J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 3 mars 2006
Dernière mise à jour le 03 avril 2007

 

PASTEURELLA

 

Voir aussi les fichiers :
. ¤ Pasteurellaceae, Pasteurellales.
. ¤ Pasteurella aerogenes
. ¤ Pasteurella caballi
. ¤ Pasteurella canis, Pasteurella dagmatis, Pasteurella stomatis, Pasteurella species B, taxon 16 de Bisgaard
. ¤ Pasteurella mairii
. ¤ Pasteurella skyensis  
. ¤ Avibacterium
. ¤ Bibersteinia
. ¤ Gallibacterium
. ¤ Mannheimia

 

Systématique

 

Le genre Pasteurella a été proposé en 1887 par le bactériologiste italien Count Trevisan pour honorer les travaux de Pasteur sur l'étiologie du choléra aviaire.

En 1954, la Commission Judiciaire place le genre Pasteurella sur la liste des noms de genres devant être conservés et elle désigne Pasteurella cholerae-gallinarum comme l'espèce type du genre [voir "Judicial Opinion 13" in Bacteriological Code (1990 Revision)].

Le 01 janvier 1980, le genre Pasteurella, ainsi que les espèces Pasteurella aerogenes, Pasteurella gallicida, Pasteurella gallinarum, Pasteurella haemolytica, Pasteurella multocida, Pasteurella pneumotropica et Pasteurella ureae, sont cités dans les Approved Lists of Bacterial Names. Dans ces listes, l'espèce type du genre est Pasteurella multocida.
Le genre Pasteurella tel qu'il figure dans les Approved Lists pose trois problèmes : (i) la nomenclature de Pasteurella cholerae-gallinarum n'a pas été retenue par les Approved Lists ; (ii) en contradiction avec la "Judicial Opinion" 13, Pasteurella multocida est l'espèce du genre ; et (iii) les espèces Pasteurella gallicida et Pasteurella multocida possèdent la même souche type (la souche NCTC 10322), elles sont donc des synonymes homotypiques et l'épithète gallicida (proposée par Burrill en 1883) a priorité sur celle de multocida (proposée par Lehmann et Neumann en 1899).
Pour résoudre ces problèmes, en octobre 1982, P.H.A. Sneath a publié une "Request for an Opinion" demandant la conservation de Pasteurella multocida comme espèce type du genre et le rejet de l'espèce Pasteurella gallicida. En 1985, dans la "Judicial Opinion" 58, la Commission Judiciaire a approuvé les demandes de P.H.A. Sneath, elle a rejeté l'appellation de Pasteurella gallicida et elle a confirmé que l'espèce type du genre Pasteurella devait être Pasteurella multocida.

Depuis la parution des Approved Lists of Bacterial Names, le genre Pasteurella a fait l'objet de nombreux changements (description de nouvelles espèces, description de nouvelles sous-espèces et transfert de certaines espèces dans d'autres genres) et il est probable que d'autres changements interviendront dans les prochaines années.

En 1982, Snipes et Biberstein valident la publication de Pasteurella testudinis.
En janvier 1985, Mutters et al. incluent dans le genre Pasteurella une bactérie préalablement connue sous le nom de Haemophilus avium (Pasteurella avium comb. nov.) et ils proposent la nomenclature de Pasteurella volantium pour des souches atypiques de Haemophilus avium.

