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Créé le 30 décembre 1999
PISCIRICKETTSIA SALMONIS
Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase). Voir aussi le fichier : ¤ "Thiotrichales, Francisellaceae, Piscirickettsiaceae".
Systématique
En 1989, une épizootie d'étiologie inconnue a été décrite chez des saumons coho (Oncorhynchus kisutch) élevés au Chili. Les analyses microbiologiques, effectuées sur des animaux âgés de deux ans, ont permis d'isoler une bactérie à Gram négatif, parasite intracellulaire obligatoire, incapable de se multiplier sur des milieux inertes (41 milieux étudiés par Cvitanich et al.), mais apte à se multiplier en cultures cellulaires.
En 1992, Fryer et al. publient une étude phylogénétique reposant sur la séquence de l'ADNr 16S de la souche LF-89 (= ATCC(R) VR 1361) isolée en 1989 au Chili. Les résultats montrent (i) que cette bactérie appartient à la classe des ¤ Gammaproteobacteria et (ii) que son ADNr 16S présente 87,5 p. cent d'homologie avec celui de ¤ Coxiella burnetii et 86,3 p. cent d'homologie avec celui de Wolbachia persica (¤ Coxiella burnetii et Wolbachia persica appartiennent également à la classe des ¤ Gammaproteobacteria). En revanche, les pourcentages d'homologie avec ¤ Neorickettsia risticii, Rickettsia typhi et ¤ Bartonella quintana (bactéries placées dans la classe des ¤ Alphaproteobacteria) sont inférieurs à 80. Ultérieurement, l'étude de la séquence des espaceurs présents entre les gènes codant pour les ARNr 16S et l'étude de la séquence des ADNr 23S ont permis de confirmer l'appartenance de ce micro-organisme à la classe des ¤ Gammaproteobacteria.
Compte tenu des résultats de l'analyse phylogénétique et de l'habitat de ces bactéries, Fryer et al. proposent la création d'un nouveau genre et d'une nouvelle espèce, Piscirickettsia salmonis.
Des bactéries proches de (ou identiques à) Piscirickettsia salmonis ont été mises en évidence chez des poissons autres que les salmonidés. Bien que la position taxonomique de ces micro-organismes soit encore incertaine, dans la suite du texte, elles seront assimilées à Piscirickettsia salmonis.
Caractères bactériologiques
Piscirickettsia salmonis est une bactérie de forme coccoïde, parfois polymorphe (des formes en anneaux ou des formes en bacilles incurvés sont parfois observées), de 0,5 à 1,5 mm de diamètre, à Gram négatif, colorée en bleu foncé par le Giemsa, immobile, aérobie, présentant la structure d’une cellule procaryote et possédant la paroi d'une bactérie à Gram négatif.
La multiplication est optimale pour une température de 15 à 18 °C, elle s’effectue par fission binaire au sein des vacuoles intracytoplasmiques et elle peut être obtenue sur différentes lignées cellulaires de poissons, mais aussi sur des lignées ayant pour origine des insectes (lignée Sf21 provenant du tissu ovarien de la nymphe du papillon Spodoptera frugiperda) ou des amphibiens (lignée XTC-2 obtenue à partir de Xenopus laevis). En revanche, aucune culture n’est obtenue sur des milieux inertes. La multiplication est lente pour des températures supérieures à 20 °C ou inférieures à 10 °C et elle est nulle au dessus de 25 °C.
La structure antigénique de Piscirickettsia salmonis a été étudiée par Kuzyk et al. et par Barnes et al. Ces travaux ont permis la mise en évidence d'antigènes polysaccharidiques et protéiques dont certains pourraient être utilisés soit pour le diagnostic soit pour la préparation de vaccins.
Habitat et pouvoir pathogène
Piscirickettsia salmonis est l’agent étiologique d’une maladie épizootique connue sous le nom de piscirickettsiose ou de "septicémie rickettsienne des salmonidés" ("salmonid rickettsial septicaemia" ou "coho salmon syndrome"). Elle a été découverte, dans le sud-est du Chili dans des élevages de saumons coho (Oncorhynchus kisutch) présentant un taux de mortalité pouvant atteindre 90 p. cent. Les premières observations suggéraient que seuls les saumons coho élevés en eau de mer étaient sensibles.
