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Dernière mise à jour le 02 juin 1999
STAPHYLOCOCCUS AUREUS SUBSP. ANAEROBIUS
Autres dénominations :
Systématique
En 1911, Morel isole d'un mouton atteint de maladie des abcès, un coque qui sera généralement désigné par les auteurs français sous la dénomination de "microcoque de Morel".
L'analyse électrophorétique des fragments d'ADN, obtenus avec l'enzyme de restriction SmaI ainsi qu'une analyse phylogénétique basée sur les séquences des ADNr 16S, ont permis de confirmer le bien fondé de la proposition de De La Fuente et al. Le "Bergey's Manual of Systematic Bacteriology" considère cette bactérie comme une sous-espèce de Staphylococcus aureus mais, la nomenclature de Staphylococcus aureus subsp. anaerobius n'est citée qu'une seule fois (à la page 1000) et l'étude de cette bactérie ne fait l'objet d'aucun développement.
Caractères bactériologiques
Les souches de Staphylococcus aureus subsp. anaerobius possèdent les caractères généraux du genre Staphylococcus. Ce sont des coques à Gram positif, immobiles, non sporulés, d'un diamètre de 0,8 à 1 mm, se présentant de manière isolée ou groupés par 2 ou, le plus souvent, groupés en amas de forme irrégulière, aéro-anaérobies, à métabolisme fermentatif, sensibles à la lysostaphine (concentration minimale inhibitrice de 12,5 mg/mL), résistants au lysozyme (concentration minimale inhibitrice de 1000 mg/mL), sensibles à la furazolidone (disque chargé à 100 m), résistants à 0,04 unités de bacitracine et résistants à 0,5 mg de O/129.
Un caractère positif** est noté pour les tests sensibilité à 1,6 mg/mL de novobiocine, coagulase en tube (plasma de lapin), DNase thermostable, phosphatase, hydrolyse de la caséine, hydrolyse de la gélatine, hyaluronidase, acidification (en aérobiose) du bêta-D-fructose, du glucose, du maltose et du saccharose. Une réponse négative est obtenue avec les tests catalase, oxydase, clumping factor (plasma de lapin), réduction des nitrates, VP, acidification de l'amygdaline, du L-arabinose, du D-cellobiose, du D-galactose, du gentiobiose, du glycérol, de l'inositol, de l'inuline, du lactose, du D-mannitol, du D-mannose, du D-mélézitoze, du mélibiose, du raffinose, du rhamnose, du D-ribose, de la salicine, du sorbitol, du D-tréhalose, du xylitol et du D-xylose.
En galerie API ZYM, les résultats sont les suivants :
A l'isolement, la culture n'est obtenue que sur des milieux enrichis (sang, sérum, jaune d'œufs) et incubés en anaérobiose ou en micro-aérophilie. La température optimale de croissance est comprise entre 30 et 40 °C (aucune souche ne cultive à 25 ou à 45 °C) et toutes les souches supportent une concentration en NaCl de 10 p. cent (70 p. cent des souches tolèrent des concentrations de 12,5 p. cent de NaCl mais, seules 15 p. cent cultivent en présence de 15 p. cent de NaCl).
Sur gélose au sang, après 48 heures d'incubation, les colonies ont un diamètre de 0,5 à 2 mm. Elles sont circulaires, légèrement convexes, lisses, opaques, non pigmentées, à contour régulier et elles s'entourent d'une zone d'hémolyse bêta (sang de moutons, de bovins, de lapins ou sang humain) très nette lorsque les boîtes sont placées à + 4 °C.
Habitat et pouvoir pathogène
Expérimentalement, Staphylococcus aureus subsp. anaerobius est pathogène pour les ovins et les caprins mais ni pour la souris ni pour le cobaye ni pour le lapin.
Staphylococcus aureus subsp. anaerobius est une des bactéries responsables de la "maladie des abcès" chez les petits ruminants. Cette infection, parfois décrite sous le nom de "micrococcose de Morel et Aynaud" ou de "maladie de Morel", touche le mouton et plus rarement la chèvre. L'infection des ovins est bien connue en France (départements du Sud-Ouest et du Sud-Est) mais elle a été décrite dans d'autres pays (Espagne, Hongrie, Iran, Kenya, Nigéria). L'infection des caprins a été décrite en Italie, au Soudan et en Arabie Saoudite.
La maladie se traduit par la présence d'abcès superficiels localisés préférentiellement aux nœuds lymphatiques précruraux, sous-maxillaires, précapsulaires et poplités. Des localisations sous-cutanées ou musculaires sont parfois observées mais, en revanche, les atteintes viscérales sont rares. Les abcès sont froids, bien délimités par une coque fibreuse, de taille variable (de 1 à 10 cm de diamètre) et contiennent un pus d'aspect caséeux et de couleur jaune-verdâtre. La maladie n'a que peu de répercussion sur l'état général mais elle est à l'origine de pertes économiques liées aux difficultés de commercialisation et aux saisies à l'abattoir. La contamination se fait par contact des animaux sains avec des animaux porteurs d'abcès ouverts. Une transmission par voie cutanée peut également se réaliser par l'intermédiaire d'objets contaminés (le germe se conserverait plusieurs mois dans le pus ou dans le milieu extérieur).
