J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 15 septembre 1999
Dernière mise à jour partielle le 05 décembre 2007

 

PHOTOBACTERIUM

 

Autres dénominations :
. Photobacterium damselae (corrig.) : Vibrio damsela, Listonella damsela.
. Photobacterium damselae (corrig.) subsp. piscicida : "Pasteurella piscicida".
. Photobacterium iliopiscarium : Vibrio iliopiscarius.
. Photobacterium indicum : Hyphomicrobium indicum, "Hyphomicrobium indium" (sic).
. Photobacterium phosphoreum : "Micrococcus phosphoreus", "Bacillus phosphorescens II" , "Bacterium phosphorescens", "Photobacterium phosphorescens", "Bacillus hermesi", "Streptococcus phosphoreus", "Bacillus phosphoreus", "Photobacter phosphorescens", "Pseudomonas lucifera", "Bacterium phosphoreum", "Photobacter phosphoreum" (sic), "Micrococcus physiculus", "Coccobacillus acropoma", "Acinetobacter phosphorescens", "Photobacterium profudum".
. Note : le taxon Photobacterium damselae subsp. damselae inclut les souches de Photobacterium histaminum.

Voir aussi le fichier : ¤ "Vibrionales", Vibrionaceae, Vibrio.

Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase).

 

Systématique

 

Le genre Photobacterium et les espèces Photobacterium angustum, Photobacterium fischeri, Photobacterium leiognathi et Photobacterium phosphoreum sont cités dans les Approved Lists of Bacterial Names.
Ultérieurement, ce genre s'est enrichi des espèces Photobacterium aplysiae, Photobacterium damselae (divisé en deux sous-espèces, Photobacterium damselae subsp. damselae et Photobacterium damselae subsp. piscicida), Photobacterium frigidiphilum, Photobacterium ganghwense, Photobacterium halotolerans, Photobacterium histaminum, Photobacterium iliopiscarium, Photobacterium indicum, Photobacterium kishitanii, Photobacterium lipolyticum, Photobacterium logei, Photobacterium lutimaris, Photobacterium profundum et Photobacterium rosenbergii.

Photobacterium angustum, Photobacterium indicum, Photobacterium frigidiphilum, Photobacterium ganghwense, Photobacterium halotolerans, Photobacterium lipolyticum, Photobacterium lutimaris et Photobacterium profundum sont isolés de l'eau de mer ou de sédiments marins ou de lacs salés et ces espèces ne présentent pas d'intérêt en médecine vétérinaire. Photobacterium angustum est également isolé des organes lumineux de diverses espèces de poissons.

Photobacterium aplysiae a été isolé des oeufs de Aplysia kurodai (lièvre de mer ou aplysie de kuroda). Photobacterium iliopiscarium est un hôte normal de l'intestin de poissons vivant dans des eaux froides. Photobacterium leiognathi est une espèce luminescente isolée des organes lumineux de divers poissons (famille des Leiognathidae et famille des Apogonidae). Photobacterium kishitanii est également une bactérie luminescente vivant en symbiose avec des poissons de grande profondeur.

Photobacterium fischeri et Photobacterium logei ne seront pas étudiés dans ce fichier car ces taxons ont été reclassées dans le genre ¤ Aliivibrio.

Photobacterium histaminum est un synonyme hétérotypique et ultérieur de Photobacterium damselae subsp. damselae (Cf. infra).

Aussi, seules ont un intérêt en biologie vétérinaire les espèces Photobacterium phosphoreum, Photobacterium damselae et Photobacterium rosenbergii.

Le genre Photobacterium est classé dans la famille des ¤ Vibrionaceae (ordre des ¤ "Vibrionales", classe des Gammaproteobacteria, division or phylum des ¤ "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria").

