J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 06 septembre 2004

 

RAOULTELLA

 

Autres dénominations:
. Raoultella ornithinolytica : Klebsiella ornithinolytica.
. Raoultella planticola : Klebsiella planticola.
. Raoultella terrigena : Klebsiella terrigena.

Note : Raoultella planticola (basonyme Klebsiella planticola) inclut les souches préalablement connues sous le nom de Klebsiella trevisanii.

 

. Voir aussi le fichier ¤ Klebsiella.

 

Le 16 mai 2001, Drancourt et al. publient les résultats d'une analyse phylogénétique (séquences des ARNr 16S, séquences des gènes rpoB codant pour la sous-unité bêta de l'ARN polymérase) réalisée sur les souches types des espèces du genre Klebsiella. Leurs résultats permettent d'individualiser trois groupes au sein de ce genre. Le groupe I est constitué de Klebsiella pneumoniae, le groupe II rassemble les espèces Klebsiella ornithinolytica, Klebsiella planticola et Klebsiella terrigena et le groupe III est constitué de Klebsiella oxytoca.
. En se basant sur leurs résultats et sur les résultats obtenus par d'autres équipes (notamment sur des résultats d'hybridations ADN-ADN), Drancourt et al. valident la publication du genre Raoultella et des espèces Raoultella ornithinolytica, Raoultella planticola et Raoultella terrigena.
Selon P.A.D. Grimont le transfert de Klebsiella ornithinolytica, de Klebsiella planticola et de Klebsiella terrigena dans le genre Raoultella n'est pas confirmé par les analyses phylogénétiques reposant sur le gène rpoB (voir la note 264 dans "Taxonomic Outline of the Procaryotes. Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, Second Edition., Release 4.0., October 2003, Springer-Verlag, New York. 397 pages. DOI: 10.1007/bergeysoutline200310.").
. Les résultats de Drancourt et al. confirment les travaux réalisés par Gavini et al. montrant que Klebsiella trevisanii était un synonyme hétérotypique et ultérieur de Raoultella (Klebsiella planticola).
. Drancourt et al. notent une étroite parenté entre Raoultella ornithinolytica et Raoultella planticola. Ce résultat a été confirmé par une étude ultérieure et Boye et Hansen estiment que la distinction entre ces deux espèces n'est pas justifiée.
. Raoultella terrigena occupe une position marginale par rapport aux autres Raoultella et pour Drancourt et al. et Boye et Hansen, le statut taxonomique de cette espèce mériterait d'être confirmé.

Le genre Raoultella présente les caractères généraux de la famille des Enterobacteriaceae*. Il rassemble des bacilles à Gram négatif, immobiles, capsulés, aéro-anaérobies, ayant un métabolisme oxydatif et fermentatif, fermentant le glucose avec production de gaz, oxydase négative, catalase positive, ADH négative et donnant une réponse positive aux tests VP et LDC. La plupart des souches assimilent le citrate et le glucose.
Les espèces du genre Raoultella cultivent à 10 °C et elles assimilent le L-sorbose ce qui permet des les distinguer des Klebsiella sp. si on fait exception de Klebsiella oxytoca.
Le recours à des techniques conventionnelles ne permet pas toujours d'assurer un diagnostic. Les souches de Raoultella planticola peuvent être identifiées comme des souches de Klebsiella pneumoniae subsp. pneumoniae ou des souches de Klebsiella oxytoca et les souches de Raoultella terrigena peuvent confondues avec des souches de Klebsiella pneumoniae subsp. pneumoniae. Quelques caractères permettant de différencier les espèces des genres Raoultella et Klebsiella sont donnés dans le tableau I et dans le tableau II.
En août 2004, la revue Journal of Clinical Microbiology a publié une étude réalisée par trois laboratoires de référence européens. Les auteurs de cette étude conseillent l'utilisation de 18 tests pour réaliser le diagnostic différentiel des Raoultella sp., des Klebsiella sp. et des bactéries phénotypiquement proches. Malheureusement, les techniques utilisées sont peu adaptées aux exigences d'un simple laboratoire de diagnostic. Toutefois, les résultats de cette étude sont présentés dans le tableau III.

Les espèces du genre Raoultella ont pour principal habitat les plantes, le sol et l'eau. Chez l'homme, elles peuvent se comporter comme des bactéries pathogènes opportunistes et Raoultella planticola et Raoultella terrigena sont isolées de divers prélèvements cliniques.
Lors d'un diagnostic de routine, les Raoultella sp. peuvent être confondues avec des Klebsiella sp. ce qui explique, peut-être, qu'aucun cas d'infection animale à Raoultella sp. n'a été publié (du moins à la connaissance de l'auteur).

L'importance du genre Raoultella en médecine vétérinaire est liée au fait que Raoultella ornithinolytica et Raoultella planticola possèdent le gène hdc (codant pour une histidine décarboxylase) et qu'elles peuvent être responsables d'intoxications à l'histamine (histamine poisoning). Klebsiella terrigena est capable d'assimiler l'histamine, mais une production d'histamine n'a pas été mise en évidence. Il est intéressant de remarquer que les souches de Klebsiella oxytoca et de Klebsiella pneumoniae subsp. pneumoniae, décrites comme productrices d'histamine, appartiennent en fait aux espèces Raoultella ornithinolytica ou Raoultella planticola.
Historiquement, les intoxications a l'histamine avaient été observées après l'ingestion de poissons de la famille des Scombridae (thon, germon, bonite, maquereau) ou de la famille des Scomberesocidae (balaou, scombérésoce) d'où l'appellation anglaise de "scombroid fish poisoning". Cette appellation est en fait mal choisie car de nombreuses espèces de poissons, appartenant à au moins 11 familles différentes, peuvent provoquer des intoxications histaminiques et celles-ci sont également observées après l'ingestion de fromages. Lors d'intoxications à l'histamine, on peut observer une diarrhée non sanglante et souvent brève, des céphalées, des signes cutanés (eczéma, urticaire, angio-œdème), des douleurs abdominales, un malaise général, des nausées, des vomissements, des palpitations et des vertiges. La confirmation du diagnostic n'est possible que par le dosage de l'histamine dans les aliments suspects (les dosages d'histamine sur le sang ou l'urine des malades sont souvent négatifs car l'histamine est rapidement métabolisée). En pratique le diagnostic est orienté par l'apparition de signes cliniques consécutifs à la consommation d'un poisson connu pour être responsable d'intoxications histaminiques. Ces poissons sont souvent conservés et/ou préparés dans des conditions d'hygiène défectueuse ce qui permet la contamination des muscles par des bactéries d'origine digestive et productrices d'une histidine décarboxylase. Un facteur aggravant est lié aux défauts de la chaîne du froid permettant une multiplication bactérienne importante et favorisant la production d'histamine.

 

Orientation bibliographique

 

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* : Caractères bactériologiques de la famille des Enterobacteriaceae : voir le fichier Enterobacteriaceae, "Enterobacteriales".

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