne proposaient aucun changement de nomenclature.
En 1999 et en 2003, le genre Moritella s'est enrichi de quatre nouvelles espèces : Moritella abyssi, Moritella japonica, Moritella profunda et Moritella yayanosii. Ces espèces regroupent des bactéries barophiles* n'ayant pas d'intérêt en médecine vétérinaire.
Dans le numéro de mars 2000 de la revue International Journal of Systematic and Evolutionary Microbiology, Lunder et al. décrivent deux nouvelles espèces du genre Vibrio, Vibrio viscosus et Vibrio wodanis (actuellement dénommé ¤ Aliivibrio wodanis). Les caractères phénotypiques (analyse électrophorétique des protéines, caractères biochimiques) et les caractères génotypiques (analyse des séquences des ARNr 16S, hybridation ADN-ADN) montrent que Vibrio viscosus est étroitement apparenté à Moritella marina. Toutefois, au moment de la soumission du manuscrit, le genre Moritella, bien qu'effectivement publié, n'avait pas de statut dans la nomenclature. Aussi, Lunder et al. ont choisi de conserver l'appellation de Vibrio marinus et ils ont dénommé le nouveau taxon Vibrio viscosus.
Le genre Moritella est placé dans la famille des ¤ Moritellaceae (classe des "Gammaproteobacteria", division ou phylum des ¤ "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria" ou des "Eubacteria").
Caractères bactériologiques
Les caractères bactériologiques du genre Moritella ont évolué avec la description de nouvelles espèces. Ce genre rassemble des bacilles à Gram négatif, droits ou incurvés, mobiles grâce à une ciliature polaire, chimio-organotrophes, halophiles, aéro-anaérobies facultatifs, catalase et oxydases positives, acidifiant le D-glucose (à l'exception de Moritella yayanosii), non indologènes, ne produisant pas d'acétyl-méthyl-carbinol, donnant une réponse négative aux tests ADH et ODC, donnant une réponse variable pour les tests réduction des nitrates et LDC. La seule espèce ayant un intérêt en médecine vétérinaire est Moritella viscosa car le pouvoir pathogène attribué à Moritella marina semble résulter d'une erreur (Cf. le chapitre "Habitat et pouvoir pathogène"). Moritella viscosa présente les caractères généraux du genre. C'est une bactérie mobile grâce à un unique flagelle polaire, hydrolysant la gélatine, la caséine, l'ADN, le Tween 20, le Tween 80, l'urée et la lécithine, n'hydrolysant ni l'esculine ni l'alginate, acidifiant (sans gaz) la dextrine, le D-galactose, le glucose, la N-acétylglucosamine et le ribose, n'acidifiant pas le L-arabinose, le cellobiose, le glycérol, l'inositol, le lactose, le D-mannitol, le mélibiose, le raffinose, le L-rhamnose, le saccharose, la salicine, le D-sorbitol, le tréhalose et le D-xylose. En galeries API ZYM (incubées une nuit à 22 °C), une réponse positive est notée pour les tests phosphatase alcaline, phosphatase acide, estérase (C4), estérase lipase (C8), lipase (C14), leucine arylamidase et naphtol-AS-BI-phosphohydrolase. À l'exception de la production d'une valine arylamidase (résultat variable selon les souches), les autres tests de la galerie sont négatifs.
Une réponse variable est observée pour les tests rouge de méthyle (5 p. cent des souches donnent une réponse positive), LDC (réponse le plus souvent positive), hydrolyse de l'amidon (réponse le plus souvent positive), hydrolyse de la chitine, assimilation du glucose (réponse le plus souvent positive), assimilation du ribose (caractère généralement positif) et valine arylamidase (5 p. cent des souches donnent une réponse positive).
La croissance est obtenue pour des températures comprises entre 4 et 21 °C, en présence de 1,5 à 3 p. cent de NaCl et dans de l'eau de mer artificielle contenant 1 p. cent de peptone. En revanche, aucune culture n'est observée à 25 °C ou en présence de 1 ou de 4 p. cent de NaCl, sur le milieu TCBS** (Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose agar) ou dans de l'eau de mer artificielle contenant 0,5 p. cent de peptone.
Moritella viscosa est partiellement sensible au composé vibriostatique O129 (2,4-diamino-6,7-diisopropylptéridine). Avec un disque chargé à 10 µg la zone d'inhibition est étroite mais, en utilisant un disque chargé à 150 µg, la zone d'inhibition est nette.