Photobacterium phosphoreum

Photobacterium phosphoreum a été décrit par Cohn (1878 ) sous le nom de "Micrococcus phosphoreus". Cette dénomination a connu de nombreux changements et c'est l'appellation de Photobacterium phosphoreum qui sera retenue par les Approved Lists of Bacterial Names. Photobacterium phosphoreum est l'espèce type du genre Photobacterium.

Photobacterium damselae

Photobacterium damselae a été décrit en 1981 sous l'appellation de Vibrio damsela (sic) puis transféré en 1985 dans le genre Listonella.
Le genre Listonella proposé par MacDonell et Colwell a été individualisé sur la base de l'étude des séquences des ARNr 5S qui présentent pour des études taxonomiques et phylogénétiques l'inconvénient d'avoir une petite taille (environ 120 nucléotides). Aussi, le genre Listonella n’a pas été accepté par tous les bactériologistes d'autant plus que des résultats ultérieurs, obtenus par Colwell, montrent qu'il est mal défini. Listonella damsela (sic), présente une forte ressemblance phénotypique avec les espèces du genre Photobacterium ce qui a conduit Smith et al. à proposer la nomenclature de Photobacterium damsela (sic), ultérieurement corrigée en Photobacterium damselae.

Photobacterium damselae subsp. piscicida a été isolé en 1963 lors d'une épidémie touchant des poissons vivant dans l’estuaire du Potomac et dans la baie de Chesapeake. Initialement, cette bactérie a été qualifiée de "Pasteurella sp." puis de "Pasteurella piscicida".
L’appartenance de cette bactérie au genre Pasteurella a été discutée car elle ne réduit pas les nitrates, elle tolère d’importantes variations de température et de pH, elle a pour habitat l’eau salée et la coloration de Gram, effectuée sur des cellules jeunes, donne un résultat variable. La variabilité de la coloration de Gram et la présence de formes courtes dans les vieilles cultures ont conduit certains auteurs à rapprocher ce germe des genres Arthrobacter ou ¤ Rothia. En raison de ces incertitudes, la nomenclature de "Pasteurella piscicida" ne figure ni dans les Approved Lists of Bacterial Names ni dans une des listes de validation et elle n’est décrite ni dans le Bergey’s Manual of Systematic Bacteriology ni dans la neuvième édition du Bergey’s Manual of Determinative Bacteriology.
En fait, plusieurs études taxonomiques montrent que "Pasteurella piscicida" n’est pas une pasteurelle mais plutôt un représentant de la famille des Vibrionaceae. Une étude phylogénétique, effectuée en comparant la séquence de l’ARNr 16S, confirme que "Pasteurella piscicida" est bien un représentant de la famille des Vibrionaceae et que les espèces "Pasteurella piscicida" et Photobacterium damselae forment un groupe monophylétique. Ces deux taxons présentent des différences phénotypiques mais le pourcentage d’hybridation ADN - ADN de 80 p. cent montre qu’ils appartiennent à une unique espèce. Compte tenu de ces données, Gauthier et al. transfèrent l’agent de la pasteurellose des poissons dans le genre Photobacterium sous la nomenclature de Photobacterium damselae subsp. piscicida. En accord avec la règle 46 du Code de Nomenclature, la description de Photobacterium damselae subsp. piscicida crée, automatiquement, la sous-espèce Photobacterium damselae subsp. damselae.

