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Créé le 21 décembre 2005
PSEUDOMONAS AERUGINOSA
Voir aussi le fichier : ¤ Pseudomonadales, Pseudomonadaceae, Pseudomonas. Autres dénominations : "Bacterium aeruginosum", "Micrococcus pyocyaneus", "Bacillus aeruginosus", "Bacillus pyocyaneus", "Pseudomonas pyocyanea", "Bacterium pyocyaneum", "Pseudomonas polycolor" (synonyme probable). Dénomination vernaculaire : Bacille pyocyanique.
Caractères bactériologiques
Pseudomonas aeruginosa est l'espèce type du genre ¤ Pseudomonas.
Le germe pousse à 42 °C, mais aucune culture n'est obtenue à 4 °C ou à 46 °C. La température optimale de croissance est comprise entre 30 et 37 °C.
Les colonies de Pseudomonas aeruginosa sont de trois types :
Pseudomonas aeruginosa possède de nombreux plasmides transférables par conjugaison ou par transduction et la plupart des souches (probablement 100 p. cent des souches) sont lysogènes et souvent polylysogènes (une même souche peut héberger 8 à 10 phages tempérés sur son chromosome ou sur un plasmide). Cette haute fréquence de lysogénie n'est pas retrouvée pour les autres espèces du genre Pseudomonas.
L'étude épidémiologique des infections à Pseudomonas aeruginosa a rendu nécessaire le développement de méthodes de typage. L'étude des antigènes O a été initiée par H. Habs. Cette bactériologiste a construit un schéma de typage en 12 groupes sérologiques (schéma IATS, International Antigenic Typing System) qui a été maintenant étendu à 20 groupes. Le typage est réalisé à l'aide d'une technique d'agglutination sur lame utilisant une culture de 16 à 18 heures. En pratique courante, on ne dispose que de 16 antisérums spécifiques (O:1 à O:16) qui sont également commercialisés sous forme de mélanges contenant chacun quatre antisérums. En France, les sérovars O:1, O:3, O:6 et O:11 sont les plus fréquemment isolés en bactériologie médicale. Les septicémies sont souvent dues aux sérovars 1, 2, 5, 6, 8, 10 et 11. Les souches du sérovar O:12 sont généralement très résistantes aux antibiotiques et elles sont souvent isolées dans les services de réanimation et d'hématologie clinique. Pseudomonas aeruginosa peut être lysée par de nombreux phages et il existe plusieurs méthodes de lysotypie mettant en jeu 15 à 24 phages. La lysotypie est réservée aux laboratoires spécialisés. La bactériocinotypie (ou pyocinotypie) est basée sur la production par les souches de Pseudomonas aeruginosa de bactériocines qui sont soit des protéines soit des phages défectifs. Les pyocines produites par une souche sont bactériostatiques pour d'autres souches de Pseudomonas aeruginosa alors quelles sont inactives sur la souche productrice. Le typage consiste, le plus souvent, à tester les pyocines produites par une souche inconnue vis-à-vis de souches de référence sensibles. La bactériocinotypie reste réservée aux centres de référence. L'étude des profils de restriction de l'ADN obtenus avec une enzyme à basse fréquence de coupure et analysés après électrophorèse en champ pulsé donne des résultats très reproductibles et faciles à interpréter. La similitude des résultats de l'antibiogramme (antibiotypie) est un argument permettant de suspecter l'identité de plusieurs souches isolées.
Habitat et pouvoir pathogène
Selon N. Palleroni, Pseudomonas aeruginosa est l'espèce bactérienne dont l'habitat est le plus vaste. Elle vit à l'état saprophyte dans l'eau et les sols humides (elle résiste mal à la dessiccation) ou à la surface des végétaux. Elle vit également à l'état commensal dans l'intestin de l'homme et des animaux. Plus rarement elle est isolée de la peau et des muqueuses de l'homme et des animaux.
Pouvoir pathogène pour l'homme
Pseudomonas aeruginosa peut être impliquée dans des infections communautaires et c'est l'une des bactéries les plus fréquemment isolées lors d'infections nosocomiales. À elle seule, elle représente environ 90 p. cent de tous les Pseudomonas spp. isolées au laboratoire.
. Infections pulmonaires
Pouvoir pathogène pour les animaux
Pseudomonas aeruginosa est responsable d'infections très diverses :
Facteurs de pathogénicité
Pseudomonas aeruginosa possède un grand nombre de facteurs de virulence jouant un rôle dans la colonisation, la survie de la bactérie et l'invasion des tissus.
