J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

home

Dernière mise à jour le 03 mai 1999

 

RIEMERELLA

 

Systématique

 

¤ Riemerella anatipestifer, espèce type du genre Riemerella, est responsable d’une maladie épizootique connue sous le nom de septicémie du canard ou de sérosite infectieuse aviaire. Cette infection a été décrite en 1904 par Riemer puis redécouverte 28 ans plus tard par Hendrickson et Hilbert qui isolent l’agent étiologique et l’appellent "Pfeifferella anatipestifer". Cette nomenclature a connu bien des vicissitudes. En 1954, Bruner et Fabricant, en raison de similitudes morphologiques, placent ce germe dans le genre Moraxella mais cette bactérie est décrite sous le nom de "Pasteurella anatipestifer" dans la 7ème édition du Bergey’s Manual of Determinative Bacteriology puis à nouveau sous le nom de "Pfeifferella anatipestifer" dans la 8ème édition du même ouvrage. En 1980, les Approved Lists of Bacterial Names ne retiennent pas la nomenclature du genre "Pfeifferella" et l’agent de la sérosite infectieuse aviaire y figure sous la dénomination de Moraxella anatipestifer.

Un début de solution aux problèmes taxonomiques est venu des travaux de Piechulla et al. qui, en se basant sur l’absence de flagelle, sur l’absence d’acidification des sucres, sur la production d’enzymes hydrolytiques, sur la valeur du G + C p. cent et sur la présence de ménaquinones et d’acides gras ramifiés, rapprochent cette bactérie du groupe Flavobacterium - Cytophaga. Ultérieurement, cette filiation a été confirmée par des études d’hybridation ADN - ARNr.

En 1993, en tenant compte des résultats antérieurs et des résultats d’une étude combinée portant sur les caractères génotypiques (détermination du G + C p. cent, hybridation ADN - ARNr) et sur les caractères phénotypiques (analyse électrophorétique des protéines, analyse des acides gras), Segers et al. montrent que ce micro-organisme doit être placé dans un genre distinct de la superfamille V pour lequel ils proposent la nomenclature de Riemerella. Les travaux de Bernardet et al. ont montré que le genre Riemerella appartient à la famille des ¤ Flavobacteriaceae et qu'il est phylogénétiquement proche des genres Chryseobacterium et ¤ Bergeyella.

En 1999, Vancanneyt et al. décrivent une nouvelle espèce du genre Riemerella (¤ Riemerella columbina) et Vandamme et al. placent dans le genre ¤ Coenonia des souches préalablement connues sous le nom de "Riemerella anatipestifer-like taxon 1502".

 

Caractères bactériologiques

 

Les bactéries du genre Riemerella sont des bacilles à Gram négatif, de 0,2 à 0,5 mm de diamètre sur 1,0 à 2,5 mm de longueur, immobiles, non sporulés, oxydase positive, catalase positive.

Sauf indications contraires, les caractères bactériologiques présentés ci-dessous sont obtenus en utilisant des galeries API 20NE, API ZYM et API ID32E.

Une réponse positive est obtenue pour les tests gélatinase (gélose nutritive "Merck standard I nutrient agar" contenant 0,4 p. cent de gélatine "Serva"), alpha-glucosidase, alpha-maltosidase, phosphatase alcaline, phosphatase acide, estérase lipase (C8), estérase (C4), naphtol-AS-BI-phosphohydrolase, leucine arylamidase, valine arylamidase, cystine arylamidase, L-acide aspartique arylamidase.

Une réponse négative est notée pour les tests réduction des nitrates ("nitrate broth Merck"), ODC (technique de Møller), LDC (technique de Møller), N-acétyl-bêta-glucosaminidase, bêta-galactosidase, bêta-glucuronidase, alpha-mannosidase, alpha-fucosidase, acidification (quelle que soit la technique utilisée) du lactose, du D-galactose, de la N-acétyl-D-glucosamine, du lactulose, du tréhalose, du saccharose, du D-mannitol, du L-arabinose, du myo-inositol, du D-sorbitol, du D-xylose, du dulcitol, de la salicine et de l'adonitol.
En galerie API 20NE, le D-glucose, le L-arabinose, le D-mannose, le D-mannitol, la N-acétylglucosamine, le maltose, le D-gluconate, le caprate, l'adipate, le L-malate, le citrate et le phényl-acétate ne sont pas assimilés.
En galerie API ID32E, le D-arabitol, le L-arabitol, le galacturonate, le 5-céto-gluconate, le rouge de phénol, le D-mannitol, le maltose, l'adonitol, le palatinose, le saccharose, le L-arabinose, le tréhalose, le rhamnose, l'inositol, le sorbitol et le cellobiose ne sont pas acidifiés.

Un caractère variable selon les souches est observé pour les tests VP (caractère généralement positif lorsqu'il est recherché selon une technique classique en tube), uréase ("Christensen urea agar Merck"), chymotrypsine, trypsine, ADH (technique de Møller), indole, hydrolyse de l'esculine et l'acidification du glucose en eau peptonée (caractère généralement négatif).
En utilisant une galerie API ID32E, la bêta-glucosidase, l'alpha-galactosidase et la lipase peuvent être positives alors que ces caractères sont négatifs en galerie API ZYM.
En étudiant l'acidification des sucres dans le milieu BBS* (Buffered Single Substrate), une réponse positive est parfois notée pour le D-glucose, le maltose, le D-mannose ou la dextrine et une réponse faiblement positive peut être obtenue pour le D-fructose, le L-sorbose et le tréhalose.

