J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Dernière mise à jour le 23 mai 2001

 

TAYLORELLA EQUIGENITALIS

 

Autre dénomination : Haemophilus equigenitalis.

Voir aussi les fichiers : ¤ Taylorella asinigenitalis, ¤ Alcaligenaceae et ¤ Burkholderiales, Burkholderiaceae.

 

Systématique

 

Taylorella equigenitalis, agent de la métrite contagieuse des équidés, a été décrite en 1977 et appelée "Haemophilus equigenitalis" en 1978. Cette nomenclature a été omise des Approved Lists of Bacterial Names et n’a été validée qu’en 1983. Toutefois, les caractères phénotypiques, la composition en bases de l’ADN et des études d’hybridation ADN-ADN montrent que cette bactérie est différente des espèces du genre Haemophilus et elle a été transférée dans le nouveau genre Taylorella, sous la dénomination de Taylorella equigenitalis.

L’individualisation du genre Taylorella a été confirmée par les travaux de Bleumink-Pluym et al. qui montrent que ce genre Taylorella appartient à la sous classe bêta des Proteobacteria alors que le genre Haemophilus appartient à la sous classe gamma.
Actuellement, le genre Taylorella est placé dans la famille des ¤ Alcaligenaceae (ordre des ¤ Burholderiales, classe des ¤ Betaproteobacteria, phylum des ¤ "Proteobacteria", domaine ou empire des "Eubacteria" ou des "Bacteria"). Les homologies de séquence des ARNr 16S montrent que le genre Taylorella est phylogénétiquement proche du genre ¤ Pelistega.

En mai 2001, le genre Taylorella s'est enrichi d'une nouvelle espèce, ¤ Taylorella asinigenitalis, dont les caractères phénotypiques sont très (extrêmement) proches des caractères de Taylorella equigenitalis.

 

Caractères bactériologiques

 

Taylorella equigenitalis se présente sous la forme d’un bacille ou d’un coccobacille à Gram négatif, de 1,5 mm de longueur sur 0,7 mm de diamètre, donnant parfois dans les vieilles cultures des formes filamenteuses de 5 à 6 mm de longueur, immobile, non sporulé, possédant à l’isolement une fine capsule visible au microscope électronique et présentant, in vivo, des pili qui pourraient être des facteurs d’attachement aux cellules épithéliales.

Taylorella equigenitalis est micro-aérophile, sa culture nécessite 5 à 10 p. cent de CO2, une température comprise entre 30 et 42 °C et une humidité relative. La croissance n’est pas obtenue sur les milieux ordinaires, elle est extrêmement faible sur gélose au sang et elle n’est pas stimulée par la présence du facteur X et/ou V. Les conditions optimales de culture sont représentées par l’utilisation d’une gélose chocolat incubée à 37 °C dans une atmosphère contenant au moins 70 p. cent d’humidité et 7 p. cent de CO2.

Les colonies ne sont pas visibles à l’œil nu avant 48 ou 72 heures et, lors de l’isolement, certaines souches ne donnent une culture qu’après 5 voire même 13 jours d’incubation. Après 48 heures d’incubation, les colonies sont rondes, convexes, lisses, brillantes, à bord régulier, légèrement grisâtres et d’une taille de 0,5 à 2 mm. Après 72 heures d’incubation, les colonies s’aplatissent et leur centre devient plus opaque. La taille des colonies augmente régulièrement pour atteindre 7 à 10 mm après 10 jours d’incubation. Les souches qui ne poussent qu’après 5 jours d’incubation, donnent des colonies d’un diamètre de 0,15 mm et leur taille n’excède pas 0,25 mm après 10 jours.

La croissance de Taylorella equigenitalis se produit également dans divers milieux liquides (bouillon Eugon, bouillon Brucella, bouillon cœur-cervelle additionné de 1 p. cent de Fildes et elle conduit à un trouble discret visible après 72 heures d’incubation. Une culture plus abondante, se traduisant par un trouble homogène et le développement d’un voile, est obtenue dans un milieu à base de protéose, de peptone (Difco n° 3), de digestion de foie, d’extraits de levure et de sérum de cheval.