Pour un praticien, les infections à Staphylococcus aureus subsp. anaerobius peuvent être cliniquement semblables à la lymphadénite caséeuse due à ¤ Corynebacterium pseudotuberculosis. Toutefois, contrairement à ce qui est noté lors de lymphadénite caséeuse, les infections à staphylocoques atteignent préférentiellement les agneaux ou les jeunes agnelles et sont rarement observées chez les animaux âgés de 18 mois ou plus. Chez la chèvre, des abcès sont cependant observés chez des animaux âgés de 3 ans.
Diagnostic bactériologique
Le diagnostic bactériologique n'est pas difficile à condition de connaître l'existence de ce germe et de respecter les conditions aptes à assurer sa croissance. L'examen, après coloration de Gram, du pus des abcès révèle la présence, en quantité souvent abondante, de coques à Gram positif groupés généralement en amas. En rapprochant cette observation des commémoratifs, il conviendra d'ensemencer une gélose au sang de mouton incubée 48 à 72 heures en anaérobiose et une gélose au sang de mouton incubée en aérobiose. Les caractères culturaux (croissance en anaérobiose, taille des colonies...) et la recherche de quelques caractères bactériologiques (caractères morphologiques, catalase, coagulase...) assurent le diagnostic. Quelques caractères permettant de différencier Staphylococcus aureus subsp. anaerobius des autres staphylocoques produisant ou pouvant produire une coagulase figurent dans le tableau I. Staphylococcus saccharolyticus se différencie aisément de Staphylococcus aureus subsp. anaerobius par son habitat et son pouvoir pathogène (à la connaissance de l'auteur, cette espèce n'est pas isolée chez l'animal), par son incapacité à produire une coagulase, une DNase et une hémolysine, par la possession d'une nitrate réductase et par son incapacité à acidifier le maltose et le saccharose.
Sensibilité aux antibiotiques
Les 84 souches étudiées par de La Fuente et al. (1985) sont sensibles à la novobiocine, à la pénicilline G, à la méticilline, aux céphalosporines, à la gentamicine, aux tétracyclines, au chloramphénicol, à l'érythromycine et à la vancomycine.
Prophylaxie
Aucun vaccin n'est disponible et la prophylaxie est une prophylaxie sanitaire. Elle repose sur l’isolement des animaux infectés, sur la désinfection des locaux et des objets souillés et sur de bonnes pratiques d’élevage (bonnes conditions d’hygiène, traitement des plaies même minimes).
Orientation bibliographique
ALHENDI (A.B.), EL-SANHOUSI (S.M.), AL-GHASNAWI (Y.A.) et MADAWI (M.) : An outbreak of abscess disease in goats in Saudi Arabia. J. Vet. Med. A, 1993, 40, 646-651. BOUKERROU (A.), GANIERE (J.P.), EL SOLH (N.), ANDRE (G.) et GARROS (D.) : Analyse bactériologique d'un coque à Gram positif (microcoque de Morel) isolé chez des ovins atteints de la maladie des abcès. Revue Méd. Vét., 1985, 136, 391-397. DE LA FUENTE (R.), RUIZ-SANTA QUITERIA (J.A.) et CID (D.) : Experimental intramammary infection of ewes with Staphylococcus aureus subsp. anaerobius. Res. Vet. Sci., 1993, 54, 221-226. DE LA FUENTE (R.), SUAREZ (G.) et SCHLEIFER (K.H.) : Staphylococcus aureus subsp. anaerobius subsp. nov., the causal agent of abscess disease of sheep. Int. J. Syst. Bacteriol., 1985, 35, 99-102. FRENEY (J.), KLOOS (W.E.), HAJEK (V.), WEBSTER (J.A.), BES (M.), BRUN (Y.) et VERNOZY-ROZAND (C.) : Recommended minimal standards for description of new staphylococcal species. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 489-502. GOYACHE (J.), RUIZ-SANTA QUITERIA (J.A.), ORDEN (J.A.), HERNANDEZ (F.J.), GÓMEZ-LUCIA (E.), DE LA FUENTE (R.), BERGDOLL (M.S.) et SUAREZ (G.) : TSST-1 production by Staphylococcus aureus subsp. anaerobius. Res. Microbiol., 1990, 141, 1073-1076. PANTUCEK (R.), GÖTZ (F.), DOSKAR (J.) et ROSYPAL (S.) : Genomic variability of Staphylococcus aureus and the other coagulase-positive Staphylococcus species estimated by macrorestriction analysis using pulsed-field gel electrophoresis. Int. J. Syst. Bacteriol., 1996, 46, 216-222. TAKAHASHI (T.), KANEKO (M.), MORI (Y.), TSUJI (M.), KIKUCHI (N.) et HIRAMUNE (T.) : Phylogenetic analyses of Staphylococcus based on the 16S rDNA sequence and assignment of clinical isolates from animals. J. Vet. Med. Sci., 1997, 59, 775-783. TAKAHASHI (T.), SATOH (I) et KIKUCHI (N.) : Phylogenetic relationships of 38 taxa of the genus Staphylococcus based on 16S rRNA gene sequence analysis. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 725-728.
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* : Peptidoglycane de type A3alpha (voir aussi ¤) :
A : Les ponts interpeptidiques unissent le troisième acide aminé d'une unité tétrapeptidique au quatrième acide aminé d'une autre unité tétrapeptidique.
** : Les caractères bactériologiques sont ceux obtenus par De La Fuente et al., 1985.
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