J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 23 mai 2001

 

TAYLORELLA ASINIGENITALIS

 

Voir aussi les fichiers : ¤ Taylorella equigenitalis, ¤ Alcaligenaceae et ¤ Burkholderiales, Burkholderiaceae.

 

A la fin des années 1997, une souche bactérienne, ressemblant à ¤ Taylorella equigenitalis, a été isolée de la fosse urétrale d'un âne élevé en Californie. Peu de temps après, deux nouvelles souches bactériennes, également similaires à Taylorella equigenitalis, ont été isolées de la fosse urétrale de deux ânes du Kentucky. Ces trois souches diffèrent de Taylorella equigenitalis par une croissance plus lente et par leurs propriétés antigéniques (réaction faiblement positive en immunofluorescence indirecte vis-à-vis d'un sérum anti-Taylorella equigenitalis).

Ces trois souches ont fait l'objet d'une étude génotypique et phénotypique dont les principaux résultats sont présentés ci-dessous.
. L'analyse des séquences des ARNr 16 S montre un pourcentage d'homologie supérieur à 99,8 p. cent pour les souches d'origine asine alors que le pourcentage d'homologie avec la séquence de l'ARNr 16S de la souche type de Taylorella equigenitalis est de 97,6 p. cent.
. Les hybridations ADN - ADN, réalisées entre deux souches asiniennes, révèlent un pourcentage d'homologie de 89 p. cent alors que les pourcentages d'homologie entre l'ADN de ces deux souches et une souche de Taylorella equigenitalis sont inférieurs ou égaux à 24 p. cent.
. Les valeurs des G + C p. cent des souches d'origine asine et des souches de Taylorella equigenitalis sont similaires.
. L'analyse électrophorétique en champs pulsé des fragments de restriction de l'ADN (utilisation de trois enzymes de restriction différentes) montre une différence entre, d'une part, les trois souches asiniennes et, d'autres part, six souches de Taylorella equigenitalis.
. Les acides gras cellulaires des souches asiniennes et des souches de Taylorella equigenitalis sont similaires.
. Les caractères bactériologiques classiques des souches d'origine asine et des souches de Taylorella equigenitalis sont similaires.

Pour Jang et al., il existe suffisamment de différences entre les souches asiniennes et ¤ Taylorella equigenitalis pour justifier la création d'une nouvelle espèce qu'ils baptisent Taylorella asinigenitalis (nomenclature validement publiée en mai 2001).
Toutefois, il convient de remarquer (i) que la souche type de Taylorella equigenitalis n'a pas été utilisée pour les études d'homologie ADN - ADN ; (ii) que la souche type de Taylorella equigenitalis n'a pas été utilisée pour l'analyse électrophorétique des fragments de restriction de l'ADN ; (iii) qu'un pourcentage d'homologie supérieur à 97 p. cent entre les séquences des ARNr 16S de deux souches peut être compatible avec l'appartenance de ces souches à une même espèce (voir : Stackebrandt et Goebel 1994) ; (iv) que les résultats des études phénotypiques ne permettent pas une distinction nette entre Taylorella asinigenitalis et Taylorella equigenitalis (voir la référence Wayne et al. 1987) et (v) que la description correcte d'une espèce bactérienne nécessite l'étude d'au moins 10 souches (voir Rosselló-Mora et Amann 2001).
Pour toutes ces raisons, il ne semble pas que la création de cette nouvelle espèce soit opportune.