Taylorella equigenitalis possède une catalase, une cytochrome oxydase, une phosphatase alcaline et une phosphatase acide mais les autres caractères biochimiques, étudiés selon les techniques classiques, sont fréquemment négatifs (uréase, gélatinase, lipase, désoxyribonucléase, phénylalanine désaminase, lysine décarboxylase, ornithine décarboxylase, arginine dihydrolase, production d’H2S, production d’indole, réduction des nitrates, réduction des nitrites, acidification des sucres, bêta galactosidase...).

Par contre, la bactérie exerce une activité enzymatique sur des substrats variés. Notons simplement que toutes les souches possèdent des aminopeptidases actives sur les dérivés de l’alanine, de l’arginine, de l’acide aspartique, de l’acide glutamique, de la glycine, de la lysine, de la méthionine ou de la sérine et que toutes les souches possèdent des estérases actives sur les composés en C 5 et C 6.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

La métrite contagieuse des équidés est une infection sexuellement transmissible ou transmise à la faveur d’explorations gynécologiques effectuées dans des conditions d’hygiène insuffisantes ou par l’intermédiaire du matériel de contention utilisé lors des saillies. Le germe a été mis en évidence chez des bovins par une technique de PCR mais, seuls les équidés semblent susceptibles d’exprimer des signes cliniques. La maladie a été initialement décrite en Angleterre puis diagnostiquée ultérieurement aux États Unis, au Japon en Australie et en Europe (Allemagne, Belgique, France, Hollande, Irlande, Italie, Suisse, ...). La métrite contagieuse des équidés est inscrite sur la liste B de l'OIE (maladies de la liste B de l'Office International des Epizooties). En France, depuis le décret du 17 février 2006, la métrite contagieuse n'est plus une maladie réputée contagieuse mais elle reste une maladie à déclaration obligatoire.

L’infection existe chez les deux sexes mais le mâle est un simple porteur de germes (fourreau, fosse urétrale, urètre, liquide pré-éjaculatoire, sperme) et seule la jument exprime des signes cliniques. La forme aiguë se traduit par une endométrite avec apparition, dans les 2 à 4 jours suivant le contact infectant, d’écoulements vaginaux et utérins abondants qui s’estompent progressivement pour disparaître spontanément en 15 à 20 jours. Actuellement, cette forme aiguë classique est moins fréquente et laisse la place à des formes chroniques, plus frustres et d’évolution insidieuse. Taylorella equigenitalis n’est qu’exceptionnellement responsable d’avortements et les juments gravides infectées donnent généralement naissance à des poulains en bonne santé. L’infection reste localisée aux muqueuses génitales, elle ne provoque pas de mortalité, elle n’altère pas l’état général des animaux mais elle a des répercussions économiques importantes car elle provoque une baisse ultérieure de la fécondité et elle constitue une entrave aux échanges commerciaux.

 

Diagnostic bactériologique

 

La réalisation du prélèvement et les modalités du diagnostic de laboratoire sont réglementées. Les principales dispositions sont résumées ci-dessous.

Réalisation du prélèvement :

Pour assurer la qualité des prélèvements, les textes prévoient les mesures suivantes :

- Les prélèvements sont réalisés par un vétérinaire sanitaire ayant suivi une formation spécialisée.

- Le matériel, les modalités pratiques et les sites de prélèvement sont codifiés.

- Les prélèvements sont ensemencés sur place dans les 10 minutes suivant leur réalisation ou placés dans un milieu de transport (AMIES-charbon) et ils doivent alors parvenir au laboratoire dans les 24 heures. Les échantillons qui parviennent au laboratoire dans d’autres milieux de transport ou dans un délai supérieur à 24 h ne peuvent être acceptés.

- Les prélèvements sont accompagnés d’une fiche de commémoratifs d’un modèle officiel.

Diagnostic de laboratoire :

- Les analyses sont effectuées par des laboratoires agréés.

