J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 18 octobre 1999
Dernière mise à jour le 06 juillet 2002

 

STAPHYLOCOCCUS SCHLEIFERI SUBSP. COAGULANS

 

La nomenclature de Staphylococcus schleiferi subsp. coagulans a été proposée en 1990 par Igimi et al. pour 21 souches isolées de chiens souffrant d'otite externe. Ces souches possèdent une coagulase, elles sont phénotypiquement proches de ¤ Staphylococcus intermedius mais elles s'en distinguent par un test VP positif et par l'absence d'acidification du tréhalose.
Les études d'homologie ADN - ADN, effectuées avec les souches types de quelques espèces ou sous-espèces du genre Staphylococcus produisant ou pouvant produire une coagulase*, révèlent un pourcentage d'homologie inférieur à 28 p. cent. En revanche, le pourcentage d'homologie peut atteindre 73 p. cent avec la souche type de Staphylococcus schleiferi. Les caractères phénotypiques de ces 21 souches diffèrent de ceux de Staphylococcus schleiferi et les auteurs considèrent qu'elles constituent une sous-espèce, Staphylococcus schleiferi subsp. coagulans. La publication valide de ce taxon crée, automatiquement (règle 40d du Code de Nomenclature), la nomenclature de Staphylococcus schleiferi subsp. schleiferi.

Les souches de Staphylococcus schleiferi subsp. coagulans sont constituées de coques à Gram positif, de 0,8 à 1,2 µm de diamètre, souvent groupés en amas irréguliers, immobiles, non sporulés, aéro-anaérobies, catalase positive, résistants à la bacitracine, sensibles à la furazolidone et à la novobiocine.
. Une réponse positive est obtenue pour les tests coagulase libre (plasma de lapin), présence de protéine A, DNase thermostable, réduction des nitrates, VP, phosphatase, ADH, uréase, acidification du fructose, du galactose, du glucose, du glycérol et du mannose.
. Une réponse négative est notée pour les tests clumping factor (plasma de lapin), hyaluronidase, oxydase, acidification de l'adonitol, de l'arabinose, du cellobiose, du dulcitol, de l'érythritol, du glycogène, de l'inositol, du maltose, du mélibiose, du mélézitose, du raffinose, du rhamnose, du sorbitol, du tréhalose, du xylitol et du xylose.
. L'acidification du lactose, du mannitol, du ribose et du saccharose est variable selon les souches.
. Sur gélose au sang de mouton, les colonies s'entourent d'une zone d'hémolyse bêta, elles sont circulaires, légèrement convexes et opaque. Sur gélose P, après 3 jours d'incubation à 35 °C suivis de 48 heures d'incubation à température ambiante, le diamètre des colonies peut être supérieur à 5 mm. Les colonies ne sont pas pigmentées.
. Les principaux caractères permettant de différencier Staphylococcus schleiferi subsp. coagulans des autres espèces du genre Staphylococcus, isolées en médecine vétérinaire et produisant ou pouvant produire une coagulase, figurent dans le tableau I.
. Staphylococcus schleiferi subsp. coagulans peut également être confondu avec Staphylococcus schleiferi subsp. schleiferi dont certaines souches produisent une pseudocoagulase**. Toutefois, cette dernière sous-espèce est dépourvue de protéine A, elle est uréase négative et elle donne un résultat positif au test clumping factor.

De manière un peu surprenante, Staphylococcus schleiferi subsp. coagulans n'a fait l'objet que d'un nombre très limité de publications et ce taxon n'est même pas cité dans un texte émanant du "sous-comité de taxonomie des staphylocoques et des streptocoques" qui donne la liste de toutes les espèces et sous-espèces du genre Staphylococcus validement publiées à la fin de 1997***.
Les souches isolées par Igimi et al. provenaient toutes du conduit auditif de chiens souffrant d'otite externe et vivant au japon. Ultérieurement, cette sous-espèce a été isolée de cas d'otites externes chez des chiens vivant en France (observations personnelles) et Bes et al. ont rapporté l'isolement de deux souches chez des chiens français atteint de pyodermites. Chez le chien, ce germe semble donc moins fréquemment isolé que ¤ Staphylococcus intermedius ou que Staphylococcus aureus subsp. aureus. Il faut cependant préciser que cette bactérie est méconnue des bactériologistes et des vétérinaires et que son identification est délicate. L'utilisation de galeries prêtes à l'emploi ne permet généralement pas une identification correcte et l'étude des caractères biochimiques devrait être complétée par l'analyse des séquences intergéniques 16S-23S.
En 1994, Vandenesch et al. ont décrit l'isolement, en association avec un streptocoque du groupe G, d'une souche de Staphylococcus schleiferi subsp. coagulans chez un homme opéré d'un doigt.

