J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Crée le 10 juin 1999
Dernière mise à jour le 25 novembre 2004

 

STREPTOCOCCUS CANIS

 

Systématique

 

L’appellation de Streptococcus canis est utilisée depuis longtemps en médecine vétérinaire mais cette nomenclature n’a été validée qu’en 1986. Streptococcus canis regroupe des souches formant de grandes colonies bêta-hémolytiques, appartenant au groupe G de Lancefield et isolées de l’animal (notamment bovins, chiens et chats).

Les streptocoques du groupe G forment un ensemble hétérogène au sein duquel il est possible de reconnaître 4 groupes : 1) les souches du groupe G d'origine humaine, formant de grandes colonies (taille supérieure à 0,5 mm de diamètre après 24 heures d'incubation) bêta-hémolytiques et incapables de cultiver à 45 °C ; 2) les souches du groupe G d'origine animale, formant de grandes colonies bêta-hémolytiques, incapables de cultiver à 45 °C et différant des souches précédentes par leur activité fibrinolytique et par d'autres caractères bactériologiques ; 3) les souches du groupe G isolées de l'intestin du porc, donnant des colonies de taille variable selon les souches, alpha-hémolytiques (gélose Columbia au sang de mouton), uréase positive et capables de cultiver à 45 °C ; 4) les souches du groupe G d'origine humaine formant de petites colonies bêta-hémolytiques.

Les souches du groupe G (ainsi que des souches non groupables ou possédant l'antigène D), uréase positive, alpha-hémolytiques, isolées de l'intestin du porc appartiennent à l'espèce ¤ Streptococcus alactolyticus et les souches du groupe G d'origine humaine, formant de petites colonies bêta-hémolytiques sont souvent rassemblées (avec d'autres souches formant de petites colonies et pouvant être non groupables ou posséder les antigènes des groupes A, C ou F) sous le terme de "Streptococcus du complexe milleri"*.

En 1984, Farrow et Collins montrent que les streptocoques du groupe G d'origine humaine, formant de grandes colonies appartiennent au groupe d'homologie de ¤ Streptococcus dysgalactiae.

En 1986, Devriese et al., en se basant sur les résultats des homologies ADN - ADN, sur la composition du peptidoglycane** et sur les caractères biochimiques, proposent la dénomination de Streptococcus canis pour les souches du groupe G d'origine animale*** et formant de grandes colonies bêta-hémolytiques.

 

Caractères bactériologiques

 

Streptococcus canis se présente sous la forme de coques à Gram positif, groupés par deux ou en chaînes, aéro-anaérobies, catalase négative, sensibles à la bile (40 p. cent) et au NaCl (6,5 p. cent), appartenant au groupe G de Lancefield (selon les kits utilisés, une agglutination peut également être observée avec les billes de latex revêtues d'anticorps spécifiques du groupe B).

Un caractère positif est obtenu pour les tests hydrolyse de l'esculine (réaction parfois faible en galerie API 20 STREP), L-alanine aminopeptidase, phosphatase alcaline, leucine arylamidase, ADH, acidification de la N-acétylglucosamine, de l'amidon, de l'arbutine, du D-fructose, du galactose, du D-glucose, du maltose, du D-mannose, du ribose, du saccharose et de la salicine.

Une réponse négative est notée pour les caractères décarboxylation de la tyrosine, hydrolyse de l'hippurate, VP, pyrrolidonyl-arylamidase, acidification de l’adonitol, de l’amygdaline, du L-arabinose, du D-arabinose, du D-arabitol, du dulcitol, de l'érythritol, du D-fucose, du L-fucose, du bêta-gentiobiose, du gluconate, du 2-céto-gluconate, de l’inositol, de l’inuline du D-lyxose, du mannitol, de l'alpha-méthyl-D-mannoside, du mélizitose, du mélibiose, du D-raffinose, du rhamnose, du sorbitol, du D-tagatose, du D-turanose, du xylitol, du D-xylose, du L-xylose et du bêta-méthyl-xyloside.

La plupart des souches produisent une bêta-galactosidase et acidifient le cellobiose et le lactose. La grande majorité des souches donne une réponse négative pour la production d'une bêta-glucuronidase et l'acidification du tréhalose. Les réponses aux tests alpha-galactosidase, hydrolyse de l'amidon, acidification du 5-céto-gluconate, de l'alpha-méthyl-D-glucoside et du glycogène sont variables.

Sur gélose au sang, les colonies sont comparables à celles de Streptococcus pyogenes, elles sont circulaires, d'une taille supérieure à 0,5 mm et fortement bêta-hémolytiques. Le test de CAMP est négatif. En bouillon, il se forme un dépôt au fond du tube.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Streptococcus canis est isolé de la peau, des voies respiratoires supérieures et de l’appareil génital du chien, du chat, et de diverses espèces animales (bovins, renards, visons, lapins, souris, rats...).

