J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 7 juin 1998
Dernière mise à jour le 26 septembre 2002

 

PASTEURELLA CABALLI

 

Voir aussi les fichiers :
¤ Pasteurella
¤ Pasteurellaceae, Pasteurellales

 

Systématique

 

Plusieurs souches d'une bactérie à Gram négatif, isolées chez le cheval et ressemblant à des Pasteurella sp. ont été étudiées par la General Bacteriology Section du National Veterinary Services Laboratories. Une étude décrivant les caractères bactériologiques de 13 souches a été publiée en 1989 mais, en l'absence d'hybridations ADN-ADN, aucune nomenclature n'était proposée.

Ultérieurement, Schlater et al. étudient 29 souches de Pasteurella-like isolées du cheval et ces auteurs montrent qu'elles constituent une unique genomospecies* (pourcentages d'homologie ADN-ADN compris entre 83 et 100). La souche 83851 = ATCC 49197 = CCUG 28833 = CIP 103915 qui sera désignée comme la souche type de Pasteurella caballi, présente entre 10 et 53 p. cent d'homologie ADN-ADN avec d'autres représentants de la famille des Pasteurellaceae. Les souches de Pasteurella-like isolées du cheval peuvent être identifiées par leurs caractères bactériologiques et Schlater et al. proposent de les nommer Pasteurella caballi. Cette nomenclature sera validement publiée en 1990 par inscription sur la liste de validation n° 34.

Pasteurella caballi appartient au groupe phylogénétique 9 de Olsen et al. et cette espèce n'est pas un authentique représentant du genre Pasteurella (voir le fichier ¤ "Pasteurellaceae, Pasteurellales").

 

Caractères bactériologiques

 

Les souches de Pasteurella caballi se présentent sous la forme de bacilles à Gram négatif (avec souvent une coloration bipolaire), de 0,8 à 1,0 µm de diamètre sur 1,3 à 1,9 µm de longueur (mais des formes filamenteuses sont parfois observées), se présentant de manière isolée ou groupés par deux, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, catalase négative, n'exigeant ni le facteur X ni le facteur V.
L'oxydase a été décrite comme positive par Schlater et al. mais pour d'autres auteurs cette bactérie est oxydase négative.

. Une réponse positive est observée avec les tests nitrate-réductase, phosphatase, bêta-galactosidase, réduction du bleu de méthylène (lait de Sherman), acidification du D-fructose, du galactose, du D-glucose (avec production de gaz), du lactose (réaction tardivement positive), du D-mannose et du saccharose.
. Une réponse négative est notée pour les tests indole, LDC, ADH, alpha-fucosidase, bêta-glucuronidase, uréase, hydrolyse de l'esculine, hydrolyse de la gélatine, RM, VP, utilisation du citrate, acidification de l'adonitol, de l'amidon, du L-arabinose, du cellobiose, du dulcitol, de l'inuline, de la salicine et du tréhalose.
. La réponse est variable selon les souches pour la production d'une ornithine décarboxylase (66 p. cent des souches donnent une réponse positive après 7 jours d'incubation) et pour l'acidification du m-inositol (14 p. cent des souches donnent une réponse positive après 7 jours d'incubation), du maltose (93 p. cent des souches donnent une réponse positive après 7 jours d'incubation), du D-mannitol (97 p. cent des souches donnent une réponse positive après 7 jours d'incubation), du raffinose (72 p. cent des souches donnent une réponse positive après 7 jours d'incubation), du L-rhamnose (21 p. cent des souches donnent une réponse positive après 7 jours d'incubation), du D-sorbitol (14 p. cent des souches donnent une réponse positive après 7 jours d'incubation) et du D-xylose (59 p. cent des souches donnent une réponse positive après 7 jours d'incubation).
. D'autres résultats, obtenus par Bisgaard et al. et portant sur deux souches (dont la souche type), sont présentés dans une note infrapaginale.
. Pasteurella caballi présente deux caractéristiques inhabituelles pour une pasteurelle : l'absence de catalase et la fermentation du D-glucose avec production de gaz. Pasteurella caballi est phénotypiquement proche de Haemophilus aphrophilus mais cette dernière espèce n'acidifie pas le tréhalose et sa croissance est stimulée par le dioxyde de carbone.
. Les principaux caractères permettant de différencier Pasteurella caballi d'autres représentants de la famille des Pasteurellaceae figurent dans le tableau I.
Les caractères permettant de différencier Pasteurella caballi des autres espèces du genre Pasteurella sont donnés dans le tableau II.