Pseudomonas aeruginosa possède des pili de type IV permettant l'adhésion aux épithéliums. L'exoenzyme S ainsi que d'autres adhésines non piliées renforcent l'adhésion. L'exoenzyme S, localisée sur la membrane externe et capable de se fixer fortement aux glycosphingolipides, joue un rôle important.
Pseudomonas aeruginosa produit des sidérophores, notamment la pyoverdine et la pyochéline, qui permettent à la bactérie de se multiplier en l'absence de fer libre. Les souches isolées de l'appareil respiratoire, notamment de patients souffrant de mucoviscidose possède une pseudocapsule d'alginate qui protège le germe de la phagocytose, de la déshydratation et des antibiotiques. De plus, elle améliore l'adhérence aux cellules épithéliales en formant un biofilm. La cytotoxine est une protéine située dans l'espace périplasmique et qui est libérée après la phase de croissance exponentielle. Elle est responsable de la formation de pores dans les membranes cellulaires, notamment dans la membrane des leucocytes, ce qui entraîne une augmentation de la perméabilité et une libération d'enzymes lysosomiales. Elle est ainsi responsable d'une inflammation sévère et d'une nécrose tissulaire. La phospholipase C est une hémolysine thermolabile dont la synthèse est induite par une carence en phosphate. Elle libère des phosphorylcholines à partie de la phosphatidylcholine ou de la sphyngomyéline. Son substrat principal est le constituant majeur du surfactant pulmonaire.
Pseudomonas aeruginosa produit au moins quatre protéases qui provoquent des hémorragies et des nécroses tissulaires. La plus importante est une élastase qui agit sur l'élastine (composant structural majeur des tissus pulmonaires), la laminine, les collagènes de type III et IV et sur les protéoglycanes.
L'exotoxine A agit d'une manière comparable à la toxine diphtérique. Elle inhibe la synthèse protéique des cellules eucaryotes par ADP-ribosylation du facteur d'élongation EF2. Sa synthèse est stimulée par la carence en fer. L'exoenzyme S possède également une activité ADP-ribosyl transférase. Elle agit sur la vimentine (un composant du cytosquelette), les immunoglobulines A et G et elle entraîne une dépolymérisation des filaments d'actine et contribue à la résistance aux macrophages.
Diagnostic bactériologique
L'isolement peut être réalisé sur de nombreux milieux. Des milieux sélectifs, contenant un ammonium quaternaire (cétrimide ou bromure de céthyltriméthylammonium), permettent d'isoler le germe à partir de prélèvements contaminés. Outre son effet sélectif, la gélose Pyocyanosel (bioMérieux) a comme constituant de base le milieu de King A et elle favorise la production de pyocyanine. Le diagnostic présomptif du genre Pseudomonas doit être évoqué lorsque les bactéries sont mobiles, à Gram négatif, aérobies strictes, oxydase positive et non indologènes. Le diagnostic bactériologique des souches typiques est très facile. Il est fortement orienté par l'aspect des colonies et l'odeur des cultures. La mise en évidence de la pyocyanine (milieu de King A) et de la pyoverdine (milieu de King B) suffisent à assurer le diagnostic. Pour les souches atypiques, le diagnostic peut avoir recours à l'ensemencement d'une galerie API 20NE ou à la recherche des caractères mentionnés dans le tableau I.
Sensibilité aux antibiotiques
Pseudomonas aeruginosa présente une résistance naturelle à de nombreux antibiotiques et, au cours du temps, les souches ont développé une résistance acquise. La résistance résulte d'une imperméabilité de la membrane externe, d'un phénomène d'efflux, d'une altération des sites d'action ou de la production d'enzymes dégradant les bêta-lactamines et les aminosides.
La plupart des isolats de Pseudomonas aeruginosa résiste aux aminopénicillines, à l'association amoxicilline-acide clavulanique, à l'association ampicilline-sulbactam, aux céphalosporines de première, de deuxième et parfois de troisième génération, aux tétracyclines, aux macrolides, à la rifampicine, aux phénicolés et à l'association triméthoprime-sulfaméthoxazole.
Les résultats obtenus avec les souches hospitalières isolées entre 1998 et 2001 aux USA sont les suivants : plus de 90 p. cent des souches étaient sensibles à l'amikacine et à l'association pipéracilline-tazobactam ; 80 à 90 p. cent des souches étaient sensibles au céfépime, à la ceftazidime, à l'imipénème et au méropénème ; 70 à 80 p. cent des souches étaient sensibles à la ciprofolxacine, à la gentamicine, à la lévofloxacine et à l'association ticarcilline-acide clavulanique. Compte tenu des antibiotiques utilisables en médecine vétérinaire, le traitement des infections animales à Pseudomonas aeruginosa peut être très difficile.
Orientation bibliographique
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