J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 24 mars 2003
Dernière mise à jour le 13 juin 2007

 

STREPTOCOCCUS FERUS

 

L'étude de la flore orale de rats sauvages se nourrissant principalement de cannes à sucre a permis à Coykendall de décrire l'espèce Streptococcus ferus. Bien que cette description ait été effectuée en 1977, cette dénomination n'a pas été incluse dans les Approved Lists of Bacterial Names car la souche type n'avait pas été déposée dans une collection de cultures bactériennes. Par la suite, la souche type a été déposée à l'ATCC ce qui a permis à Coykendall de valider la nomenclature de Streptococcus ferus le 17 octobre 1983.

Streptococcus ferus appartient à l'ensemble des "streptocoques oraux", également dénommé "streptocoques viridans" pour les opposer aux streptocoques bêta hémolytiques. L'analyse des séquences des acides nucléiques permet de diviser l'ensemble des "streptocoques oraux" en cinq groupes différents et Streptococcus ferus appartient au "groupe de Streptococcus mutans"* ou, dans la terminologie utilisée par Schlegel et Bouvet, au "sous-ensemble or5" (or pour streptocoques oraux). Outre Streptocccus ferus, le sous-ensemble or5 comprend Streptococcus criceti, ¤ Streptococcus dentapri, ¤ Streptococcus devriesei, ¤ Streptococcus dentirousetti, Streptococcus downei, Streptococcus macacae, Streptococcus mutans, ¤ Streptococcus orisratti, ¤ Streptococccus orisuis, Streptococcus ratti et Streptococcus sobrinus.
Bien que décrit depuis plus de 25 ans, Streptococcus ferus reste une espèce mal connue et la base de données PubMed (interrogation effectuée le 13 juin 2007) ne liste que 13 publications consacrées, au moins partiellement, à cette bactérie.

En 2001, Baele et al. publient un article consacré à la flore nasale et amygdalienne des porcelets. Parmi les 435 souches isolées, 48 n'ont pu être identifiées dont 9 souches du genre Streptococcus. En 2003, ces neuf souches, ainsi qu'une souche supplémentaire isolée par un autre laboratoire à partir de la flore nasale d'un porc, ont fait l'objet d'une étude génétique montrant qu'elles appartiennent à l'espèce Streptococcus ferus.
. La taille des fragments obtenus après amplification des séquences situées entre les gènes codant pour les ARN de transfert (tRNA-intergenic spacer length polymorphism analysis ou tDNA-PCR) est identique pour les 10 souches isolées des porcs ainsi que pour la souche type de Streptococcus ferus. Les 11 souches forment ainsi un groupe homogène et distinct des autres espèces du genre Streptococcus.
. Les séquences des ARNr 16S de la souche type et d'une souche isolée d'un porc sont pratiquement identiques. L'analyse phylogénétique montre qu'elles appartiennent bien au groupe de Streptococcus mutans mais que les pourcentages de divergence avec les séquences des ARNr 16S de Streptococcus mutans et de Streptococcus macacae (espèces les plus proches) sont respectivement de 6 et de 6,1 p. cent.
. L'analyse électrophorétique des protéines cellulaires, effectuée sur 4 souches dont la souche type, confirme qu'elles méritent d'être placées dans une espèce distincte.
. Les G + C p. cent de deux souches porcines sont de 42,7 et de 43, valeurs compatibles avec les résultats de Coykendall qui obtenait un G + C p. cent compris entre 43 et 45.

L'inclusion des souches d'origine porcine au sein de l'espèce Streptococcus ferus conduit Baele et al. à modifier la description de cette espèce. Ces auteurs insistent sur le fait que les caractères phénotypiques, tels qu'ils sont décrits dans la publication de Coykendall ou dans des publications ultérieures, ne doivent plus être utilisés. Ainsi, pour Coykendall ou pour Hardie et Whiley, Streptococcus ferus n'acidifie pas le raffinose alors que l'acidification de ce sucre est variable selon les souches. De même, pour Hardie et Whiley Streptococcus ferus acidifie l'inuline, le mannitol et le sorbitol et n'acidifie pas le mélibiose alors que ces caractères sont variables selon les souches.

