|
||
|
Dernière mise à jour le 25 novembre 2004
STREPTOCOCCUS AGALACTIAE
Note : Streptococcus difficilis (corrig.) est un synonyme ultérieur et hétérotypique de Streptococcus agalactiae.
Systématique
Streptococcus agalactiae a été décrit dès 1887 par Nocard et Mollereau sous le nom de "Streptoccocus de la mammite" puis baptisée Streptococcus agalactiae par Lehmann et Neumann en 1896. Au sein de cette espèce, on connaît des souches d'origine humaine et des souches d'origine animale qui diffèrent entre elles par quelques caractères bactériologiques. Plusieurs auteurs ont essayé de séparer les diverses souches d'un point de vue taxonomique mais, les résultats des hybridations ADN - ADN ainsi que l'analyse des profils électrophorétiques des protéines* montrent que toutes les souches appartiennent bien à une unique espèce.
Streptococcus difficilis, isolé de poissons, a été décrit en 1994 par Eldar et al. et cette nomenclature a été validée en 1995. Les travaux de Vandamme et al. (1997) montrent que Streptococcus difficilis est un variant non hémolytique et adapté aux poissons de Streptococcus agalactiae. L’argumentation de Vandamme et al. repose sur les points suivants :
En se basant sur le séquençage des gènes gyrA, gyrB, sodA et parC, Kawamura et al. 2005 confirment les travaux de Vandamme et al. et ces auteur montrent que Streptococcus difficilis est un synonyme ultérieur et hétérotypique de Streptococcus agalactiae.
Caractères bactériologiques
Outre les caractères du genre Streptococcus, la principale caractéristique de Streptococcus agalactiae est de posséder l'antigène du groupe B de Lancefield. Toutefois, cet antigène n'est pas spécifique puisqu'il est également présent chez les souches de ¤ Streptococcus halichoeri. De plus, quelques rares souches de ¤ Streptococcus uberis, de ¤ Streptococcus porcinus et de ¤ Streptococcus canis sont capables de réagir avec un sérum spécifique anti-groupe B. Dans le cas de ¤ Streptococcus porcinus, cette réaction n'est observée qu'avec certains kits commerciaux (manque de spécificité des sérums ?) et, dans le cas de ¤ Streptococcus canis, il y a une réaction simultanée avec les sérums anti-groupe G et anti-groupe B résultant d'une communauté antigénique entre les antigènes de groupe**. La présence d'antigènes polysaccharidiques (Ia, Ib, II, III, IV, V, VI, VII et VIII) et d'antigènes protéiques (c, R et X) permet de définir des sérovars. L'antigène protéique c, préalablement désigné comme l'antigène Ic ou Ib/c, est en fait constitué de plusieurs constituants : un constituant résistant à la trypsine ou alpha, un constituant sensible à la trypsine ou bêta, un constituant gamma et un constituant delta. L'antigène R se présente sous des formes antigéniquement distinctes permettant de décrire l'antigène R1, R2, R3, R4, Rib, Ra. Les souches de Streptococcus agalactiae sont constituées de coques à Gram positif, parfois ovoïdes, de 0,6 à 1,2 mm de diamètre, formant de longues chaînes (sauf exception, les chaînes sont formées d'au moins 4 cellules) qui peuvent apparaître comme une succession de coques groupés par 2, immobiles, parfois capsulés, aéro-anaérobies, catalase négative, à métabolisme fermentatif (la fermentation des sucres conduit principalement à la formation d'acide lactique), ne résistant pas à un chauffage de 30 minutes à 60 °C. Un caractère positif est noté pour les tests hydrolyse de l'hippurate (le test doit être effectué à 30 °C pour les souches isolées d'animaux ectothermes), ADH, VP, phosphatase alcaline, acidification du glucose, du glycérol (uniquement en aérobiose), du maltose, du ribose (réaction parfois faible et lentement positive) et du saccharose. Un caractère négatif est obtenu avec les tests sensibilité à l'optochine (éthylhydrocupréïne), hydrolyse de l'esculine, hydrolyse de la gélatine, hydrolyse de l'amidon, pyrrolidonyl arylamidase, acidification de l'arabinose, de l'inuline, du mannitol, du raffinose, du sorbitol et du xylose. Une réponse variable est observée pour le test de CAMP et pour les tests hyaluronidase, DNase, bêta-galactosidase, bêta-glucuronidase, hémagglutination des globules rouges de lapin (la positivité est liée à la présence de l'antigène X), acidification du lactose, de la salicine et du tréhalose. D'autres caractères sont donnés dans le tableau I, le tableau II et le tableau III.