- La mise en culture s’effectue le plus rapidement possible sur au moins 2 géloses chocolat par échantillon. Ces géloses dont le pH doit être compris entre 7,2 et 7,4, sont fabriquées à partir d’une base Columbia ou Eugon contenant 10 p. cent de sang de cheval ou de mouton défibriné et cuit 10 minutes à 80 °C. L’une des géloses chocolat est additionnée de streptomycine (200 mg/L) et d’un antifongique (actidione 10,0 mg/L ou amphotéricine B 5 mg/L). Pour les prélèvements supposés très contaminés on peut ensemencer, en plus, une gélose contenant 400 mg/L de streptomycine. L’addition de Polyvitex (1 p. cent v/v) ou de Fildès (1 p. cent v/v) est recommandée. Les boîtes sont incubées à 37 °C dans une atmosphère d’humidité contrôlée (70 p. cent minimum) et contenant 7 à 10 p. cent de CO2. Les cultures sont observées journellement et un délai minimum de 6 jours est obligatoire avant de déclarer la recherche négative. L’efficacité de la technique doit être contrôlée systématiquement par ensemencement simultané de deux souches de référence (une souche streptomycine-sensible et une souche streptomycine-résistante).

L’identification repose sur la bactérioscopie, sur les exigences culturales (absence de pousse sur gélose au sang incubée 24 heures en atmosphère ordinaire), sur l’exigence en CO2 (en testant en parallèle une souche de référence) et sur les caractères biochimiques de base (oxydase, catalase et phosphatases positives). L’identité de la souche est ensuite vérifiée par agglutination rapide sur lame avec un antisérum spécifique après avoir exclu la possibilité d’une auto-agglutination. Le test d’agglutination doit être validé à l’aide d’une souche de référence et la lecture ne doit pas excéder 1 minute.

- Les laboratoires s’engagent à communiquer le jour même tous les résultats d’analyses au Directeur des services vétérinaires du lieu de stationnement de l’animal.

 

Ce diagnostic bactériologique de Taylorella equigenitalis est long et parfois aléatoire aussi, il convient de multiplier les sites de prélèvements et de répéter les examens. Cette recherche est également difficile lorsque le nombre de bactéries est faible et que le prélèvement contient une flore annexe importante. Dans ce dernier cas, la recherche est encore plus délicate si la souche de Taylorella equigenitalis est sensible à la streptomycine. Pour toutes ces raisons, une technique d’immunofluorescence indirecte, mise en œuvre directement sur les prélèvements, a été développée par J. Vaissaire et C. Tram. Les antisérums de lapins hyperimmunisés montrent une très bonne spécificité puisque, parmi les germes susceptibles d’être présents dans des prélèvements, seuls Pseudomonas fluorescens et Staphylococcus aureus présentent une fluorescence. Cette technique est rapide (24 heures), plus sensible que la culture mais elle nécessite une grande attention au moment de la lecture.

La PCR, mise en œuvre sur les prélèvements se révèle moins sensible qu’un test PCR effectué sur des cultures. Cette dernière technique est très sensible, elle permet de donner un résultat en 3 jours et elle pourrait être utilisée en routine.
La PCR développée par Bleumink-Pluym et al. amplifie une séquence de l'ARNr 16S. Comme il existe une forte homologie de séquence entre l'ARNr 16S de Taylorella equigenitalis et l'ARNr 16S de ¤ Taylorella asinigenitalis, cette technique peut conduire à des résultats faussement positifs. Moore et al. recommandent de séquencer les amplicons entre les positions 450 et 480, région dans laquelle se trouve localisée huit bases spécifiques, afin de confirmer un diagnostic de métrite contagieuse.

L’analyse des profils de restriction se révèle utile pour des enquêtes épidémiologiques.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Les souches de Taylorella equigenitalis sont résistantes à la clindamycine, à la lincomycine et au métronidazole, elles présentent une sensibilité variable à la colistine, à la streptomycine, au sulfaméthoxazole ou au triméthoprime mais, elles sont sensibles à de nombreux autres antibiotiques : pénicilline, ampicilline, céfalotine, gentamicine, kanamycine, néomycine, chloramphénicol, tétracycline, érythromycine, acide nalidixique, bacitracine...

En pratique, pour éviter un traitement mal conduit, celui-ci est étroitement réglementé et ses modalités ainsi que son contrôle sont variables selon les animaux (étalon ou jument).

 

Prophylaxie

 

Il n’existe pas de vaccin apte à prévenir l’infection et la prophylaxie repose exclusivement sur des mesures sanitaires (dépistage obligatoire des étalons livrés à la monte publique, mise en place d’un contrôle sanitaire officiel des établissements étalonniers et des juments, ...).

 

Orientation bibliographique

 

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