J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 15 janvier 2009

 

MEGAMONAS RUPELLENSIS

 

Comme c'est le cas pour les autres espèces animales, l'intestin des volailles renferme une flore abondante et complexe au sein de laquelle dominent les Clostridium spp., les Lactobacillus spp., les Bacteroides spp. et les Megamonas spp. Lu et al. estiment que 60 à 90 p. cent des espèces bactériennes n'ont pas encore été cultivées.
Cette flore joue un rôle important car elle s'oppose à la colonisation par des bactéries pathogènes. Cet effet inhibiteur est encore mal compris, mais il semble reposer sur la synthèse de substances inhibitrices telles que les bactériocines.

En 2000, Portrait et al. isolent, à partir de la flore caecale d'un canard*, une souche bactérienne (la souche FM1025 = CIP 109788 = DSM 19944) qu'ils identifient comme une souche de Fusobacterium mortiferum.
La souche FM1025 produit une ou plusieurs bactériocines (ou des substances apparentées aux bactériocines) actives sur des souches de Bacillus cereus, Bacillus megaterium, Bacillus subtilis, Pseudomonas aeruginosa, Pseudomonas stutzeri, Salmonella Wien, Salmonella Enteritidis (Salmonella enteritidis) et Shigella flexneri. L'action inhibitrice vis-à-vis de Salmonella Enteritidis (Salmonella enteritidis) et de Salmonella Wien montre que la souche FM1025 pourrait jouer un rôle important dans la prévention des infections à Salmonella spp.

En décembre 2008, Chevrot et al. montrent que la souche FM1025 n'est pas une souche de Fusobacterium mortiferum, mais qu'elle constitue une nouvelle espèce du genre Megamonas pour laquelle ils valident la nomenclature de Megamonas rupellensis.
Ce changement de nomenclature repose sur l'étude de la séquence des ARNr 16S qui révèle que la souche FM1025 est phylogénétiquement proche de Megamonas funiformis (97,6 p. cent de similitude avec la souche type de Megamonas funiformis) et de Megamonas hypermegale (94,9 p. cent de similitude avec la souche type de cette espèce). La valeur du G + C p. cent (33 ± 2) est également compatible avec le placement de la souche FM1025 dans le genre Megamonas.

L'unique souche de Megamonas rupellensis regroupe des bacilles à Gram négatif ou à Gram variable, de 1,0 à 6,0 µm de longueur, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou groupés en courtes chaînes, immobiles, non sporulés, strictement anaérobies, à métabolisme fermentatif, acidifiant les sucres en produisant de l'acétate et du propionate, mais ne produisant pas de lactate.
. Une réponse positive est observée pour les tests acidification du L-arabinose, du cellobiose, du D-glucose, du glycérol, du D-lactose, du maltose, du D-mannitol, du D-mannose, du raffinose, du saccharose, de la salicine, du sorbitol, du tréhalose et du D-xylose.
. Une réponse négative est obtenue pour les tests catalase, oxydase, réduction des nitrates, réduction des nitrites, acidification du mélézitose et du L-rhamnose.
. L'utilisation de galeries API 20A identifie la souche FM1025 comme une souche de
Prevotella ruminicola subsp. ruminicola ou comme une souche de Actinomyces israelii.
.
Megamonas rupellensis se distingue de Megamonas hypermegale car cette dernière espèce est de grande taille (2 à 3 µm X 5 à 11 µm) et elle acidifie le mélézitose et le L-rhamnose. Megamonas funiformis n'acidifie ni le glycérol ni le cellobiose ce qui la différencie de Megamonas rupellensis. L'absence de production de lactate est également un critère permettant de distinguer Megamonas rupellensis des deux autres espèces du genre Megamonas.

La température optimale de croissance est de 37 °C et le pH optimal est de 7 (croissance possible pour un pH compris entre 5 et 9).
Le germe cultive en 24 heures dans un bouillon TGY. Sur une gélose TGY, les colonies, obtenues après 48 heures d'incubation à 37 °C, sont de couleur écrue et leur diamètre est compris entre 10 et 20 mm.

Une résistance est observée vis-à-vis de la vancomycine (disque chargé à 30 µg), mais la souche FM1025 est sensible à l'amoxicilline (25 µg), à l'association amoxicilline-acide clavulanique (20/10 µg), à l'imipénème (10 µg), au métronidazole (4 µg) et au chloramphénicol (30 µg).

 

Orientation bibliographique

 

CHEVROT (R.), CARLOTTI (A.), SOPENA (V.), MARCHAND (P.) et ROSENFELD (E.) : Megamonas rupellensis sp. nov., an anaerobe isolated from the caecum of a duck. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2008, 58, 2921-2924.

LAN (P.T.), HAYASHI (H.), SAKAMOTO (M.) et BENNO (Y.) : Phylogenetic analysis of cecal microbiota in chicken by the use of 16S rDNA clone libraries. Microbiol. Immunol., 2002, 46, 371-382.

LU (J.), IDRIS (U.), HARMON (B.), HOFACRE (C.), MAURER (J.J.) et LEE (M.D.) : Diversity and succession of the intestinal bacterial community of the maturing broiler chicken. Appl. Environ. Microbiol., 2003, 69, 6816-624.

PORTRAIT (V.), COTTENCEAU (G.) et PONS (A.M.) : A Fusobacterium mortiferum strain produces a bacteriocin-like substance(s) inhibiting Salmonella enteritidis. Lett. Appl. Microbiol., 2000, 31, 115-117.

RAIBAUD (P.) et DUCLUZEAU (R.) : Les bactéries du tube digestif. La Recherche, 1984, 15, 12-21.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

ZHU (X.Y.), ZHONG (T.), PANDYA (Y.) et JOERGER (R.D.) : 16S rRNA-based analysis of microbiota from the cecum of broiler chickens. Appl. Environ. Microbiol., 2002, 68, 124-137.

 

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Dans la publication de Portrait et al. l'espèce animale ayant permis d'isoler la souche FM1025 n'est pas précisée (les auteurs parlent simplement d'une volaille). Toutefois, Chevrot et al. mentionnent qu'il s'agit d'un canard, ce que confirme le site de la DSMZ (la souches FM1025 est déposée à la DSMZ sous le numéro DSM 19944).

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