Chez le chien, Streptococcus canis est responsable d’infections de la peau, de surinfections des plaies, d’otites externes, de pharyngites, d'amygdalites, d’infections génitales (vaginites, métrites, abcès prostatiques), d'avortements, de mammites, d’infections urinaires, d’infections respiratoires et parfois d'endocardites. Plus rarement, on note une septicémie et un syndrome de choc toxique accompagné ou non d'une fasciite nécrosante (ou syndrome de Meleney****). La fasciite nécrosante est souvent consécutive à un traumatisme, même minime, elle s'accompagne d'une douleur intense ainsi que d'une hyperthermie supérieure ou égale à 40 °C et elle se caractérise par une évolution rapide. Contrairement à ce qui est observé chez l'homme atteint de fasciite nécrosante à streptocoques, le taux de mortalité (à condition de mettre en œuvre un traitement adapté) est faible, les souches étudiées ne portent pas les gènes speA, speB, speC, mf, ssa, scp, hasA, hasB et ska. En revanche, elles semblent posséder une protéine M et produire une streptolysine O.

Chez le chat, Streptococcus canis est fréquemment présent dans le vagin notamment chez les jeunes femelles (le taux de contamination peut atteindre 50 à 100 p. cent chez les chattes âgées de moins de 2 ans) mais il peut aussi être hébergé dans les amygdales, au niveau du pharynx et sur le prépuce. Une infection cliniquement exprimée peut concerner toutes les tranches d'âge mais elle est plus fréquente chez les chatons âgés de moins de 2 semaines. Chez les chatons, l'infection se traduit par une septicémie. Les animaux sont fébriles, anorexiques, présentent souvent une infection de l'ombilic et la mort intervient en quelques jours. Des cas de mort subite sont également observés chez les chats âgés de moins de 3 jours. Streptococcus canis est également responsable de lymphadénites cervicales, touchant les animaux jeunes (âgés de 3 à 7 mois), souvent consécutives à une pharyngite ou à une amygdalite sub-cliniques et pouvant revêtir un caractère épizootique dans les chatteries récemment infectées.
D'autres infections, parfois opportunistes, sont décrites : fasciites nécrosantes, surinfections des plaies (traumatiques ou chirurgicales), arthrites, pneumonies, septicémies.

Streptococcus canis est exceptionnellement isolée chez l'homme mais pour Whatmore et al. la fréquence des infections humaines est peut-être sous-estimée. Au moins trois cas d'infections authentiques ont été décrits : deux souches ont été isolées de cas de septicémie chez des sujets âgés et une souche a été isolée en association avec Staphylococcus aureus subsp. aureus d'une plaie infectée.

Chez les bovins, Streptococcus canis est rarement responsable de mammites cliniques.

 

Diagnostic bactériologique

 

Le diagnostic bactériologique des infections des carnivores ne pose pas de problème. Il repose sur l’origine du prélèvement, les caractères culturaux, l’appartenance au groupe G de Lancefield (les souches de Streptococcus dysgalactiae subsp. equisimilis, isolées chez les carnivores, sont dépourvues de l'antigène du groupe G) ainsi que sur la mise en évidence des caractères mentionnés dans le tableau I, dans le tableau II et dans le tableau III.

Chez l'homme, le diagnostic peut être plus complexe car cette espèce est rarement isolée et les souches de Streptococcus dysgalactiae subsp. equisimilis d'origine humaine peuvent porter l'antigène du groupe G de Lancefield. Pour confirmer le diagnostic de Streptococcus canis, Whatmore et al. ont procédé au séquençage des gènes rrs, sodA et mutS des deux souches isolées par ces auteurs. De tels examens complémentaires sont inconcevables en médecine vétérinaire pour un diagnostic de routine.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Streptococcus canis est sensible aux bêta-lactamines et le traitement fait généralement appel à la pénicilline G, à l'ampicilline ou à l'amoxicilline. In vitro, d'autres antibiotiques comme l'érythromycine, la lincomycine, la clindamycine ou le chloramphénicol sont actifs alors que la plupart des souches résistent aux sulfamides.
L'étude de Devriese et al. (1986) montre que les résultats d'un antibiogramme standard (méthode de diffusion sur une gélose de Mueller-Hinton enrichie de 5 p. cent de sang), obtenus vis-à-vis du triméthoprime, des tétracyclines, de la néomycine, de la streptomycine, de la gentamicine et de la novobiocine ne sont pas reproductibles et qu'il est donc difficile d'interpréter les résultats.
Chez le chien, le traitement des infections graves avec de l'enrofloxacine a donné des résultats décevants.

 

Orientation bibliographique

 

BERT (F.) et LAMBERT-ZECHOSKY (N.) : Septicemia caused by Streptococcus canis in a human. J. Clin. Microbiol., 1997, 35, 777-779.

BLANCHARD (P.C.) et WILSON (D.W.) : Group G streptococcal infections of cats. In : G.E. GREENE : Infectious diseases of the dog and cat., W.B. Saunders company, Philadelphia, 1990, p. 603-605.

