J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 23 mars 1999
Dernière mise à jour le 30 juin 2009

 

TREPONEMA BRENNABORENSE

 

Systématique

 

La nomenclature de Treponema brennaborense a été attribuée à une souche de spirochètes isolée d'un cas de dermite digitée chez un bovin. Cette affection du pied des bovins est contagieuse et de nombreuses bactéries ont été mises en évidence. Parmi elles, des spirochètes semblent jouer un rôle important car ils sont présents en grand nombre, ils peuvent envahir le stratum spinosum et les papilles dermiques et les animaux atteints élaborent une réponse immunitaire spécifique. Les spirochètes présents dans les lésions de dermite digitée forment une population hétérogène constituée de plusieurs groupes morphologiques (morphovars) et phylogénétiques (phylovars).

En 1995, Walker et al. isolent 8 souches de spirochètes* à partir de biopsies de lésions et ils montrent que ces bactéries sont proches des tréponèmes. Toutefois, en l'absence d'études génétiques, ces auteurs ne proposent aucune nomenclature.

En 1999, Schrank et al. décrivent une souche de spirochètes différente des souches caractérisées par Walker et al. (1995). L'analyse de la séquence des gènes codant pour les ARNr 16S révèle que ce spirochète appartient au genre Treponema et qu'il est phylogénétiquement proche de certains tréponèmes présents dans la bouche, notamment de Treponema maltophilum (89,5 p. cent d'homologie de séquences). Le profil protéique obtenu par électrophorèse ainsi que les activités enzymatiques (galeries API ZYM et Rapid ID 32A) permettent de différencier cette espèce des autres tréponèmes précédemment décrits ce qui conduit les auteurs à proposer la nouvelle nomenclature de Treponema brennaborense.

 

Caractères bactériologiques

 

Treponema brennaborense présente les caractères morphologiques et structuraux des représentants de l'ordre des ¤ Spirochaetales. C'est une bactérie à Gram négatif, de forme hélicoïdale, de 5 à 8 mm de longueur sur 0,25 à 0,55 mm de diamètre, possédant 2 flagelles internes (1 flagelle inséré à chacune des extrémités de la cellule), ne cultivant pas en aérobiose, dépourvue de catalase, résistante à 1 mg/L de rifampicyne et à 100 mg/L de phosphomycine.

En galerie API ZYM, une réaction positive est notée pour les tests phosphatase alcaline, estérase (C4), estérase lipase (C8), phosphatase acide, naphtol-AS-BI-phosphohydrolase, bêta-galactosidase, alpha-glucosidase et N-acétyl-bêta-glucosaminidase.
En galerie Rapid ID 32A, une réponse positive est observée pour les tests phosphatase alcaline, bêta-galactosidase, alpha-glucosidase, N-acétyl-bêta-glucosaminidase, arginine arylamidase, fermentation du raffinose et du mannose.

La culture est optimale après incubation à 37 °C et en anaérobiose dans un milieu OMIZ-Pat** liquide ou solide (1,5 p. cent d'agar).
En milieu liquide, la densité bactérienne est maximale (environ 8 X 108 bactéries par mL) après 21 heures d'incubation, les cellules apparaissent très mobiles (mouvements de rotation), leur longueur varie selon l'âge de la culture et, durant la phase stationnaire de croissance, des formes circulaires sont observées. Une température d'incubation de 30 °C ou l'adjonction de 2 à 10 p. cent de sérum de lapin ont un effet défavorable sur la croissance.
En milieu solide, après 5 jours d'incubation, on observe des colonies blanchâtres, à contour mal délimité, qui pénètrent dans la gélose et dont le diamètre peut atteindre 3 mm.