Dans un article publié en mai 2000, Kimura et al. montrent que Photobacterium histaminum et Photobacterium damselae subsp. damselae constituent une unique sous-espèce.
La nomenclature de Photobacterium histaminum a été validement publiée en 1994, par Okuzumi et al., pour des souches bactériennes halophiles, produisant de l'histamine et isolées de l'eau de mer et de diverses espèces de poissons commercialisées au Japon (Labracoglassa argentiventris, Scombrops boops, Sardinops melanostictus). Les données disponibles en 1994 et concernant la séquence de l'ARNr 16S suggéraient que Photobacterium damselae subsp. damselae constituait un groupe distinct et différent des Photobacterium sp. Aussi, Okuzumi et al. n'avaient effectué aucune comparaison génotypique entre Photobacterium histaminum et Photobacterium damselae subsp. damselae. De plus, les caractères phénotypiques et, notamment, les résultats des tests production d'une amylase, production d'histamine, utilisation du lactose et utilisation du pyruvate semblaient distinguer Photobacterium histaminum de Photobacterium damselae subsp. damselae.
Cependant, les travaux de Kimura et al. montrent que la séquence de l'ARNr 16S de la souche type de Photobacterium histaminum est identique à la séquence de la souche type de Photobacterium damselae subsp. damselae, que ces deux souches types présentent plus de 80 p. cent d'homologie ADN - ADN et que ces deux souches sont aptes à produire de l'histamine, à synthétiser une amylase et à assimiler le lactose et le pyruvate. Seule l'utilisation du tréhalose (positive pour Photobacterium histaminum) distingue les deux souches types. Ces résultats montrent que Photobacterium histaminum et Photobacterium damselae subsp. damselae constituent un unique taxon et, l'appellation damselae ayant priorité sur celle de histaminum, Photobacterium histaminum doit être considéré comme un synonyme ultérieur de Photobacterium damselae subsp. damselae.

Photobacterium rosenbergii

La nomenclature de Photobacterium rosenbergii a été validement publiée le 18 mars 2005 pour cinq souches bactériennes isolées de coraux sains ou atteints de blanchiment. L'individualisation de cette espèce repose sur l'analyse des séquences des gènes recA, rpoA et des gènes codant pour les ARNr 16S.

 

Caractères bactériologiques

 

Le genre Photobacterium rassemble des bacilles rectilignes, à Gram négatif, de 0,8 à 2 µm de diamètre sur 1,8 à 2,4 µm de longueur, non sporulés, halophiles, présentant des inclusions de poly-b-hydroxybutyrate lorsque la culture est effectuée sur un milieu glucosé mais incapables d’utiliser les monomères exogènes de DL-bêta-hydroxybutyrate, le plus souvent mobile grâce à des flagelles polaires non entourés d'une gaine, chimio-organotrophes, à métabolisme respiratoire et fermentatif, oxydase et catalase positives. 
Quelques caractères permettant de différencier le genre Photobacterium d'autres genres de la famille des Vibrionaceae sont donnés dans le tableau I.

Photobacterium phosphoreum

Photobacterium phosphoreum est une espèce luminescente, nitrate réductase positive, ne produisant ni gélatinase ni lipase, capable de cultiver à 4 et à 20 °C, mais ne cultivant pas à 35 °C.

Quelques caractères permettant de différencier Photobacterium phosphoreum d'autres espèces du genre Photobacterium sont donnés dans le tableau II.

Photobacterium damselae

Outre les caractères du genre, les souches de Photobacterium damselae sont constituées de bacilles mobiles ou immobiles, non luminescents, dont la culture nécessite au moins 0,5 p. cent de NaCl.
Les souches de Photobacterium damselae subsp. piscicida peuvent synthétiser une capsule. Les souches de Photobacterium damselae subsp. damselae sont généralement mobiles grâce à un ou plusieurs flagellaires polaires.

. Une réponse positive est notée pour les tests fermentation du D-glucose, du D-fructose et du D-mannose.
. Une réponse négative est observée pour les tests ODC, production d'hydrogène sulfuré, TDA, indole (environ 5 p. cent des souches de Photobacterium damselae subsp. damselae donnent une réponse positive lorsque le test est effectué en galerie API 20E), croissance en présence de 10 p. cent de NaCl, croissance à + 4 °C, utilisation du malonate, fermentation de l'adonitol, de l'amygdaline, du D-arabitol, du L-arabitol, du D-arabinose, du L-arabinose, du dulcitol, de l'érythritol, du D-fucose, du bêta-gentiobiose, du gluconate, du 2-cétogluconate, du 5-cétogluconate, de l'inositol, de l'inuline, du D-lyxose, du mannitol, du mannose, du méthyl-alpha-D-mannoside, du mélézitose, du mélibiose, du D-raffinose, du rhamnose, du sorbitol, du L-sorbose, du D-tagatose, du D-xylose, du L-xylose, du méthyl-bêta-xyloside et du xylitol.

