J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 28 janvier 2008

 

STREPTOCOCCUS HENRYI, STREPTOCOCCUS CABALLI

 

La fourbure du cheval a plusieurs origines et elle peut résulter d'une consommation excessive de glucides. L'unité de recherche australienne sur la fourbure du cheval a développé un modèle de reproduction expérimentale de la fourbure en faisant ingérer à des chevaux des oligomères de fructose à la dose de 10 g par Kg.
L'utilisation de ce modèle a permis à Milinovich et al. de mettre en évidence une prolifération de streptocoques (notamment Streptococcus infantarius et ¤ Streptococcus equinus) dans le caecum et le côlon. Cette prolifération est observée 8 à 16 heures après l'administration de fructose et elle précède l'épisode de fourbure qui intervient en 24 à 32 heures.

La pathogénie de la fourbure fait l'objet de controverses.
. L'hypothèse la plus couramment admise fait intervenir l'histamine qui contribue à augmenter la pression artérielle des capillaires du pododerme (voir le fichier ¤ Allisonella histaminiformans).
. Pour Pollitt et al. la fourbure résulterait d'une activation incontrôlée des métalloprotéases de la matrice du sabot (principalement les métalloprotéases MMP-2 et MMP-9) ce qui conduit à une détérioration des attaches cellulaires entre le podophylle et le kéraphylle, puis à la séparation du podophylle et du kéraphylle. Les facteurs responsables d'une activation des métalloprotéases sont encore inconnus. Toutefois, in vitro, Mungall et al. ont montré que des surnageants de cultures de bactéries à Gram positif (notamment ceux de ¤ Streptococcus equinus) pouvaient activer les métalloprotéases.

L'étude de la flore digestive de chevaux présentant une fourbure expérimentale a permis à Milinovich et al. d'isoler quatre souches de streptocoques n'appartenant à aucune des espèces préalablement décrites. Deux souches ont pour origine le caecum et deux souches ont été isolées du rectum.
L'analyse des séquences des ADNr 16S et des gènes sodA révèlent que les quatre souches se répartissent en deux clones distincts. Les séquences des ARNr 16s montrent que les deux clones sont apparentés à ¤ Streptococcus suis et les séquences des gènes sodA qu'ils sont apparentés à ¤ Streptococcus orisratti. Toutefois, les pourcentages de similitude des ARNr 16S ne dépassent pas 96, 4 et ceux des gènes sodA ne dépassent pas 86,6.
Les caractères phénotypiques permettent de caractériser ces clones. Aussi, en janvier 2008, Milinovich et al. valident la publication de deux nouvelles espèces : Streptococcus henryi (pour les deux souches isolées du caecum) et Streptococcus caballi (pour les deux souches isolées du rectum).

Les souches de Streptococcus henryi sont formées de cellules ovoïdes, à Gram positif, groupées par deux ou en courtes chaînes, immobiles, aéro-anaérobies, catalase négative, possédant l'antigène du groupe D de Lancefield, cultivant en présence de 40 p. cent de bile, tolérant 0,016 p. cent de tellurite de potassium et ne cultivant pas en présence de 6,5 p. cent de NaCl.
. Un réponse positive (galeries API 20 Strep et Rapid ID32) est notée pour les tests hydrolyse de l'esculine, alanyl-phénylalanine proline arylamidase, alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, bêta-glucosidase, leucine aminopeptidase, acidification de l'amidon, du glycogène, de l'inuline, du lactose, du maltose, du mannitol, du mélibiose, du méthyl bêta-D-glucopyranoside, du pullulane, du saccharose et du tréhalose.
. Les profils numériques obtenus avec des galeries API 20 Strep et Rapid ID 32 sont 4250533 et 62236063110.

Les souches de Streptococcus caballi rassemblent des cellules ovoïdes, à Gram positif, groupées par deux ou en chaînes d'une vingtaine d'éléments, immobiles, aéro-anaérobies, catalase négative, cultivant en présence de 40 p. cent de bile, tolérant 0,016 p. cent de tellurite de potassium, ne cultivant pas en présence de 6,5 p. cent de NaCl et dépourvues des antigènes de groupe A, B, C, D, F et G.
. Un réponse positive (galeries API 20 Strep et Rapid ID32) est obtenue pour les tests VP, hydrolyse de l'esculine, alanyl-phénylalanine proline arylamidase, alpha-galactosidase, bêta-glucosidase, leucine aminopeptidase, acidification de l'amidon, du glycogène, de l'inuline, du maltose, du mélibiose, du méthyl bêta-D-glucopyranoside, du pullulane, du raffinose, du saccharose et du tréhalose.
. Les profils numériques obtenus avec des galeries API 20 Strep et Rapid ID 32 sont 5240073 et 22063063110.

En utilisant  une gélose au sang de mouton incubée 24 heures en anaérobiose, les colonies de Streptococcus henryi et de Streptococcus caballi sont plates, rondes, brillantes, blanchâtres, alpha-hémolytiques et leur diamètre est de1 à 2 mm.
Les colonies de Streptococcus caballi ont tendance à s'enfoncer dans la gélose.

Quelques caractères permettant de distinguer Streptococcus henryi et Streptococcus caballi d'autres espèces du genre Streptococcus sont donnés dans le tableau I.

 

 

Orientation bibliographique

 

MILINOVICH (G.J.), BURRELL (P.C.), POLLITT (C.C.), BOUVET (A.) et TROTT (D.J.) : Streptococcus henryi sp. nov. and Streptococcus caballi sp. nov., isolated from the hindgut of horses with oligofructose-induced laminitis. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2008, 58, 262-266.

MILLINOVICH (G.J.), TROTT (D.J.), BURRELL (P.C.), CROSER (E.L.), AL JASSIM (R.A.M.), MORTON (J.M.), VAN EPS (A.W.) et POLLITT (C.C.) : Fluorescence in situ hybridization analysis of hindgut bacteria associated with the development of equine laminitis. Environ. Microbiol., 2007, 9, 2090-2100.

MILLINOVICH (G.J.), TROTT (D.J.), BURRELL (P.C.), VAN EPS (A.W.), THOEFNER (M.B.), BLACKALL (L.L.), AL JASSIM (R.A.M.), MORTON (J.M.) et POLLITT (C.C.) : Changes in equine hindgut bacterial populations during ologofructose-induced laminitis. Environ. Microbiol., 2006, 8, 885-898.

MUNGALL (B.A.), KYAW-TANNER (M.) et POLLITT (C.C.): In vitro evidence for a bacterial pathogenesis of equine laminitis. Vet. Microbiol., 2001, 79, 209-223.

POLLITT (C.C.): Laminitis Research at the Australian Equine Laminitis Research Unit - Part 1. Disponible sur Internet :  http://www.uq.edu.au/~apcpolli/downloads/chrispollit_Laminitisresearch_AELRU_part1.pdf.

POLLITT (C.C.): Laminitis Research at the Australian Equine Laminitis Research Unit - Part 2. Disponible sur Internet : http://www.laminitisresearch.org/downloads/chrispollit_Laminitisresearch_AELRU_part2.pdf.

ROBERT (C.), COURTOIS (P.A.), GHYOROS (G.) et LECLERC (J.L.) : Enquête fourbure : aidez-nous à mieux connaître cette maladie qui tue… Disponible sur Internet : http://www.france-endurance.net/PDF/Fourbure.pdf.

 

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