J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

home

Créé le 02 juin 1999

 

STAPHYLOCOCCUS SCIURI

 

Systématique

 

Staphylococcus sciuri* a été décrit en 1976 et cette nomenclature figure dans les "Approved Lists of Bacterial Names". En 1997, Kloos et al. étudient le ribotype** de 58 souches de Staphylococcus sciuri et ils montrent qu’elles se répartissent en 3 groupes. Les études d’hybridation ADN - ADN révèlent que chacun de ces ribotypes constitue une sous-espèce et comme il est possible de les caractériser par des caractères phénotypiques, ces auteurs proposent les appellations de Staphylococcus sciuri subsp. sciuri, Staphylococcus sciuri subsp. carnaticus et Staphylococcus sciuri subsp. rodentium.
L'analyse des séquences des ADNr 16S des souches types, indique que Staphylococcus sciuri est phylogénétiquement proche de Staphylococcus lentus, de ¤ Staphylococcus pulvereri et de ¤ Staphylococcus vitulinus. Ces espèces constituent le groupe appelé "S. sciuri".

 

Caractères bactériologiques

 

Les principaux caractères bactériologiques de Staphylococcus sciuri et de ses trois sous-espèces figurent dans le tableau I.
Staphylococcus sciuri est une espèce oxydase positive. Au sein du genre Staphylococcus seuls ¤ Staphylococcus fleurettii, Staphylococcus lentus et ¤ Staphylococcus vitulinus sont également oxydase positive. Les caractères permettant de distinguer Staphylococcus sciuri des autres espèces oxydase positive du genre Staphylococcus sont donnés dans le tableau II.
Les caractères permettant de différencier Staphylococcus sciuri des ¤ Macrococcus sp. (coques oxydase positive) sont présentés dans le tableau III.

Les sous-espèces de Staphylococcus sciuri présentent fréquemment deux caractères phénotypiques particuliers : la production d’une staphylolysine et une résistance à la méticilline.

La synthèse d’une enzyme capable de lyser les staphylocoques est le fait de toutes les souches de la sous-espèce sciuri, de 89% des souches de la sous-espèce rodentium et de 79% des souches de la sous-espèce carnaticus. Cette enzyme, également produite par des souches de Staphylococcus lentus et de ¤ Staphylococcus vitulinus, est apparentée par ses caractères antigéniques à la lysostaphine (la lysostaphine est une endopeptidase produite par "Staphylococcus staphylolyticus" et qui clive les ponts interpeptidiques constitués de 5 résidus glycine) mais le gène end qui code pour la lysostaphine n’est présent que dans 15% des souches. Cette staphylolysine est donc, le plus souvent, une enzyme différente mais apparentée à la lysostaphine.

La résistance à la méticilline (et d’une manière générale à l’ensemble des isoxazolyl-pénicillines) est observée pour les 3 sous-espèces mais elle est plus fréquente chez les souches de la sous-espèce rodentium. L’ADN chromosomique préparé à partir de 20 souches de la sous-espèce sciuri, 14 souches de la sous-espèce rodentium et 6 souches de la sous-espèce carnaticus s’hybride avec une sonde spécifique du gène mecA***.
La résistance à la méticilline des souches de staphylocoques d’origine animale a été mise en évidence dès 1972 pour Staphylococcus aureus subsp. aureus mais peu de publications font état d’une telle résistance chez les staphylocoques à coagulase négative. Toutefois elle a été signalée en 1991, par Perrin-Couilloud et al. qui isolent de bovins atteints de mammite 1 souche de Staphylococcus auricularis et 7 souches de Staphylococcus sciuri résistantes à la méticilline puis, ultérieurement, par Kawano et al. qui isolent de la peau et des voies respiratoires supérieures de poulets 37 souches de Staphylococcus sciuri, 5 souches de Staphylococcus epidermidis et 3 souches de Staphylococcus saprophyticus résistantes à la méticilline. Par des techniques de PCR, ces auteurs détectent la présence du gène mecA dans les 5 souches testées et montrent que la séquence du gène mecA d’une souche de Staphylococcus sciuri est identique à la séquence mecA retrouvée chez les souches d’origine humaine.
La présence d’un gène similaire ou identique au gène mecA chez des souches animales suggère que ces souches puissent constituer un réservoir de gènes de résistance à la méticilline éventuellement transmissibles à des souches humaines. Ce point est important à considérer car la résistance des staphylocoques à la méticilline est un phénomène préoccupant en médecine de l’homme (une enquête, réalisée dans les hôpitaux de l’Assistance publique de Paris, révèle qu’environ 39,7% des souches de staphylocoques résistent à cet antibiotique et que cette valeur atteint 56,3% pour les hôpitaux de moyens et longs séjours).
Sur le plan pratique, une souche résistante à la méticilline doit être considérée comme résistante à toutes les pénicillines (associées ou non à un inhibiteur des bêta-lactamases), aux céphalosporines et aux carbapénèmes car la réponse au traitement, avec ces bêta-lactamines, est défavorable.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Primitivement, Staphylococcus sciuri a été isolé du milieu extérieur, de la peau de l’homme et de diverses espèces d’animaux domestiques (chiens et moutons) ou sauvages (écureuils, opossums, racoons). Par la suite, cette espèce a été isolée chez d’autres animaux (primates, rongeurs, marsupiaux, mammifères marins, volailles, oiseaux, chats, porcs, bovins, chèvres, chevaux) et de denrées alimentaires d'origine animale.
Le pouvoir pathogène de Staphylococcus sciuri est peu documenté mais cette bactérie est isolée de mammites chez la vache et chez la chèvre.

Les souches de Staphylococcus sciuri subsp. sciuri sont isolées du milieu extérieur, de diverses espèces animales et occasionnellement de l’homme et du singe.

