J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 26 mars 2007

 

SPHINGOMONAS MOLLUSCORUM

 

Le genre Sphingomonas a été proposé en 1990 par Yabuuchi et al. pour regrouper des bacilles à Gram négatif, non sporulés, aérobies, catalase positive, mobiles ou immobiles, pigmentés en jaune, hydrolysant l'esculine et dont le lipo-polysaccharide pariétal est remplacé par des spingolipides. Initialement, ce genre rassemblait cinq espèces : Sphingomonas adhaesiva, Sphingomonas capsulata, Sphingomonas parapaucimobilis, Sphingomonas paucimobilis et Sphingomonas yanoikuyae. Le genre Sphingomonas est placé dans la famille des Sphingomonadaceae (ordre des Sphingomonadales, classe des ¤ Alphaproteobacteria, division ou phylum des ¤ "Proteobacteria", domaine ou empire des "Bacteria").
Les espèces du genre Sphingomonas ont pour habitat le milieu extérieur, mais elles sont également isolées de prélèvements cliniques, notamment dans des unités de soins intensifs, et elles peuvent se comporter comme des bactéries pathogènes opportunistes. Aucun pouvoir pathogène na été mis en évidence chez les animaux.
Dans le milieu extérieur, les Sphingomonas spp. dégradent la dibenzo-p-dioxine, la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine (dioxine de Seveso) ainsi que d'autres composés apparentés.

Ultérieurement, de nombreuses espèces ont été incluses dans le genre Sphingomonas (voir Sphingomonas in List of Prokaryotic Names with Standing in Nomenclature). En 2001, sur la base des homologies de séquence des ARNr 16S, Takeuchi et al. restreignent le genre Sphingomonas à neuf espèces et ils reclassent les autres espèces dans les genres Novosphingobium, Sphingobium et Sphingopyxis. Le statut du genre Sphingomonas fait l'objet de controverses, notamment parce que les nouveaux genres proposés par Takeuchi et al. sont difficiles à différencier du genre Sphingomonas. Dans la deuxième édition du Bergey's Manual of Systematic Bacteriology, Yabuuchi et al. considèrent que les genres Novosphingobium, Sphingobium et Sphingopyxis sont des synonymes ultérieurs du genre Sphingomonas. Au contraire, pour d'autres auteurs, la création de ces nouveaux genres est justifiée.

Le 08 février 2007, Romanenko et al. valident la nomenclature de Sphingomonas molluscorum pour une souche bactérienne (la souche KMM 3882) isolée d'un coquillage bivalve (Anadara broughtoni) péché dans le golf Pierre le Grand (Baie de Troitsa, Mer du Japon ou Mer de l'Est). Les analyses phylogénétiques et les études chimio-taxonomiques permettent de placer la souche KMM 3882 dans le genre Sphingomonas sensu stricto (au sens de Takeuchi et al. 2001et de Busse et al. 2003).
Les homologies de séquence des ARNr 16S, obtenues avec la souche type de Sphingomonas dokdonensis, sont de 97,3 p. cent. Selon Stackebrandt et Goebel, un tel pourcentage d'homologie ne permet pas d'affirmer que la souche KMM 3882 constitue une nouvelle espèce. Toutefois, les résultats des hybridations ADN-ADN montrent que les pourcentages d'homologie obtenus entre la souche KMM 3882 et la souche type de Sphingomonas dokdonensis sont de 28 p. cent ce qui légitime la création d'une nouvelle espèce.

Sphingomonas molluscorum se présente sous la forme de bacilles à Gram négatif, immobiles, de 1,0 à 1,5 µm de longueur sur 0,4 à 0,6 µm de diamètre, produisant un pigment jaune non diffusible, présentant des sphingolipides pariétaux, aérobies, catalase et oxydase positives.
. Une réponse positive est obtenue avec les tests bêta-galactosidase, hydrolyse de l'esculine, hydrolyse du Tween 20, 40 et 80, acidification faible de l'arabinose, du galactose et du D-xylose.
. Une réponse négative est notée pour les tests réduction des nitrates, production d'indole, uréase, production d'hydrogène sulfuré, ADH, LDC, ODC, phénylalanine désaminase, hydrolyse de la caséine, hydrolyse de la gélatine, hydrolyse de l'amidon, hydrolyse de la chitine, acidification du D-glucose, du glycérol, de l'inositol, du lactose, du maltose, du mannitol, du rhamnose et du saccharose.

Sphingomonas molluscorum cultive en présence de 4 p. cent de NaCl, mais ce n'est pas une bactérie halophile obligatoire. La température optimale de croissance est comprise entre 25 et 28 °C (culture possible pour des températures comprises entre 7 et 37 °C), mais aucune culture n'est obtenue à 4 ou à 42 °C.
Sur une gélose trypticase soja ou sur un milieu Marine Agar 2216, les colonies sont lisses, opaques, jaunes, à contour régulier et leur diamètre atteint 3 à 4 mm.

Aucun pouvoir pathogène n'a été décrit pour Sphingomonas molluscorum.
Cette espèce présente la particularité d'avoir un effet antagoniste sur la croissance de certaines bactéries à Gram positif (Staphylococcus aureus, Enterococcus faecium, Bacillus subtilis, Bacillus cereus, Bacillus firmus, Bacillus circulans, Bacillus brevis, Bacillus coagulans et Bacillus licheniformis) et sur la croissance des levures (espèces non précisées). Cet effet anti-bactérien, qui semble dû à des métabolites de faible poids moléculaire, n'est pas observé vis-à-vis des bactéries à Gram négatif ou des champignons.

 

Orientation bibliographique

 

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ROMANENKO (L.A.), UCHINO (M.), FROLOVA (G.M.), TANAKA (N.), KALINOVSKAYA (N.I.), LATYSHEV (N.) et MIKHAILOV (V.V.) : Sphingomonas molluscorum sp. nov., a novel marine isolate with antimicrobial activity. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2007, 57, 358-363.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

TAKEUCHI (M.), HAMANA (K.) et HIRAISHI (A.) : Proposal of the genus Sphingomonas sensu stricto and three new genera, Sphingobium, Novosphingobium and Sphingopyxis, on the basis of phylogenetic and chemotaxonomic analyses. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 1405-1417.

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YABUUCHI (E.), KOSAKO (Y.), FUJIWARA (N.), NAKA (T.), MATSUNAGA (I.), OGURA (H.) et KOBAYASHI (K.) : Emendation of the genus Sphingomonas Yabuuchi et al. 1990 and junior objective synonymy of the species of three genera, Sphingobium, Novosphingobium and Sphingopyxis, in conjunction with Blastomonas ursincola. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 1485-1496.

 

 

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