J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 24 mai 2005

 

MYCOBACTERIUM PSEUDOSHOTTSII

 

La nomenclature de Mycobacterium pseudoshottsii a été validement publiée le 10 mai 2005 pour 20 souches de mycobactéries à croissance lente, phénotypiquement proches de ¤ Mycobacterium shottsii et isolées de bars d'Amérique (Morone saxatilis*) capturés dans la baie de Chesapeake ou dans certaines des rivières qui s'y jettent (York River et Rappahannock River).

La caractérisation de cette nouvelle espèce repose sur l'analyse des acides mycoliques et sur l'étude des séquences des gènes codant pour l'ARNr 16S, pour la protéine Erp (exported repeated protein**) et pour la protéine du choc toxique de 65 kDa.
Le chromatogramme des acides mycoliques de la souche type (la souche L15 = ATCC BAA-883 = NCTC 13318) est comparable à celui obtenu avec la souche type de ¤ Mycobacterium shottsii.
Les séquences des gènes codant pour l'ARNr 16S et pour la protéine du choc toxique de 65 kDa montrent que la souche L15 est apparentée à ¤ Mycobacterium marinum, à ¤ Mycobacterium shottsii, à Mycobacterium ulcerans et à "Mycobacterium seriolae" (espèce photochromogène isolée en 1987 d'un élevage de sérioles à cinq bandes).
L'analyse des séquences de la région centrale des gènes erp permet de différencier la souche L15 de ¤ Mycobacterium marinum, de ¤ Mycobacterium shottsii et de Mycobacterium ulcerans.

Mycobacterium pseudoshottsii possède les caractères généraux de la famille des Mycobacteriaceae et du genre Mycobacterium. C'est une espèce à croissance lente et photochromogène qui appartient donc au groupe I de la classification de Runyon.

Les souches de Mycobacterium pseudoshottsii se présentent comme des bacilles acido-alcoolo-résistants, de 0,4 à 0,6 µm de diamètre sur 0,8 à 1,0 µm de longueur, ayant tendance à former de petits amas, non sporulés, ne présentant pas de ramification.
. Une réponse positive (incubation à 23 °C) est notée pour les tests uréase, accumulation de niacine, résistance à l'isoniazide (1 µg/mL), résistance au TCH, résistance à l'acide p-nitrobenzoïque et résistance à la thiacétazone.
. Une réponse négative (incubation à 23 °C) est observée pour les tests pyrazinamidase (après 7, 14 ou 21 jours d'incubation), nitrate réductase, arylsulfatase (après 3 ou 14 jours d'incubation), catalase semi-quantitative, bêta-galactosidase, hydrolyse du Tween 80, résistance à l'isoniazide (10 µg/mL), résistance à l'hydroxylamine et résistance à l'acide oléique.
. Les réponses aux tests catalase thermostable et phosphatase acide sont variables selon les souches.
. Les principaux caractères phénotypiques permettant de différencier Mycobacterium shottsii d'autres mycobactéries pathogènes pour les poissons sont présentés dans le tableau I.

La température optimale de croissance est comprise entre 23 et 25 °C. Quelques souches cultivent faiblement à 30 °C mais aucune culture n'est obtenue à 37 ou à 42 °C.
Après 4 à 6 semaines d'incubation à 23 °C, les colonies, obtenues sur gélose 7H10, sont rugueuses, plates (pouvant devenir légèrement bombées après une incubation prolongée) et à contour irrégulier. Après exposition à la lumière, les colonies ont une teinte jaune qui s'intensifie avec l'âge.
Aucune culture n'est obtenue sur gélose de MacConkey sans cristal violet ou sur milieu de Löwenstein-Jensen contenant 5 p. cent de NaCl.

Mycobacterium pseudoshottsii est isolé de bars d'Amérique présentant des signes cliniques comparables à ceux observés lors d'une infection par ¤ Mycobacterium marinum. L'habitat de cette bactérie n'est pas connue avec certitude et il en va de même pour sa répartition géographique, sa survie dans l'eau, les modalités de contamination de poissons...
La contamination de l'homme n'a pas été décrite mais, comme le font remarquer Rhodes et al. (2001), la plupart des mycobactérioses de l'homme, contractées par l'intermédiaire de l'eau, sont attribuées à ¤ Mycobacterium marinum sans examen bactériologique ou sans examen bactériologique approfondi.
La baie de Chesapeake est une profonde baie ramifiée du littoral atlantique des Etats-Unis (Maryland et Virginie) et ses rives échancrées favorisent les sites portuaires (Baltimore, Hampton Roads...), le cabotage et les activités maritimes. Le bar d'Amérique fait l'objet d'une pêche récréative et il n'est pas exclu que les poissons contaminés puissent infecter l'homme à la faveur d'érosions ou de blessures cutanées.

