|
||
|
Créé le 09 mars 2001
PASTEURELLA AEROGENES
Autre dénomination : Group Xb de Dickinson et Mocquot.
Voir aussi les fichiers :
Systématique
La nomenclature de Pasteurella aerogenes a été proposée en 1974 par McAllister et Carter puis incluse dans les Approved Lists of Bacterial Names. Le placement de cette bactérie au sein du genre Pasteurella reposait sur l'étude des caractères phénotypiques et pour McAllister et Carter cette position taxonomique devait être confirmée par des études d'homologie ADN-ADN et par la détermination de la valeur du G + C p. cent. Pasteurella aerogenes est une espèce hétérogène au sein de laquelle on a identifié 28 biovars numérotés de 1 à 25, 26, 26A et 27. En 1985, les études d'homologies ADN-ADN réalisées par Mutters et al. montrent que Pasteurella aerogenes (deux souches étudiées dont la souche type ATCC 27883) doit être exclue du genre Pasteurella sensu stricto*.
L'analyse des séquences des ARNr 16S révèle que Pasteurella aerogenes est bien un représentant de la famille des Pasteurellaceae et que cette espèce constitue, avec ¤ Pasteurella mairii et à ¤ Actinobacillus seminis, le groupe 2A de Dewhirst et al.
Les travaux de Christensen et al. (séquençage des ARNr 16S, hybridations ADN-ADN, RAPD) confirment les résultats des études précédentes et ils révèlent (i) que les souches types de Pasteurella aerogenes, de ¤ Pasteurella mairii et de ¤ Actinobacillus seminis forment un groupe monophylétique appelé le "groupe Seminis" (terminologie proposée par Olsen et al.) ; (ii) que les souches types de ¤ Pasteurella mairii et de Pasteurella aerogenes présentent 47 p. cent d'homologie ADN-ADN et (iii) que les souches de Pasteurella aerogenes se répartissent en deux genomospecies qui appartiennent certainement à deux genres différents.
Les caractères phénotypiques, les hybridations ADN-ADN et les analyses phylogénétiques montrent clairement que Pasteurella aerogenes est une espèce hétérogène qui devrait être divisée en deux genres. Pasteurella aerogenes (genomospecies 1, biovars 1, 3-5, 9-11, 19, 25-27) et ¤ Pasteurella mairii semblent constituer deux espèces d'un nouveau genre. Aucune conclusion formelle ne peut être établie en ce qui concerne l'appartenance de ¤ Actinobacillus seminis à ce nouveau genre car aucune hybridation ADN-ADN n'a été réalisée entre ¤ Actinobacillus seminis et Pasteurella aerogenes ou ¤ Pasteurella mairii. Aussi, pour Christensen et al., il semble prématuré de faire des propositions formelles. Ces auteurs proposent de restreindre Pasteurella aerogenes aux biovars 1, 3-5, 9-11, 19, 25-27 et ils procèdent à une nouvelle description de cette espèce.
Caractères bactériologiques
La description de Pasteurella aerogenes, telle qu'elle a été proposée par McAllister et Carter, est donnée dans une note infra paginale.
Les souches de Pasteurella aerogenes (25 souches étudiées) sont constituées de coccobacilles à Gram négatif, de 1,1 à 2,0 µm de longueur sur 0,5 à 1,0 µm de diamètre, pouvant donner des formes allongées de 6 à 15 µm de longueur (notamment dans les vieilles cultures), immobiles, dépourvus de flagelle, non capsulés, non sporulés, aéro-anaérobies, catalase positive et fermentant le glucose (parfois avec production de gaz). Une réponse positive est notée pour les tests réduction des nitrates, ONPG, uréase, alanine aminopeptidase, acidification du D-arabinose, de la dextrine, du D-fructose, du L-fucose, du D-galactose, du glycérol, du m-inositol, du lactose, du maltose, du mannose, du D-ribose et du saccharose. Une réponse négative est observée avec les tests ADH, LDC, phénylalanine désaminase, phosphatase alcaline, indole, VP (à 37 °C), production d'hydrogène sulfuré (milieu TSI), alpha-fucosidase, alpha-mannosidase, alpha-galactosidase, PNPG ( p-nitrophényl-bêta-D-galactopyranoside), acidification du mucate, croissance sur un milieu au citrate de Simmons, croissance sur un milieu au malonate, croissance sur un milieu au KCN, gélatinase, hydrolyse du Tween 20, hydrolyse du Tween 80, acidification de l'adonitol, de l'amygdaline, du D-arabitol, de l'arbutine, du cellobiose, du dulcitol, de l'esculine, du m-érythritol, du D-fucose, du gentiobiose, du D-glycogène, de l'inuline, du D-mélibiose, du D-mélézitose, du L-rhamnose, de la salicine, du D-sorbitol, du L-sorbose, du tréhalose, du D-turanose, du xylitol et du L-xylose. Une réponse variable selon les souches est obtenue pour les tests oxydase, ODC, RM, NPG (bêta-glucosidase étudiée en utilisant du 4-nitrophényl bêta-D-glucopyranoside), PGUA (bêta-glucuronidase étudiée en utilisant du 4-nitrophényl acide bêta-D-glucopyranosiduronique), ONPX (bêta-xylosidase étudiée en utilisant du 2-nitrophényl bêta-D-xylopiranoside), hydrolyse de l'esculine, acidification du L-arabinose, du D-mannitol, du raffinose et du D-xylose.
