J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 30 juin 2004

 

PORPHYROMONAS MACACAE

 

Autres dénominations : Bacteroides melaninogenicus subsp. macacae, Bacteroides macacae.
Selon Love 1995, Porphyromonas macacae inclut les souches de Porphyromonas salivosa (basonyme : Bacteroides salivosus).

 

Systématique

 

Le genre Porphyromonas a été proposé en 1988 par Shah et Collins pour reclasser Bacteroides asaccharolyticus, Bacteroides gingivalis et Bacteroides endodontalis. Ces trois espèces diffèrent du genre Bacteroides sensu stricto par leur absence de pouvoir glucidolytique, par la pigmentation noire de leurs colonies, par un G + C p. cent plus élevé (46 à 57 contre 40 à 48) et par leurs caractères chimiotaxonomiques (voir tableau I).
Ultérieurement le genre Porphyromonas s'est enrichi de nouvelles espèces et sa définition a été modifiée (i) pour tenir compte de l'inclusion d'espèces glucidolytiques (Porphyromonas catoniae, Porphyromonas levii, Porphyromonas macacae) et (ii) pour tenir compte de la synthèse d'une glucose 6 phosphodéshydrogénase et d'une 6 phospho-gluconate déshydrogénase par ¤ Porphyromonas canoris, Porphyromonas macacae et ¤ Porphyromonas cangingivalis.

L'historique et la systématique de Porphyromonas macacae est relativement complexe.
. En 1980, l'étude de six souches bactériennes, isolées de la gueule de macaques à queue courte ou macaques à face rouge (Macaca arctoides*) permet à Slots et Genco de décrire une nouvelle sous-espèce de Bacteroides melaninogenicus, Bacteroides melaninogenicus subsp. macacae. La même année, Coykendall et al. élèvent cette sous-espèce au rang d'espèce et ils valident la publication de Bacteroides macacae.
. En 1987, Love et al. proposent la nomenclature de Bacteroides salivosus pour des bactéries isolées d'infections des tissus mous ou de la bouche des chats. Ces bactéries ressemblaient à Porphyromonas (Bacteroides) gingivalis et à Porphyromonas (Bacteroides) asaccharolytica mais les hybridations ADN-ADN montraient un pourcentage d'hybridation inférieur ou égal à 12. En 1992, ces souches ont été transférées dans le genre Porphyromonas sur la base de leurs caractères phénotypiques et chimiotaxonomiques.
. En 1995, Love montre que les souches types de Porphyromonas salivosa et de Bacteroides macacae présentent 81 p. cent d'homologie ADN-ADN et qu'elles forment donc une unique genomospecies (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne"). Les homologies de séquence des ARNr 16S et les caractères chimiotaxonomiques les placent dans le genre Porphyromonas. La nomenclature de macacae ayant priorité sur celle de salivosa, Love réunit ces deux espèces au sein d'une unique espèce dénommée Porphyromonas macacae.

 

Caractères bactériologiques

 

Porphyromonas macacae présente les caractères généraux du genre Porphyromonas**.

Selon Love (1995), cette espèce rassemble des bacilles ou des coccobacilles à Gram négatif, immobiles, non sporulés, strictement anaérobies, catalase positive, gélatinase positive, donnant une réponse positive au test trypsine, synthétisant une glucose 6 phosphodéshydrogénase et une 6 phospho-gluconate déshydrogénase, incapables d'acidifier l'amidon, l'adonitol, le cellobiose, le fructose, le glycogène, l'inositol, le lactose, le maltose, le mannitol, le rhamnose, la salicine, le tréhalose ou le xylose. En revanche, l'acidification du galactose, du glucose, du mannose et du saccharose est généralement observée.
Les principaux caractères permettant de différencier Porphyromonas macacae des autres espèces du genre Porphyromonas sont donnés dans le tableau II et dans le tableau III.

D'après l'habitat, les caractères phénotypiques et le profil éléctrophorétique des protéines, Love (1995) suggère l'existence de deux biovars.
Le biovar "singe" donne une réponse négative aux tests lipase et acide glutamyl-glutamique arylamidase, mais il acidifie le sorbitol. Des résultats inverses sont obtenus avec le biovar "chat".

La croissance des deux biovars nécessite de l'hémine et de la vitamine K.
. Après 6 jours d'incubation sur une gélose au sang de mouton, les colonies du biovar "singe" ont un diamètre de 0,1 à 0,2 mm, elles sont bombées, leur contour est régulier et elles ont une couleur brune ou noire. Si l'incubation est prolongée, les colonies présentent des dépressions centrales, leur surface apparaît ridée et leur contour devient irrégulier.
. Après 6 jours d'incubation sur une gélose au sang de mouton, les colonies du biovar "chat" sont plus grandes que celles du biovar "singe" et, en prolongeant l'incubation, elles conservent leur forme d'origine, elles restent lisses et elles prennent une couleur brune.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Porphyromonas macacae biovar "chat" est isolée de la bouche des carnivores sains et des carnivores atteints d’infections buccales (gingivites et périodontites). Les travaux de Norris et Love montrent que les souches de Porphyromonas macacae, présentes dans la bouche des chats, sont fortement immunogènes et que les chats atteints de périodontites sévères présentent des titres en anticorps importants vis-à-vis de divers antigènes de Porphyromonas macacae et notamment vis-à-vis des antigènes des fimbriae. Pour ces auteurs, Porphyromonas macacae aurait un rôle important dans les maladies parodontales du chat.
Chez le chat, cette bactérie est également isolée de pyothorax ainsi que d’abcès et d’empyèmes des tissus mous. Dans ces localisations, Porphyromonas macacae biovar "chat" semble moins fréquent que ¤ Bacteroides tectus mais plus fréquent que Prevotella heparinolytica ou que Porphyromonas circumdentaria.
Chez l'homme, les recherches effectuées chez des individus mordus par des chats et par des chiens ont permis d'isoler des souches de Porphyromonas macacae. De manière schématique, cette espèce est présente chez environ 6 p. cent des individus mordus par des chiens et chez 14 p. cent de ceux mordus par des chats.

