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Créé le 11 février 2004
RENIBACTERIUM, RENIBACTERIUM SALMONINARUM
Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase).
Systématique
Renibacterium salmoninarum est responsable d'une maladie des salmonidés. La première description de la rénibactériose a été faite en Écosse en 1930 chez un saumon (Salmo salar) capturé dans la rivière Dee (d'où le nom de "Dee disease" parfois donné à la maladie). En 1935, une maladie similaire a été mise en évidence aux USA chez des truites d'élevage (Oncorhyncus mykiss). Dans les reins des saumons et des truites, il était possible de mettre en évidence des bacilles à Gram positif, souvent groupés en lettres chinoises, mais ne cultivant pas sur des milieux ordinaires ou sur des géloses au sang.
En 1980, Sanders et Fryer étudient quatre souches isolées de salmonidés atteints de rénibactériose. L'absence d'acide mycolique, l'étude de la paroi et la valeur du G + C p. cent permettent à ces auteurs de décrire un nouveau genre et une nouvelle espèce, Renibacterium salmoninarum.
L'analyse des oligonucléotides des ARNr 16S permettait de rapprocher Renibacterium salmoninarum du genre Arthrobacter. L'étude des séquences des ARNr 16S a permis de confirmer une parenté avec les Arthrobacter sp. et, en 1997, Stackebrandt et al. placent les genres Renibacterium et Arthrobacter dans la famille des Micrococcaceae (sous-ordre des Micrococcineae, ordre des Actinomycetales, sous-classe des ¤ Actinobacteridae, classe des ¤ Actinobacteria).
Caractères bactériologiques
Les souches de Renibacterium salmoninarum sont très homogènes en ce qui concerne leurs caractères bactériologiques. Outre les caractères du genre Renibacterium, Renibacterium salmoninarum est une bactérie oxydase négative, ne réduisant pas les nitrates et n’acidifiant pas les sucres. En utilisant une galerie API ZYM, la plupart des souches donnent une réponse positive aux tests phosphatase acide, phosphatase alcaline, estérase lipase (C8), alpha-mannosidase et trypsine. Une hydrolyse de la caséine, de l'ADN, de la gélatine et des Tween 20, 40, 60 et 80 est observée pour la majorité des souches.
La température optimale de croissance est comprise entre 15 et 18 °C, la culture est extrêmement lente à 5 ou à 22 °C et aucune culture n'est obtenue à 37 °C. La croissance nécessite de la cystéine et elle est toujours très lente : au moins 7 jours d'incubation lors des repiquages et plus de 14 jours à l’isolement (classiquement, la période d’incubation pour l’isolement est fixée à 8-12 semaines).
Habitat et pouvoir pathogène
Renibacterium salmoninarum est l’agent d’une maladie connue sous les noms de rénibactériose ou de maladie bactérienne des reins (bacterial kidney disease, BKD) ou de granulomatose nodulaire des reins.
Cette infection a été décrite exclusivement chez des espèces de la sous-famille des Salmoninae2 : (i) espèces du genre Salmo (Salmo clarki, Salmo gairdneri, Salmo salar, Salmo trutta) ; (ii) espèces du genre Salvelinus (Salvelinus fontinalis, Salvelinus namaycush, Salvelinus pluvius) et (iii) espèces du genre Oncorhynchus (Oncorhynchus gorbuscha, Oncorhynchus keta, Oncorhynchus kisutch, Oncorhynchus masou, Oncorhynchus mykiss, Oncorhynchus nerka, Oncorhynchus tshawytscha).
La rénibactériose est observée chez les animaux sauvages ou les animaux d'élevage et sa répartition géographique est mondiale à l'exception de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. La rénibactériose est à l’origine de pertes économiques importantes dans les élevages, notamment en Amérique du Sud, au Canada, au Japon, en Europe (Allemagne, Espagne, France, Islande, Italie, Norvège, Royaume Uni, Suède, Yougoslavie) et aux USA.
Compte tenu des difficultés de croissance et d'isolement, l'habitat de Renibacterium salmoninarum est mal connu.
Le seul réservoir identifié est constitué par les poissons malades ou porteurs sains (certains auteurs considèrent que Renibacterium salmoninarum est un hôte normal du tube digestif). La transmission s'effectue sur un mode horizontal ou vertical.
La période d'incubation est longue (plusieurs mois voire années) et l'expression clinique de l'infection nécessite des conditions défavorables (troubles digestifs, malnutrition, surpeuplement, diminution brusque de la température de l’eau, smoltification3 chez les saumons...).