La description de Streptococcus ferus (ex Coykendall 1977) Coykendall 1983 emend. Baele et al. 2003 est la suivante :
. Coques à Gram positif, de forme lancéolée, d'environ 0,5 µm de diamètre, se présentant de manière isolée ou groupés par deux ou en courtes chaînes, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, catalase négative, non groupables dans le schéma de Lancefield, résistants à la bile, produisant une amylase et synthétisant des polyosides extracellulaires à partir du saccharose.
. Une réponse positive (galeries API 20 Strep et galeries BBL Crystal Gram-positive ID kit**) est notée pour les tests hydrolyse de l'esculine, leucine arylamidase, 4MU-bêta-D-glucoside, bêta-D-glucoside, L-valine-AMC, L-phénylalanine-AMC, 4MU-alpha-D-glucoside, L-tryptophane-AMC, méthyl-alpha & bêta-glucoside, p-nitrophényl-bêta-D-glucoside, p-nitrophényl-bêta-D-cellobioside, proline & leucine-p-nitroanilide, p-nitrophényl-phosphate et p-nitrophényl-alpha-D-maltoside.
. Une réponse négative (galeries API 20 Strep et galeries BBL Crystal Gram-positive ID kit) est obtenue pour les tests hydrolyse de l'hippurate, pyrrolidonyl arylamidase, bêta-glucuronidase, bêta-galactosidase, arginine dihydrolase, L-acide pyroglutamique-AMC, 4MU-N-acétyl-bêta-D-glucosaminide, 4MU-phosphate et 4MU-bêta-D-glucuronide.
. Un résultat généralement positif (galeries API 20 Strep et galeries BBL Crystal Gram-positive ID kit) est observé pour les tests VP, L-arginine-AMC et L-isoleucine-AMC.
. La réponse aux tests phosphatase alcaline et alpha-galactosidase est variable selon les souches.
. En utilisant des galeries API 50 CH, l'amidon, l'amygdaline, l'esculine, le cellobiose, le D-fructose, le galactose, le D-glucose, la N-acétylglucosamine, le glycogène, le bêta-gentiobiose, le lactose, le maltose, le D-mannose, le maltotriose, le saccharose, la salicine et le tréhalose sont acidifiés. L'acidification est variable pour l'arbutine, l'inuline, le mannitol, le mélibiose, le D-raffinose, le sorbitol et le D-tagatose. Les autres sucres de la galerie ne sont pas acidifiés.
. Quelques caractères permettant de différencier Streptococcus ferus des autres espèces formant le groupe de Streptococcus mutans sont donnés dans le tableau I.
. La culture est fortement inhibée à 25 °C et dans une moindre mesure à 30 °C. En revanche, elle est aussi abondante à 37 qu'à 42 °C. La présence de 5 p. cent de dioxyde de carbone stimule légèrement la croissance.
Les colonies obtenues sur gélose au sang sont petites (0,5 mm de diamètre), non hémolytiques, blanches, sèches, adhérentes et elles corrodent la surface de la gélose.
La croissance est bonne sur une gélose de Slanetz-Bartley*** et les colonies sont de couleur blanche. Sur le milieu de Edwards****, la croissance ne provoque pas un noircissement de la gélose.
En bouillon, cœur-cervelle, on observe la formation d'un précipité et le germe ne cultive pas en présence de 6,5 p. cent de NaCl.

Streptococcus ferus n'est pas isolé chez l'homme et son habitat naturel serait la bouche des rats. La présence de cette espèce dans les cavités nasales et les amygdales de porcs n'est pas commentée par Baele et al.
Contrairement à Streptococcus criceti, à Streptococcus mutans, à Streptococcus ratti et à Streptococcus sobrinus, Streptococcus ferus ne possède pas de pouvoir cariogène. Une bactérie cariogène se caractérise par sa faculté à adhérer et à proliférer sur les surfaces dentaires, par sa faculté à synthétiser des acides à partir des sucres alimentaires et par sa capacité à croître à un faible pH. Streptococcus ferus colonise les surfaces dentaires (production de glycanes), il produit des acides (notamment à partir du saccharose, du glucose et du fructose), mais sa croissance et/ou sa capacité à former des acides sont inhibées à pH acide. Ce dernier point expliquerait que cette espèce ne soit pas impliquée dans la formation de caries.

