J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 20 janvier 2009

 

ROBINSONIELLA, ROBINSONELLA PEORIENSIS

 

Voir aussi le fichier ¤ Lachnospiraceae.

 

Les élevages de porcs engendrent des quantités importantes d'excréments qui sont une source de nuisance, de pollution et parfois de conflits entre les éleveurs et leurs proches voisins.
Les excréments liquides, traités dans des fosses à lisier, dégagent une odeur désagréable et produisent de l'ammoniac éventuellement nocif pour l'homme et les animaux. L'émission d'odeurs nauséabondes et d'ammoniac est due au métabolisme bactérien et notamment à l'action de bactéries anaérobies strictes. Le brassage des lisiers permet une aération et donc une limitation du développement des micro-organismes anaérobies sans toutefois abolir totalement les nuisances.
Les bactéries présentes dans les lisiers de porcs sont mal connues. Whitehead et al. et Cotta et al. ont cependant caractérisé de nombreuses espèces dont des Clostridium spp., des ¤ Enterococcus spp., des Lactobacillus spp., des Sporomusa spp., des Staphylococcus spp., des Streptococcus spp., des bactéries apparentées aux ¤ Abiotrophia spp., des bactéries apparentées au groupe Acholeplasma-Anaeroplasma, ¤ Hespellia porcina, ¤ Hespellia stercorisuis, ¤ Bacteroides coprosuis et de nombreuses espèces encore innomées.

En 2003, Cotta et al. isolent de lisiers de porcs, cinq souches d'un bacille à Gram positif, anaérobie, sporulé et non identifié. La souche PPC31 a été déposée à la CCUG (Culture Collection, University of Göteborg, Sweden) pour des investigations complémentaires. Celles-ci ont montré que la souche PPC31 était biochimiquement et phylogénétiquement apparentée à la souche CCUG 52336, isolée d'une plaie profonde du talon chez une femme âgée de 79 ans.

Les séquences des ARNr 16S des six souches présentent au moins 99,4 p. cent de similitude. Les analyses phylogénétiques permettent de placer les six souches dans le groupe de Clostridium coccoides ou groupe XIVa  tel qu'il a été défini par Collins et al. Le genre Clostridium sensu stricto doit être restreint aux espèces du groupe I de Collins et al. et les espèces du groupe XIVa sont actuellement incluses dans la famille des ¤ Lachnospiraceae.
Les espèces les plus proches sont Blautia luti et Ruminococcus obeum qui n'est pas un authentique représentant du genre Ruminococcus et qui devrait être reclassés dans la famille des ¤ Lachnospiraceae. Toutefois les pourcentages d'homologie obtenus avec les souches types de ces deux espèces ne dépassent pas 95. Conformément aux recommandations de Stackebrandt et Goebel, de tels pourcentages permettent de proposer une nouvelle espèce au sein de la famille des ¤ Lachnospiraceae.
L'étude des caractères phénotypiques est difficile et la définition des genres de la famille des ¤ Lachnospiraceae est souvent succincte (par exemple, bacilles à Gram positif, anaérobies, capables de fermenter de nombreux sucres). Toutefois, la présence d'une spore, permet de différencier les souches isolées du porc de la majorité des genres inclus dans cette famille. Les caractères phénotypiques permettent également de séparer ces souches des espèces sporulées, encore dénommées Clostridium, et appartenant à la famille des ¤ Lachnospiraceae.
Aussi, Cotta et al. proposent la création du nouveau genre Robinsoniella et de la nouvelle espèce Robinsoniella peoriensis. Ces nomenclatures ont été validement publiées et janvier 2009.

Le genre Robinsoniella est constitué de cellules ovoïdes ou de courts bacilles non incurvés, à Gram positif, groupés par deux ou se présentant de manière isolée, sporulés, anaérobies, dépourvus de quinones respiratoires, fermentant les sucres en produisant de l'acétate et du succinate, ne produisant pas de butyrate et dont le peptidoglycane renferme de l'acide meso-diaminopimélique.