Les colonies obtenues sur gélose au sang de mouton après 24 heures d’incubation à 37° C ont une taille de 1,0 à 1,5 mm de diamètre, elles sont lisses, légèrement bombées, de couleur grisâtre et non hémolytiques. Une culture sur gélose au sang, récoltée à l'aide d'une anse de platine, présente une coloration jaune pour 76 p. cent des souches et une coloration blanchâtre pour les autres souches.
La croissance est obtenue à 25 et à 37 °C. Quatre vingt treize pour cent des souches cultivent à 42 °C mais aucune souche ne cultive à 4 °C ou sur une gélose de MacConkey.

Le taxon de 10 de Bisgaard pourrait correspondre à un biovar uréase positive de Pasteurella caballi.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les premières souches de Pasteurella caballi ont été isolées aux USA mais, par la suite, d'autres souches ont été identifiées en Australie, au Canada, au Japon, en Suède ... ce qui laisse penser que cette espèce a une répartition géographique mondiale.

Pasteurella caballi est une bactérie commensale des muqueuses génitales et surtout des muqueuses respiratoires supérieures des équidés et notamment du cheval. Comme la très grande majorité des espèces du genre, Pasteurella caballi est susceptible de provoquer des infections à la faveur d’un affaiblissement de l’organisme. C’est ainsi que Pasteurella caballi est responsable de cas d’abcès du poumon, de pneumonies, d’inflammations des poches gutturales, d’adénites mésentériques, de péritonites et une souche a été isolée du sang d'une jument présentant une endocardite.

Pasteurella caballi a également été mise en évidence, en association avec d’autres bactéries pathogènes, de l’utérus, de l'estomac d'un avorton, de la trachée, du poumon, du cerveau, de la moelle osseuse, de la rate, de plaies et de fistules.

Chez l'homme, cette bactérie a été isolée d’une plaie suppurée apparue sur la main d’un vétérinaire praticien ayant des contacts fréquents avec les équidés et d'une plaie de la main consécutive à une morsure de cheval.

 

Diagnostic bactériologique

 

En médecine vétérinaire, le diagnostic sera orienté par l'origine du prélèvement par l'absence de catalase et par la production de gaz lors de l'acidification du glucose. L'absence de croissance sur gélose de MacConkey, l'absence d'uréase et l'absence de stimulation de la croissance par le dioxyde de carbone sont également à prendre en considération.

Pasteurella caballi devra être différenciée de Pasteurella multocida subsp. multocida qui est parfois rencontrée dans des prélèvements d’origine équine. En médecine de l’homme, il conviendra de différencier cette bactérie des autres espèces de la famille des Pasteurellaceae capables de fermenter le glucose avec production de gaz. Les principaux caractères permettant un diagnostic différentiel sont donnés dans le tableau I.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Les 29 souches étudiées par Schlater et al. étaient sensibles à l'ampicilline, à la carbénicilline, à la céfalotine, au chloramphénicol, à la gentamicine, à la tobramycine et à la tétracycline.

Plus de 89 p. cent des souches étaient sensibles à l'amikacine, à la kanamycine, à l'érythromycine et à l'acide nalidixique.

Toutes les souches étaient résistantes à la lincomycine, 26 souches étaient résistantes à sulfadiazine, 12 à la streptomycine et 11 au triméthoprime.

 

Orientation bibliographique

 

BADA (R.), HIGGINS (R.) et JEAN (D.) : Isolation of Pasteurella caballi in a horse. Can. Vet. J., 1993, 34, 571.

