J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 25 janvier 2000

 

PSEUDOMONAS PLECOGLOSSICIDA

 

Voir aussi le fichier : ¤ Pseudomonadales, Pseudomonadaceae, Pseudomonas.

 

Systématique

 

La nomenclature de Pseudomonas plecoglossicida a été validement publiée en janvier 2000, par Nishimori et al., pour des bactéries présentant des caractères phénotypiques proches des Pseudomonas sp. et isolées de ayus ou poissons parfumés (Plecoglossus altivelis*) élevés au Japon. Les animaux infectés présentent une ascite hémorragique et la bactérie avait été appelée BHA pour "Bacterial Haemorrhagic Ascites".

Les hybridations ADN - ADN montrent que les souches BHA forment un groupe homogène. L'analyse de la séquence des ARNr 16S (deux souches étudiées) permet de les placer dans le groupe d'homologie I de Palleroni et al. qui correspond aux Pseudomonas sensu stricto. L'espèce phylogénétiquement la plus proche est Pseudomonas putida dont l'ARNr 16S de la souche type présente 98,6 p. cent d'homologie avec l'ARNr 16S de la souche FPC 951 (= ATCC 700383) qui sera désignée comme la souche type de Pseudomonas plecoglossicida.
Les hybridations ADN - ADN, effectuées entre deux souches BHA et six souches de Pseudomonas putida, révèlent un pourcentage d'homologie inférieur à 48 ce qui montre que les souches BHA forment une espèce distincte de Pseudomonas putida.
Sur le plan phénotypique, les souches BHA sont proches de Pseudomonas putida mais elles s'en distinguent par quelques caractères (voir le paragraphe consacré aux caractères bactériologiques).
Compte tenu de l'ensemble des caractères phénotypiques et génomiques, les auteurs proposent l'appellation de Pseudomonas plecoglossicida pour les souches BHA.

 

Caractères bactériologiques

 

Les six souches de Pseudomonas plecoglossicida incluses dans l'étude de Nishimori et al., se présentent sous la forme de bacilles à Gram négatif, de 0,5 à 1,0 µm de diamètre sur 2,5 à 4,5 µm de longueur, mobiles grâce à une ciliature lophotriche (mais, parfois, les cellules ne possèdent qu'un seul flagelle ou sont même dépourvues de flagelle), aérobies strictes, à métabolisme respiratoire, catalase positive, oxydase positive, réduisant les nitrates en nitrites mais ne réduisant pas les nitrites jusqu'au stade azote.

Une réponse positive est obtenue pour les tests production de pyoverdine (réaction faiblement positive), ADH, assimilation du caprate, du succinate, du citrate, de la L-alanine, de la bêta-alanine, de la L-arginine, du L-aspartate, du n-butanol, de la L-citrulline, du D-fructose, de la L-histidine, de l'éthanol, du gluconate, de la glycine, du 2-céto-gluconate, du glucose, du L-glutamate, de la L-leucine, de la L-lysine, du D-malate, de la L-ornithine, du phényl acétate, de la phénylalanine, du propylène glycol, de la L-tyrosine et de la L-valine.

Un résultat négatif est noté pour l'accumulation de granules de poly-bêta-hydroxybutyrate, l'hydrolyse de la gélatine, l'hydrolyse de l'amidon, l'hydrolyse du Tween 80, la production de lécithinase, la production d'une ornithine décarboxylase et d'une lysine décarboxylase, la formation de lévane à partir du saccharose, l'assimilation de l'adipate, de l'adonitol, de l'amidon, de l'anthranilate, du L-arabinose, du cellobiose, de l'érythritol, du D-galactose, du m-inositol, de l'inuline, du lactose, du maltose, du mannitol, du D-mannose, du nicotinate, du L-rhamnose, du saccharose, du sorbitol, du D-(-)-tartrate, du L-(+)-tartrate, du m-tartrate, de la testostérone, de la L-thréonine, du tréhalose, du L-tryptophane et du D-xylose.

En galerie API ZYM, le germe produit une phosphatase alcaline, une phosphatase acide, une estérase lipase (C8), une leucine arylamidase, une valine arylamidase, une benzoyl-DL-arginine-2-naphtylamide peptidase (activité trypsine-like) et une naphtol-AS-BI-phosphohydrolase. La réponse est négative pour les autres tests présents sur la galerie.
Après ensemencement sur une galerie API 20NE, la majorité des souches donne le code 1 1 4 0 4 5 7.

Sur gélose trypticase soja contenant 0,5 p. cent de NaCl, la culture est obtenue pour des températures variant de 10 à 30 °C et pour des pH compris entre 5 et 9. Après culture sur gélose trypticase soja au sang, les colonies sont hémolytiques. Sur le milieu de King B, la bactérie produit de faibles quantités de pyoverdine.

