J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 22 novembre 2004

 

STREPTOCOCCUS EQUI SUBSP. ZOOEPIDEMICUS

 

Autre dénomination : "Streptococcus zooepidemicus"

 

Systématique

 

Historiquement, les souches du groupe C ont été réparties en 4 espèces sur la base de leur pouvoir hémolytique, sur leur capacité à fermenter le sorbitol et le tréhalose et sur leur pouvoir pathogène :
. Streptococcus dysgalactiae : hémolyse alpha, sorbitol -, tréhalose +, responsable de mammites chez les bovins ;
. "Streptococcus equisimilis" : hémolyse bêta, sorbitol -, tréhalose +, responsable d'infections chez l'homme et les animaux ;
. Streptococcus equi : hémolyse bêta, sorbitol -, tréhalose -, responsable d'infections chez le cheval ;
. "Streptococcus zooepidemicus" : hémolyse bêta, sorbitol +, tréhalose -, responsable d'infections chez les animaux et parfois chez l'homme.

En 1980, seule la nomenclature de Streptococcus equi sera incluse dans les "Approved Lists of Bacterial Names".

En 1983, Garvie et al. décrivent (selon les normes du Code de Nomenclature), "ressuscitent" et valident la nomenclature de ¤ Streptococcus dysgalactiae pour des souches alpha-hémolytiques isolées de mammites chez les bovins. Actuellement, cette espèce est divisée en 2 sous-espèces et elle inclut les souches de "Streptococcus equisimilis" (voir ¤ Streptococcus dysgalactiae).

En 1984, Farrow et Collins montrent que Streptococcus equi et "Streptococcus zooepidemicus" sont génétiquement apparentés (homologies ADN - ADN de 90 p. cent) et forment une unique genomospecies (pour la définition d'une genomospecies voir le fichier Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne). Toutefois, les études de taxonomie numérique révèlent que ces deux taxons ne sont pas identiques aussi, ces auteurs proposent que les souches de "Streptococcus zooepidemicus" soient reclassées au sein d'une sous-espèce de Streptococcus equi : Streptococcus equi subsp. zooepidemicus. En vertu de la règle 46 du Code de Nomenclature, la reconnaissance de cette sous-espèce conduit à placer les souches anciennement dénommées Streptococcus equi au sein d'une nouvelle sous-espèce, ¤ Streptococcus equi subsp. equi.

Le 15 novembre 2004, Fernández et al. valideront la publication de ¤ Streptococcus equi subsp. ruminatorum pour des souches isolées de mammites chez les petits ruminants.

 

Caractères bactériologiques

 

La définition de Streptococcus equi subsp. zooepidemicus est la suivante :

Coques ou cellules ovoïdes à Gram positif, se présentant en paires ou en chaînes, immobiles, non sporulés, parfois capsulés, aéro-anaérobies, chimio-organotrophes, à métabolisme fermentatif, catalase négatif, ne résistant pas à un chauffage de 30 minutes à 60 °C, portant l'antigène de groupe C de Lancefield.

Une réponse positive est notée pour les tests ADH, phosphatase alcaline, bêta-glucuronidase, leucine arylamidase, acidification de l'amidon, du glucose, du glycogène, du lactose, du saccharose, de la salicine et du sorbitol.

Un résultat négatif est obtenu pour les tests gélatinase, VP, alpha-galactosidase, pyrrolidonyl-arylamidase, acidification de l'arabinose, du glycérol, de l'inuline, du raffinose, du ribose et du xylose.

La majorité des souches hydrolyse l'esculine mais pas l'hippurate et la majorité des souches ne synthétise pas de bêta-galactosidase et n'acidifie ni le mannitol ni le tréhalose.

La température optimale de croissance est de 37 °C et, sur gélose au sang, les colonies s'entourent d'une large zone d'hémolyse bêta.
Aucune culture n'est obtenue à 10 ou à 45 °C, à pH de 9,6, en présence de 6,5 p. cent de NaCl ou en présence de 10 p. cent de bile.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Streptococcus equi subsp. zooepidemicus est susceptible d'infecter de nombreuses espèces animales (principalement le cheval) et l'homme.

- Homme
Les infections à Streptococcus equi subsp. zooepidemicus ne sont pas fréquentes mais ont été décrites à plusieurs reprises. Le plus souvent, elles surviennent chez des individus immunodéprimés ou alcooliques, vivant en contact avec des animaux (notamment le cheval) ou consommant du lait cru ou des fromages au lait cru. Elles se traduisent par des infections cutanées, des pharyngites, des adénites cervicales, des infections respiratoires supérieures, des pneumonies, des abcès intra-abdominaux, des arthrites, des endocardites, des méningites, des septicémies. Exceptionnellement, cette bactérie est responsable de glomérulonéphrites post-streptococciques.
Streptococcus equi subsp. zooepidemicus est plus virulent que ¤ Streptococcus dysgalactiae subsp. equisimilis et, dans les formes graves, le taux de mortalité est deux fois plus élevé.