La majorité des souches est capable de croître en présence de 40 p. cent de bile mais incapable de cultiver à 45 °C ou à pH 9,6. Aucune souche ne cultive à 10 °C ou en présence de 6,5 p. cent de NaCl.
Les caractères bactériologiques diffèrent avec l'origine des souches ce qui a conduit à proposer l'existence d'écovars. Deux principaux écovars ont été caractérisés : un écovar humain (souches généralement pigmentées, salicine positive, lactose et bêta-galactosidase négatives, sensibles à 10 U.I de bacitracine et possédant les antigènes protéiques R ou c) et un écovar bovin (souches généralement non pigmentées, salicine négative, lactose et bêta-galactosidase positives, résistantes à 10 U.I. de bacitracine et possédant l'antigène protéique X). Les souches isolées d'autres espèces animales possèdent souvent des caractères intermédiaires. Ainsi, les souches isolées des poissons sont généralement non pigmentées, salicine, lactose et bêta-galactosidase négatives et d'une sensibilité variable à la bacitracine.
Habitat et pouvoir pathogène
Streptococcus agalactiae est un parasite obligatoire de diverses espèces animales (notamment les bovins) et de l'homme. Une éventuelle contamination de l'homme par l'animal ou de l'animal par l'homme est peu documentée et, pour la majorité des auteurs, elle semble improbable ou peu fréquente. Toutefois, en dépit de l'existence d'écovars, il est difficile d'être péremptoire car peu de publications étudient cet aspect épidémiologique. Bovins Streptococcus agalactiae a été une des causes majeures de mammites sub-cliniques ou chroniques et, avant l'utilisation des antibiotiques, environ 90 p. cent des mammites semblaient être dues à ce germe. Cette bactérie étant incapable de survivre longtemps en dehors de la glande mammaire, il est possible d'éradiquer l'infection grâce à la mise en place de programmes de prophylaxie basés sur l'hygiène de la traite et l'utilisation d'antibiotiques. En France, les mammites à Streptococcus agalactiae sont peu fréquentes mais, dans d'autres pays, tels que le Canada ou les U.S.A., le taux de prévalence est parfois supérieur à 10 p. cent. Poissons Avant 1986, quelques articles font état de l'isolement de souches de Streptococcus agalactiae chez des poissons (sans précision supplémentaire) et Wilkinson et al. signalent que la bactérie semble être à l'origine d'une mortalité importante dans des élevages de l'Alabama. A partir de 1986, les élevages israéliens de Tilapia sp. et de Oncorhynchus mykiss ont été victimes de méningo-encéphalites dues à des streptocoques et provoquant la mort de 30 à 50 p. cent des animaux. Les poissons affectés présentent une anorexie, une apathie, une nage erratique, une exophtalmie bilatérale, une rigidité du dos et, en phase pré-agonique, une ascite. La mort intervient en une à deux semaines sauf dans les formes suraiguës caractérisées par une mort subite. Les analyses microbiologiques ont permis d’isoler à partir du cerveau des tilapias ou des truites et des reins des tilapias ou du sang des truites des souches de streptocoques dont les caractères biochimiques, sérologiques et génétiques (hybridation ADN - ADN, détermination du G + C p. cent) suggéraient qu’elles constituent 2 nouvelles espèces, Streptococcus difficilis (corrig.) et Streptococcus shiloi. Ultérieurement, les souches de Streptococcus shiloi ont été assimilées à ¤ Streptococcus iniae et celles de Streptococcus difficilis à Streptococcus agalactiae. Streptococcus agalactiae n'est pas retrouvé chez les truites mais il est capable d'infecter, outre les tilapias, le muge (Mugil cephalus) et, au Japon, la sériole à cinq bandes (Seriola quinqueradiata). Expérimentalement, les souches de Streptococcus agalactiae reproduisent l’infection et le germe peut être isolé des animaux inoculés. Autres espèces animales Des souches de Streptococcus agalactiae sont isolées du singe, du porc, du chien, du chat, du ragondin, de la souris, du rat, du hamster et de la grenouille. Le pouvoir pathogène est généralement peu documenté et la bactérie est souvent isolée en association avec d'autres bactéries ou des virus. Toutefois, dans quelques cas, l'isolement a été rattaché à un pouvoir pathogène : septicémie chez un singe (Callithrix jacchus), endocardite et eczéma chez le chien, syndrome d'affaiblissement chez le chiot, méningo-encéphalomyélites suppuratives chez la souris nude. Homme
Streptococcus agalactiae est présent dans les voies génitales (notamment le vagin) et le tube digestif (notamment le rectum) de l'homme.
Diagnostic bactériologique
Des milieux sélectifs et/ou des milieux permettant une orientation du diagnostic sont disponibles. Ces milieux sont plus utilisés en médecine humaine qu'en médecine vétérinaire et quelques-uns uns d'entre eux figurent en annexe.