A la connaissance de l'auteur, aucune donnée concernant la sensibilité aux antibiotiques de S. schleiferi subsp. coagulans n’a été publiée.

 

Orientation bibliographique

 

BES (M.), GUÉRIN-FAUBLÉE (V.), FRENEY (J.) et ETIENNE (J.) : Isolation of Staphylococcus schleiferi subspecies coagulans from two cases of canine pyoderma. Vet. Rec., 2002, 150, 487-488.

FRENEY (J.), BRUN (Y.), BES (M.), MEUGNIER (H.), GRIMONT (F.), GRIMONT (P.A.D.), NERVI (C.) et FLEURETTE (J.) : Staphylococcus lugdunensis sp. nov. and Staphylococcus schleiferi sp. nov., two species from human clinical specimens. Int. J. Syst. Bacteriol., 1988, 38, 168-172.

FRENEY (J.), KLOOS (W.E.), HAJEK (V.), WEBSTER (J.A.), BES (M.), BRUN (Y.) et VERNOZY-ROZAND (C.) : Recommended minimal standards for description of new staphylococcal species. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 489-502.

IGIMI (S.), TAKAHASHI (E.) et MITSUOKA (T.) : Staphylococcus schleiferi subsp. coagulans subsp. nov., isolated from the external auditory meatus of dogs with external ear otitis. Int. J. Syst. Bacteriol., 1990, 40, 409-411.

MENDOZA (M.), MEUGNIER (H.), BES (M.), ETIENNE (J.) et FRENEY (J.) : Identification of Staphylococcus species by 16S-23S rDNA intergenic spacer PCR analysis. Int. J. Syst. Bacteriol., 1998, 48, 1049-1055.

VANDENESCH (F.), LEBEAU (C.), BES (M.), LINA (G.), GREENLAND (T.), BENITO (Y.), BRUN (Y.), FLEURETTE (J.) et ETIENNE (J.) : Clotting activity in Staphylococcus schleiferi subspecies from human patients. J. Clin. Microbiol., 1994, 32, 388-392.

 

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* : Staphylococcus aureus subsp. aureus (souche CCM 885 = ATCC 12600 = NCTC 8532), ¤ Staphylococcus aureus subsp. anaerobius (souche MVF-7 = MVF-7 = ATCC 35844), ¤ Staphylococcus hyicus (souche JCM 2423 = ATCC 11249) et ¤ Staphylococcus intermedius (souche JCM 2422 = ATCC 29663). Les homologies ADN - ADN n'ont pas été recherchées vis-à-vis de ¤ Staphylococcus delphini ou vis-à-vis de ¤ Staphylococcus lutrae (espèce non encore décrite en 1990).

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** : Certaines souches de Staphylococcus schleiferi subsp. schleiferi produisent des protéases (pseudocoagulases) capables d'agir sur la prothrombine et/ou le plasminogène et de provoquer une coagulation du plasma en l'absence de staphylocoagulase.
Contrairement à la staphylocoagulase, l'activité des pseudocoagulases est inhibée par l'adjonction d'un mélange d'anticoagulants et d'inhibiteurs des protéases.
Pour faire la différence entre la production d'une staphylocoagulase ou de pseudocoagulases, Vandenesch et al. (1994) utilisent la technique suivante :
. Ensemencement d'un bouillon cœur-cervelle avec une culture de 18 heures effectuée sur gélose au sang de mouton.
. Incuber sous agitation intense le bouillon cœur-cervelle durant 3 heures à 37 °C.
. Dans un tube, mélanger 100 µl de la culture à 400 µl de plasma de lapin (plasma de lapin réhydraté, Bacto Coagulase Plasma EDTA, Difco).
. Dans un autre tube, mélanger 400 µl de plasma de lapin (plasma de lapin réhydraté, Bacto Coagulase Plasma EDTA, Difco), 2 mM de N-éthyl-maléimide, 100 mM d'aprotinine et 20 UI d'héparine par mL.
Incuber à 37 °C et effectuer la lecture toutes les heures durant 6 heures puis après 18 heures d'incubation.

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*** : Ce texte omet également Staphylococcus pulvereri sans doute, parce que cette espèce semble identique à ¤ Staphylococcus vitulinus qui a priorité.

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