Les caractères bactériologiques classiques sont ceux de Taylorella equigenitalis si on excepte le fait que la croissance est considérée comme plus lente (la culture est toutefois obtenue en 48 heures !!!) et qu'elle ne peut être obtenue à 42 °C.
La description de Taylorella asinigenitalis, donnée par Jang et al. 2001, est la suivante :
. Coccobacilles à Gram négatif, immobiles, micro-aérophiles, catalase et oxydase positives, inactifs sur les sucres, ne réduisant pas les nitrates, n'hydrolysant pas l'esculine, rouge de méthyle négatif, ne produisant pas d'acétoïne, uréase négative, non indologènes.
. Après 48 heures d'incubation à 37 °C dans une atmosphère enrichie en dioxyde de carbone (5 à 7 p. cent), les colonies obtenues sur gélose Eugon renfermant 10 p. cent de sang laqué de cheval sont convexes, opaques, à contour régulier et leur diamètre est d'environ 1 mm. Le germe ne cultive ni sur gélose de MacConkey ni sur des milieux incubés en anaérobiose ou en atmosphère normale ni sur des milieux incubés à 24 ou à 42 °C. La croissance n'est pas stimulée par l'hémine ou le NAD.
. En utilisant des galeries API ZYM, une activité enzymatique est détectée pour la phosphatase alcaline, la leucine arylamidase, la phosphatase acide (score de 2 ou 3) et une réponse faiblement positive (score de 2 ou 3) ou très faiblement positive (score de 1) est obtenue avec les tests estérase C4, estérase lipase C8, valine arylamidase, cystine arylamidase et naphtol-AS-BI-phosphohydrolase.

La technique de PCR, développée par Bleumink-Pluym et al. pour le diagnostic de ¤ Taylorella equigenitalis, amplifie une séquence de l'ARNr 16S et peut s'avérer positive chez des animaux infectés par Taylorella asinigenitalis. Moore et al. recommandent de séquencer les amplicons entre les positions 450 et 480, région dans laquelle se trouve localisée huit bases spécifiques, afin de confirmer ou d'infirmer un diagnostic de métrite contagieuse.

Les infections à Taylorella asinigenitalis ne provoquent aucun signe clinique chez les ânes ou les ânesses mais le germe se transmet lors des saillies et les animaux développent une réponse en anticorps. D'un point de vue économique, les infections à Taylorella asinigenitalis n'ont donc pas les mêmes conséquences que les infections à ¤ Taylorella equigenitalis (bactérie responsable de la métrite contagieuse équine). Il n'est pas impossible que ces aspects économiques aient contribué à la proposition de la nouvelle espèce Taylorella asinigenitalis. Par exemple, l'existence aux U.S.A. d'infections à Taylorella asinigenitalis n'empêche pas ce pays d'être indemne de métrite contagieuse puisque Taylorella asinigenitalis est considérée comme une espèce différente de ¤ Taylorella equigenitalis (voir, sur le site de l'OIE, le fichier Informations sanitaires1er septembre 2000, Vol. 13 – No 34).

 

Orientation bibliographique

 

BLEUMINCK-PLUYM (N.M.C.), WERDLER (M.E.B.), HOUWERS (D.J.), PARLEVLIET (J.M.), COLENBRANDER (B.) et VAN DER ZEIJST (B.A.M.) : Development and evaluation of PCR test for detection of Taylorella equigenitalis. J. Clin. Microbiol., 1994, 32, 893-896.

JANG (S.S.), DONAHUE (J.M.), ARATA (A.B.), GORIS (J.), HANSEN (L.M.), EARLEY (D.L.), VANDAMME (P.A.R.), TIMONEY (P.J.) et HIRSH (D.C.) : Taylorella asinigenitalis sp. nov., a bacterium isolated from the genital tract of male donkeys (Equus asinus). Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 971-976.

MOORE (J.E.), MILLAR (B.C.) et BUCKLEY (T.C.) : Potential misidentification of Taylorella asinigenitalis as Taylorella equigenitalis: implications for the epidemiology of CEM. J. Equine Vet. Sci., 2000, 20, 479.

ROSSELLÓ-MORA (R.) et AMANN (R.) : Review. The species concept for prokaryotes. FEMS Microbiol. Rev., 2001, 25, 39-67.

STACKEBRANDT (E.) et GOEBEL (B.M.) : Taxonomic note: A place for DNA-DNA reassociation and 16S rRNA sequence analysis in the present species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Bacteriol., 1994, 44, 846-849.

WAYNE (L.G.), BRENNER (D.J.), COLWELL (R.R.), GRIMONT (P.A.D.), KANDLER (O.), KRICHEVSKY (M.I.), MOORE (L.H.), MOORE (W.E.C.), MURRAY (R.G.E.), STACKEBRANDT (E.), STARR (M.P.) et TRUPER (H.G.) : Report of the ad hoc committee on reconciliation of approaches to bacterial systematics. Int. J. Syst. Bacteriol., 1987, 37, 463-464.

 

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