Les caractères permettant de différencier Pseudomonas plecoglossicida des autres espèces du genre Pseudomonas isolées chez les poissons sont donnés dans le tableau I.
Pseudomonas putida est phénotypiquement très proche de Pseudomonas plecoglossicida. Toutefois, Pseudomonas putida biovar A ne réduit pas les nitrates en nitrites et Pseudomonas putida biovar B cultive à + 4 °C et assimile l'anthranilate, le L-arabinose, le nicotinate, la testostérone et le L-tryptophane.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Pseudomonas plecoglossicida est pathogène pour des poissons d'élevage (Plecoglossus altivelis mais aussi Odonthestes bonariensis**).
Wakabayashi et al. (1996) ont consacré un article à ces infections, malheureusement, il est rédigé en japonais et seul le résumé est en anglais. Nakatsugawa et Iida (1996) rapportent également des cas d'infections, observés dans des élevages de Plecoglossus altivelis et dus à des Pseudomonas sp. proches de Pseudomonas plecoglossicida ou identiques à Pseudomonas plecoglossicida. L'article est également en japonais et seuls les tableaux et le résumé sont en anglais. Compte tenu de la langue utilisée dans ces articles, les informations données ci-dessous sont obligatoirement succinctes.

Les infections à Pseudomonas plecoglossicida se traduisent par un taux de mortalité élevé (taux de mortalité pouvant atteindre 30 p. cent en trois mois) et le signe le plus caractéristique de l'infection est une ascite hémorragique. Expérimentalement, l'infection est transmissible à des poissons sains et la bactérie peut être isolée des poissons inoculés.

Des bactériophages spécifiques de Pseudomonas plecoglossicida ont été isolés et leur administration par voie orale protège les poissons d'une infection expérimentale. La phagothérapie pourrait être une méthode permettant de contrôler l'infection dans les élevages contaminés.

 

Orientation bibliographique

 

NAKATSUGAWA (T.) et IIDA (Y.) : Pseudomonas sp. isolated from diseased ayu, Plecoglossus altivelis. Fish Pathology, 1996, 31, 221-227.

NISHIMORI (E.), KITA-TSUKAMOTO (K.) and WAKABAYASHI (H.): Pseudomonas plecoglossicida sp. nov., the causative agent of bacterial haemorrhagic ascites of ayu, Plecoglossus altivelis. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2000, 50, 83-89.

PARK (S.C.), SHIMAMURA (I.), FUKUNAGA (M.), MORI (K.I.) et (NAKAI (T.) : Isolation of bacteriophages specific to a fish pathogen, Pseudomonas plecoglossicida, as a candidate for disease control. Appl. Environ. Microbiol., 2000, 66, 1416-1422.

WAKABAYASHI (H.), SAWADA (K.), NINOMIYA (K.) et NISHIMORI (E.) : Bacterial hemorrhagic ascites of ayu caused by Pseudomonas sp. Fish Pathology, 1996, 31, 239-240.

 

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* Le ayu : Plecoglossus altivelis (ordre des Salmoniformes, sous-ordre Salmonoïdés, famille des Plecoglossidés) :
(Extrait de "La pêche en eau douce à Taiwan" : http://www.gio.gov.tw/info/nation/fr/fcr97/6/p34.html)

Le Plecoglossus altivelis, joliment surnommé le "roi des rivières limpides", est un poisson dont la chair est très appréciée à Taiwan, en Corée et au Japon. Appelé en chinois le "poisson parfumé", il s’en va pondre en aval des cours d’eau à l’automne et à l’hiver. Au printemps et en été, il remonte les rivières à la recherche de nourriture, étant principalement consommateur de plantes aquatiques. Le Plecoglossus altivelis dégage un parfum particulier qui rappelle étrangement l’odeur de la pastèque, caractéristique qui le distingue de tous les autres poissons. Ce n’est pas une espèce qui se laisse facilement prendre au piège. Il peut arriver au pêcheur malchanceux d’en apercevoir tout un banc sans parvenir à en capturer un seul spécimen ! La solution consiste à se rendre au bord de la rivière Tahan, dans la région du grand Taïpei, qui constitue son principal habitat, et à se servir de préférence d’appâts faits de pain de mie. Les poissons parfumés originaires de Taiwan ont disparu depuis longtemps. Ceux que l’on trouve aujourd’hui dans les zones de retenue d’eau et les rivières ont été introduits du Japon. Se développant désormais naturellement, ils sont un exemple de restauration réussie d’une espèce.

Pour une photographie de ce poisson voir : http://www.kunsan.ac.kr/service/fishes/fish35.html

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** Cette espèce de poissons est inconnue de l'auteur. Elle est décrite sur des sites Internet rédigés en japonais. Pour une photographie de Odonthestes bonariensis voir : http://www.agri.pref.kanagawa.jp/suisoken/naisui/fishfile/pejerrey.htm

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