J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 11 février 2000
Dernière mise à jour le 13 juin 2007

 

STREPTOCOCCUS ORISRATTI

 

Systématique

 

L'ensemble des "streptocoques oraux", également dénommé "streptocoques viridans" pour l'opposer aux streptocoques bêta hémolytiques, comprend de nombreuses espèces commensales des muqueuses de l'homme ou des animaux. Ces bactéries sont également responsables de caries (notamment Streptococcus mutans) et elles sont associées à des endocardites, des septicémies, des pneumopathies ou des suppurations.
L'analyse des séquences des acides nucléiques permet de diviser l'ensemble des "streptocoques oraux" en cinq groupes différents dont l'un est appelé le "groupe de Streptococcus mutans" ou, dans la terminologie utilisée par Schlegel et Bouvet, le "sous-ensemble or5" (or pour streptocoques oraux).
Les espèces du "groupe de Streptococcus mutans" (Streptococcus criceti, ¤ Streptococcus dentapri, ¤ Streptococcus devriesei, ¤ Streptococcus dentirousetti, Streptococcus downei, ¤ Streptococcus ferus, Streptococcus macacae, Streptococcus mutans, Streptococcus orisratti, ¤ Streptococcus orisuis, Streptococcus ratti et Streptococcus sobrinus) sont isolées de la cavité buccale et elles sont généralement associées à la plaque dentaire. À partir du saccharose, elles produisent des polyosides extracellulaires formant une matrice polysaccharidique dont le rôle est très important car elle sert de support pour d'autres bactéries et de réserve énergétique. La production de polyosides extracellulaires n'est cependant pas documentée dans l'article décrivant ¤ Streptococcus devriesei.

En étudiant l'influence d'une nourriture riche en saccharose sur la composition de la flore orale de rats Sprague-Dawley, Zhu et al. (1999) ont isolé, sur milieu MSA* (Mitis Salivarius Agar), des souches de streptocoques alpha hémolytiques.

Les ADN de ces souches présentent au moins 98,8 p. cent d'homologie alors que les pourcentages d'homologie avec les ADN des autres streptocoques oraux sont compris entre 6,4 et 28,6.
De manière similaire à Streptococcus pyogenes, ces souches possèdent l'antigène du groupe A de Lancefield mais, les hybridations ADN-ADN, réalisées entre la souche A63 (qui deviendra la souche type de la nouvelle espèce Streptococcus orisratti) et une souche de Streptococcus pyogenes révèlent un pourcentage d'homologie inférieur à 28.
Ces souches ressemblent phénotypiquement à ¤ Streptococcus suis, à ¤ Streptococcus equinus (synonyme antérieur et hétérotypique de Streptococcus bovis) ou à ¤ Streptococcus gallolyticus mais les homologies ADN - ADN montrent qu'elles en sont génomiquement éloignées.
L'ensemble de ces données permet de conclure que les souches alpha hémolytiques isolées de la bouche du rat constituent une nouvelle genomospecies (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne). Comme il est possible de les identifier sur la base de leurs caractères phénotypiques Zhu et al. proposent la création d'une nouvelle espèce, Streptococcus orisratti.

L'analyse de 1337 bases de l'ADNr 16S révèle que cette nouvelle espèce appartient au "groupe de Streptococcus mutans".

 

Caractères bactériologiques

 

Les souches de Streptococcus orisratti sont constituées de coques à Gram positif, immobiles, groupés par deux ou en courtes chaînes de trois à six cellules, aéro-anaérobies, catalase négative, possédant l'antigène du groupe A de Lancefield.

Un caractère positif est noté pour les tests hydrolyse de l'esculine, hydrolyse de l'amidon, leucine arylamidase (API 20 Strep), acidification (galeries API) de l'amygdaline, de l'arbutine, du cellobiose, du fructose, du galactose, de la glucosamine, du glucose, du glycogène, de l'inuline, du lactose, du maltose, du mannose, du mélibiose, du raffinose, du saccharose, de la salicine et du tréhalose.

La réponse est négative pour les tests ADH, hydrolyse de l'hippurate, VP, formation de polyosides (dextranes et levanes) à partir du saccharose, pyrrolidonyl arylamidase, alpha-galactosidase, bêta-galactosidase, bêta-glucuronidase, phosphatase alcaline, acidification du L-arabinose, du mannitol, du mélézitose, du ribose et du sorbitol.

En galeries API 20 Strep, le profil numérique est 4 0 4 0 4 7 3 ce qui oriente le diagnostic vers ¤ Streptococcus bovis, ¤ Streptococcus pneumoniae, Streptococcus sanguinis ou ¤ Streptococcus suis. En galerie Rapid ID32, le profil 2 0 0 7 2 0 6 1 1 1 1 oriente vers ¤ Streptococcus bovis ou ¤ Streptococcus suis et en galerie API 50 CHS le germe est identifié comme étant une souche de ¤ Streptococcus suis.

