J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 25 novembre 2004

 

STREPTOCOCCUS INIAE

 

Note : Streptococcus shiloi est un synonyme ultérieur de Streptococcus iniae et les souches de Streptococcus shiloi doivent être appelées Streptococcus iniae.

Note : Pour une information concernant les poissons cités dans ce fichier, voir le site FishBase (rentrer le nom du genre et le nom de l'espèce dans le fichier Search FishBase).

 

Systématique

 

Streptococcus iniae est la nomenclature valide proposée en 1976 par Pier et Madin pour une souche du genre Streptococcus, non groupable, bêta-hémolytique, isolée d'abcès sous-cutanés chez un dauphin d'eau douce (Inia geoffrensis) élevé en captivité à San Francisco. En 1978, les mêmes auteurs décrivent une nouvelle souche isolée d'un autre dauphin élevé à New York.

A partir de 1984, les élevages israéliens de tilapias et de truites (Oncorhynchus mykiss) ont été victimes d'épizooties de méningo-encéphalites provoquant la mort de 30 à 50 p. cent des animaux. Les analyses microbiologiques ont permis d’isoler des souches de streptocoques dont les caractères biochimiques, sérologiques et génétiques (hybridation ADN - ADN, détermination du G + C p. cent) suggéraient qu’elles constituent 2 nouvelles espèces, Streptococcus difficilis corrig. et Streptococcus shiloi.
Ultérieurement, une étude réalisée sur 35 souches de Streptococcus shiloi et sur la souche type de Streptococcus iniae a révélé que les caractères phénotypiques de ces 2 espèces étaient identiques. Les hybridations ADN - ADN réalisées entre les souches de Streptococcus shiloi et la souche type de Streptococcus iniae ont montré que le pourcentage d’homologie des ADN étaient compris entre 77 et 100 p. cent avec un DTm(e) égal ou inférieur à 1,4 °C. L’ensemble de ces constatations permet de conclure que Streptococcus shiloi et Streptococcus iniae sont une unique espèce. La nomenclature de Streptococcus iniae ayant priorité sur celle de Streptococcus shiloi, ces souches doivent être désignées sous le nom de Streptococcus iniae (Streptococcus shiloi devient un synonyme ultérieur de Streptococcus iniae).

 

Caractères bactériologiques

 

Streptococcus iniae se présente sous la forme de coques à Gram positif, pouvant mesurer jusqu'à 1,5 mm de diamètre, formant de longues chaînes après culture en bouillon, immobiles, capsulés, aéro-anaérobies, catalase négative, non groupables avec les antisérums dirigés contre les antigènes de groupe de Lancefield. Toutefois, les cellules de Streptococcus iniae semblent renfermer un antigène spécifique, comparable à un antigène de groupe et extractible soit par l'acide chlorhydrique soit par la formamide (nouvel antigène de groupe ?).

Les caractères biochimiques de 37 souches de Streptococcus iniae (dont la souche type) ont été étudiés à l'aide de galeries API 20 STREP lues après 24 heures d'incubation.

Un caractère positif est obtenu pour les tests hydrolyse de l'esculine, pyrrolidonyl-arylamidase, leucine arylamidase, phosphatase alcaline, ADH, acidification de l'amidon, du glycogène, du mannitol, du ribose et du tréhalose.

Un caractère négatif est noté pour les tests VP, hydrolyse de l'hippurate, alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, acidification de l'arabinose, de l'inuline, du lactose, du raffinose et du sorbitol.

En utilisant des galeries API 50CH incubées à 30 °C et lues après 24 heures d'incubation (étude réalisée sur 7 souches dont la souche type) on note une acidification de l'amidon, de l'arbutine, du cellobiose, de l'esculine, du D-fructose, du galactose, de la N-acétylglucosamine, du gentiobiose, du D-glucose, du glycogène, du maltose, du mannitol, du D-mannose, de l'alpha-méthyl-D-mannoside, du mélizitose, du ribose, du saccharose, de la salicine et du tréhalose. En revanche, les autres sucres présents sur les galeries API 50CH ne sont pas fermentés (D-arabinose, L-arabinose, galactose, méthyl-D-glucoside, L-sorbose, D-xylose, L-xylose, bêta-méthyl-D-xyloside, rhamnose, lactose, D-raffinose, D-fucose, L-fucose, glycérol, sorbitol, inositol, dulcitol, érythritol, adonitol, xylitol, D-arabitol, L-arabitol, amygdaline, inuline, lyxose, gluconate, 2-céto-gluconate, 5-céto-gluconate, turanose et tagatose).