BISGAARD (M.) : Ecology and significance of Pasteurellaceae in animals. Zbl. Bakt., 1993, 279, 7-26.

BISGAARD (M.), HELTBERG (O.) et FREDERIKSEN (W.) : Isolation of Pasteurella caballi from an infected wound on a veterinary surgeon. APMIS, 1991, 99, 291-294.

BLACKALL (P.J.), BISGAARD (M.) et MCKENZIE (R.A.) : Characterisation of Australian isolates of Actinobacillus capsulatus, Actionbacillus equuli, Pasteurella caballi and Bisgaard taxa 9 and 11. Aust. Vet. J., 1997, 75, 52-55.

BLACKALL (P.J.), CHRISTENSEN (J.P.) et BISGAARD (M.) : Diversity among isolates of Actinobacillus equuli and related organisms as revealed by ribotyping. Aust. Vet. J., 1998, 76, 423-425.

CHURCH (S.), HARRIGAN (K.E.), IRVING (A.E.) et PEEL (M.M.) : Endocarditis caused by Pasteurella caballi in a horse. Aust. Vet. J., 1998, 76, 528-530.

ESCANDE (F.), VALLEE (E.) et AUBART (F.) : Pasteurella caballi infection following a horse bite. Zbl. Bakt., 1997, 285, 440-444.

HAYAKAWA (Y.), KOMAE (H.), IDE (H.), NAKAGAWA (H.), YOSHIDA (Y.), KAMADA (M.), KATAOKA (Y.) et NAKAZAWA (M.) : An occurrence of equine transport pneumonia caused by mixed infection with Pasteurella caballi, Streptococcus suis and Streptococcus zooepidemicus. J. Vet. Med. Sci., 1993, 55, 455-456.

MUTTERS (R.), IHM (P.), POHL (S.), FREDERIKSEN (W.) et MANNHEIM (W.) : Reclassification of the genus Pasteurella Trevisan 1887 on the basis of deoxyribonucleic acid homology, with proposal for the new species Pasteurella dagmatis, Pasteurella canis, Pasteurella stomatis, Pasteurella anatis, and Pasteurella langaa. Int. J. Syst. Bacteriol., 1985, 35, 309-322

SCHLATER (L.K.) : An aerogenic Pasteurella-like organism isolated from horses. J. Vet. Diagn. Invest., 1989, 1, 3-5.

SCHLATER (L.K.), BRENNER (D.J.), STEIGERWALT (A.G.), MOSS (C.W.), LAMBERT (M.A.) et PACKER (R.A.) : Pasteurella caballi, a new species from equine clinical specimens. J. Clin. Microbiol., 1989, 27, 2169-2174.

 

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* : Pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne.

 

 

 

** : Caractères bactériologiques complémentaires obtenus par Bisgaard et al. et portant sur deux souches dont la souche type.

D'après BISGAARD (M.), HELTBERG (O.) et FREDERIKSEN (W.) : Isolation of Pasteurella caballi from an infected wound on a veterinary surgeon. APMIS, 1991, 99, 291-294.

Caractères positifs : alanine aminopeptidase, acidification de la dextrine, du glycérol (réponse tardivement positive) et du D-ribose.

Caractères négatifs : utilisation du mucate, utilisation du malonate, production d'hydrogène sulfuré (milieu TSI), réduction du tétrathionate, croissance dans un bouillon au KCN, phénylalanine désaminase, hydrolyse du Tween 20 et du Tween 80, alpha-fucosidase, alpha-galactosidase, alpha-glucosidase, alpha-mannosidase, bêta-xylosidase, acidification de l'amygdaline, du D-arabinose, du L-arabinose, du D-arabitol, de l'arbutine, du m-érythritol, de l'esculine, du D-fucose, du L-fucose, du gentiobiose, du D-glycogène, du D-méliobiose, du D-mélizitose, du L-sorbose, du D-turanose, du xylitol et du L-xylose.

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