J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 07 décembre 2001

 

ORIENTIA, ORIENTIA TSUTSUGAMUSHI

 

Autres dénominations : Rickettsia tsutsugamushi, "Theileria tsutsugamushi", "Rickettsia orientalis", "Rickettsia akamushi".

 

Voir aussi les fichiers Rickettsiales, Rickettsiaceae et Rickettsia.

 

Systématique

 

Le genre Orientia et son unique espèce, Orientia tsutsugamushi, ont été proposés en 1995 par Tamura et al. pour reclasser une bactérie préalablement connue sous le nom de Rickettsia tsutsugamushi.
La création de ce nouveau genre repose sur des critères génétiques (l'ARNr 16S de Orientia tsutsugamushi ne présente que 90 à 91 p. cent d'homologie avec l'ARNr 16S de Rickettsia prowazekii, espèce type du genre Rickettsia), sur des critères antigéniques et sur des critères structuraux (contrairement aux Rickettsia sp., Orientia tsutsugamushi ne possède ni acide muramique ni glucosamine, ni acide 2-céto-3-désoxyoctonique ni acides gras hydroxylés ce qui suggère que cette espèce est dépourvue de peptidoglycane et de lipo-polysaccharide).

Compte tenu de la réorganisation de la famille des Rickettsiaceae effectuée par Dumler et al. en 2001, le genre Orientia est l'un des deux genres de cette famille.

 

Caractères bactériologiques

 

Les souches de Orientia tsutsugamushi sont constituées de petits bacilles de 0,5 à 0,8 µm de diamètre sur 1,2 à 3,0 µm de longueur, dépourvus de flagelle, immobiles, non sporulés, dépourvus de glycocalyx ou slime, retenant la fuchsine basique lorsqu'ils sont colorées par la technique Gimenez, colorables par le Giemsa. La structure est celle d'une bactérie à Gram négatif mais la paroi possède quelques caractères originaux car elle semble dépourvue de peptidoglycane et de lipo-polysaccharide et sa membrane externe apparaît très mince. L'absence probable de peptidoglycane explique la grande résistance des souches de Orientia tsutsugamushi aux bêta-lactamines.

La structure antigénique permet de définir plus de 30 sérovars dont trois, les sérovars Karp, Gilliam et Kato, ont suffisamment d'épitopes communs avec les autres sérovars pour pouvoir être utilisés dans le diagnostic sérologique.

La culture est obtenue sur œufs embryonnés (culture dans le sac vitellin d'œufs âgés de 5 à 7 jours), sur des cultures primaires d'embryons de poulets et sur diverses lignées cellulaires comme les cellules HeLa, Vero, BHK, McCoy ou L929.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Orientia tsutsugamushi est un parasite obligatoire des cellules eucaryotes et elle infecte les cellules endothéliales, les macrophages et les granulocytes neutrophiles. Le germe induit sa propre phagocytose ou est passivement phagocyté par les phagocytes professionnels puis il lyse la membrane des phagosomes et gagne le cytoplasme. Orientia tsutsugamushi est parfois observée dans le noyau des cellules mais le plus souvent la multiplication a lieu dans le cytoplasme, à la périphérie du noyau, avec un temps de doublement de 9 à 18 heures. La libération des bactéries se fait par un mécanisme qui rappelle la libération des virus enveloppés. La bactérie est recouverte par la membrane cytoplasmique de la cellule eucaryote et elle peut soit pénétrer dans une cellule adjacente soit se libérer de la membrane cytoplasmique et apparaître sous une forme "normale" apte à infecter d'autres cellules.

Orientia tsutsugamushi est responsable d'une zoonose connue sous le nom de "typhus des broussailles" ou, en anglais, de "scrub typhus". L'infection est strictement localisée à une région géographique qualifiée parfois de "tsutsugamushi triangle" dont les angles sont localisés à l'ouest de la Russie, à l'est de l'Australie et au nord du Japon. De ce fait la zone d'endémie touche de nombreux pays dont l'Afghanistan, le Pakistan, l'Inde, une grande partie de la Chine, la Thaïlande, le Viêt-nam, la Malaisie, l'Indonésie, les Philippines, Taiwan, la Corée, le Japon, la Papouasie Nouvelle Guinée et le nord-est de l'Australie.