 

Orientation bibliographique

 

Site Web : Tuberculose. Techniques de diagnostic en mycobactériologie (Michel Fabre, Frédéric Augu & Stéphane Lecaudey)

 

DE MENDONCA-LIMA (L.), PICARDEAU (M.), RAYNAUD (C.), RAUZIER (J.), DE LA SALMONIERE (Y.O.), BARKER (L.), BIGI (F.), CATALDI (A.), GICQUEL (B.) et REYRAT (J.M.) : Erp, an extracellular protein family specific to mycobacteria. Microbiology, 2001, 147, 2315-2320.

RHODES (M.W.), KATOR (H.), KOTOB (S.), VAN BERKUM (P.), KAATTARI (I.), VOGELBEIN (W.), FLOYD (M.M.), BUTLER (W.R.), QUINN (F.D.), OTTINGER (C.) et SHOTTS (E.) : A unique Mycobacterium species isolated from an epizootic of striped bass (Morone saxatilis). Emerging Infectious Diseases, 2001, 5, 896-899.

RHODES (M.W.), KATOR (H.), KOTOB (S.), VAN BERKUM (P.), KAATTARI (I.), VOGELBEIN (W.), QUINN (F.), FLOYD (M.M.), BUTLER (W.R.) et OTTINGER (C.A.) : Mycobacterium shottsii sp. nov., a slowly growing species isolated from Chesapeake Bay striped bass (Morone saxatilis). Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 421-424.

RHODES (M.W.), KATOR (H.), McNABB (A.), DESHAYES (C.), REYRAT (J.M.), BROWN-ELLIOTT (B.A.), WALLACE Jr (R.), TROTT (K.A.), PARKER (J.M.), LIFLAND (B.), OSTERHOUT (G.), KAATTARI (I.), REECE (K.), VOGELBEIN (W.) et OTTINGER (C.A.) : Mycobacterium pseudoshottsii sp. nov., a slowly growing chromogenic species isolated from Chesapeake Bay striped bass (Morone saxatilis). Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 1139-1147.

VINCENT LÉVY-FRÉBAULT (V.) et PORTAELS (F.) : Proposed minimal standards for the genus Mycobacterium and for description of new slowly growing Mycobacterium species. Int. J. Syst. Bacteriol., 1992, 42, 315-323.

 

 

 

* Morone saxatilis

Classification de Morone saxatilis d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Deuterostomia ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Gnathostomata ; Teleostomi ; Euteleostomi ; Actinopterygii ; Actinopteri ; Neopterygii ; Teleostei ; Elopocephala ; Clupeocephala ; Euteleostei ; Neognathi ; Neoteleostei ; Eurypterygii ; Ctenosquamata ; Acanthomorpha ; Euacanthomorpha ; Holacanthopterygii ; Acanthopterygii ; Euacanthopterygii ; Percomorpha ; Perciformes ; Percoidei ; Moronidae ; Morone ; Morone saxatilis.

Pour des informations complémentaires sur cette espèce, voir le fichier Morone saxatilis in FishBase.

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** La protéine Erp

La protéine Erp a d'abord été considérée comme une protéine impliquée dans la virulence et synthétisée par Mycobacterium leprae, Mycobacterium tuberculosis et par les autres espèces incluses dans le "complexe Mycobacterium tuberculosis". Toutefois, cette protéine semble ubiquiste et le gène erp a été mis en évidence chez de nombreuses mycobactéries (Mycobacterium avium, Mycobacterium marinum, Mycobacterium smegmatis, Mycobacterium ulcerans, Mycobacterium xenopi...).
La protéine Erp est constituée de trois domaines : un domaine amino-terminal très conservé, une région centrale caractérisée par la répétition d'une séquence de cinq acides aminés et par un domaine carboxy-terminal riche en proline et en alanine.
Dans la région centrale, le nombre de séquences répétées ainsi que la nature des acides aminés sont variables selon les espèces.

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