En juillet1985, Mutters et al. redéfinissent le genre Pasteurella sur la base des résultats d'hybridations ADN-ADN. Pour ces auteurs, le genre Pasteurella doit être restreint aux espèces qui présentent des homologies ADN-ADN supérieures ou égales à 55 p. cent, ce qui exclut du genre les espèces Pasteurella haemolytica, Pasteurella pneumotropica, Pasteurella testudinis et Pasteurella ureae.
Ces auteurs divisent également l'espèce Pasteurella multocida en trois sous-espèces (Pasteurella multocida subsp. gallicida, Pasteurella multocida subsp. multocida et Pasteurella multocida subsp. septica) et ils décrivent sept nouvelles espèces (Pasteurella anatis, Pasteurella canis, Pasteurella dagmatis, Pasteurella langaaensis corrig., Pasteurella stomatis, Pasteurella species A et Pasteurella species B).
Le genre Pasteurella sensu stricto, au sens de Mutters et al. 1985, est donc constitué de 11 espèces : Pasteurella anatis, Pasteurella avium, Pasteurella canis, Pasteurella dagmatis, Pasteurella gallinarum, Pasteurella langaaensis, Pasteurella multocida (divisée en trois sous-espèces), Pasteurella stomatis, Pasteurella volantium, Pasteurella species A et Pasteurella species B.

En 1986, Mutters et al. formalisent l'exclusion de Pasteurella ureae qu'ils renomment Actinobacillus ureae.

En 1990 le genre Pasteurella s'enrichit des espèces Pasteurella bettyae corrig., Pasteurella caballi, Pasteurella granulomatis, Pasteurella lymphangitidis, Pasteurella mairii corrig. et Pasteurella trehalosi.
En 2002, Birkbeck et al. valident la nomenclature de Pasteurella skyensis.

En 1999, Angen et al. reclassent Pasteurella granulomatis et Pasteurella haemolytica dans le genre ¤ Mannheimia.

Les analyses phylogénétiques, basées sur l'étude des séquences des ARNr 16S et des gènes atpD, montraient que les espèces isolées principalement (Pasteurella anatis) ou uniquement (Pasteurella avium, Pasteurella gallinarum, Pasteurella volantium et Pasteurella species A) chez les des volailles, n'étaient pas d'authentiques pasteurelles.
Aussi, en 2003, Christensen et al. valident la nomenclature de ¤ Gallibacterium anatis pour accueillir Pasteurella anatis et, en 2005, Blackall et al. proposent le genre ¤ Avibacterium pour reclasser Pasteurella avium, Pasteurella gallinarum, Pasteurella volantium et Pasteurella species A.

En 2007, Blackall et al. transfèrent Pasteurella trehalosi dans le genre ¤ Bibersteinia.

Compte tenu de tous ces changements, 13 espèces sont encore dénommées Pasteurella : Pasteurella aerogenes, Pasteurella bettyae, Pasteurella caballi, Pasteurella canis, Pasteurella dagmatis, Pasteurella langaaensis, Pasteurella lymphangitidis, Pasteurella mairii, Pasteurella multocida (Pasteurella multocida subsp. gallicida, Pasteurella multocida subsp. multocida et Pasteurella multocida subsp. septica), Pasteurella pneumotropica, Pasteurella skyensis, Pasteurella stomatis et Pasteurella testudinis.
À ces 13 espèces se rajoute un taxon encore innomé, Pasteurella species B.

Les analyses phylogénétiques, réalisées par Olsen et al., montrent que le genre Pasteurella sensu stricto doit être restreint au groupe phylogénétique 12 comprenant Pasteurella canis, Pasteurella dagmatis, Pasteurella multocida et Pasteurella stomatis.
Ce groupe phylogénétique comprend également Pasteurella species B et les souches du taxon 13 de Bisgaard (isolées de poumons de veaux).
Les souches du taxon 45 de Bisgaard, isolées d'un tamia (rongeur terrestre de la famille des Sciuridae) et d'hommes mordus par des lions ou des tigres (souches parfois désignées sous les noms de "Pasteurella leonis" et de "Pasteurella multocida subsp. tigris"), semblent constituer une nouvelle espèce du genre Pasteurella sensu stricto. Il en va de même pour les souches du taxon 46 de Bisgaard isolées d'hommes mordus par des léopards.

