J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

home

Créé le 30 avril 2001
Dernière mise à jour le 29 novembre 2002

 

RICKETTSIA FELIS

 

Autre dénomination : ELB agent.

 

Voir aussi le fichier Rickettsia.

 

En 1990, des bactéries semblables à des rickettsies ont été mises en évidence par microscopie électronique chez la puce du chat (Ctenocephalides felis). Ces bactéries mesurent de 0,25 à 0,45 µm de diamètre sur 1,5 µm de longueur et elles sont visibles dans les cellules épithéliales de l'intestin moyen, dans la trachée, dans les muscles, dans les cellules de l'hypoderme et dans les cellules des organes de la reproduction.

Ces micro-organismes ont d'abord été désignés sous le nom de "ELB agent" car ils avaient été identifiés chez des puces provenant du EL Laboratory (Soquel, Californie). En 1996, Higgins et al. proposent la dénomination de "Rickettsia felis" pour l'agent ELB mais cette nomenclature, largement utilisée dans la littérature scientifique, n'a été validée que le 16 mars 2001.
Compte tenu des difficultés de culture, l'étude taxonomique de Rickettsia felis a été difficile. Aussi, comme pour d'autres espèces de l'ordre des Rickettsiales telles que ¤ Ehrlichia ewingii et Rickettsia peacockii, la caractérisation de cette espèce a fait appel à des techniques génétiques.

En dépit de communautés antigéniques avec Rickettsia typhi, les études génétiques (analyse des gènes codant pour la citrate synthétase, pour la protéine de 17 kDa, pour l'ARNr 16S, pour la protéine rOmpB…) montrent que Rickettsia felis appartient aux rickettsies du groupe boutonneux ce qui a été confirmé par la mise en évidence du gène rompA. L'étude de la séquence des ARNr 16S indique que Rickettsia felis est phylogénétiquement apparentée à Rickettsia akari et à Rickettsia australis et l'étude de la protéine rOmpA indique une parenté avec Rickettsia australis.
Rickettsia felis peut être cultivée sur cellules Vero ou, de manière encore plus efficace, sur cellules XTC-2 (lignée cellulaire obtenue à partir de Xenopus laevis) à condition de maintenir les cultures à une température de 28 °C (une culture peu abondante est également obtenue à 32 °C à condition d'utiliser des cellules Vero). En revanche, aucune culture stable n'est obtenue en utilisant des cellules MRC-5, L-929 ou des fibroblastes de poumons d'embryons humains. À l'isolement, la culture nécessite une durée d'incubation de 14 jours puis, lors des repiquages, Rickettsia felis peut être détectée en six jours. L'examen au microscope électronique des cellules infectées montre que le germe n'est présent que dans le cytoplasme et qu'il ne provoque pas une polymérisation de l'actine..

La présence de Rickettsia felis chez des puces prélevées sur des opossums vivant dans la région de Los Angeles a stimulé les recherches car dans le sud est de la Californie il subsiste des foyers de typhus murin (dû à Rickettsia typhi). Pour comprendre le rôle éventuel de Rickettsia felis dans le typhus murin ou dans des infections cliniquement proches, des enquêtes ont été conduites dans le sud est du Texas où le typhus murin est également endémique. Une recherche par PCR, effectuée chez des puces du chat prélevées chez des opossums, a montré que 3,8 p. cent de ces arthropodes étaient infectés par Rickettsia felis.
D'autres études ont révélé que la répartition géographique de Rickettsia felis était large (au moins neuf états des USA, le Mexique, le Brésil, l'Ethiopie, la région de Marseille), que cette espèce était présente chez des puces isolées d'autres espèces animales que l'opossum (chiens et lynx), que des chats présentant un syndrome fébrile pouvaient être séropositifs et que d'autres puces comme Pulex irritans pouvaient être infectées.
Chez les puces, les infections à Rickettsia felis ne semblent pas avoir de répercussion sur l'état de santé et comme la bactérie se transmet par voie transovariale et transstadiale, ces arthropodes peuvent constituer un véritable réservoir de germes.
Rickettsia felis a été mis en évidence par PCR chez un patient vivant au Texas ainsi que chez deux mexicains et chez des brésiliens. Des études sérologiques ont identifié l'infection de l'homme en France. Chez l'homme, l'infection, parfois appelée pseudotyphus de Californie, se traduit par de la fièvre, un malaise général (céphalées, myalgies…) et un rash. En fonction de l'origine géographique des patients, elle peut être confondue avec d'autres rickettsioses tels que le typhus murin, la fièvre pouprée des montagnes rocheuses ou la fièvre boutonneuse méditerranéenne.