Les travaux de Kimura et al. (2000) ont conduit à modifier la description de Photobacterium damselae subsp. damselae. En effet, contrairement à la description originale de Photobacterium damselae, cette sous-espèce produit une amylase, elle produit de l'histamine lorsqu'elle est cultivée à pH 5,5 et elle assimile l'acétate, le lactose, le maltose et le pyruvate.

En galerie API ZYM, Photobacterium damselae subsp. piscicida donne une réponse positive aux tests phosphatase alcaline, estérase (C4), estérase lipase (C8), leucine arylamidase, phosphatase acide, naphtol-AS-BI-phosphohydrolase et N-acétyl-bêta-glucosaminidase.

Photobacterium damselae est un germe halophile et la croissance est obtenue sur des milieux tels que la gélose trypticase soja ou la gélose cœur-cervelle contenant de 0,5 à 3 p. cent de NaCl.
Après 48 heures d'incubation à 20 °C, les colonies de Photobacterium damselae subsp. damselae sont lisses, légèrement convexes, de couleur grisâtre ou blanchâtre, souvent hémolytiques sur gélose au sang et leur diamètre est compris entre 2,5 à 3 mm.
Après 48 à 72 heures d’incubation à 25 °C, les colonies de Photobacterium damselae subsp. piscicida sont convexes, brillantes, de couleur grisâtre ou jaunâtre, non hémolytiques et leur diamètre atteint 1 à 2 mm.

Quelques caractères permettant de différencier les deux sous-espèces de Photobacterium damselae d'autres espèces du genre Photobacterium sont figurent dans le tableau II. Des caractères complémentaires sont donnés dans le tableau III.

Photobacterium rosenbergii

Les souches de Photobacterium rosenbergii rassemblent des bacilles mobiles, résistants au O/129 (150 µg par disque), ne cultivant ni à 4 ni à 40 °C, mais cultivant abondamment pour des températures comprises entre 20 et 30 °C. Après deux jours d'incubation à 28 °C, les colonies obtenues sur une gélose trypticase soja sont convexes, rondes, opaques, de couleur beige et leur diamètre atteint 1 cm.

Les caractères biochimiques présentés ci-dessous ont été étudiés à l'aide de galeries API 20E et API ZYM.
. Une réponse positive est notée pour les tests réduction des nitrates, ADH, bêta-galactosidase, phosphatase acide, phosphatase alcaline, estérase, estérase lipase, leucine arylamidase, valine arylamidase, naphtol-AS-BI-phosphohydrolase, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, fermentation de l'amygdaline, du glucose, du D-mannitol, du mélibiose et du saccharose.
. Une réponse négative est notée pour les tests VP, LDC, ODC, TDA, uréase, indole, gélatinase, cystine arylamidase, trypsine, alpha-chymotrypsine, bêta-glucuronidase, bêta-glucosidase, alpha-mannosidase, alpha-fucosidase, fermentation de l'arabinose et du sorbitol.
. Les tests lipase, alpha-galactosidase, alpha-glucosidase, fermentation de l'inositol et du L-rhamnose donnent des résultats variables selon les souches.

Quelques caractères permettant de différencier Photobacterium rosenbergii d'autres espèces du genre Photobacterium sont donnés dans le tableau II.

