J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 07 décembre 2001

  

NEORICKETTSIA

 

Voir aussi les fichiers Anaplasmataceae, Ehrlichiaceae, Ehrlichieae, Groupes génomiques de la tribu des Ehrlichieae ou de la famille des Ehrlichiaceae, Neorickettsia risticii, Rickettsiaceae, Rickettsiales et Classification de l'ordre des Rickettsiales.

 

Systématique

 

Le genre Neorickettsia et l'espèce Neorickettsia helminthoeca ont été décrits par Philip en 1953 puis ces nomenclatures ont été retenues par les Approved Lists of Bacterial Names.
Classiquement, le genre Neorickettsia était placé dans la tribu des Ehrlichieae (famille des Rickettsiaceae, ordre des Rickettsiales). Au sein de cette tribu, l'étude des ARNr 16S montre que Neorickettsia helminthoeca appartient au groupe génomique III (voir tableau I) qui rassemble également Ehrlichia risticii, Ehrlichia sennetsu et l'agent SF ainsi dénommé car il est retrouvé chez des métacercaires d'un trématode, Stellantchasmus falcatus.

En 2001, Dumler et al. ont procédé à une réorganisation de l'ordre des Rickettsiales basée sur l'analyse des séquences des ARNr 16S, l'analyse des gènes des opérons groESL et l'analyse des gènes codant pour des protéines de surface. Ces auteurs confirment des résultats précédents et ils montrent que les séquences des ARNr 16S de Neorickettsia helminthoeca, de Ehrlichia risticii, de Ehrlichia sennetsu et de l'agent SF présentent au moins 94, 9 p. cent d'homologie. Ces différentes espèces partagent également des antigènes communs alors qu'aucune communauté antigénique n'est mise en évidence avec d'autres espèces du genre Ehrlichia.

Neorickettsia helminthoeca, Ehrlichia risticii, Ehrlichia sennetsu et l'agent SF présentent également d'autres caractéristiques communes :
. In vivo, ces bactéries infectent les monocytes et les macrophages et leur culture peut généralement être obtenu dans des lignées cellulaires macrophagiques.
. Les tiques ne semblent pas capables d'héberger ces bactéries et elles n'ont jamais été incriminées dans la transmission aux vertébrés.
. Les vecteurs de Neorickettsia helminthoeca et de Ehrlichia risticii sont des trématodes parasitant des escargots ou des insectes aquatiques ou des poissons. L'ingestion de poissons crus, infestés par des métacercaires de trématodes, semble également à l'origine de l'infection de l'homme par Ehrlichia sennetsu. Aucun cas d'infection naturelle des vertébrés par l'agent SF n'a été décrit mais la présence de cette bactérie chez des trématodes et son pouvoir pathogène expérimental pour le chien et la souris son compatibles avec les résultats observés avec les autres espèces.

En raison de ces similitudes génétiques, antigéniques, biologiques et écologiques, Dumler et al. reclassent Ehrlichia sennetsu et Ehrlichia risticii dans le genre Neorickettsia et ils valident les nouvelles combinaisons de Neorickettsia risticii et de Neorickettsia sennetsu. Ces mêmes auteurs proposent d'abandonner la notion de tribu au sein de la famille des Rickettsiaceae et ils placent le genre Neorickettsia dans la famille des Anaplasmataceae.

 

Caractères bactériologiques

 

L'inclusion de nouvelles espèces dans le genre Neorickettsia impose de modifier la description de ce genre qui devient la suivante :

. Bactéries à Gram négatif, de petite taille, souvent polymorphes, immobiles, présentes dans des vacuoles (morulas) intracytoplasmiques, sensibles aux tétracyclines. Les principales cellules infectées sont les monocytes et les macrophages des chiens, des chevaux et de l'homme.

. Les études de microscopie électronique révèlent l'existence de deux formes morphologiques au sein des morulas, des corps élémentaires ou corps initiaux denses (ou dense-core forms) et des corps réticulés. Les ribosomes et l'ADN des corps réticulés sont distribués dans tout le cytoplasme alors que ces structures sont condensées au centre de la cellule dans les corps élémentaires.
La mise en évidence de ces deux types de cellules peut suggérer l'existence d'un cycle de développement similaire à celui observé pour les représentants de l'ordre des ¤ Chlamydiales : le corps élémentaire, incapable de se multiplier, serait la forme infectieuse capable de pénétrer par endocytose dans une cellule eucaryote alors que le corps réticulé serait une forme métaboliquement active, capable de se multiplier par scission binaire. Toutefois, cette hypothèse n'est pas partagée par tous les auteurs car les corps élémentaires, comme les corps réticulés, sont aptes à se multiplier.