Le dépistage des vaches atteintes de mammite peut être effectué à tout moment (un prélèvement effectué avant la traite ou au moins 5 heures après la traite ne donne pas de meilleurs résultats) en mettant en culture 0,1 mL d'un lait de mélange des quatre quartiers (la sensibilité n'est augmentée ni par l'ensemencement de 0,5 mL de lait ni par la mise en culture du lait de chacun des quartiers). Un pré-enrichissement de 6 heures en bouillon cœur-cervelle donne de meilleurs résultats qu'un ensemencement direct sur gélose. Le nombre de bactéries présentes dans la mamelle subit des fluctuations périodiques et, en cas de négativité, il est souhaitable de recommencer l'examen.
Le diagnostic bactériologique est facile, il repose sur la mise en évidence de l'antigène du groupe B de Lancefield et sur l'hydrolyse de l'hippurate.
Sensibilité aux antibiotiques
Streptococcus agalactiae est généralement sensible à la pénicilline et à la majorité des bêta-lactamines ainsi que, le plus souvent, à la lincomycine et à l'érythromycine. La sensibilité est variable selon les souches vis-à-vis des tétracyclines.
Orientation bibliographique
BENTLEY (R.W.), LEIGH (J.A.) et COLLINS (M.D.) : Intrageneric structure of Streptococcus based on comparative analysis of small-subunit rRNA sequences. Int. J. Syst. Bacteriol., 1991, 41, 487-494. BOPP (V.) et LÄMMLER (C.) : Comparative studies on novel protein antigens of streptococci of the serological group B. Med. Microbiol. Lett., 1994, 3, 291-299. BOUVET (A.), DELMAS (P.) et FRENEY (J.) : Streptococcaceae : Streptococcus, Enterococcus, Lactococcus. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Manuel de bactériologie clinique, volume 2, 2ème édition, Elsevier, collection Option Bio, Paris, 1994, 705-740. DE LA ROSA (M.), PEREZ (M.), CARADO (C.), PAREJA (L.), PEIS (J.I.), HERNANDEZ (F.) : New Granada medium for detection and identification of group B streptococci. J. Clin. Microbiol., 1992, 30, 1019-1021. DEVRIESE (L.A.) : Streptococcal ecovars associated with different animal species: epidemiological significance of serogroups and biotypes. J. Appl. Bacteriol., 1991, 71, 478-483. DINSMORE (R.P.), ENGLISH (P.B.), GONZÁLEZ (R.N.), SEARS (P.M.) et SCHULTE (H.F.) : Evaluation of methods for the diagnosis of Streptococcus agalactiae intramammary infections in dairy cattle. J. Dairy Sci., 1991, 74, 1521-1526. ELDAR (A.), BEJERANO (Y.) et BERCOVIER (H.) : Streptococcus shiloi and Streptococcus difficile : two new streptococcal species causing a meningoencephalitis in fish. Current Microbiol., 1994, 28, 139-143. ELLIOT (J.A.), FACKLAM (R.R.) et RICHTER (C.B.) : Whole-cell protein patterns of nonhemolytic group B, type Ib, streptococci isolated from humans, mice, cattle, frogs, and fish. J. Clin. Microbiol., 1990, 28, 628-630. ELOY (C.) et FLANDROIS (J.P.) : Aspects cliniques et biologiques des infections humaines à streptocoque du groupe B (Streptococcus agalactiae). Sci., Vét. Méd. Comp., 1985, 87, 3-18. GIL (E.G.), RODRIGUEZ (M.C.), BARTOLOMÉ (R.), BERJANO (B.), CABERO (L.) et ANDREU (A.) : Evaluation of the Granada agar plate for detection of vaginal and rectal group B streptococci in pregnant women. J. Clin. Microbiol., 1999, 37, 2648-2651. JENSEN (N.E.) et AARESTRUP (F.M.) : Epidemiological aspects of group B streptococci of bovine and human origin. Epidemiol. Infect., 1996, 117, 417-422. KAWAMURA (Y.), ITOH (Y.), MISHIMA (N.), OHKUSU (K.), KASAI (H.) et EZAKI (T.) : High genetic similarity of Streptococcus agalactiae and Streptococcus difficilis: S. difficilis Eldar et al. 1995 is a later synonym of S. agalactiae Lehmann and Neumann 1896 (Approved Lists 1980). Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 961-965. KEEFE (G.P.) : Streptococcus agalactiae mastitis: a review. Can. Vet. J., 1997, 38, 429-437. LÄMMLER (C.), ABDULMAWJOOD (A.) et WEISS (R.) : Properties of serological group B streptococci of dog, cat and monkey origin. J. Vet. Med. B, 1998, 45, 561-566. MATTHEWS (K.R.) et OILVER (S.P.) : Encapsulation of streptococci isolated from bovine milk. J. Vet. Med. B, 1993, 40, 597-602. SCHENKMAN (D.I.), RAHIJA (R.J.), KLINGENBERGER (K.L.), ELLIOTT (J.A.) et RICHTER (C.B.) : Outbreak of group B streptococcal meningoencephalitis in athymic mice. Lab. Anim. Sci. 1994, 44, 639-641. SCHUCHAT (A.) : Group B Streptococcus. Lancet, 1999, 353, 51-56. SEARS (P.M.), GONZÁLEZ (R.N.), WILSON (D.J.) et HAN (H.R.) : Procedures for mastitis diagnosis and control. Vet. Clin. North America: Food Anim. Pract., 1993, 9, 445-468. THURMOND (M.C.), TYLER (J.W.), LUIZ (D.M.), HOLMBERG (C.A.) et PICANSO (J.P.) : The effect of pre-enrichment on recovery of Streptococcus agalactiae, Staphtlococcus aureus and mycoplasma from bovine milk. Epidemiol. Infect., 1989, 103, 465-474. VANDAMME (P.), DEVRIESE (L.A.), POT (B.), KERSTERS (K.) et MELIN (P.) : Streptococcus difficile is a nonhemolytic group B, type Ib streptococcus. Int. J. Syst. Bacteriol., 1997, 47, 81-85. WIBAWAN (I.W.T.) et LÄMMLER (C.) : Isolation and characterisation of group B streptococcal type antigens X and R. Zbl. Bakt., 1991, 25, 327-334. WIBAWAN (I.W.T.), LÄMMLER (C.) et SMOLA (J.) : Properties and type antigen patterns of group B streptococcal isolates from pigs and nutrias. J. Clin. Microbiol., 1993, 31, 762-764. WILKINSON (H.W.), THACKER (L.G.) et FACKLAM (R.R.) : Nonhemolytic group B streptococci of human, bovine and ichthyic origin. Infect. Immun., 1973, 7, 496-498.
AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.
* : Il existe une forte corrélation entre les homologies ADN - ADN et les similitudes des profils électrophorétiques des protéines bactériennes. Les souches bactériennes (bactéries à Gram positif et à Gram négatif) présentant des profils protéiques similaires présentent également de fortes homologies ADN - ADN. Dans le cas d'une bactérie à Gram positif, il est souvent plus facile d'étudier les protéines car il est difficile d'extraire de l'ADN en quantité suffisante pour réaliser des études d'homologie.
** : Les antigènes des groupes B et G de Lancefield sont des polysaccharides dans lesquels le rhamnose constitue le sucre immunodominant.
Milieux permettant une orientation du diagnostic : Ces milieux ont pour but de favoriser la production de pigment par les souches de Streptococcus agalactiae et ils doivent être incubés en anaérobiose. Les souches d'origine animale sont fréquemment non pigmentées d'où une utilisation restreinte de ces milieux en médecine vétérinaire. - Milieu de Islam (composition pour 1 litre) :
. Protéose peptone : 23,0 g
- Milieu de Granada (composition pour 1 litre)
. Amidon soluble : 150,0 g
Milieux sélectifs (d'après Bouvet et al. 1994 ou d'après d'après Gil et al. 1999) : - Bouillon de Todd Hewitt contenant 5 p. cent de sang, 15 mg/L d'acide nalidixique et 8 mg/L de gentamicine. - Bouillon de Todd Hewitt contenant 15 mg/L d'acide nalidixique, 1 mg/L de polymyxine et 1 mg/L de cristal violet. - Milieu de Lim : Bouillon de Todd Hewitt contenant 1 p. cent d'extrait de levure, 15 mg/L d'acide nalidixique, 10 mg/L de colistine. - Gélose au sang sélective : Gélose Columbia contenant 5 p. cent de sang humain, 15 mg/L d'acide nalidixique, 10 mg/L de colistine.
Milieu sélectif permettant l'orientation du diagnostic : Le milieu de Granada modifié, incubé en anaérobiose, permet l'orientation du diagnostic en favorisant la pigmentation. Sur le milieu de Edwards, la présence d'esculine permet de différencier Streptococcus agalactiae (esculine négative) d'autres streptocoques ou des entérocoques esculine positive. - Milieu de Granada modifié ou "new Granada medium" (d'après De La Rosa et al. 1992)
. Agar : 10 g
- Gélose de Edwards (composition pour un litre) :
Agar : 15,0 g
|
||