 

Orientation bibliographique

 

BAELE (M.), BAELE (P.), VANEECHOUTTE (M.), STORMS (V.), BUTAYE (P.), DEVRIESE (L.A.),VERSCHRAEGEN (G.), GILLIS (M.) et HAESEBROUCK (F.) : Application of tRNA intergenic spacer PCR for identification of Enterococcus species. J. Clin. Microbiol., 2000, 38, 4201-4207.

BAELE (M.), CHIERS (K.), DEVRIESE (L.A.), SMITH (H.E.), WISSELINK (H.J.), VANEECHOUTTE (M.) et HAESEBROUCK (F.) : The gram-positive tonsillar and nasal flora of piglets before and after weaning. J. Appl. Microbiol., 2001, 91, 997-1003.

BAELE (M.), DEVRIESE (L.A.), VANCANNEYT (M.), VANEECHOUTTE (M.), SNAUWAERT (C.), SWINGS (J.) et HAESEBROUCK (F.) : Emended description of Streptococcus ferus isolated from pigs and rats. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 143-146.

BOUVET (A.), DELMAS (P.) et FRENEY (J.) : Streptococcaceae : Streptococcus, Enterococcus, Lactococcus. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Manuel de bactériologie clinique, volume 2, 2ème édition, Elsevier, collection Option Bio, Paris, 1994, 99. 705-740.

COYKENDALL (A.L.) : Streptococcus sobrinus nom. rev. and Streptococcus ferus nom. rev.: habitat of these and other mutans streptococci. Int. J. Syst. Bacteriol., 1983, 33, 883-885.

COYKENDALL (A.L.) et FREEDMAN (M.L.) : Colonization and cariogenicity of Streptococcus ferus in rats. Infect. Immun., 1981, 32, 80-85.

FREEDMAN (M.L.), COYKENDALL (A.L.) et O'NEILL (E.M.) : Physiology of "mutans-like" Streptococcus ferus from wild rats. Infect. Immun., 1982, 35, 476-482.

HARDIE (J.M.) et WHILEY (R.A.) : The Genus Streptococcus—Oral. In M. Dworkin et al., eds., The Prokaryotes: An Evolving Electronic Resource for the Microbiological Community, 3rd edition, release 3.9, January 4, 2002, Springer-Verlag, New York, www.prokaryotes.com.

SAUVÊTRE (E.) : Bactériologie de la carie dentaire et des maladies du parodonte, de l'endodonte et du périapex. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Manuel de bactériologie clinique, volume 2, 2ème édition, Elsevier, collection Option Bio, Paris, 1994, 99. 643-664.

 

 

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*
Le groupe de Streptococcus mutans est constitué de Streptococcus mutans, Streptococcus sobrinus, Streptococcus criceti, Streptococcus ratti, Streptococcus macacae, Streptococcus downei, ¤ Streptococcus orisratti, ¤ Streptococcus devriesei et Streptococcus ferus. La position taxonomique de cette dernière espèce a fait l'objet de quelques controverses levées par les résultats de Baele et al. présentés dans ce fichier.
À partir du saccharose, ces espèces produisent des polyosides extracellulaires formant une matrice polysaccharidique dont le rôle est très important car elle sert de support pour d'autres bactéries et de réserve énergétique. La production de polyosides extracellulaires n'est cependant pas documentée dans l'article décrivant ¤ Streptococcus devriesei.

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**
Pour une description de la galerie BBL Crystal Gram-positive ID kit voir le fichier Galerie "BBL CRYSTAL® IDENTIFICATION SYSTEMS GRAM-POSITIVE ID KIT".

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*** : Milieu de Slanetz et Bartley (composition en grammes par litre) :

Tryptone : 15,0
Peptone : 5,0
Extraits de levure : 0,5
Glucose : 2,0 ou 5,0
K2HPO4 : 4,0
Azide de sodium : 0,4
Chlorure 2, 3, 5 triphényltétrazolium (solution à 1 p. cent) : 10,0
Agar : 10

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**** : Gélose de Edwards (composition pour un litre) :

Agar : 15,0 g
Extraits de viande de bœuf : 10,0 g
Peptone : 10,0 g
NaCl : 5,0 g
Esculine : 1,0 g
Tl2SO4 : 0,33 g
Cristal violet : 1,3 mg
Sang de bovin ou de mouton : 50,0 mL

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