Les souches de Robinsoniella peoriensis présentent une spore subterminale et non déformante, elles sont immobiles, non indologènes, nitrate-réductase négative et uréase négative.
. En utilisant une galerie API Rapid ID 32 AN, une réponse positive est notée pour les tests N-acétyl-bêta-glucosaminidase, alpha-arabinosidase, alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, alpha-glucosidase, bêta-glucosidase, bêta-glucuronidase et alpha-fucosidase.
. L'emploi d'une galerie API ZYM permet d'obtenir une réponse positive pour les tests N-acétyl-bêta-glucosaminidase (réponse faiblement positive), phosphatase acide, estérase (réponse faiblement positive), estérase lipase, alpha-glucosidase, bêta-glucosidase (réponse faiblement positive), bêta-galactosidase, bêta-glucuronidase et naphtol-AS-BI-phosphohydrolase.
. Robinsoniella peoriensis fermente l'amidon,  l'amygdaline,  l'arabinose, le cellobiose, l'esculine, le fructose, le glucose, le lactose, le maltose, le raffinose, le tréhalose, le xylane et le xylose. La cellulose n'est pas utilisée.

Après 48 heures d'incubation à 37 °C dans une atmosphère anaérobie, les colonies, obtenues sur une gélose trypticase soja enrichie de 5 p. cent de sang défibriné de cheval, sont non hémolytiques et leur diamètre est compris entre 0,5 et 1,5 mm.

Les souches de Robinsoniella peoriensis ont été isolées de lisiers de porcs et une souche a été isolée, d'une plaie chez une femme. L'éventuel pouvoir pathogène de cette bactérie reste à préciser. Son habitat pourrait être l'intestin du porc et de l'homme.

 

Orientation bibliographique

 

COLLINS (M.D.), LAWSON (P.A.), WILLEMS (A.), CORDOBA (J.J.), FERNANDEZ-GARAYZABAL (J.), GARCIA (P.), CAI (J.), HIPPE (H.) et FARROW (J.A.E.) : The phylogeny of the genus Clostridium: proposal of five new genera and eleven new species combinations. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 812-826.

COTTA (M.A.), WHITEHEAD (T.R.) et ZELTWANGER (R.L.) : Isolation, characterization and comparison of bacteria from swine faeces and manure storage pits. Environ. Microbiol., 2003, 5, 737-745.

COTTA (M.A.), WHITEHEAD (T.R.), FALSEN (E.), MOORE (E.) et LAWSON (P.A.) : Robinsoniella peoriensis gen. nov., sp. nov., isolated from a swine-manure storage pit and a human clinical source. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2009, 59, 150-155.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

WHITEHEAD (T.R.) et COTTA (M.A.) : Characterisation and comparison of microbial populations in swine faeces and manure storage pits by 16S rDNA gene sequence analyses. Anaerobe, 2001, 7, 181-187.

WHITEHEAD (T.R.), COTTA (M.A.), COLLINS (M.D.), FALSEN (E.) et LAWSON (P.A.) : Bacteroides coprosuis sp. nov., isolated from swine-manure storage pits. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 2515-2518.

WHITEHEAD (T.R.), COTTA (M.A.), COLLINS (M.D.) et LAWSON (P.A.) : Hespellia stercorisuis gen. nov., sp. nov. and Hespellia porcina sp. nov., isolated from swine manure storage pits. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2004, 54, 241-245.

 

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* Sporulation

Le tableau 2 de la publication de Cotta et al. 2009, mentionne que les espèces du genre Lachnospira  sont sporulées. À la connaissance de l'auteur, les deux espèces du genre (Lachnospira multipara et Lachnospira pectinoschiza) rassemblent des bactéries non sporulées. En revanche, ce sont des bacilles de 2 à 4 µm de longueur et elles sont mobiles ce qui les différencie de Robinsoniella peoriensis.

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