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Dernière mise à jour le 08 juin 1998
UREAPLASMA
Systématique
Le genre Ureaplasma est l’un des deux genres de la famille des Mycoplasmataceae. Il se distingue de tous les autres mollicutes par la possession d’une uréase et donc la capacité d’hydrolyser l’urée. L’individualisation des espèces au sein du genre Ureaplasma est basée sur les propriétés antigéniques, l’analyse des protéines et la valeur du G + C p. cent. Le genre comprend 6 espèces : Ureaplasma canigenitalium, Ureaplasma cati, Ureaplasma diversum, Ureaplasma felinum, Ureaplasma gallorale et Ureaplasma urealyticum.
Caractères bactériologiques
Les uréaplasmes sont des bactéries polymorphes mais, dans les jeunes cultures, ils apparaissent généralement sous une forme coccoïde ou cocco-bacillaire avec un diamètre de l’ordre de 330 nm. Ils sont immobiles, micro-aérophiles (la croissance est faible en aérobiose), uréase positive (utilisation de l’urée comme facteur de croissance), exigeants en cholestérol, sensibles à la digitonine (1,5 p. cent) sensibles à l’acétate de thallium (0,05 p. cent) et ne métabolisent ni l’arginine ni les sucres. La croissance est maximale pour un pH de 6,0 (ou compris entre 6,0 et 7,0 pour Ureaplasma cati, Ureaplasma felinum et Ureaplasma gallorale) et pour une température de 37 °C (elle est faible à 22 °C et nulle à 42 °C). Plusieurs milieux de culture, contenant du sérum et des extraits de levure, peuvent être utilisés mais ces milieux ne doivent pas contenir de métaux lourds. Les colonies sont petites, 15 à 60 mm de diamètre (d’où l’ancienne dénomination de T-mycoplame, T pour tiny). Les colonies de Ureaplasma gallorale et de Ureaplasma canigenitalium présentent l’aspect caractéristique en "œuf sur le plat". En bouillon, la densité ne dépasse pas 107 cellules viables par millilitre.
Habitat et pouvoir pathogène
Les bactéries du genre Ureaplasma sont isolées de la bouche, de l’appareil respiratoire et de l’appareil urogénital de l’homme et de diverses espèces animales (primates, bovins, petits ruminants, chevaux, porcs, oiseaux, chiens, chats, racoon, vison, ...). Ils peuvent être responsables d’infections urogénitales et de pneumonies.
- Ureaplasma cati et Ureaplasma felinum ont été isolés du rhino-pharynx de chats domestiques, leur pouvoir pathogène est inconnu.
- Ureaplasma canigenitalium est la nomenclature proposée pour des souches d’uréaplasmes qui se répartissent en 4 sérovars (A, B, C et D) et qui sont isolées de la cavité orale, des cavités nasales, de la trachée, du prépuce et du vagin de chiens sains ou atteints de diverses affections (œdème pulmonaire, pneumonie, urémie, maladie de Carré, filariose). Les souches isolées du chien appartiennent à un même groupe génomique et elles sont sérologiquement et génétiquement différentes des autres uréaplasmes. Ureaplasma canigenitalium, fréquemment isolé des muqueuses du chien pourrait faire partie de la flore normale et son pouvoir pathogène demeure incertain.
- Ureaplasma diversum est la deuxième espèce a avoir été individualisée au sein du genre Ureaplasma. Les souches se répartissent en 11 sérovars regroupés en 3 sérogroupes A, B et C. Ureaplasma diversum est isolé des bovins (les souches d’uréaplasmes isolées des petits ruminants ont une G + C p. cent voisin des souches bovines mais elles sont antigéniquement différentes), notamment de l’appareil génital. Chez la vache, le taux d’infection varie selon les enquêtes de 11 à 100 p. cent et chez les mâles Ureaplasma diversum est isolé de 14 à 100 p. cent des échantillons de sperme ou de liquides de lavage du prépuce. La transmission se produit principalement lors du coït ou, lors d’insémination, avec du sperme contaminé (chez une vache dont le vagin est contaminé, le germe peut être introduit dans l’utérus par le biais des pipettes d’insémination) mais une infection par voie respiratoire (reniflement de la vulve des femelles en chaleur) ou sur un mode indirect par l’intermédiaire de poussières contaminées (l’infection est plus fréquente en hiver lorsque les vaches sont à l’étable) semblent possibles. En fonction de leur aptitude à produire ou non une mammite expérimentale chez la vache ou la brebis, on distingue des souches pathogènes et des souches non pathogènes. Ureaplasma diversum est susceptible de provoquer des kératoconjonctivites, des broncho-pneumonies chez le veau, mais c’est principalement sur l’appareil génital des femelles que l’infection semble avoir les répercussions les plus importantes : diminution de la fertilité (mortalité embryonnaire, avortements), naissance d’animaux affaiblis, salpingites, endométrites, vulvites granuleuses. Chez les mâles, aucun signe clinique n’est associé à l’infection.
- Ureaplasma gallorale est une bactérie isolée du rhino-pharynx des poules, son pouvoir pathogène est non documenté.