DEVRIESE (L.A.) : Streptococcal ecovars associated with different animal species: epidemiological significance of serogroups and biotypes. J. Appl. Bacteriol., 1991, 71, 478-483.

DEVRIESE (L.A.), HOMMEZ (J.), KILPPER-BÄLZ (R.) et SCHLEIFER (K.H.) : Streptococcus canis sp. nov.: a species of group G streptococci from animals. Int. J. Syst. Bacteriol., 1986, 36, 422-425.

DEWINTER (L.M.), LOW (D.E.) et PRESCOTT (J.F.) : Virulence of Streptococcus canis from canine streptococcal toxic shock syndrome and necrotizing fasciitis. Vet. Microbiol., 1999, 70, 95-110.

DEWINTER (L.M.) et PRESCOTT (J.F.) : Relatedness of Streptococcus canis from canine streptococcal toxic shock syndrome and necrotizing fasciitis. Can. J. Vet. Res., 1999, 63, 90-95.

GREENE (C.E.) : Group G streptocccal infections of dogs. In : G.E. GREENE : Infectious diseases of the dog and cat., W.B. Saunders company, Philadelphia, 1990, p. 605.

MILLER (C.W.), PRESCOTT (J.F.), MATHEWS (K.A.), BETSCHEL (S.D.), YAGER (J.A.), GURU (V.), DEWINTER (L.) et LOW (D.E.) : Streptococcal toxic shock syndrome in dogs. J. Amer. Vet. Med. Assoc., 1996, 209, 1421-1426.

PRESCOTT (J.F.), MILLER (C.W.), MATHEWS (K.A.), YAGER (J.A.) et DEWINTER (L.) : Update on canine streptococcal toxic shock syndrome and necrotizing fasciitis. Can. Vet. J., 1997, 38, 241-242.

SCOTT (W.) : Further evidence of streptococcal toxic shock syndrome in pets. J. Amer. Vet. Med. Assoc., 1996, 209, 1994-1995.

WHATMORE (A.M.), ENGLER (K.H.), GUDMUNDSOTTIR (G.) et EFSTRATIOU (A.) : Identification of isolates of Streptococcus canis infecting humans. J. Clin. Microbiol., 2001, 39, 4196-4199.

 

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* : Les bactéries du complexe "Streptococcus milleri" ont une taxonomie et donc une nomenclature particulièrement complexes. Elles ont été distinguées en 3 espèces : Streptococcus anginosus, Streptococcus constellatus et Streptococcus intermedius. Les travaux de Coykendall et al. (1987) et de Vandamme et al. (1998) tendent à montrer qu'elles constituent une unique espèce pour laquelle la nomenclature de Streptococcus anginosus a priorité.
L'analyse de la séquence des ARNr 16S révèle que les streptocoques du "complexe milleri" appartiennent à l'ensemble des "streptocoques oraux" et qu'ils sont donc phylogénétiquement éloignés des autres streptocoques des groupes C ou G ou des streptocoques du groupe L dont l'analyse des ARNr 16S révèle l'appartenance à l'ensemble des "streptocoques pyogènes".

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** : Les ponts interpeptidiques du peptidoglycane de Streptococcus canis sont du type Lys-Thr-Gly ce qui n'est pas le cas pour les souches de streptocoques du groupe G isolées de l'homme (voir ¤ Streptococcus dysgalactiae).
Des ponts interpeptidiques similaires à ceux de Streptococcus canis sont parfois retrouvés chez des souches de Streptococcus salivarius et de ¤ Streptococcus equinus (synonyme hétérotypique et antérieur de Streptococcus bovis).

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*** : L'étude de Devriese et al. a concerné 28 souches isolées de mammites cliniques chez les bovins et 3 souches isolées du chien. Toutefois, les souches du groupe G, formant de grandes colonies bêta-hémolytiques et isolées du chat appartiennent également à l'espèce Streptococcus canis.

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**** : La fasciite nécrosante ou syndrome de Meleney (en l'honneur de F.L. Meleney qui a décrit cette affection en 1924) est encore appelée gangrène sous-cutanée à streptocoques bêta-hémolytiques. Cette affection a généralement un point de départ cutané et elle se traduit par une infection siégeant entre le derme et l'aponévrose. Elle se propage rapidement entre ces deux plans et provoque une nécrose cutanée secondaire par thrombose des vaisseaux nourriciers. Un choc toxique ou septique est fréquemment observé. L'évolution est très rapide et, chez l'homme, le taux de mortalité est compris entre 30 et 50 p. cent.
Le traitement doit être réalisé en urgence et, c'est avant tout, un traitement chirurgical auquel on associe une antibiothérapie.

Références :

HANSEN (W.) et FRENEY (J.) : Le syndrome de Meleney. Option/Bio, 1995, N° 137, 12.

SIDIBE (E.H.), NDOUR (N.M.), GUEYE (A.), NDIAYE (M.) et SOW (A.M.) : Réflexions sur la fasciite nécrosante. Méd. Mal. Infect., 1997, 27, 952-955.

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