J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 14 décembre 2005

 

PSEUDOMONAS ANGUILLISEPTICA

 

Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase).

Voir aussi le fichier : ¤ Pseudomonadales, Pseudomonadaceae, Pseudomonas.

 

La nomenclature de Pseudomonas anguilliseptica a été proposée en 1972 pour 22 souches bactériennes isolées d'anguilles japonaises (Anguilla japonica) et ce nom a été retenu dans les Approved Lists of Bacterial Names. Par la suite Pseudomonas anguilliseptica a été isolée de différentes espèces de poissons et ce germe semble se comporter comme une bactérie pathogène opportuniste, responsable de pertes économiques importantes dans les élevages.
La classification de cette espèce dans le genre Pseudomonas a été contestée par Austin et Austin. Cependant les études phylogénétiques, basées sur le séquençage des ARNr 16S, montrent que Pseudomonas anguilliseptica appartient au genre Pseudomonas sensu stricto et que cette espèce est phylogéniquement proche de Pseudomonas aeruginosa (espèce type du genre).

Pseudomonas anguilliseptica se présente sous la forme de bacilles, de 0,4 µm de diamètre sur 2 µm de longueur, pouvant donner des formes filamenteuses (0,8 µm X 5 à 10 µm), mobiles grâce à une ciliature monotriche (la mobilité est plus marquée à 15 °C qu'à 25 °C), aérobies, à métabolisme oxydatif, catalase et oxydase positives, donnant une réponse négative aux tests production de pyoverdine, production de pyocyanine, réduction des nitrates, LDC, ODC, ONPG, VP, RM, production d'hydrogène sulfuré, indole, uréase, hydrolyse de l'amidon, hydrolyse de l'esculine, hydrolyse du Tween 80, acidification de l'amidon, de l'arabinose, de la dextrine, du fructose, du galactose, du glucose, du glycérol, de l'inositol, du lactose, du maltose, du mannose, du raffinose, du rhamnose, du saccharose, de la salicine, du sorbose et du xylose.
L'hydrolyse de la gélatine, l'hydrolyse de l'ADN, la synthèse d'une arginine dihydrolase et la croissance sur un milieu au citrate de Simmons sont des caractères variables selon les souches. Selon Michel et al. (cités par Berthe et al.), l'hydrolyse de la gélatine est un caractère qui se perd facilement au cours des repiquages.

Pseudomonas anguilliseptica cultive à des températures comprises entre 4 et 30 °C (aucune culture n'est obtenue à 37 °C) et pour des concentrations en NaCl comprises entre 0 et 4 p. cent.
Les milieux d'usage courant (gélose cœur-cervelle, gélose trypticase soja) conviennent à la croissance du germe. Les colonies obtenues sur une gélose nutritive au sang de cheval incubée durant trois à quatre jours à 20-25 °C sont petites (diamètre inférieur à 1 mm), rondes, à contour régulier, convexes, brillantes, de couleur grisâtre et elles peuvent être hémolytiques. Une culture est obtenue sur une gélose de MacConkey mais aucune croissance n'est observée sur une gélose TCBS*.

L'étude d'un antigène de surface thermolabile (antigène K) permet de reconnaître trois sérovars : le sérovar I dépourvu d'antigène K, le sérovar II portant l'antigène K de la souche ET-7601 isolée d'une anguille japonaise et le sérovar III portant l'antigène K de la souche SH-82424 isolée de Plecoglossus altivelis.
L'étude des antigènes O a permis à López-Romalde et al. de caractériser deux sérovars au sein des souches isolées en Europe. Les souches du sérovar O2 sont majoritairement isolées des anguilles alors que les souches du sérovar O1 sont principalement isolées des autres espèces de poissons.
L'analyse de 54 souches par électrophorèse en champ pulsé a permis de distinguer 4 pulsotypes. Les souches isolées en Espagne entre 1996 et 2001 appartiennent principalement au pulsotype B (54 p. cent des souches) et au pulsotype C (25 p. cent des souches).

Pseudomonas anguilliseptica est l'agent d'une infection connue sous le nom de "maladie des taches rouges" (red spot disease) ou de "Sekiten-byo". Cette maladie a été identifiée pour la première fois en 1971 dans un élevage d'anguilles japonaises (Anguilla japonica). En 1987, la "maladie des taches rouges" a été décrite chez des anguilles européennes (Anguilla anguilla) et chez des anguilles japonaises élevées à Taiwan. En 1981 et en 1987, l'infection a été identifiée en Ecosse et au Danemark dans des élevages d'anguilles européennes puis, dans les années 1990, elle a été observée en France, au Portugal et aux Pays Bas. Les anguilles ne sont pas les seuls poissons sensibles et l'infection a été mise en évidence chez Acanthopagrus schlegeli, Plecoglossus altivelis, Salmo salar, Salmo trutta, Oncorhynchus mykiss, Coregonus sp., Clupea haregus membras, Sparus aurata, Dicentrachus labrax, Scophthalmus maximus (Psetta maxima), Pseudocaranx dentex, Epinephelus coioides, Oreochromis niloticus et Gadus morhua.