- Ureaplasma urealyticum est une espèce isolée de l’appareil urogénital et du rhino-pharynx de l’homme. Cette bactérie est responsable d'urétrites (15 à 20 p. cent des urétrites non gonococciques) et parfois de pyélonéphrites. Chez la femme enceinte, l’infection des voies génitales basses n’a pas de répercussion clinique sur le fœtus mais l’infection du chorion et de l’amnios est à l’origine de chorioamniotites, de naissances prématurées et de morbidité et de mortalité périnatales. Actuellement, Ureaplasma urealyticum est impliqué dans des infections respiratoires basses et dans des infections du système nerveux central des nourrissons, notamment chez les prématurés et l’infection est reproduite expérimentalement chez la souris et chez des primates. Occasionnellement, Ureaplasma urealyticum est isolé de péritonites ou d’arthrites chez des sujets affaiblis.
Pathogénie
Les facteurs de virulence des uréaplasmes sont mal connus. Ureaplasma diversum adhère aux cellules par un mécanisme non identifié (structure spécifique ou simples liaisons électrostatiques ou hydrophobes). L’hydrolyse de l’urée libère des ions ammonium qui sont toxiques. L’inoculation par voie intraveineuse à la souris d’une souche de Ureaplasma urealyticum tue la souris en 5 minutes et la mort est liée à l’uréase car un inhibiteur de l’uréase (la flurofamide) protège les animaux. La libération d’ammonium semble également être le mécanisme impliqué dans l’effet ciliostatique observé sur l’oviducte des bovins et dans la baisse intracellulaire du taux de calmoduline. Ureaplasma urealyticum produit une sérine protéase qui clive les IgA1 de l’homme. La production de cytokines résultant d’une activation des macrophages pourrait participer au pouvoir pathogène.
Diagnostic bactériologique
Les milieux utilisés pour les mycoplasmes ne conviennent pas pour les uréaplasmes et les milieux utilisés pour Ureaplasma urealyticum donnent généralement de mauvais résultats pour les uréaplasmes isolés des ruminants. Tous les milieux de culture doivent avoir un pH de l’ordre de 6,0 ± 0,5, contenir de l’urée, être exempt d’acétate de thallium, être enrichis en sérum de cheval (les lots de sérums doivent être préalablement testés car certains d’entre eux peuvent inhiber la croissance), être incubés à 36-37 °C dans une atmosphère anaérobie enrichie en un minimum de 5 p. cent de CO2 (atmosphère d’azote contenant 5 à 15 p. cent de CO2 ou atmosphère constituée par 100 p. cent de CO2 ). Sur un milieu de Hayflick modifié pour les uréaplasmes (milieu de base pour mycoplasmes + sérum de cheval + extraits de levure + urée + rouge de phénol) ou sur le milieu A-7 de Shepard et Lunceford (Gibco) ou sur le milieu de Taylor-Robinson (sans acétate de thallium), les colonies sont visibles en 24 à 48 heures à condition d’examiner les boîtes à un grossissement 100. La taille des colonies dépend du volume de milieu coulé dans les boîtes et un volume de 6 à 7 ml pour une boîte de diamètre 5 cm donne satisfaction. Généralement, les cultures perdent leur viabilité en 3 à 4 jours si elles sont conservées à 37 °C par contre la viabilité persiste plusieurs semaines à 5 °C, un an à - 20 °C et plusieurs années à - 80 °C. Les prélèvements doivent parvenir au laboratoire très rapidement ou être placés dans un milieu de transport (Milieu de Amies sans charbon ou milieu de Stuart) et conservés au froid. Les prélèvements peuvent contenir des inhibiteurs de la croissance (par exemple des antibiotiques) et avant mise en culture ils doivent être dilués du dixième au millième. Le prélèvement dilué est inoculé dans un milieu liquide puis repiqué sur milieux liquides et milieux solides. La recherche d’une uréase est le test clef pour l’identification du genre Ureaplasma. Dans un milieu contenant de l’urée et du rouge de phénol, l’apparition d’une couleur rouge plus ou moins violacée donne une première suspicion qui doit être confirmée par des tests plus spécifiques tel que le test de Shepard et Howard. Il consiste à verser sur les colonies une solution à parties égales de 10 p. cent d’urée et 0,8 p. cent de chlorure de manganèse (cette solution peut être conservée à - 20 °C). Les colonies prennent une teinte brune dorée puis brune foncée voire noire car le manganèse se dépose à la surface des colonies. L’identification de l’espèce est du domaine des laboratoires spécialisés.
Sensibilité aux antibiotiques
La détermination in vitro de la sensibilité aux antibiotiques nécessite des techniques de dilution en milieu liquide ou gélosé. Les uréaplasmes sont naturellement résistants aux bêta-lactamines (absence de paroi) et aux sulfamides et triméthoprime (absence de synthèse d’acide folique). Les macrolides, les synergistines et les fluoroquinolones sont généralement actives. L’activité des tétracyclines est variable selon les souches (il existe des souches résistantes hébergeant le gène tetM) et les lincosamides sont inactives.
Orientation bibliographique
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