Parmi les autres caractères bactériologiques, on peut noter que l'uréase est négative mais que le test de CAMP est positif.

Quelques caractères permettant de différencier Streptococcus iniae des autres streptocoques isolés chez les mammifères marins sont donnés dans le tableau I.

Sur une gélose contenant 5 p. cent de sang de mouton et incubée à 37 °C, les colonies sont petites (1 à 2 mm de diamètre après 48 heures d'incubation), blanches, d'aspect semi-muqueux, à contour régulier, entourées d'une zone d'hémolyse bêta de petite taille. L'hémolyse bêta est beaucoup plus visible lorsque l'incubation est réalisée en anaérobiose. Après trois passages in vivo, une culture est obtenue dès 18 heures d'incubation et les colonies sont muqueuses.
Avec la souche type de Streptococcus iniae, Pier et Madin (1976) observent des colonies présentant un centre et une périphérie opaques séparés par une zone translucide. Les mêmes auteurs observent une zone d'hémolyse alpha entourant la zone d'hémolyse bêta.
En bouillon de Todd-Hewitt, la culture se traduit par un sédiment granuleux.
Aucune culture n'est obtenue sur milieu bile-esculine, à une température d'incubation de 45 °C, en présence de 40 p. cent de bile, en présence de 0,04 p. cent de tellurite ou dans un milieu contenant 6,5 p. cent de NaCl. En revanche, quelques souches se développent à 10 °C.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Le principal réservoir de Streptococcus iniae semble constitué par les animaux et la bactérie peut être isolée de la peau chez les poissons.

Chez le dauphin d'eau douce, Streptococcus iniae est responsable de la formation d'abcès sous-cutanés, de 2 à 5 cm de diamètre, fluctuant à la palpation, renfermant 2 à 5 mL d'un exsudat purulent, provoquant une surélévation de la peau et siégeant sur les flancs. Cette infection, mortelle en l'absence de traitement, est connue sous le nom de "golf ball disease".

Dans les élevages de tilapias (Oreochromis sp.) ou de truites (Oncorhynchus mykiss), la maladie conduit à une méningite ou à une méningo-encéphalite. Cliniquement, on observe une anorexie, une apathie, une nage erratique, une exophtalmie bilatérale ("pop-eye"), des hémorragies intra-oculaires, une opacité du cristallin, une rigidité du dos et, en phase pré-agonique, une ascite. Chez les truites, des pétéchies sont souvent présentes autour de l'anus. La mort intervient en une à deux semaines sauf dans les formes suraiguës caractérisées par une mort subite. Le taux de mortalité est d'environ 50 p. cent chez les truites et de 30 p. cent chez les tilapias.
La carpe (Cyprinus carpus) semble insensible à l'infection mais, des cas d'infections naturelles ont été décrits chez le muge (Mugus cephalus), chez des hybrides de bars rayés (Morone saxatilis X Morone chrysops) et chez la sériole à cinq bandes (Seriola quinqueradiata)..
L'infection par Streptococcus iniae a été primitivement décrite dans des élevages israéliens mais la répartition géographique est plus vaste puisque la bactérie a été isolée dans des élevages de tilapias à Taiwan, aux USA (notamment chez des hybrides Oreochromis aurea X Oreochromis nilotica) et probablement en Arabie Saoudite.
L'étude des ribotypes montre que les souches d'origine israélienne diffèrent des souches d'origine américaine et que la souche type, isolée d'un dauphin d'eau douce, diffère des souches isolées chez les poissons.
Expérimentalement, l'injection intrapéritonéale de Streptococcus iniae reproduit l’infection et les germes peuvent être isolés des animaux inoculés. La dose létale 50 p. cent (DL50) est comprise entre 107 et 108 unités formant colonies (ufc) mais, après trois passages in vivo, la virulence augmente et la DL50 varie de 102 à 105 ufc.