 

Habitat, pouvoir pathogène et facteurs de pathogénicité

 

Photobacterium damselae subsp. damselae

À des températures comprises entre 14 et 22 °C, Photobacterium damselae subsp. damselae est capable de survivre plus d'un an dans de l'eau de mer tout en conservant son pouvoir pathogène. L'eau pourrait ainsi constituer une des sources de contamination.
Cette bactérie a été isolée de lésions cutanées ulcératives se développant en été et en automne sur les flancs d’une espèce de "poissons demoiselles", Chromis punctipinnis, placée dans la famille des Pomacentridae (les "poissons demoiselles" appelés ainsi en raison de leur corps mince et d’une jolie livrée sont souvent présents dans les aquariums d’eau de mer). Les ulcères peuvent atteindre une taille de 5 à 20 mm et leur formation peut s'accompagner de myolyse. L’observation des populations sauvages ainsi que les essais infructueux d’infections expérimentales de diverses espèces de poissons appartenant à 6 familles différentes (Girellidae, Atherinidae, Clinidae, Cottidae, Embiotocidae et Gobiidae) ont fait penser que seuls les Pomacentridés étaient sensibles.
En fait, ce germe se comporte comme une bactérie pathogène opportuniste, il est présent dans l’eau et dans l'intestin et il peut infecter diverses espèces d'animaux aquatiques : requins (Carcharhinus plombeus, Orectolobus ornatus), raies (Dasyatis pastinaca), dauphins (Tursiops truncatus, Stenella coeruleoalba), anguilles (Anguilla anguilla), turbots (Scophthalmus maximus), truites arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss), sérioles (Seriola quinqueradiata), dorades (Sparus aurata), huîtres, crevettes (Penaeus monodon), tortues (Dermochelys coriacea)...

Chez l’homme, Photobacterium damselae subsp. damselae est un agent de surinfection de plaies conduisant à de sévères lésions de nécrose. Plus rarement, cette bactérie est responsable de septicémies et de fasciites nécrosantes.

Photobacterium damselae subsp. damselae est également impliqué dans des intoxications à l'histamine, également appelées intoxications histaminiques ou, en anglais, "histamine poisoning".
Historiquement, ces intoxications avaient été décrites comme faisant suite à l'ingestion de poissons de la famille des Scombridae (thon, germon, bonite, maquereau) ou de la famille des Scomberesocidae (balaou, scombérésoce) d'où l'appellation anglaise de "scombroid fish poisoning". Cette appellation est en fait mal choisie car de nombreuses espèces de poissons, appartenant à au moins 11 familles différentes, peuvent provoquer des intoxications histaminiques et celles-ci sont également observées après l'ingestion de fromages. Lors d'intoxications à l'histamine, on peut observer une diarrhée non sanglante et souvent brève, des céphalées, des signes cutanés (eczéma, urticaire, angio-œdème), des douleurs abdominales, un malaise général, des nausées, des vomissements, des palpitations et des vertiges. La confirmation du diagnostic n'est possible que par le dosage de l'histamine dans les aliments suspects (les dosages d'histamine sur le sang ou l'urine des malades sont souvent négatifs car l'histamine est rapidement métabolisé). En pratique le diagnostic est orienté par l'apparition de signes cliniques consécutifs à la consommation d'un poisson connu pour être responsable d'intoxications histaminiques. Ces poissons ont souvent été préparés dans des conditions d'hygiène défectueuse ce qui permet la contamination des muscles par des bactéries d'origine digestive et productrices d'une histidine décarboxylase. Un facteur aggravant est lié aux défauts de la chaîne du froid permettant une multiplication bactérienne importante et favorisant la production d'histamine (production optimale pour une température de l'ordre de 30 °C).
Des cas d'intoxications histaminiques, dus à Photobacterium damselae subsp. damselae, ont été décrits au Japon. La fréquentation des restaurants japonais et la disponibilité plus grande de poissons d'origine étrangère dans les poissonneries pourraient amener une augmentation de ces intoxications dans les pays occidentaux.

