J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 28 janvier 2005

 

MORAXELLA OBLONGA

 

Autre dénomination : Alysiella sp. souche ATCC 29468 = IAM 14971 = ICPB 3652, Moraxella sp. souche ATCC 29468 = IAM 14971 = ICPB 3652.

 

La souche ATCC 29468, isolée de la cavité orale d'un mouton, a été déposée à l'ATCC par M.P. Starr sous le nom de Alysiella sp.
En 1989, puis en 1991, grâce à des hybridations ADN-ARNr, Rossau et al. montrent que la souche ATCC 29468 appartient au genre Moraxella et non au genre Alysiella*. Ces auteurs proposent donc de dénommer ce taxon Moraxella sp. souche ATCC 29468.

Une étude phylogénétique, basée sur les séquences des ARNr 16S, montre que la souche ATCC 29468 est apparentée (96 à 97 p. cent d'homologie) aux espèces Moraxella (subgen. Moraxella) bovis, Moraxella canis, Moraxella (subgen. Branhamella) catarrhalis, Moraxella (subgen. Branhamella) caviae, Moraxella cuniculi, Moraxella equi, Moraxella (subgen. Moraxella) lacunata (espèce type du genre Moraxella), Moraxella (subgen. Moraxella) nonliquefaciens et Moraxella (subgen. Branhamella) ovis. En revanche, les pourcentages d'homologie obtenus avec trois espèces du genre Psychrobacter sont de l'ordre de 93.
En se basant sur ces résultats et sur les caractères phénotypiques, le 11 janvier 2005, Xie et Yokota valident la publication de Moraxella oblonga pour la souche ATCC 29468 = IAM 14971 = ICPB 3652.

Il est intéressant de remarquer que les pourcentages d'homologie, obtenus entre Moraxella oblonga et d'autres espèces du genre Moraxella, sont à la limite des valeurs retenues pour définir une nouvelle espèce (voir Stackebrandt et Goebel). Aussi, les résultats d'hybridations ADN-ADN auraient permis de s'assurer du bien fondé de cette nouvelle espèce. Toutefois, à la connaissance de l'auteur, aucune hybridation ADN-ADN n'a été réalisée avec la souche ATCC 29468 = IAM 14971 = ICPB 3652.

L'unique souche de Moraxella oblonga se présente sous la forme de coques, de 0,48 à 1,2 µm de diamètre, groupés en chaîne d'une longueur supérieure ou égale à 30 µm, catalase et oxydase positives, ne réduisant pas les nitrates en nitrites, aérobies et n'acidifiant pas le glucose.
Les auteurs précisent qu'ils ont étudié les caractères biochimiques en utilisant des galeries API 20NE et API 50CHL. Il est donc surprenant que la réponse à des tests non présents dans ces galeries soit donnée dans la description et, surtout, que les résultats de tests inclus dans ces galeries ne soient pas indiqués.
. Une réponse positive est obtenue pour les tests ADH, liquéfaction de la gélatine, acidification de l'arabinose, de l'adonitol, de l'inositol, du maltose, du mannitol, du rhamnose et du saccharose.
. Une réponse négative est notée pour les tests indole, l'hydrolyse de l'urée, ODC et LDC.
. Aucune indication concernant les caractères culturaux n'est donnée dans l'article de Xie et Yokota.

Les principaux caractères permettant de distinguer Moraxella oblonga d'autres espèces du genre Moraxella isolées de l’animal sont indiqués dans le tableau I.

Moraxella oblonga se différencie de l'unique espèces du genre Alysiella par sa morphologie, par l'absence d'acidification du glucose, par l'acidification de l'arabinose, de l'adonitol, de l'inositol, du mannitol et du rhamnose et par l'hydrolyse de l'arginine. La composition en acides gras et la valeur du G + C p. cent différencient également Moraxella oblonga et Alysiella filiformis.
Moraxella oblonga se distingue de toutes les autres espèces du genre Moraxella par ses caractères morphologiques.

L'habitat et le pouvoir pathogène de Moraxella oblonga ne sont pas connus. L'unique souche de cette espèce a été isolée de la cavité orale d'un mouton ne présentant aucun signe de stomatite.

 

Orientation bibliographique

 

ROSSAU (R.), VANDENBUSSCHE (G.), THIELEMANS (S.), SEGERS (P.), GROSCH (H.), GÖTHE (E.), MANNHEIM (W.) et DE LEY (J.): Ribosomal ribonucleic acid cistron similarities and deoxyribonucleic acid homologies of Neisseria, Kingella, Eikenella, Simonsiella, Alysiella, and Centers for Disease Control groups EF-4 and M-5 in the emended family Neisseriaceae. Int. J. Syst. Bacteriol., 1989, 39, 185-198.