La présence de l'antigène du groupe A de Lancefield permet de différencier Streptococcus orisratti de ¤ Streptococcus suis, de ¤ Streptococcus equinus (synonyme antérieur et hétérotypique de Streptococcus bovis), de ¤ Streptococcus gallolyticus, de ¤ Streptococcus pneumoniae, de Streptococcus sanguinis et des autres espèces du "groupe de Streptococcus mutans".
Certaines souches du "groupe or4" (également appelé groupe de "Streptococcus milleri"), constitué de Streptococcus anginosus, de Streptococcus constellatus et de Streptococcus intermedius, possèdent l'antigène du groupe A de Lancefield mais elles se différencient de Streptococcus orisratti par la production d'une arginine di-hydrolase et par l'absence de fermentation de l'inuline et du raffinose.

La culture est obtenue à 37 °C, à 45 °C, en présence de 10 ou de 40 p. cent de bile et dans un bouillon à pH 9,6. En revanche, la croissance est impossible à 50 °C ou en présence de 6,5 p. cent de NaCl.
Après trois jours d'incubation sur milieu MSA, les colonies sont rugueuses et leur diamètre est compris entre 0,5 et 1,0 mm. Sur gélose Columbia au sang de mouton, les colonies sont petites, rugueuses, blanches, circulaires ou à contour irrégulier et elles sont alpha hémolytiques. Après trois ou quatre subcultures, les colonies apparaissent lisses.
En bouillon cœur-cervelle enrichi de 0,3 p. cent d'extraits de levure, la culture adhère aux parois.

Quelques caractères permettant de différencier Streptococcus orisratti des autres espèces formant le groupe de Streptococcus mutans sont donnés dans le tableau I.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Les souches de Streptococcus orisratti ont été isolées de la bouche de rats Sprague-Dawley. Elles sont présentes chez environ 50 p. cent des animaux et leurs nombres augmentent lorsque les rats sont nourris avec une alimentation riche en saccharose. Le pouvoir pathogène et notamment le pouvoir cariogène de cette nouvelle espèce sont inconnus. On peut cependant remarquer que cette bactérie ne produit pas de polyosides à partir du saccharose.
Le rat est l'une des espèces animales utilisées pour l'étude expérimentale des caries. La présence de Streptococcus orisratti dans la cavité orale des rats peut conduire à des confusions. En effet, sur milieu MSA, les colonies sont semblables aux colonies des autres espèces du "groupe de Streptococcus mutans" qui sont impliquées dans la formation des caries dentaires.

Les souches des sérovars 32 et 34 de ¤ Streptococcus suis seraient en fait des souches de Streptococcus orisratti si bien que le spectre d'hôte de cette bactérie ne serait pas restreint au rat.

 

Orientation bibliographique

 

BOUVET (A.), DELMAS (P.) et FRENEY (J.) : Streptococcaceae : Streptococcus, Enterococcus, Lactococcus. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Manuel de bactériologie clinique, volume 2, 2ème édition, Elsevier, collection Option Bio, Paris, 1994, 99. 705-740.

HILL (J.E.), GOTTSCHALK (M.), BROUSSEAU (R.), HAREL (J.), HEMMINGSEN (S.M.) et GOH (S.H.) : Streptococcus suis serotypes 32 and 34, isolated from pigs, are Streptococcus orisratti. Vet. Microbiol., 2005, 107, 63-69.

SAUVÊTRE (E.) : Bactériologie de la carie dentaire et des maladies du parodonte, de l'endodonte et du périapex. In : J. FRENEY, F. RENAUD, W. HANSEN et C. BOLLET : Manuel de bactériologie clinique, volume 2, 2ème édition, Elsevier, collection Option Bio, Paris, 1994, 99. 643-664.

SCHLEGEL (L.) et BOUVET (A.) : Streptocoques et genres apparentés : abiotrophes et entérocoques. Bull. Soc. Fr. Microbiol., 1998, 13 HS, 7-17.

ZHU (H.), WILLCOX (M.D.P.) et KNOX (K.W.) : A new species of oral Streptococcus isolated from Sprague-Dawley rats, Streptococcus orisratti sp. nov. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2000, 50, 55-61.

 

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Milieu MSA ou Mitis-Salivarius Agar (composition pour un litre de milieu) :

Saccharose : 50,0 g
Agar : 15,0 g
Digestion enzymatique de protéines : 10,0 g
Protéose peptone : 10,0 g
K2HPO4 : 4,0 g
D-glucose : 1,0 g
Bleu trypan : 0,08 g
Cristal violet : 0,8 mg
Solution de Na2TeO3 (dissoudre 0,1 g de Na2TeO3 dans 10 mL d'eau distillée) : 1,0 mL

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