Chez les anguilles l'infection se traduit par un manque de vigueur, par la présence de pétéchies cutanées localisées autour de la bouche, autour des opercules et sur le ventre et, parfois, par des hémorragies de la queue et des nageoires. À l'autopsie on note de petites pétéchies sur le péritoine, une décoloration du foie, des lésions hémorragiques du foie, un ramollissement de la rate et un ramollissement des reins. Chez les anguilles japonaises, le taux de mortalité peut atteindre 95 p. cent chez les civelles et environ 4 p. cent chez les adultes. Les anguilles européennes sont moins sensibles et le taux de mortalité n'excède généralement pas 20 p. cent. La mortalité est plus élevée lorsque les animaux sont élevés en eaux saumâtres et lorsque la température de l'eau est inférieure à 22 °C (une élévation de la température de l'eau à 26-27 °C permet de contrôler l'infection).

Chez les autres espèces de poisson, les signes cliniques sont observés lorsque la température de l'eau devient inférieure à 16 °C et la mortalité est importante lorsque la température de l'eau est inférieure à 12-13 °C. Pseudomonas anguilliseptica est l'un des agents étiologiques d'un syndrome connu sous le nom de "maladie hivernale" (winter disease). Les poissons infectés présentent une septicémie hémorragique qui guérit spontanément lorsque la température de l'eau devient égale ou supérieure à 18 °C. En Espagne, en France et au Portugal, la contamination d'élevages de daurades (Sparus aurata) et de turbots (Scophthalmus maximus) est à l'origine de pertes économiques importantes.

La mise en culture d'un prélèvement de foie, de rein ou de rate permet d'isoler le germe. L'isolement est généralement réalisé sur une gélose trypticase soja contenant 7 p. cent de sang de cheval et incubée à 20-25 °C. Compte tenu de la croissance lente, les boîtes doivent être conservées durant au moins sept jours avant de conclure à l'absence de germe. L'identification est basée sur les caractères culturaux et biochimiques.
Quelques caractères permettant de différencier les espèces du genre Pseudomonas pathogènes pour les poissons sont donnés dans le tableau I.
Un test PCR, amplifiant une séquence de 439 pb, a été décrit. Ce test, capable de détecter environ 200 cellules, semble spécifique et il permet d'établir un diagnostic en huit heures.

Pseudomonas anguilliseptica serait sensible à l'ampicilline, à l'acide oxolinique, à la fluméquine, à l'enrofloxacine, au chloramphénicol, à la néomycine, à la streptomycine, à la kanamycine, à la colistine et aux associations triméthoprime-sulfamide. La sensibilité aux tétracyclines est variable selon les souches.
Les souches étudiées par Wakabayashi et Egusa étaient résistantes à la pénicilline, à l'érythromycine et à l'oléandomycine.

 

Orientation bibliographique

 

ANZAI (Y.), KIM (H.), PARK (J.Y.), WAKABAYASHI (H.) et OYAIZU (H.) : Phylogenetic affiliation of the pseudomonads based on 16S rRNA sequence. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2000, 50, 1563-1589.

AUSTIN (B.) et AUSTIN (D.A.) : Bacterial fish pathogens : Disease in farmed and wild fish. 1987, Ellis Horwood Limited, 364 pages.

BERTHE (F.C.J.), MICHEL (C.) et BERNARDET (J.F.) : Identification of Pseudomonas anguilliseptica isolated from several fish species in France. Dis. Aquat. Org., 1995, 21, 151-155.

DOMÉNECH (A.), FERNÁNDEZ-GARAYZÁBAL (J.F.), LAWSON (P.), GARCÍA (J.A.), CUTULI (M.T.), BLANCO (M.), GIBELLO (A.), MORENO (M.A.), COLLINS (M.D.) et DOMÍNGUEZ (L.) : Winter disease outbreak in sea-bream (Sparus aurata) associated with Pseudomonas anguilliseptica infection. Aquaculture, 1997, 156, 317-326.

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PALLERONI (N.J.) : Genus I. Pseudomonas Migula 1894, 237AL (Nom. Cons. Opin. 5 of the Jud. Comm. 1952, 121). In : BRENNER (D.J.), KRIEG (N.R.), STALEY (J.T.) et GARRITY (G.M.) (éds), Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, second edition, vol. 2 (The Proteobacteria), part B (The Gammaproteobacteria), Springer-Verlag, New York, 2005, pp. 323-379.

WAKABAYASHI (H.) et EGUSA (S.) : Characteristics of a Pseudomonas sp. from an epizootic of pond-cultured eels (Anguilla japonica). Bulletin of the Japanese Society of Scientific Fisheries, 1972, 38, 577-587.

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* : Gélose TCBS : Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose

Extraits de levure : 0,5 p. cent (poids/volume)
Peptone : 1,0 p. cent (poids/volume)
Thiosulfate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Bile de bœuf : 0,8 p. cent (poids/volume)
Saccharose : 2,0 p. cent (poids/volume)
NaCl : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de fer : : 0,1 p. cent (poids/volume)
Bleu de bromothymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Bleu de thymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Agar : 1,4 p. cent (poids/volume)
pH : 8,6

Porter à ébullition pour dissoudre les ingrédients. Ne pas autoclaver.

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