Les morulas des néorickettsies présentent des caractères particuliers par comparaison avec les morulas des Anaplasma sp. ou des Ehrlichia sp. En effet, les morulas ne renferment le plus souvent qu'un seul corps réticulé ou qu'un seul corps élémentaire. Lorsque ces éléments se divisent la membrane de la morula forme d'abord un isthme qui sépare deux compartiments dont chacun contient une bactérie fille, puis les deux compartiments se séparent pour former chacun une nouvelle morula n'hébergeant qu'une seule bactérie. Des morulas contenant deux ou trois corps réticulés sont cependant observées dans des cellules infectées par Neorickettsia sennetsu et des morulas contenant cinq corps réticulés ou plus sont visibles dans des cellules infectées par Neorickettsia risticii.

. La culture ne peut être obtenue ni sur des milieux inertes ni dans des œufs embryonnés mais les Neorickettsia sp. peuvent être cultivées dans des lignées cellulaires dérivées de macrophages.

. Les tiques n'ont jamais été impliquées dans la transmission et la bactérie est transmise aux vertébrés par l'intermédiaire de trématodes vecteurs dont les cercaires, les métacercaires ou les adultes parasitent des insectes aquatiques, des escargots ou des poissons. Chez les trématodes, il existe une transmission transovariale et transstadiale.

. La valeur du G + C p. est inconnue. L'espèce type est Neorickettsia helminthoeca.

. La taille du génome de Neorickettsia sennetsu et de Neorickettsia risticii est d'environ 878 kb et 880 kb. Ces valeurs sont inférieures à celles obtenues pour la souche Welgevonden de ¤ Ehrlichia ruminantium (1576 kb), pour ¤ Ehrlichia chaffeensis (environ 1225 kb), pour ¤ Anaplasma phagocytophilum biovar EGH (1494 kb) ou pour Anaplasma marginale (taille comprise entre 1200 and 1260 kb).

 

Orientation bibliographique

 

DUMLER (J.S.), BARBET (A.F.), BEKKER (C.P.J.), DASCH (G.A.), PALMER (G.H.), RAY (S.C.), RIKIHISA (Y.) et RURANGIRWA (F.R.) : Reorganization of genera in the families Rickettsiaceae and Anaplasmataceae in the order Rickettsiales: unification of some species of Ehrlichia with Anaplasma, Cowdria with Ehrlichia and Ehrlichia with Neorickettsia, description of six new species combinations and designation of Ehrlichia equi and 'HGE agent' as subjective synonyms of Ehrlichia phagocytophila. Int. J. Syst. Evol. Microbiol. 2001, 51, 2145-2165.
Deux tableaux annexés à cet article sont disponibles uniquement sur Internet au format PDF :
Additional Table 1. Similarity matrix of 16S rRNA sequences of selected ehrlichiae
Additional Table 2. Similarity matrix for groESL sequences of selected ehrlichiae

INOKUMA (H.), BROUQUI (P.), DRANCOURT (M.) et RAOULT (D.) : Citrate synthase gene sequence: a new tool for phylogenetic analysis and identification of Ehrlichia. J. Clin. Microbiol., 2001, 39, 3031-3039.

POPOV (V.L.), HAN (V.C.), CHEN (S.M.), DUMLER (J.S.), FENG (H.M.), ANDREADIS (T.G.), RESH (R.B.) et WALKER (D.H.) : Ultrastructure differentiation of the genogroups in the genus Ehrlichia. J. Med. Microbiol., 1998, 47, 235-251.

PRETZMAN (C.), RALPH (D.), SOTHARD (D.R.), FUERST (P.A.) et RIKIHISA (Y.) : 16S rRNA gene sequence of Neorickettsia helminthoeca and its phylogenetic alignment with members of the genus Ehrlichia. Int. J. Syst. Bacteriol., 1995, 45, 207-211.

YU (X.), ZHANG (X.), McBRIDE (J.W.), ZHANG (Y.) et WALKER (D.H.) : Phylogenetic relationships of Anaplasma marginale and 'Ehrlichia platys' to other Ehrlichia species determined by GroEL amino acid sequences. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 1143-1146.

 

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