Staphylococcus sciuri subsp. carnaticus est principalement isolé des bovins et des autres artiodactyles ainsi que de leurs produits (viande, lait).

Staphylococcus sciuri subsp. rodentium est principalement isolé des rongeurs.

 

Orientation bibliographique

 

COX (H.U.), HOSKINS (J.D.), NEWMAN (S.S.), TURNWALD (G.H.), FOIL (C.S.), ROY (A.F.) et KEARNEY (M.T.) : Distribution of staphylococcal species on clinically healthy cats. Am. J. Vet. Res., 1985, 46, 1824-1828.

DAVIDSON (T.J.), DOHOO (I.R.), DONALD (A.W.), HARIHARAN (H.) et COLLINS (K.) : A cohort study of coagulase negative staphylococcal mastitis in selected dairy herds in Prince Edward Island. Can. J. Vet. Res., 1992, 56, 275-280.

DEINHOFER (M.) et PERNTHANER (A.) : Staphylococcus spp. a mastitis-related pathogens in goat milk. Vet. Microbiol., 1995, 43, 161-166.

DEVRIESE (L.A.) : Staphylococci in healthy and diseased animals. J. Appl. Bacteriol. Symp. Suppl., 1990, 69, 71S-80S.

DEVRIESE (L.A.) et HOMMEZ (J.) : Epidemiology of methicillin-resistant Staphylococcus aureus in dairy herds. Res. Vet. Sci., 1975, 19, 23-27.

DEVRIESE (L.A.), VAN DAMME (L.R.) et FAMEREE (L.) : Methicillin (cloxacillin)-resistant Staphylococcus aureus strains isolated from bovine mastitis cases. Zbl. Vet. Med., 1972, B19, 598-605.

KAWANO (J.), SHIMIZU (A.), SAITOH (Y.), YAGI (M.), SAITO (T.) et OKAMOTO (R.) : Isolation of methicillin-resitant coagulase-negative staphylococci from chickens. J. Clin. Microbiol., 1996, 34, 2072-2077.

KLOOS (W.E.), BALLARD (D.N.), WEBSTER (J.A.), HUBNER (R.J.), TOMASZ (A.), COUTO (I.), SLOAN (G.L.), DEHART (H.P.), FIEDLER (F.), SCHUBERT (K.), DE LENCASTRE (H.), SANTOS SANCHES (I.), HEATH (H.E.), LEBLANC (P.A.) et LJUNGH (A.) : Ribotype delineation and description of Staphylococcus sciuri subspecies and their potential as reservoirs of methicillin resistance and staphylolytic enzyme genes. Int. J. Syst. Bacteriol., 1997, 47, 313-323.

KLOOS (W.E.) et SCHLEIFER (K.H.) : Genus IV. Staphylococcus Rosenbach 1884, 18AL, (Nom. cons. Opin. 17 Jud. Comm. 1958, 153). In : P.H.A. SNEATH, N.S. MAIR, M.E. SHARPE and J.G. HOLT (éd.) Bergey’s manual of systematic bacteriology, vol. 2, The Williams & Wilkins Co., Baltimore, 1986, p. 1013-1035.

KLOOS (W.E.), SCHLEIFER (K.H.) et SMITH (R.F.) : Characterization of Staphylococcus sciuri sp. nov. and its subspecies. Int. J. Syst. Bacteriol., 1976, 26, 22-37.

NOBLE (W.C.) : Systematics and the natural history of staphylococci. 2. J. Appl. Bacteriol. Symp. Suppl., 1990, 69, 39S-48S.

PERRIN-COULLIOUD (I.), MARTEL (J.L.), BROUILLET (P.) et FEDIDA (M.) : Identification et sensibilité aux antibiotiques des diverses espèces de staphylocoques associées à des mammites bovines inapparentes et subcliniques. Revue. Méd. Vét., 1991, 142, 39-47.

SHIMIZU (A.), OZAKI (J.), KAWANO (J.), SAITOH (Y.) et KIMURA (S.) : Distribution of Staphylococcus species on animal skin. J. Vet. Med. Sci., 1992, 54, 355-357.

SOUSSY (C.J.) (Coordonateur) : Comité de l’antibiogramme de la Société Française de Microbiologie : communiqué 1996. Bull. Soc. Fr. Microbiol., 1996, 11, 315-320.

SOUSSY (C.J.) : Etat actuel de la résistance aux antibiotiques. Médecine Thérapeutique, 1997, 3 (hors série), 24-36.

TAKAHASHI (T.), SATOH (I) et KIKUCHI (N.) : Phylogenetic relationships of 38 taxa of the genus Staphylococcus based on 16S rRNA gene sequence analysis. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 725-728.

 

AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : Kloos et al. reconnaissaient deux sous-espèces au sein de l'espèce Staphylococcus sciuri : Staphylococcus sciuri subsp. sciuri et Staphylococcus sciuri subsp. lentus. En 1983, Schleifer et al. ont élevé la sous-espèce Staphylococcus sciuri subsp. lentus au rang d'espèce (Staphylococcus lentus).

Retour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

** : l’étude du profil de restriction des gènes codant pour les ARNr constitue une approche universelle de l’identification bactérienne, elle s’est révélée très utile pour l’identification des espèces et sous-espèces de staphylocoques et elle a servi à décrire Staphylococcus pasteuri et ¤ Staphylococcus vitulinus corrig.

Retour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

*** : Le gène chromosomique mecA est présent chez toutes les souches résistantes isolées chez l’homme. Il code pour une PLP (protéine liant les pénicillines) additionnelle, la PLP 2a ou PLP 2’ qui présente une faible affinité pour les bêta-lactamines.

Retour