Les souches de Porphyromonas macacae biovar "singe" ont été isolées de la bouche de macaques à queue courte, animaux utilisés comme modèle pour l'étude des périodontites de l'homme. Au cours du développement des périodontites expérimentales, le nombre de souches de Porphyromonas macacae biovar "singe" augmente et ce biovar semble jouer un rôle important dans la destruction du tissu osseux alvéolaire.

 

Diagnostic bactériologique

 

L'utilisation d'une gélose Brucella enrichie en sang de mouton, en vitamine K1 et en hémine constitue un excellent milieu d'isolement et les cultures doivent être examinées durant au moins sept jours.

Porphyromonas macacae peut être identifiée en utilisant des kits commercialisés. Le tableau III présente les caractères obtenus avec des galeries API ZYM (bioMérieux) et/ou le système Triple test WEE-TABS*** (Key Scientific Products).

L’utilisation de sondes non radioactives a été proposée comme alternative au diagnostic classique pour l'identification des souches isolées de la cavité buccale des chats.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Les souches isolées de la bouche du chat et étudiées par Norris et Love, étaient sensibles à la pénicilline G, à l'amoxicilline, à l'association amoxicilline-acide clavulanique, à la clindamycine, à la doxycycline, à l'érythromycine et au métronidazole.
In
vivo, l'utilisation de clindamycine ou de doxycycline ou d'une association spiramycine-métronidazole permet de diminuer l'importance de la colonisation buccale et d'obtenir une amélioration de l'état clinique.

Les souches d'origine humaine sont sensibles à la pénicilline G, à l'ampicilline, à l'association amoxicilline-acide clavulanique, au céfotaxime, à la gémifloxacine, à la lévofloxacine, à la trovafloxacine et au métronidazole.
Une sensibilité variable selon les souches est notée pour l'azithromycine, la clarithromycin, l'érythomycine, la télithromycine et la clindamycine.

 

Orientation bibliographique

 

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AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.

 

 

 

* : Macaca arctoides

Systématique d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Deuterostomia ; Chordata ; Craniata ; Vertebrata ; Gnathostomata ; Teleostomi ; Euteleostomi ; Sarcopterygii ; Tetrapoda ; Amniota ; Mammalia ; Theria ; Eutheria ; Primates ; Catarrhini ; Cercopithecidae ; Cercopithecinae ; Macaca ; Macaca arctoides.

Pour plus d'informations sur cette espèce, voir le fichier Stumptailed Macaque (Macaca arctoides) sur le site The Primata (Sean Flannery).

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** : Description du genre Porphyromonas
(D'après: WILLEMS (A.) and COLLINS (M.D.): Reclassification of Oribaculum catoniae (Moore and Moore 1994) as Porphyromonas catoniae comb. nov. and emendation of the genus Porphyromonas. Int. J. Syst. Bacteriol., 1995, 45, 578-581.)

Bacilles ou coccobacilles à Gram négatif, immobiles, non sporulés, anaérobies stricts. Après culture en bouillon, les cellules sont généralement de petite taille (0,5 à 0,8 µm de diamètre sur 1,0 à 3,5 µm de longueur) mais des formes plus longues (4 à 16 µm) sont parfois observées.

Après culture sur des géloses au sang, les colonies sont lisses (rarement rugueuses), brillantes, convexes et leur diamètre varie de 1 à 3 mm. Les colonies de la plupart des espèces se pigmentent progressivement, de la périphérie vers le centre, en noir. Cette coloration est due à la production d'hème (protoporphyrine ayant fixé un ion ferreux). La croissance est optimale pour une température de 37 °C, elle est stimulée par des extraits de levure et par la présence de peptides ou d'acides aminés mais elle n'est généralement pas stimulée par la présence de sucres. Toutefois, certaines espèces sont glucidolytiques (Porphyromonas catoniae) ou faiblement glucidolytiques (Porphyromonas levii et Porphyromonas macacae). L'acide butyrique, l'acide acétique et plus rarement l'acide propionique sont les principaux produits terminaux du métabolisme. L'acide propionique, l'acide isobutyrique et l'acide isovalérique peuvent également être produits en plus faible quantité.

La malate déshydrogénase et la glutamate déshydrogénase sont synthétisées alors que la plupart des espèces ne synthétisent ni glucose 6 phosphodéshydrogénase ni 6 phospho-gluconate deshydrogénase. Les souches de Porphyromonas sp. sont indologènes, nitrate réductase négative et elles n'hydrolysent ni l'amidon ni l'esculine.

Le peptidoglycane est dépourvu d'acide 2-céto-3-désoxyoctonique et l'acide aminé "basique" est la lysine. Les principales quinones respiratoires sont des ménaquinones insaturées à 9 ou 10 unités isoprènes. Les acide gras iso-C15 (ou, plus rarement, C15 et ante-iso C15) sont les principaux acides gras cellulaires.

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*** : Pour une information sur le système Triple test WEE-TABS voir le site http://www.keyscientific.com/triple.txt.

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