Toutes les souches cultivent dans une atmosphère micro-aérophile**, la plupart cultive en aérobiose sur gélose au sang et certaines souches sont capables de croître en anaérobiose à 37 °C. Aucune culture n'est obtenue sur gélose de MacConkey mais certaines souches de ¤ Riemerella anatipestifer poussent sur LL Agar***. Sur gélose Columbia contenant 7 p. cent de sang de mouton défibriné et incubée dans une atmosphère micro-aérophile, les colonies sont lisses et elles peuvent être hémolytiques. Les colonies de ¤ Riemerella anatipestifer sont non pigmentées alors que, les colonies de ¤ Riemerella columbina prennent une coloration allant du gris/blanc au beige.

Les caractères permettant de distinguer ¤ Riemerella anatipestifer de ¤ Riemerella columbina figurent dans le tableau I.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les Riemerella sp. sont principalement isolées d'oiseaux malades et parfois du porc. Chez les oiseaux domestiques ou sauvages, ces bactéries provoquent des infections respiratoires et des septicémies.

 

Orientation bibliographique

 

BREED (R.S., MURRAY (E.G.D.) et SMITH (N.R.) : Bergey’s Manual of Determinative Bacteriology, 7ème édition, 1094 pages, The Williams and Wilkins Compagny, Baltimore, 1957.

BRUNER (D.W.) et FABRICANT (J.) : A strain of Moraxella anatipestifer (Pfeifferella anatipestifer) isolated from ducks. Cornell Vet., 1954, 44, 461-464.

HENDRICKSON (J.M.) et HILBERT (K.F.) : A new and serious septicemic disease of young ducks with a description of the causative organism, Pfeifferella anatipestifer, N. S. Cornell Vet., 1932, 22, 239-252.

HINZ (K.H.), RYLL (M.), KÖHLER (B.) et GLÜNDER (G.) : Phenotypic characteristics of Riemerella anatipestifer and similar micro-organisms from various hosts. Avian Pathol., 1998, 27, 33-42.

PIECHULA (K.), POHL (S.) et MANNHEIM (W.) : Phenotypic and genetic relationships of so-called Moraxella (Pasteurella) anatipestifer to the Flavobacterium/Cytophaga group. Vet. Microbiol., 1986, 11, 261-270.

ROSSAU (R.), VAN LANDSCHOOT (A.), GILLIS (M.) et DE LEY (J.) : Taxonomy of Moraxellaceae fam. nov., a new bacterial family to accomodate the genera Moraxella, Acinetobacter, and Psychrobacter and related organisms. Int. J. Syst. Bacteriol., 1991, 41, 310-319.

SEGERS (P.), MANNHEIM (W.), VANCANNEYT (M.), DE BRANDT (K.), HINZ (K.H.), KERSTERS (K.) et VANDAMME (P.) : Riemerella anatipestifer gen. nov., comb. nov., the causative agent of septicemia anserum exsudativa, and its phylogenic affiliation within the Flavobacterium - Cytophaga rRNA homolgy group. Int. J. Syst. Bacteriol., 1993, 43, 768-776.

SMITH (J.E.) : Genus Pasteurella Trevisan 1887. In : R.E. BUCHANAN et N.E. GIBBONS (éditeurs), Bergey’s Manual of Determinative Bacteriology, 8ème édition, The Williams and Wilkins Compagny, Baltimore, 1974, P. 370-373.

VANDAMME (P.), VANCANNEYT (M.), SEGERS (P.), RYLL (M.), KÖHLER (B.), LUDWIG (W.) and HINZ (K.H.): Coenonia anatina gen. nov., sp. nov., a novel bacterium associated with respiratory disease in ducks and geese. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 867-874.

 

AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : Recherche de l'acidification des sucres dans le milieu BSS (Buffered Single Substrate) :

La recherche de l'acidification des sucres nécessite l'utilisation de techniques particulières car l'acidification est souvent faible et, dans un milieu peptoné, elle est souvent masquée par l'alcalinisation résultant du métabolisme protéique.

La technique utilisée par Vancanneyt et al. (1999) est la suivante :
. Préparer une solution tampon (KH2PO4 : 0,1 p. cent ; K2HPO4 : 0,1 p. cent ; NaCl : 0,5 p. cent ; pH : 7,6).
. Ajouter le sucre à étudier à la concentration de 2 p. cent et du rouge de phénol à la concentration finale de 1/50 000.
. Placer 0,5 mL de la solution tampon contenant le sucre et l'indicateur de pH dans un tube de 7 mm de diamètre.
. Mettre en suspension 400 mg de culture bactérienne dans 2 ml d'une solution de NaCl 0,15 M ; utiliser 100 mL de cette suspension pour ensemencer les tubes.
. Réaliser en parallèle 2 tubes témoins, l'un sans inoculum bactérien, l'autre sans sucre.
. Placer les tubes dans un bain marie à 37 °C et rechercher une acidification après 6 heures et 24 heures d'incubation.
. La réaction est notée faiblement positive si l'indicateur de pH vire à l'orange (pH compris entre 6,9 et 7,1) et positive si le rouge de phénol vire au jaune (pH inférieur ou égal à 6,8).

Retour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

** : Atmosphère micro-aérophile :

Incuber les milieux dans une atmosphère contenant 5 p. cent d'oxygène, 3,5 p. cent de gaz carbonique, 7,5 p. cent d'hydrogène et 84 p. cent d'azote.

Retour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*** : LL Agar (Litmus Lactose Agar) :

Agar : 10,0 g
Lactose : 10,0 g
Peptone de viande : 5,0 g
Extraits de viande de bœuf : 3,0 g
Teinture de tournesol : 1,0 g

Retour