Pasteurella aerogenes est capable de croître en l'absence de NAD (facteur V) et sur une gélose de MacConkey. La croissance est optimale pour une température de l'ordre de 37 °C, mais aucune culture n'est obtenue à 25 ou à 28 °C.
L'étude des caractères phénotypiques ne permet pas de distinguer avec certitude Pasteurella aerogenes, ¤ Pasteurella mairii et ¤ Actinobacillus rossii. Selon Christensen et al. l'identification devrait également faire appel au séquençage des ARNr 16S et au ribotypage.
Habitat et pouvoir pathogène
Compte tenu des difficultés à caractériser cette bactérie, il est difficile d'avoir des certitudes en ce qui concerne son habitat et son pouvoir pathogène. Notamment, il faut considérer avec une certaine prudence les publications faisant état de l'isolement de ce germe chez les bovins et les volailles (canards et oies). Pasteurella aerogenes est isolée de la flore digestive des porcs et des sangliers. En association avec d'autres bactéries, cette bactérie a été isolée de porcs souffrant de gastro-entérites ou de troubles respiratoires. Le rôle de Pasteurella aerogenes dans le développement de ces infections est inconnu, mais elle ne semble pas être un pathogène majeur.
Chez le porc, le lapin et le chien, Pasteurella aerogenes a été associée à des avortements, à des septicémies néonatales et à des infections vaginales.
Chez l'homme, Pasteurella aerogenes est isolée, souvent en association avec d'autres bactéries (bactéries anaérobies, entérobactéries, coques à Gram positif…), de plaies infligées par des morsures de porcs ou de sangliers. Kuhnert et al. font état d'une transmission à l'homme par des morsures ou des griffures de chats et de chiens. Toutefois, ces auteurs appuient leur propos sur des références bibliographiques dont la lecture ne fait pas apparaître de telles contaminations.
Diagnostic bactériologique
L'isolement de Pasteurella aerogenes ne pose pas de problèmes particuliers car cette espèce cultive facilement sur une gélose au sang ou sur une gélose de MacConkey incubée en aérobiose.
L'identification est délicate et l'étude des caractères phénotypiques ne permet pas de différencier avec certitude Pasteurella aerogenes, ¤ Pasteurella mairii et ¤ Actinobacillus rossii.
Quelques caractères permettant d'orienter le diagnostic sont donnés dans le tableau I et dans le tableau II. Le tableau III présente les caractères permettant d'identifier les biovars.
La mise en évidence d'un test de CAMP positif permet de montrer qu'une souche synthétise la toxine PaxA.
Sensibilité aux antibiotiques
Peu de travaux ont été consacrés à la sensibilité in vitro de Pasteurella aerogenes aux antibiotiques. Cette espèce résiste à la pénicilline, à l'oxacilline, à la vancomycine et à la clindamycine. En revanche, elle est généralement sensible au triméthoprime, à la kanamycine, à la gentamicine, à la nétilmicine, au céfuroxime, au céfotaxime, au chloramphénicol, au triméthoprime, à la polymyxine et à la ciprofloxacine.
La sensibilité à la tétracycline et à l'ampicilline est variable selon les souches.