Les principaux caractères permettant de différencier Treponema brennaborense des autres tréponèmes isolés de lésions podales chez les bovins sont présentés dans le tableau I.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Treponema brennaborense a été isolé d'une biopsie effectuée chez un bovin présentant une dermite digitée. Cette affection du pied se traduit par des lésions inflammatoires, ulcératives, pouvant évoluer vers la formation de lésions verruqueuses. Les lésions sont principalement localisées sur la face palmaire ou plantaire, dorsalement aux talons, au-dessus de la région interdigitée. Au sein d'un troupeau, la maladie apparaît brutalement, se propage rapidement et peut concerner jusqu'à 70 p. cent des animaux. Un traitement local (parage des lésions suivi d'une application de violet de gentiane et de tétracyclines sous forme d'aérosol) permet généralement d'obtenir la guérison.
Cette maladie, également connue sous les noms de dermite digitée papillomateuse ou de papillomatose digitée ou de dermite verruqueuse ou de footwarts ou de maladie de Mortellaro, a été décrite pour la première fois en Italie en 1974. Par la suite, elle a été mise en évidence dans de nombreux pays (Europe, Amérique du Nord, Asie, Afrique, Australie) et elle est à l'origine de boiteries importantes et de pertes économiques (amaigrissement, diminution de la production lactée).

Le rôle étiologique de Treponema brennaborense reste incertain car d'autres espèces bactériennes (¤ Treponema pedis, Fusobacterium sp., ¤ Guggenheimella bovisPrevotella sp., Porphyromonas sp., Bacteroides sp., Campylobacter sp., ...) et d'autres spirochètes sont également isolés des lésions. De plus, aucune souche de Treponema brennaborense n'a été mise en évidence lors d'une enquête épidémiologique effectuée en 2008 et portant sur l'examen de 56 biopsies.
 

Orientation bibliographique

 

BLOWEY (R.W.) et SHARP (M.W.) : Digital dermatitis in dairy cattle. Vet. Rec., 1998, 122, 505-508.

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DEMIRKAN (I.), WALKER (R.L.), MURRAY (R.D.), BLOWEY (R.W.) et CARTER (S.D.) : Serological evidence of spirochaetal infections associated with digital dermatitis in dairy cattle. Vet. J., 1999, 157, 69-77.

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NORDHOFF (M.), MOTER (A.), SCHRANK (K.) et WIELER (L.H.) : High prevalence of treponemes in bovine digital dermatitis-a molecular epidemiology. Vet. Microbiol., 2008, 131, 293-300.

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SCHRANK (K.), CHOI (B.K.), GRUND (S.), MOTER (A.), HEUNER (K.), NATTERMANN (H.) et GÖBEL (U.B.) : Treponema brennaborense sp. nov., a novel spirochaete isolated from a dairy cow suffering from digital dermatitis. Int. J. Syst. Bacteriol., 1999, 49, 43-50.

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WYSS (C.), CHOI (B.K.), SCHÜPBACH (P.), GUGGENHEIM (B.) et GÖBEL (U.B.) : Treponema maltophilum sp. nov., a small oral spirochete isolated from human periodontal lesions. Int. J. Syst. Bacteriol., 1996, 46, 745-752.

READ (D.H.) et WALKER (R.L.) : Papillomatous dermatitis (footwarts) in California dairy cattle: clinical and gross pathologic findings. J. Vet. Diagn. Invest., 1998, 10, 67-76.

 

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 * : Les 8 souches isolées par Walker et al. (1995) se répartissent en 2 groupes d'après leurs caractères bactériologiques. Un groupe est constitué par une unique souche (la souche 1-9185 MED) alors que le deuxième groupe rassemble les 7 autres souches.

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** : Milieux OMIZ (Oral Microbiology and Immunology, Zürich)

Le milieu OMIZ-W1 est un milieu synthétique complexe dont la description et le mode de préparation sont donnés dans la référence Wyss 1992 (article disponible gratuitement sur Internet : http://www.pubmedcentral.nih.gov/picrender.fcgi?artid=265483&blobtype=pdf).

A partir de ce milieu, l'adjonction de glutathion, d'asialofétuine, d'une fraction méthanol-soluble d'extraits de levure et d'une fraction désionisée de "Neopeptone Difco" permet d'obtenir le milieu OMIZ-WP (voir la référence Wyss et al. 1996 disponible gratuitement sur Internet : http://ijs.sgmjournals.org/cgi/reprint/46/3/745).

Le milieu OMIZ-Pat est obtenu en ajoutant des sucres (D-mannose, D-arabinose, D-tréhalose, D-saccharose et D-rhamnose) au milieu OMIZ-WP (voir la référence Wyss et al. 1996).

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