A partir du mois de décembre 1995, des souches de Streptococcus iniae ont été isolées chez des canadiens dont, la plupart se souvenait d'avoir manipulé des poissons et notamment des tilapias (Oreochromis sp.) et de s'être blessés lors de cette manipulation (écaillage). Entre le mois de décembre 1995 et le mois de décembre 1996, 9 isolements ont pu être réalisés au Canada et une étude rétrospective a montré que 2 isolements avaient été préalablement réalisés (l'un au Canada en 1994 et l'autre au Texas en 1991).
Les principaux signes cliniques observés sont une cellulite, une fièvre et une lymphangite. Plus rarement, l'infection s'accompagne d'une endocardite et de signes de méningite et d'arthrite.
Une étude épidémiologique a également permis d'identifier 12 cas suspects (individus ayant manipulé des poissons et ayant présenté un tableau clinique compatible avec une infection à Streptococcus iniae) mais sans isolement bactérien.
Une enquête réalisée chez les détaillants et les grossistes a permis d'isoler 38 souches de Streptococcus iniae à partir de la peau de tilapias.

 

Diagnostic bactériologique

 

Chez les dauphins, le prélèvement doit être effectué par écouvillonnage de la face interne de la coque d'un abcès car la mise en culture du pus conduit souvent à un échec.
Chez les poissons malades, le meilleur prélèvement est constitué par un broyage de cerveau (chez la truite, il est également possible d'isoler le germe à partir des reins et, parfois, du sang). Pour mettre en évidence le germe à la surface de la peau, le prélèvement est réalisé par écouvillonnage.

L'isolement peut être réalisé sur différents milieux (gélose chocolat, gélose au sang de mouton, gélose cœur-cervelle), incubés de préférence à 30 °C et observés durant 36 à 72 heures.
Lorsque le prélèvement est contaminé (écouvillonnage de peau), il est nécessaire de recourir à un milieu sélectif comme la gélose Columbia ANC (Acide Nalidixique - Colistine) enrichie de 5 p. cent de sang de mouton.

Le diagnostic repose sur les caractères morphologiques et culturaux, sur l'absence de catalase, sur le type respiratoire, sur l'hémolyse bêta, sur l'impossibilité de mettre en évidence un antigène de groupe, sur la synthèse d'une pyrrolidonyl-arylamidase et d'une leucine arylamidase et sur les caractères mentionnés sur le tableau I et le tableau II.
L'hémolyse bêta est parfois difficile à discerner lors de l'isolement et le germe peut être confondu avec un "streptocoque viridans", considéré comme un simple contaminant et non identifié.
L'utilisation de galeries commerciales ne permet pas une identification ou conduit, parfois, à un diagnostic de Streptococcus uberis.

L'utilisation d'un test PCR, mis en œuvre sur une culture ou sur un prélèvement, permettrait un diagnostic sensible et spécifique.

 

Sensibilité aux antibiotiques et prophylaxie médicale

 

La sensibilité aux antibiotiques a été peu étudiée. Streptococcus iniae est généralement sensible aux bêta-lactamines (y compris à la pénicilline G), à l'érythromycine, à la clindamycine, au triméthoprime-sulfaméthoxazole et à la ciprofloxacine. La souche type résiste à l'acide nalidixique, présente une résistance de bas niveau aux aminosides et possède une sensibilité intermédiaire au chloramphénicol.

A titre expérimental, un vaccin inactivé par le formol a été développé pour protéger les élevages de truites. La vaccination des truites de 50 g permet une protection aussi bien dans les conditions expérimentales que dans les conditions naturelles. Dans les élevages, la vaccination par voie intrapéritonéale permet de faire chuter la mortalité à moins de 5 p. cent et d'obtenir un gain de poids de 70 g.

 

Orientation bibliographique

 

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