Pasteurella aerogenes, Pasteurella bettyae, Pasteurella caballi, Pasteurella langaaensis, Pasteurella mairii, Pasteurella pneumotropica, Pasteurella skyensis et Pasteurella testudinis n'appartiennent pas au genre Pasteurella sensu stricto et elles devront être reclassées dans d'autres genres de la famille des Pasteurellaceae (pour plus d'informations, voir le fichier ¤ "Pasteurellaceae, Pasteurellales").
Pasteurella lymphangitidis n'appartient pas à la famille des ¤ Pasteurellaceae et, selon De Ley et al., Pasteurella lymphangitidis serait un représentant de la famille des ¤ Enterobacteriaceae.

 

Caractères bactériologiques

 

Les Pasteurella sensu stricto, au sens de Olsen et al., sont des bacilles ou de cocco-bacilles à Gram négatif (une coloration bipolaire est fréquemment observée), de 0,3 à 1,0 µm de diamètre sur 1,0 à 2,0 µm de longueur, formant parfois des filaments dans les vieilles cultures, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou, plus rarement, en courtes chaînes, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, chimio-organotrophes, à métabolisme respiratoire et fermentatif, oxydase positive (à l'exception de quelques souches de Pasteurella dagmatis), nitrate réductase positive, très généralement catalase positive et phosphatase alcaline positive.

Quatre-vingt dix pour cent des souches ou plus donnent une réponse positive pour les tests alanine aminopeptidase, phosphatase, indole (à l'exception de quelques souches de Pasteurella species B), acidification (sans gaz) du D-fructose, du D-galactose, du glucose, du D-mannose, du ribose et du saccharose (à l'exception de quelques souches de Pasteurella multocida).

Quatre-vingt dix pour cent des souches ou plus donnent une réponse négative pour les tests citrate de Simmons, malonate, production d'hydrogène sulfuré (milieu TSI), croissance sur un milieu au KCN, rouge de méthyle, production d'acétoïne, ADH, LDC, TDA, gélatinase (en 48 heures), hydrolyse des Tweens 20 et 80, alpha-fucosidase, alpha-galactosidase, bêta-glucosidase, bêta-glucuronidase, alpha-mannosidase, bêta-xylosidase, acidification de l'adonitol, de l'amygdaline, du L-arabinose, de l'arbutine, du D-arabitol, du cellobiose, du m-érythritol, de l'esculine, du D-fucose, du gentiobiose, de la N-acétyl-bêta-glucosamine, du D-glycogène, du m-inositol, de l'inuline, du D-mélézitose, du D-mélibiose, du mucate, du L-rhamnose, de la salicine, du L-sorbose, du D-turanose et du L-xylose.

Les caractères permettant de distinguer le genre Pasteurella des autres genres de la famille des ¤ Pasteurellaceae sont donnés dans le tableau I.

La réponse aux test ODC, uréase, alpha-glucosidase, acidification de la dextrine, du dulcitol, du maltose, du D-mannitol, du xylitol et du D-xylose permet de différencier les espèces du genre Pasteurella sensu stricto (voir tableau II).

Les tests ONPG, acidification du raffinose et acidification du lactose donnent une réponse variable pour Pasteurella dagmatis et une réponse négative pour les autres espèces.
L'acidification du D-arabinose, du L-fucose et du glycérol est variable pour les souches de Pasteurella dagmatis ou de Pasteurella multocida et négative pour les autres espèces.
L'acidification du sorbitol est variable pour les souches de Pasteurella multocida et négative pour les autres espèces.
L'acidification du tréhalose est variable pour les souches de Pasteurella canis, de Pasteurella dagmatis ou de Pasteurella multocida et positive pour les autres espèces.

Les caractères permettant de différencier tous les taxons dénommés Pasteurella (Pasteurella sensu lato) sont donnés dans le tableau III.