À l’autopsie, on observe des lésions nodulaires touchant principalement les reins, mais aussi le foie, la rate et le cœur. Les lésions peuvent atteindre le système nerveux central (méningo-encéphalite nodulaire et pyogène) et, dans certains cas, seules des lésions nerveuses sont visibles. L'examen anatomopathologique révèle la présence de lésions de glomérulonéphrite à complexes immuns (hypersensibilité de type III).
Facteurs de pathogénicité
Renibacterium salmoninarum est un parasite intracellulaire facultatif. Dans les quelques minutes suivant une administration expérimentale, Renibacterium salmoninarum est phagocyté par les macrophages, mais la phagocytose n'est pas suivie d'une destruction et la bactérie peut même se multiplier dans le cytoplasme. La survie et la multiplication de Renibacterium salmoninarum dans les macrophages est stimulée par des facteurs opsonisants présents dans le sérum normal et par les anticorps spécifiques. Cette résistance à la phagocytose fait intervenir trois étapes.
Plusieurs facteurs susceptibles d’intervenir dans la virulence ont été décrits : hydrophobicité de la surface cellulaire, systèmes d'acquisition du fer, synthèse d'une hémagglutinine, synthèse d'une hémolysine, synthèse d'une métalloprotéase, synthèse de protéases, libération de protéines extracellulaires, synthèse d'un facteur toxique pour le derme.
Une protéine de 57 kDa (également appelée protéine p57 ou antigène F), présente chez toutes les souches, constitue l'antigène majeur de la surface cellulaire. Cette protéine est codée par le gène msa dont il existe deux copies identiques (msa1 et msa2) qui sont toutes deux exprimées.
Une autre protéine de surface, la protéine de 22 kDa, participe également à l'inhibition de la réponse humorale.
Diagnostic bactériologique
Une simple coloration de Gram effectuée sur les tissus ne permet pas d'assurer le diagnostic car il y a un risque de confusion avec ¤ Carnobacterium maltaromaticum.
Le diagnostic bactériologique par culture et identification du germe est difficile.
Pour des enquêtes épidémiologiques, il peut être utile de différencier les souches de Renibacterium salmoninarum. En dépit d'une homogénéité des caractères bactériologiques et antigéniques, les souches peuvent être distinguées les unes des autres à condition d'utiliser conjointement plusieurs techniques : RAPD (random amplified polymorphic DNA), RFLP (restriction fragment length polymorphism.), séquençage de l'espace intergénique ARNr 16S-ARNr 23S, séquençage de l'espace intergénique ARNr 23S-ARNr 5S, séquençage de l'espace intergénique situé entre les gènes codant pour les ARNt... Les difficultés du diagnostic classique ont conduit à développer des techniques alternatives.
Les techniques immunologiques caractérisent des antigènes (principalement la protéine p57) dans les tissus infectés ou dans des extraits tissulaires par co-agglutination, par immunofluorescence directe ou indirecte, par immuno-enzymologie, par Western blot et par immunohistochimie. Des réactions antigéniques croisées ont été observées avec ¤ Carnobacterium maltaromaticum, ¤ Brevibacterium linens, ¤ Rothia dentocariosa, ¤ Bacillus sphaericus, Arthrobacter globiformis et des espèces des genres Lactobacillus, Mycobacterium ou Pseudomonas. L'utilisation d'anticorps monoclonaux permet de pallier ce manque de spécificité.
Des sondes d'ADN et surtout des techniques de PCR (amplification de 501 paires de bases des gènes msa ou amplification de 376 paires de bases des gènes msa ou PCR emboîtée amplifiant une séquence de 320 paires de bases des gènes msa ou PCR emboîtée amplifiant une séquence de l'ADNr 16S ou amplification d'une séquence spécifique de 149 paires de bases) permettent de caractériser Renibacterium salmoninarum directement dans les tissus infectés. La PCR (amplification d'une séquence des gènes msa) est même capable de détecter deux cellules de Renibacterium salmoninarum dans les œufs contaminés.