Habitat et pouvoir pathogène
Moritella marina est une espèce halophile et psychrophile, isolée d'échantillons d'eau de mer prélevés en profondeur (entre 500 et plus de 8680 mètres). Pour Benediktsdóttir et al. (1998) Moritella marina n'a jamais été associée à une quelconque maladie chez les poissons alors que Austin et Austin font état d'une relation entre la présence de cette bactérie et le développement de lésions cutanées superficielles chez des saumons de l'Atlantique élevés dans des eaux dont la température est voisine de 10 °C.
Moritella viscosa est responsables d'infections cutanées qui se développent chez des poissons élevés en eau de mer lorsque la température de l'eau est inférieure à 10 °C (d'où le nom de "winter ulcer" ou de "cold-water ulcer" ou de "maladie des ulcères hivernaux" donné à la maladie). Les lésions consistent en des ulcères cutanés (pouvant également atteindre les muscles), de grand taille (0,5 à 2 cm de diamètre), pouvant siéger sur toutes les parties du corps et notamment sur les flancs. Les animaux sont affaiblis, ils présentent une pâleur des branchies et une exophthalmie. Le taux de mortalité est de l'ordre de 10 p. cent mais les pertes économiques sont également liées à une dépréciation de la qualité commerciale des animaux. A l'autopsie, le foie apparaît pâle et, surtout, on note des hémorragies diffuses et disséminées sur divers organes et sur les muqueuses.
Diagnostic bactériologique
Moritella viscosa est isolée des lésions cutanés, de la rate, du foie ou des reins des poissons infectés. La culture peut être effectuée sur gélose trypticase soja ou sur gélose trypticase soja enrichie de 10 p. cent de sang de cheval et incubées à 15 °C. Tous les milieux utilisés doivent être additionnés de 1,5 à 2 p. cent de NaCl.
A l'isolement, la culture est obtenue après 2 à 9 jours d'incubation. L'identification repose sur les caractères morphologiques, culturaux et biochimiques mais la distinction entre Moritella viscosa et les diverses espèces du genre ¤ Vibrio est délicate. Les points clés du diagnostic sont l'absence d'arginine di-hydrolase et d'ornithine décarboxylase, l'absence de pouvoir indologène, la production d'une gélatinase, l'absence d'acidification de l'arabinose, l'absence d'acidification du saccharose du saccharose et l'absence de croissance en présence de 6 p. cent de NaCl.
La distinction entre Moritella viscosa et ¤ Aliivibrio wodanis repose principalement sur les caractères culturaux (les colonies de ¤ Aliivibrio wodanis sont jaunes et présentent un centre opaque) et l'acidification du tréhalose (caractère positif pour ¤ Aliivibrio wodanis).
Sensibilité aux antibiotiques
Peu de données sont disponibles. In vitro, Moritella viscosa semble sensible à la pénicilline, à l'amoxicilline, à l'ampicilline, à l'acide oxolinique et à l'oxytétracycline. La sensibilité est intermédiaire vis-à-vis d'une association triméthoprime-sulfaméthoxazole.
Orientation bibliographique
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* : Bactéries barophiles ou piézophiles :
Les bactéries barophiles (du grec baros, poids, pesanteur) ou piézophiles (du grec piezein, presser) se caractérisent par le fait que leur croissance est favorisée par une incubation dans une atmosphère dont la pression est supérieure à la pression atmosphérique.
** : Gélose TCBS : Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose :
Extraits de levure : 0,5 p. cent (poids/volume)
*** : Caractères bactériologiques de Moritella marina :
Outre les caractères du genre, Moritella marina produit une gélatinase, une DNase, elle hydrolyse le Tween 20 et le Tween 80, elle ne produit pas d'hydrogène sulfuré, elle est LDC négative (Alsina et Blanch notent une réponse positive) , elle acidifie (sans gaz) la N-acétylglucosamine, le D-fructose et le ribose, elle donne une réponse négative pour l'acidification de l'arabinose, du cellobiose, du glycérol, de l'inositol, du lactose, du maltose, du mannitol, du mannose, du mélibiose, du rhamnose, de la salicine, du saccharose, du sorbitol et du tréhalose, elle assimile la N-acétylglucosamine le glucose et le ribose. La majorité des souches réduit les nitrates en nitrites et selon Lunder et al., la souche type hydrolyse l'esculine, l'urée et la lécithine. En galeries API ZYM, la souche type donne une réponse positive aux tests estérase (C4), leucine arylamidase, phosphatase acide et naphtol-AS-BI-phosphohydrolase.
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