ROSSAU (R.), VAN LANDSCHOOT (A.), GILLIS (M.) et DE LEY (J.) : Taxonomy of Moraxellaceae fam. nov., a new bacterial family to accommodate the genera Moraxella, Acinetobacter, and Psychrobacter and related organisms. Int. J. Syst. Bacteriol., 1991, 41, 310-319.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

XIE (C.H.) et YOKOTA (A.) : Transfer of the misnamed [Alysiella] sp. IAM 14971 (= ATCC 29468) to the genus Moraxella as Moraxella oblonga sp. nov. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 331-334.

 

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* : Alysiella

 

Le genre Alysiella, proposé par Langeron en 1923, est cité dans les Approved Lists of Bacterial Names. Ce genre est généralement placé dans la famille des ¤ Neisseriaceae (ordre des "Neisseriales", classe des "Betaproteobacteria", phylum des "Proteobacteria", domaine des "Bacteria").

L'unique espèce du genre, Alysiella filiformis, a une morphologie tout à fait caractéristique (pour une photographie, voir le fichier http://141.150.157.117:8080/prokPUB/chaprender/jsp/showchap.jsp?chapnum=139).
Les cellules de 2 à 3 µm de longueur sur 0,6 µm de largeur, sont groupées en filaments de longueur très variable (10 µm à plus de 50 µm). L'axe longitudinal de chaque cellule est perpendiculaire à l'axe du filament ce qui donne à l'ensemble un aspect en palissade. Au sein du filament, bien que toutes les cellules soient en contact, elles ont tendance à se grouper par deux. Les cellules situées à chacune des extrémités d'un filament ont une morphologie carrée. Sur un milieu gélosé, le filament est capable de se déplacer par glissement.
Les espèces du genre Simonsiella forment également des filaments, mais les cellules sont groupées par huit, les cellules présentes à chacune des extrémités du filament sont rondes et le filament est incurvé en arc de cercle.

Alysiella filiformis est une bactérie à Gram négatif, aérobie, catalase positive, oxydase positive, acidifiant le glucose et d'autres sucres (fructose, maltose, saccharose, tréhalose), pouvant hydrolyser lentement la gélatine, donnant une réponse négative aux tests réduction des nitrates, indole, VP, RM et uréase.

Certaines souches sont cultivables in vitro sur des milieux au sang ou enrichis de 10 p. cent de sérum de cheval ou de bœuf. Une culture est obtenue pour des températures comprises entre 33 et 43 °C (optimum thermique de 37 °C) et pour un pH variant de 7.3 à 9.
Sur une gélose nutritive contenant 10 p. cent de sérum, les colonies sont non pigmentées et leur diamètre est d'environ 1,25 mm.
Sur une gélose BSTSY (bouillon trypticase soja sans dextrose, 27,5 g ; extraits de levure, 4 g ; agar, 15 g ; eau distillée, 900 mL ; sérum de bovin, 100 mL), les colonies sont rondes, à contour régulier, légèrement convexes, lisses, opaques. Elles ont une couleur jaune pâle et leur diamètre est compris entre 1 et 2 µm.
Sur une gélose au sang de lapin ou de cheval, les colonies s'entourent d'une zone d'hémolyse.

L'habitat de Alysiella filiformis est la cavité orale des animaux. Cette espèce ne provoque aucune lésion et, au contraire, sa présence est considérée comme un signe de bonne santé. Alysiella filiformis a été isolée chez le cobaye, le mouton et la vache, mais elle a également été mise en évidence chez le poulet, le cheval, la chèvre, le porc et le lapin.
Alysiella filiformis colonise la bouche en adhérant aux cellules épithéliales de la muqueuse grâce à des fibrilles.

Références :
. KUHN (D.A.) : The Genera Simonsiella and Alysiella. In : M. Dworkin et al., eds., The Prokaryotes: An Evolving Electronic Resource for the Microbiological Community, 3rd edition, release 3.0, 5/21/1999, Springer-Verlag, Heidelberg, http://141.150.157.117:8080/prokPUB/index.htm.
. LARKIN (J.M.) : Genus II. Alysiella Langeron 1923, 116AL. In : J.T. STALEY, M.P. BRYANT, N. PFENNIG et J.G. HOLT (eds.), Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology, 1989, vol. 3. The Williams & Wilkins Co., Baltimore, pp. 2110-2112.

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