Photobacterium damselae subsp. damselae élabore une cytolysine (la damselysine) qui est une phospholipase D codée par le gène dly présent sur le chromosome. Le rôle de cette toxine dans le pouvoir pathogène a été remis en question par Osorio et al. (2000) qui montrent que des souches dépourvues du gène dly sont pathogènes aussi bien pour le turbot que pour la souris. D'autres facteurs de virulence, non caractérisés, sont également présents et ils permettent aux souches virulentes d'adhérer au mucus cutané, de résister au pouvoir bactéricide de ce mucus (dû à la présence de lysozyme, de protéases, d'anticorps et de complément), de résister au pouvoir bactéricide du sérum et d'acquérir du fer.
La synthèse d'une histidine décarboxylase conduit à la production d'histamine.

Photobacterium damselae subsp. piscicida

Initialement, Photobacterium damselae subsp. piscicida a été isolé lors d'une épidémie qui a provoqué la mort d’environ 50 p. cent de la population des Serranidés (Morone americanus et Morone saxatilis) vivant dans l’estuaire du Potomac et dans la baie de Chesapeake. En 1969, cette bactérie a été isolée au Japon de plusieurs espèces de poissons sauvages ou d’élevage (notamment la sériole à cinq bandes, Seriola quinqueradiata) et, à partir de 1991, la pasteurellose des poissons a été identifiée en Espagne, en France, en Grèce, en Israël, en Italie, à Malte, en Norvège et au Portugal. En Europe, l’infection a été décrite chez le bar (Dicentrarchus labrax), la sole (Solea solea), le muge (Mugil cephalus), la dorade (Sparus aurata), le turbot (Scophthalmus maximus), le pagre (Pagrus pagrus), le saumon de l'Atlantique (Salmo salar) et le cabot (Atherina boyeri). Expérimentalement, Photobacterium damselae subsp. piscicida est pathogène pour plusieurs espèces de poissons (y compris la truite, Oncorhynchus mykiss).
Les modes de contamination sont mal connus. Certains travaux avaient montré que Photobacterium damselae subsp. damselae survivait peu de temps dans l'eau de mer ce qui suggérait un mode exclusif de contamination de poissons infectés à poissons sains. En fait, dans l'eau de mer à 14 ou à 22 °C, le germe survit sous une forme cultivable durant au moins 1 an et, à 5 °C, il se transforme en formes viables mais non cultivables qui restent infectieuses et qui peuvent redonner des formes cultivables après incubation à 22 °C. Il semble donc que les eaux salées constituent l'habitat naturel de la bactérie et qu'elles représentent une source de contamination pour les animaux. L'apparition des épizooties semble favorisée par une température de l'eau de l'ordre de 25 °C.

Cliniquement, l’infection conduit à une importante mortalité (40 à 50 p. cent dans les élevages affectés) et elle se traduit par une septicémie et par le développement de granulomes (d’où le nom de pseudotuberculose parfois donné à cette infection) formés de bactéries, de cellules épithéliales et de fibroblastes et siégeant sur la rate et les reins.

Plusieurs facteurs de virulence ont été mis en évidence :
. La capsule augmente la résistance au pouvoir bactéricide du sérum, elle s'oppose à la phagocytose et, expérimentalement, les souches capsulées sont plus virulentes que les souches dépourvues de capsule.
. Les souches adhèrent au mucus cutané et à des cellules de poissons et notamment aux cellules intestinales. Cette adhésion serait sous la dépendance d'une protéine ou d'une glycoprotéine.
. L'invasion des cellules met en jeu le cytosquelette, le germe est capable de survivre au moins 6 jours en position intracellulaire et il se transmet de cellules à cellules.
. L'acquisition du fer est sous la dépendance d'un sidérophore et de protéines de membrane externe codés par le chromosome.
. Toutes les souches sécrètent une phospholipase, une hémolysine et une cytotoxine et certaines souches produisent une caséinase, une gélatinase, une élastase ou une toxine dermonécrotique.