Orientia tsutsugamushi infecte principalement des rongeurs sauvages (espèces des genres Rattus, Apodemus ou Microtus) et elle se transmet par des acariens du genre Leptotrombidium (ordre des Acarina, famille des Trombiculidae).
Après éclosion des œufs, les larves de ces acariens restent dans le sol ou elles se fixent à des débris végétaux jusqu'à ce qu'elles puissent piquer un hôte vertébré. Après son repas, la larve retourne dans le sol et le cycle biologique se poursuivra à l'état libre. Comme seules les larves de Leptotrombidium sp. se nourrissent chez des hôtes vertébrés et comme elles ne peuvent piquer qu'un seul hôte, une larve contaminée après un repas sanguin ne peut transmettre directement l'infection à un animal ou à l'homme. Toutefois, chez les acariens, le germe se transmet par voie transovariale et une larve ainsi infectée peut inoculer le germe à un vertébré. La contamination de l'homme apparaît comme un accident dans le cycle épidémiologique qui concerne principalement les acariens et les petits rongeurs.
Les vecteurs sont différents selon les zones climatiques : dans les zones tempérées il s'agit de Leptotrombidium akamushi, Leptotrombidium pallidum et Leptotrombidium scutellare alors que dans les zones tropicales les principaux vecteurs sont Leptotrombidium deliense, Leptotrombidium arenicola et Leptotrombidium fletcheri.
Habituellement, la contamination de l'homme est observée dans des zones dont la végétation est dégradée à la suite de déforestations ou de l'abandon des cultures et souvent en lisière des forêts ou le long des cours d'eau. Les populations les plus exposées sont les agriculteurs, les éleveurs ainsi que les militaires en campagne, mais des cas de typhus des broussailles sont également décrits en zone urbaine.

Le pouvoir pathogène des souches de Orientia tsutsugamushi est très variable. Ainsi, la souche Karp présente un pouvoir pathogène beaucoup plus important pour la souris que la souche Gilliam. Les souris inoculées par voie intrapéritonéale avec une souche virulente présentent une péritonite, une splénomégalie et elles meurent en 10 à 24 jours.
Chez l'homme, après une incubation de 6 à 21 jours, l'infection débute par une sensation de malaise général, une température élevée, des céphalées et des adénopathies. De petites escarres de 1 mm de diamètre apparaissent à l'endroit des piqûres puis elles s'ulcèrent et se recouvrent de croûtes. Vers le huitième jour on assiste au développement d'une éruption généralisée maculeuse puis maculo-papuleuse et fréquemment à une pneumopathie. Des troubles nerveux (délire, stupeur, méningite, encéphalite), une cardiomyopathie ou une coagulation intravasculaire disséminée sont observés dans les formes graves. En l'absence de traitement, le taux de mortalité varie de 3 à 40 p. cent selon les régions, mais la maladie est bien contrôlée par les antibiotiques.

 

Diagnostic

 

Les modalités du diagnostic sont très variables selon les zones géographiques concernées. Dans les campagnes éloignées de tout laboratoire, le diagnostic sera essentiellement clinique.

Le diagnostic expérimental est le plus souvent un diagnostic sérologique (immunofluorescence, ELISA ou immunoperoxydase) utilisant soit des bactéries cultivées en cultures cellulaires soit des extraits bactériens purifiés soit une protéine de 56 kDa obtenue par recombinaison génétique. La protéine de 56 kDa est une protéine de membrane externe, quantitativement importante (10 à 15 p. cent des protéines totales) et fortement immunogène car plus de 95 p. cent des individus infectés élaborent des anticorps vis-à-vis de cette protéine. Un test ELISA, détectant les IgG et les IgM et utilisant la protéine recombinante de 56 kDa de la souche Karp, est actuellement commercialisé.

En fonction du risque d'infection pour l'homme, Orientia tsutsugamushi est classée dans le groupe 3 (voir le fichier ¤ "Classification des bactéries en fonction du risque d'infection pour l'homme") et le diagnostic direct ne peut être réalisé que dans des laboratoires spécialisés et spécialement équipés. Il en va ainsi de l'isolement du germe en cultures cellulaires ou de la PCR (amplification du gène codant pour la protéine de 56 kDa).
L'inoculation à la souris fait courir des risques importants de contamination et de dissémination et cette technique ne semble plus ou peu utilisée dans le cadre du diagnostic.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

La plupart des antibiotiques sont considérés comme inactifs vis-à-vis de Orientia tsutsugamushi à l'exception du chloramphénicol, des tétracyclines (notamment la doxycycline), de la ciprofloxacine et de l'azithromycine. Le traitement fait généralement appel à la doxycycline ou, en cas de contre-indications, à l'azithromycine. L'azithromycine est également utilisée pour combattre les souches ayant acquis une résistance à la doxycycline.

 

Orientation bibliographique

 

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Deux tableaux annexés à cet article sont disponibles uniquement sur Internet au format PDF :
Additional Table 1. Similarity matrix of 16S rRNA sequences of selected ehrlichiae
Additional Table 2. Similarity matrix for groESL sequences of selected ehrlichiae

LAND (M.V.), CHING (W.M.), DASCH (G.A.), ZHANG (Z.), KELLY (D.J.), GRAVES (S.R.) et DEVINE (P.L.) : Evaluation of a commercially available recombinant-protein enzyme-linked immunosorbent assay for detection of antibodies produced in scrub typhus rickettsial infections. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 2701-2705.

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