In vitro (cellules Vero), Rickettsia felis est sensible au chloramphénicol, à la doxycycline, à l'érythromycine et à la rifampicine. Les CMI les plus basses étant observées pour la doxycycline et à la rifampicine.

 

Orientation bibliographique

 

AZAD (A.F.), RADULOVIC (S.), HIGGINS (J.A.), NODEN (B.H.) et TROYER (J.M.) : Flea-borne rickettsioses: ecologic considerations. Emerg. Infect. Dis., 1997, 3, 319-327.

AZAD (A.F.), SACCI (J.B.), NELSON (W.M.), DASCH (G.A.), SCHMIDTMANN (E.T.) et CARL (M.) : Genetic characterization and transovarial transmission of a typhus-like rickettsia found in cat fleas. Proc. Natl. Acad. Sci. USA, 1992, 89, 43-46.

BOUYER (D.H.), STENOS (J.), CROCQUET-VALDES (P.), MORON (C.G.), POPOV (V.L.), ZAVALA-VELAZQUEZ (J.E.), FOIL (L.D.), STOTHARD (D.R.),. AZAD (A.F.) et WALKER (D.H.) : Rickettsia felis: molecular characterization of a new member of the spotted fever group. Int. J. Syst. Evol. Microbiol. 2001, 51, 339-347.

FOURNIER (P.E.) et RAOULT (D.) : Rickettsia. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Précis de bactériologie clinique, Editions ESKA, Paris, 2000, pp. 1613-1624.

HIGGINS (J.A.), RADULOVIC (S.), SCHRIEFER (M.E.) et AZAD (A.F.) : Rickettsia felis: a new species of pathogenic rickettsia isolated from cat fleas. J. Clin. Microbiol., 1996, 34, 671-674.

LA SCOLA (B.), MECONI (S.), FENOLLAR (F.), ROLAIN (J.M.), ROUX (V.) et RAOULT (D.) : Emended description of Rickettsia felis (Bouyer et al. 2001), a temperature-dependent cultured bacterium. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 2035-2041.

NODEN(B.H.), RADULOVIC (S.), HIGGINS (J.A.) et AZAD (A.F.) : Molecularidentification of Rickettsia typhi and R. felis in co-infected Ctenocephalides felis (Siphonaptera: Pulicidae). J. Med. Entomol., 1998, 35, 410-414.

RAOULT (D.), LA SCOLA (B.), ENEA (M.), FOURNIER (P.E.), ROUX (V.), FENOLLAR (F.), GALVAO (M.A.M.) et de LAMBALLERIE (X.) : A flea-associated rickettsia pathogenic for humans. Emerg. Infect. Dis., 2001, 7, 73-81.

RAOULT (D.) et ROUX (V.) : Rickettsioses as paradigms of new or emerging infectious dieseases. Clin. Microbiol. Rev., 1997, 10, 694-719.

RADULOVIC (S.), HIGGINS (J.A.), JAWORSKI (D.C.) et AZAD (A.F.) : In vitro and in vivo antibiotic susceptibilities of ELB rickettsiae. Antimicrob. Agent. Chemother., 1995, 39, 2564-2566.

RADULOVIC (S.), HIGGINS (J.A.), JAWORSKI (D.C.), DASCH (G.A.) et AZAD (A.F.) : Isolation, cultivation, and partial characterization of the ELB agent associated with cat fleas. Infect. Immun., 1995, 63, 4826-4829.

SCHRIEFER (M.E.), SACCI (J.B.), DUMLER (J.S.), BULLEN (M.G.) et AZAD (A.F.) : Identification of a novel rickettsial infection in a patient diagnosed with murine typhus. J. Clin. Microbiol., 1994, 32, 949-954.

WILLIAMS (S.G.), SACCI (J.B.), SCHRIEFER (M.E.), ANDERSEN (E.M.), FUJIOKA (K.K.), SORVILLO (F.J.), BARR (A.R.) et AZAD (A.F.) : Typhus and typhuslike rickettsiae associated with opossums and their fleas in Los Angeles County, California. J. Clin. Microbiol., 1992, 30, 1758-1762.

 

AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.