Les animaux malades sont léthargiques, ils présentent une anorexie, des troubles de la nage, une pigmentation noirâtre, des hémorragies cutanées, des ulcères pouvant atteindre 2 cm de diamètre et les branchies sont pâles ce qui est le signe d'une anémie (l'hématocrite est inférieur à 27 p. cent). À l'autopsie, on note un ramollissement des reins, une splénomégalie et, parfois, des nodules jaunâtres ou grisâtres sur le foie. Des lésions moins importantes sont également observées sur le pancréas, le cœur et les ovaires. Des pétéchies ou des hémorragies sont présentes dans les muscles, sur la paroi abdominale, sur la muqueuse stomacale, sur la muqueuse intestinale et sur la vessie natatoire. L’examen histopathologique révèle des foyers de nécrose inflammatoire sur le foie, la rate, l’intestin ou dans le tissu hématopoïétique des reins.
Expérimentalement, l’inoculation par voie intrapéritonéale permet de reproduire la maladie et la bactérie peut être isolée des animaux inoculés. Le pouvoir pathogène est toutefois variable selon les souches : la souche LF-89 (isolée au Chili) est plus pathogène que la souche ATL-4-91 (isolée au Canada) ou que la souche NOR-92 (isolée en Norvège). Cette différence dans le pouvoir pathogène expérimental pourrait expliquer le taux de mortalité, particulièrement important, observé dans les élevages chiliens.
Dans les conditions naturelles, l'infection peut se transmettre sur un mode horizontal sans l'intervention de vecteurs (arthropodes vecteurs, vers parasites ...) et sur un mode vertical qui semble cependant peu important. Expérimentalement, il est possible de contaminer les animaux par dépôt de bactéries sur la peau ou sur les branchies alors que la contamination par intubation gastrique ou intubation intestinale est moins efficace. Ces résultats suggèrent que les principales voies de contamination naturelle sont la peau et les branchies.
Diagnostic bactériologique
La mise en évidence de Piscirickettsia salmonis peut être effectuée soit par coloration à l'acridine orange soit par isolement en cultures cellulaires. Dans les deux cas, une confirmation du diagnostic peut être obtenue par immunofluorescence ou par immunohistochimie à l'aide d'un sérum polyclonal produit sur lapins ou d'anticorps monoclonaux.
La coloration à l'acridine orange** s'effectue sur des frottis ou des calques de reins, de foies ou de rates. Les préparations sont séchées à l'air, fixées pendant 5 minutes dans du méthanol absolu puis recouvertes pendant deux minutes avec le colorant. L'observation des lames (à l'immersion et avec un microscope à immunofluorescence) révèle des micro-organismes polymorphes mais principalement coccoïdes, colorés en rouge-orange ou en vert.
L'isolement en cultures cellulaires fait appel aux cellules CHSE-214 = ATCC CRL 1681. Aucun antibiotique ne doit être utilisé ni pour les cultures cellulaires ni pour la préparation des échantillons. Le prélèvement est constitué par les reins qui peuvent être réfrigérés à + 4 °C mais pas congelés. Une broyât tissulaire (dilutions finales 10-2 et 10-3) est inoculé aux cultures cellulaires qui sont ensuite incubées durant 28 jours à une température comprise entre 15 et 18 °C. L'effet cytopathique se traduit par des amas de cellules arrondis et, si l'incubation est prolongée, le tapis cellulaire est entièrement détruit.
Piscirickettsia salmonis peut être confondue avec Neorickettsia helminthoeca.
Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie médicale
In vitro, la multiplication est inhibée par de nombreux antibiotiques (gentamicine, streptomycine, érythromycine, clarithromycine, rifampicine, tétracycline, doxycycline, fluméquine, acide oxolinique, chloramphénicol), par contre la pénicilline, la spectinomycine ou l'amphotéricine B ne sont pas ou peu efficaces.
Aucun vaccin n'est actuellement commercialisé mais, expérimentalement, un vaccin constitué de bactéries inactivées par le formol, administré par voie intrapéritonéale à des saumons coho, confère une protection.
Orientation bibliographique
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* Quelques lignées cellulaires dérivées de poissons et permettant la multiplication de Piscirickettsia salmonis :
** : Préparation de la solution d'acridine orange :
Acridine orange en poudre : 20 mg.
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