Sensibilité aux antibiotiques
Les antibiogrammes peuvent être réalisés sur une gélose de Mueller-Hinton contenant 0,1 p. cent de chlorhydrate de L-cystéine. En dépit des difficultés d'interprétation, il semble que le germe soit sensible à la bacitracine, au chloramphénicol, à l’érythromycine, à la spiramycine, à la novobiocine, à la streptomycine et aux sulfamides. In vivo, les antibiotiques les plus utilisés sont les sulfamides, la clindamycine et l’érythromycine. Les traitements sont peu efficaces, ils doivent être prolongés durant 10 à 20 jours et il n’est pas rare d’observer des rechutes après cessation de l’antibiothérapie.
Prophylaxie
Prophylaxie médicale
L'utilisation de vaccins inactivés et adjuvés conduit à la synthèse d'anticorps mais la protection conférée est faible ou nulle. La présence de protéine p57 dans ces vaccins pourrait avoir un effet immunodépresseur et une réponse humorale peut s'avérer néfaste en favorisant la formation et le dépôt de complexes immuns dans les reins.
L’injection d’antibiotiques (érythromycine, pénicilline G, oxytétracycline, céphradine, rifampicine) aux femelles permet de lutter contre la transmission verticale.
Prophylaxie sanitaire En l'absence de vaccins commercialisés, la prophylaxie est avant tout sanitaire : respecter les règles d'hygiène, séparer les animaux en fonction de leur âge, éviter tout contact avec les autres élevages, éviter d'implanter les élevages à proximité de rivières où vivent des salmonidés, dépister et éliminer les femelles infectées pour abolir la transmission verticale. Lorsqu'un élevage infecté est alimenté par une eau peu susceptible d'être contaminée (par exemple une eau de source), il est possible de procéder à une élimination des animaux, à la désinfection des installations et au repeuplement à partir d'animaux sains.
Orientation bibliographique
Remarque : De nombreuses publications ont été écrites par des auteurs scandinaves dont les patronymes comportent de nombreux signes diacritiques impossibles à reproduire avec le logiciel utilisé par l'auteur. De tels signes diacritiques ont donc été omis dans certaines des références citées ci-dessous. ALEXANDER (S.M.), GRAYSON (T.H.), CHAMBERS (E.M.), COOPER (L.F.), BARKER (G.A.) et GILPIN (M.L.) : Variation in the spacer regions separating tRNA genes in Renibacterium salmoninarum distinguishes recent clinical isolates from the same location. J. Clin. Microbiol., 2001, 39, 119-128. ARMSTRONG (R.D.), MARTIN (S.W.), EVELYN (T.P.T.), HICKS (B.), DORWARD (W.D.) et FERGUSON (H.W.) : A field evaluation of an indirect fluorescent antibody based broodstock screening test used to control the vertical transmission of Renibacterium salmoninarum in chinook salmon (Oncorhynchus tshawytscha). Can. J. Vet. Res., 1989, 53, 385-389. 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Note 1 : Principaux milieux non sélectifs utilisés pour la culture de Renibacterium salmoninarum Gélose au sang et à la cystéine (composition pour 1 litre)
Tryptone : 10 g
Gélose au sérum et à la cystéine (composition pour 1 litre)
Tryptone : 10 g
Milieu KDM-2, Kidney Disease Medium (composition pour 1 litre)
Peptone : 10 g
Milieu KDM-2 au charbon actif, Kidney Disease Medium Charcoal ou KDMC Remplacer le sérum de veau fœtal du milieu KDM-2 par 1 g de charbon actif.
Note 2 : La sous-famille des Salmoninae La famille des Salmonidae (ordre des Salmoniformes) est constituée de trois sous-familles : Coregoninae, Thymallinae et Salmoninae. Cette dernière sous-famille rassemble les genres Acantholingua, Brachymystax, Hucho, Oncorhynchus, Salmo, Salmothymus, Salvelinus et Salvethymus. La rénibacteriose n'a été observée que chez des espèces des genres Oncorhynchus, Salmo et Salvelinus.
Le terme de smoltification désigne les modifications physiologiques et morphologiques survenant chez les jeunes saumons vivant en eau douce et leur permettant d'aller vivre en eau de mer. Définition extraite du Glossaire Aquacole (Le Gouessant Aquaculture).
Note 4 : Milieux sélectifs, Selective Kidney Disease Medium (SKDM) 1) Ajouter au milieu KDM-2 50 mg de cycloheximide, 12,5 mg de D-cyclosérine, 2,5 mg d'acide oxolinique et 25 mg de polymyxine B. 2) Ajouter au milieu KDM-2 20 mg d'amphotéricine, 4 mg de furazolidone et 15 mg de polymyxine B. La composition du milieu KDM-2 est donnée dans la note 1.
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