La température optimale de croissance est comprise entre 35 et 37 °C, mais les pasteurelles peuvent cultiver à 22 °C ou à 44 °C. La croissance ne nécessite ni le facteur X ni le facteur V (à l'exception de quelques souches de Pasteurella multocida subsp. multocida), mais elle nécessite généralement des milieux complexes. Pour certaines souches, la croissance sur des milieux solides est favorisée par la présence de dioxyde de carbone. Aucune culture n'est observée sur un milieu de MacConkey.

Les colonies obtenues sur une gélose chocolat ou sur une gélose Columbia au sang sont rondes, lisses, convexes, grisâtres et non translucides. Après 24 heures d'incubation à 37 °C, le diamètre des colonies est généralement compris entre 0,5 et 2 mm. Sur une gélose au sang de bovin ou de mouton, les colonies peuvent s'entourer d'une zone verdâtre, mais elles ne sont pas bêta-hémolytiques.
Les souches de Pasteurella canis et de Pasteurella dagmatis peuvent donner des colonies jaunâtres. Les souches de Pasteurella multocida (notamment celles isolées de l'appareil respiratoire des ruminants, des porcs ou des lapins) peuvent donner de grandes colonies muqueuses.

En bouillon, la culture se traduit généralement par un trouble homogène. Des granules peuvent toutefois être observés.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

À l'exception de Pasteurella lymphangitidis et de Pasteurella skyensis, les représentants du genre Pasteurella sensu lato colonisent les muqueuses respiratoires et génitales des mammifères, des oiseaux et des reptiles. L'isolement de souches de Pasteurella multocida à partir du cloaque de poulets suggère que l'habitat de ces bactéries puisse être plus vaste.
Les Pasteurella spp. se comportent le plus souvent comme des bactéries pathogènes opportunistes et elles peuvent être à l'origine d'infections graves et/ou provoquant des pertes économiques importantes.

Pasteurella multocida (fichier en préparation) est l'espèce la plus importante en médecine vétérinaire. Elle est responsable du choléra aviaire, de la rhinite atrophique (porcs, lapins, petits ruminants), de la septicémie hémorragique des bovidés, de broncho-pneumonies chez les ruminants et les porcs, de troubles respiratoires chez les carnivores, les rongeurs et les lagomorphes.
Pasteurella multocida est également transmissible à l'homme, le plus souvent par morsure ou par contact avec un animal infecté. Chez l'homme, cette espèce est responsable de pasteurelloses d'inoculation pouvant se compliquer de la formation d'abcès, de ténosynovites et d'arthrites. Plus rarement, la pasteurellose de l'homme peut conduire à des broncho-pneumonies, des pleuro-pneumonies, des endocardites, des méningites, des péritonites ... voire même à des septicémies.

Pasteurella bettyae a été isolée, exclusivement chez l’homme, d’une infection digitale et d’un abcès des glandes de Bartholin.

Pasteurella langaaensis est isolée des voies respiratoires de poulets apparemment sains.

Pasteurella lymphangitidis est responsable, dans le sud est de l’Inde, de cas de lymphangites chez les bovins (Bos indicus).

Les souches incluses dans l'espèce Pasteurella pneumotropica colonisent les voies respiratoires des rongeurs et se comportent comme des pathogènes opportunistes.

Pasteurella testudinis est présente dans l'appareil respiratoire de tortues (Gopherus agassizii) saines ou présentant des signes d'infections des voies respiratoires supérieures. Cette espèce est également isolée du tube digestif.

L'habitat et le pouvoir pathogène des autres espèces sont envisagés dans d'autres fichiers (voir, ¤ Pasteurella aerogenes, ¤ Pasteurella caballi, ¤ Pasteurella canis, ¤ Pasteurella dagmatis, ¤ Pasteurella mairii, ¤ Pasteurella stomatis, ¤ Pasteurella skyensis et ¤ Pasteurella species B).

 

Orientation bibliographique
Voir aussi les références bibliographiques incluses dans les fichiers cités ci-dessus.

 

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