- Cheval
Streptococcus equi subsp. zooepidemicus est fréquemment isolé des voies respiratoires supérieures chez l'animal sain. C'est une bactérie pathogène opportuniste, responsable de 22 à 54 p. cent des cas de métrite, de 15 à 20 p. cent des avortements, d'épididymites, d'infections ombilicales et de pneumonies dont l'apparition est favorisée par des infections virales ou par des stress (tels que les transports).

- Autres espèces animales
. Les infections à Streptococcus equi subsp. zooepidemicus semblent rares chez les primates non-hominiens mais elles ont été observées chez des singes indonésiens et chez des animaux élevés en captivité dans un zoo américain et dans un zoo allemand. Les signes cliniques de l'infection apparaissent brutalement, ils concernent de nombreux individus et le taux de mortalité (septicémie) est élevé. Il est intéressant de remarquer que la contamination des animaux (Macaca silenus) élevés dans le zoo allemand semble avoir eu pour origine un animalier présentant une infection des voies respiratoires supérieures.
. Chez les bovins, Streptococcus equi subsp. zooepidemicus est associé à des cervicites, à des métrites et à des mammites chroniques avec induration et fibrose de la mamelle. Lors de mammites, le germe est excrété dans le lait et il peut être à l'origine d'une contamination de l'homme (ingestion de lait cru ou de produits à base de lait cru).
. Chez les agneaux, Streptococcus equi subsp. zooepidemicus est isolé de pleurésies fibrineuses, de pneumonies et de péricardites alors que chez la chèvre, il est responsable de mammites.
. Chez le phoque (Haliochoerus grypus), Streptococcus equi subsp. zooepidemicus a été isolé d'animaux souffrant de pneumonies ou de septicémies.
. Chez le porc, Streptococcus equi subsp. zooepidemicus est responsable d'arthrites, d'avortements et de septicémies.
. Chez les volailles, les infections sont observées aussi bien chez les oiseaux domestiques que chez les oiseaux sauvages et elles se traduisent par des septicémies, des endocardites, des péricardites et plus rarement par des arthrites, des ténosynovites ou des salpingites.
. Parmi les rongeurs, des infections ont été décrites chez le cobaye, la souris et le ragondin (Myocastor coypus). Chez le cobaye, elles conduisent à la formation d'abcès dans pratiquement tous les organes (notamment dans les nœuds lymphatiques cervicaux), à des otites internes, à des troubles respiratoires, à des avortements et à des septicémies. Chez la souris, on note une mortalité importante due à une septicémie ainsi que des abcès des nœuds lymphatiques de la tête. Dans les élevages de ragondins, Streptococcus equi subsp. zooepidemicus est à l'origine de pneumonies pouvant provoquer la mort de 70 p. cent des animaux.
Chez toutes ces espèces, l'expression clinique est favorisée par de mauvaises conditions d'élevage (stress, changements brutaux de température, excès d'humidité, carence en vitamine C chez le cobaye, ...).

 

Diagnostic bactériologique

 

L'isolement est généralement réalisé sur une gélose trypticase soja ou sur une gélose Columbia au sang de mouton ou de cheval (le sang de cheval permettrait une meilleure expression de l'hémolyse et son utilisation est recommandée par certains auteurs). La concentration en sang du milieu ainsi que la hauteur de la gélose peuvent influer sur l'hémolyse et il convient d'utiliser une gélose de 4 mm d'épaisseur contenant 5 p. cent de sang. Les boîtes sont incubées à 37 °C en aérobiose ou mieux, dans une atmosphère anaérobie ou une atmosphère contenant 10 p. cent de CO2.

L'ensemencement sur gélose peut être précédé d'une étape d'enrichissement effectuée dans un milieu liquide tel que le bouillon de Todd-Hewitt incubé une nuit à 37 °C. L'isolement devra alors être réalisé, en parallèle, sur un milieu non sélectif et sur un milieu sélectif tel qu'une gélose Columbia ANC (acide nalidixique - colimycine) au sang.

L'identification présomptive du genre Streptococcus repose sur les caractères morphologiques, les caractères culturaux, l'absence de catalase et le type respiratoire.

L'identification de l'espèce tient compte de l'hémolyse bêta, des caractères antigéniques (antigène du groupe C mis en évidence, le plus souvent, grâce à l'utilisation d'un kit commercial) et biochimiques (galerie prête à l'emploi comme la galerie API 20 STREP).

En médecine vétérinaire, les souches de Streptococcus equi subsp. zooepidemicus peuvent être confondues avec ¤ Streptococcus equi subsp. equi ou avec d'autres streptocoques bêta-hémolytiques et/ou possédant l'antigène C de Lancefield. Les éléments du diagnostic différentiel sont donnés dans le tableau I et dans le tableau II.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Streptococcus equi subsp. zooepidemicus est sensible à l'ensemble des bêta-lactamines et notamment à la pénicilline G. Des résistances acquises vis-à-vis des aminosides (rendant illusoire l'association avec une bêta-lactamine car on n'observe plus de synergie), du chloramphénicol, des macrolides et surtout des tétracyclines sont possibles.

 

Orientation bibliographique

 

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