Photobacterium phosphoreum

Photobacterium phosphoreum a pour habitat les eaux de mer froides et tempérées et il vit en symbiose avec diverses espèces de poissons (voir la référence Dunlap et Kita-Tsukamoto). Photobacterium phosphoreum peut également survivre, sans se multiplier, en dehors de l'environnement marin. En effet, cette espèce a été retrouvée chez un saumon en migration capturé à 1228 Km de la mer.
L'importance de cette espèce en biologie vétérinaire est double : (i) elle est responsable de l'altération des poissons conservés dans une atmosphère enrichie en dioxyde de carbone et (ii) comme Photobacterium damselae subsp. damselae, elle impliqué dans des intoxications à l'histamine.

Photobacterium rosenbergii

Les souches de Photobacterium rosenbergii ont été isolées de coraux vivant au large de l'Île Magnétique (Magnetic Island, Australie). Une souche a pour origine un corail sain (Pachyseris speciosa) et quatre souches ont été isolées de coraux (Barabattoia amicorum, Merulina ampliata, Pachyseris speciosa) atteints de blanchiment.
Deux espèces bactériennes sont connues pour être à l'origine du blanchiment des coraux (coral bleaching) : ¤ Vibrio mediterranei à l'origine du blanchiment des coraux de l'espèce Oculina patagonica et ¤ Vibrio coralliilyticus responsable du blanchiment des coraux de l'espèce Pocillopora damicornis. Toutefois, contrairement à ¤ Vibrio mediterranei et à ¤ Vibrio coralliilyticus, le pouvoir pathogène de Photobacterium rosenbergii n'est pas documenté.

 

Diagnostic bactériologique

 

L'isolement de Photobacterium damselae à partir de lésions se réalise sur divers milieux gélosés (gélose cœur-cervelle ou gélose nutritive enrichies au sang de mouton, milieu Difco marine agar 2216E) contenant 0,5 à 1,5 p. cent de NaCl et incubés 2 à 5 jours à 25 °C.
Le milieu TCBS* peut également être utilisé pour Photobacterium damselae subsp. damselae mais il ne permet pas la croissance de Photobacterium damselae subsp. piscicida.

Une technique simple permet la recherche de Photobacterium damselae subsp. piscicida dans l'eau de mer. Deux cent cinquante mL d'eau sont filtrés sur un filtre d'acétate de cellulose de porosité 0,45 µm puis le filtre est déposé sur une boîte de milieu Difco marine agar 2216E auquel on a ajouté 1 p. cent de mannitol et 0,5 p. cent de rouge de phénol. Après incubation, les colonies de Photobacterium damselae subsp. piscicida sont de couleur rouge (absence de fermentation du mannitol).

Des techniques de mise en évidence rapide ont été développées pour le diagnostic des infections à Photobacterium damselae subsp. piscicida : immunofluorescence, PCR utilisant des amorces dirigées contre des séquences chromosomiques ou plasmidiques (plasmide pZP1), tests immuno-enzymatiques utilisant soit des anticorps polyclonaux soit des anticorps monoclonaux.

 

Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie

 

De nombreuses souches de Photobacterium damselae sont résistantes à un ou plusieurs antibiotiques et hébergent des plasmides de résistance et des transposons. Les résultats obtenus par Thyssen et al. (1998) et portant sur des souches isolées de différentes régions du monde entre 1963 et 1997, figurent dans le tableau II. Les antibiotiques les plus utilisés pour lutter contre les infections à Photobacterium damselae subsp. damselae sont le chloramphénicol (dans les pays où son utilisation n'est pas interdite), l'ampicilline et l'oxytétracycline.

De nombreux vaccins ont été proposés pour prévenir les infections à Photobacterium damselae subsp. damselae mais aucun d'entre eux n'est commercialisé en Europe. Les vaccins inactivés par le formol ou la chaleur ainsi que des préparations vaccinales contenant du lipopolysaccharide purifié ou des protéines ribosomales donnent des résultats médiocres. De meilleurs résultats sont obtenus en utilisant un vaccin tué enrichi en substance extracellulaire ou en lipopolysaccharide.

 

Orientation bibliographique

 

Bactériologie

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