Orientation bibliographique
ALDOVÁ (E.), FREDERIKSEN (W.), PAUCKOVÁ (V.), ABSOLONOVÁ (V.), VLADÍK (P.), LAVICKOVÁ (M.), HAUSNER (O.) et VOKOUN (P.) : Aerogenic pasteurellas and Pasteurella-like organisms isolated in Czechoslovakia. Zbl. Bakt., 1992, 277, 139-143. BARNHAM (M.) : Pig bite injuries and infection: report of seven human cases. Epidem. Inf., 1988, 101, 641-645. BISGAARD (M.) : Ecology and significance of Pasteurellaceae in animals. Zbl. Bakt., 1993, 279, 7-26. BIGAARD (M.), HINZ (K.H.), PETERSEN (K.D.) et CHRISTENSEN (J.P.) : Identification of members of the Pasteurellaceae isolated from birds and characterization of two new taxa isolated from psittacine birds. Avian Pathol., 1999, 28, 369-377. BISGAARD (M.), HOUGHTON (S.B.), MUTTERS (R.) et STENZEL (A.) : Reclassification of German, British and Dutch isolates of so-called Pasteurella multocida obtained from pneumonic calf lungs. Vet. Microbiol., 1991, 26, 115-124. CHRISTENSEN (H.), FOSTER (G.), CHRISTENSEN (J.P.), PENNYCOTT (T.), OLSEN (J.E.) et BISGAARD (M.) : Phylogenetic analysis by 16S rDNA gene sequence comparison of avian taxa of Bisgaard and characterization and description of two new taxa of Pasteurellaceae. J. Appl. Microbiol., 2003, 95, 354-363. CHRISTENSEN (H.), KUHNERT (P.), BISGAARD (M.), MUTTERS (R.), DZIVA (F.) et OLSEN (J.E.) : Emended description of porcine [Pasteurella] aerogenes, [Pasteurella] mairii and [Actinobacillus] rossii. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 209-223. DEWHIRST (F.E.), PASTER (B.J.), OLSEN (I.) et FRASER (G.J.) : Phylogeny of the Pasteurellaceae as determined by comparison of 16S ribosomal ribonucleic acid sequences. Zbl. Bakt., 1993, 279, 35-44. ESCANDE (F.) et LION (C.) : Epidemiology of human infections by Pasteurella and related groups in France. Zbl. Bakt., 1993, 279, 131-139. FODOR (L.), HAJTÓS (I.) et GLÁVITS (R.) : Abortion of a sow caused by Pasteurella aerogenes. Acta Vet. Hung., 1991, 39, 1-2. FREDERIKSEN (W.) : Pasteurellosis of man. In : C. ADLAM et J.M. RUTTER (éd.) : Pasteurella and pasteurellosis. Academic Press, Londres, 1989, pp. 303-320. FREDERIKSEN (W.) : Ecology and significance of Pasteurellaceae in man - an update. Zbl. Bakt., 1993, 279, 27-34. FREY (J.) et KUHNERT (P.) : RTX toxins in Pasteurellaceae. Int. J. Med. Microbiol., 2002, 292, 149-158. HOMMEZ (J.) et DEVRIESE (L.A.) : Pasteurella aerogenes isolations from swine. Zbl. Vet. Med. B, 1976, 23, 265-268. KEHRENBERG (C.) et SCHWARZ (S.) : Identification of a truncated, but functionally active tet(H) tetracycline resistance gene in Pasteurella aerogenes and Pasteurella multocida. FEMS Microbiol. Lett., 2000, 188, 191-195. KUHNERT (P.), HEYBERGER-MEYER (B.), NICOLET (J.) et FREY (J.) : Characterization of PaxA and its operon: a cohemolytic RTX toxin determinant from pathogenic Pasteurella aerogenes. Infect. Immun., 2000, 68, 6-12. LESTER (A.), GERNER-SMIDT (P.), GAHRN-HANSEN (B.), SØGAARD (P.), SCHMIDT (J.) et FREDERIKSEN (W.) : Phenotypical characters and ribotyping of Pasteurella aerogenes from different sources. Zbl. Bakt., 1993, 279, 75-82. LINDBERG (J.), FREDERIKSEN (W.), GAHRN-HANSEN (B.) et BRUUN (B.) : Problems of identification in clinical microbiology exemplified by pig bite wound infections. Zbl. Bakt., 1998, 288, 491-499. MUTTERS (R.), MANNHEIM (W.) et BISGAARD (M.) : Taxonomy of the group. In : C. ADLAM et J.M. RUTTER (éd.) : Pasteurella and pasteurellosis. Academic Press, Londres, 1989, pp. 3-34. MUTTERS (R.), IHM (P.), POHL (S.), FREDERIKSEN (W.) et MANNHEIM (W.) : Reclassification of the genus Pasteurella Trevisan 1887 on the basis of deoxyribonucleic acid homology, with proposals for the new species Pasteurella dagmatis, Pasteurella canis, Pasteurella stomatis, Pasteurella anatis, and Pasteurella langaa. Int. J. Syst. Bacteriol., 1985, 35, 309-322. PERREAU (P.), BRÉARD (A.), BERCOVIER (H.) et LE MENEC (M.) : Isolements de Pasteurella aerogenes en France. Bull. Acad. Vét. de France, 1980, 53, 413-419. QUILES (I.), BLÁZQUEZ (J.C.), DE TERESA (L.), PLAZA (J.) et MEDRANO (C.) : Vertebral osteomyelitis due to Pasteurella aerogenes. Scand. J. Infect. Dis., 2000, 32, 566-567. SCHALLER (A.), KUHNERT (P.), DE LA PUENTE-REDONDO (V.A.), NICOLET (J.) et FREY (J.) : Apx toxins in Pasteurellaceae species from animals. Vet. Microbiol., 2000, 74, 365-376. SCHEFTEL (J.M.) et ESCANDE (F.) : Pasteurellose humaine à Pasteurella aerogenes chez un chasseur blessé par un sanglier : 3e cas mondial. In : Société Française de Microbiologie, Microorganismes et infections transmis par les animaux, Colloque des 27 et 28 janvier 1993, Institut Pasteur, Paris, p. 43. SNEATH (P.H.A.) et STEVENS (M.) : Actinobacillus rossii sp. nov., Actinobacillus seminis sp. nov., nom. rev., Pasteurella bettii sp. nov., Pasteurella lymphangitidis sp. nov., Pasteurella mairi sp. nov., and Pasteurella trehalosi sp. nov. Int. J. Syst. Bacteriol., 1990, 40, 148-153. THIGPEN (J.E.), CLEMENTS (M.E.) et GUPTA (B.N.) : Isolation of Pasteurella aerogenes from the uterus of a rabbit following abortion. Lab. Anim. Sci., 1978, 28, 444-447.
AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.
* : Le genre Pasteurella sensu stricto Le genre Pasteurella sensu stricto rassemble ¤ Pasteurella canis, ¤ Pasteurella dagmatis, Pasteurella multocida, ¤ Pasteurella stomatis et ¤ Pasteurella species B. Voir le fichier ¤ Pasteurella.
Les souches du taxon 6 de Bisgaard ont été isolées de l'oreille, du pharynx et de l'intestin de cobayes sains. D'autres souches ont pour origine le rat musqué, un rongeur de laboratoire (espèce non précisée) et des porcs. Les souches d'origine porcine, notamment les souches P1350 et P1209 avaient été primitivement identifiées comme des souches de Pasteurella aerogenes. Les souches du taxon 6 sont phénotypiquement proches de Pasteurella aerogenes. Toutefois, elles sont généralement catalase négative ou faiblement positive, elles ne décarboxylent pas l'ornithine, elles acidifient le mélibiose et le tréhalose, elles n'acidifient pas l'inositol et la majorité des souches acidifie le L-rhamnose.
*** : Description de Pasteurella aerogenes selon McAllister et Carter
McAllister et Carter décrivent Pasteurella aerogenes (24 souches étudiées) comme des coccobacilles à Gram négatif, de 1,1 à 2,0 µm de longueur sur 0,5 à 1,0 µm de diamètre, pouvant donner des formes allongées (6 à 15 µm de longueur) notamment dans les vieilles cultures, immobiles, dépourvus de flagelle, non capsulés, aéro-anaérobies, fermentant le glucose, catalase généralement positive, oxydase positive, nitrate réductase positive, cultivant à 37 °C mais ne cultivant ni à 25 °C ni à 28 °C.
La réalisation du test de CAMP est simple : sur une gélose au sang (généralement du sang de mouton) on ensemence en strie une souche de Staphylococcus aureus subsp. aureus bêta hémolytique puis la souche à étudier est ensemencée selon une strie perpendiculaire réalisée sans toucher celle de Staphylococcus aureus subsp. aureus.
La bêta-lactamase ROB-1, codée par des plasmides, a été primitivement décrite chez une souche de Haemophilus influenzae isolée d'un cas de méningite aux U.S.A. Le gène codant pour cette enzyme semble avoir pour origine une bactérie à Gram positif, il se serait intégré dans le génome des Pasteurellaceae puis aurait diffusé parmi les souches animales de Pasteurella sp., de ¤ Mannheimia haemolytica et de ¤ Actinobacillus pleuropneumoniae. Ultérieurement, ce gène se serait propagé à des souches pathogènes d'origine humaine (Haemophilus influenzae, Haemophilus parainfluenzae, Haemophilus ducreyi, Pasteurella multocida).
Référence : LIVRELLI (V.), RICH (C.), MARTEL (J.L.) et JOLY (B.) : Epidémiologie de la résistance des Pasteurella aux bêta-lactamines. Méd. Mal. Infect., 1993, 23 (spécial), 530-532.
|
||