J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 08 février 2003

 

VIBRIO CORALLIILYTICUS

 

Autres dénominations : Vibrio sp. YB1, "Vibrio coralyticus".

Voir aussi le fichier : ¤ "Vibrionales", Vibrionaceae, Vibrio.

 

Introduction et systématique

 

Depuis 1973 (date de la description de la maladie de la bande noire), les coraux et notamment les scléractiniaires constructeurs de récifs, sont de plus en plus fréquemment victimes de maladies provoquant à la fois une diminution du nombre des coraux et une diminution de leur diversité. Même si certaines de ces maladies sont provoquées par des micro-organismes, la plupart d'entre elles ne sont observées que lorsque la température de l'eau augmente. Si le réchauffement de la planète se confirme, il faut s'attendre à une diminution du nombre et de la surface des récifs coralliens.
Des agents étiologiques ont été identifiés pour quelques maladies* mais, dans la majorité des cas, ils demeurent inconnus.

En mars 1999, des coraux atteints de la maladie du blanchiment ont été collectés sur le récif de l'île Mawi (située dans l'océan Indien à 7 km de l'île de Zanzibar) alors que la température de l'eau était de 29,5 °C. L'étude bactériologique a permis d'isoler 15 souches appartenant à la famille des Vibrionaceae dont une, la souche YB1, isolée de l'espèce Pocillopora damicornis**, était capable de reproduire la maladie chez des coraux sains. Par la suite, trois autres souches de Vibrio sp., semblables à la souche YB1, ont été isolées de coraux malades (Pocillopora damicornis) prélevés sur le récif d'Eilat (Mer Rouge, Israël).

Les quatre souches isolées de Pocillopora damicornis et deux souches provenant de la collection LMG (Laboratorium voor Microbiologie, Universiteit Gent, Belgium) ont fait l'objet d'une étude taxonomique.
Les séquences des ARNr 16S (trois souches étudiées) présentent entre elles plus de 99 p. cent d'homologie et une analyse phylogénétique révèle que ces souches sont apparentées à la souche type de Vibrio tubiashii (97,2 p. cent d'homologie), à la souche type de Vibrio nereis (96,8 p. cent d'homologie) et à la souche AK1*** de ¤ Vibrio mediterranei (96,6 p. cent d'homologie).
Les ADN des six souches présentent plus de 85 p. cent d'homologie et ces souches forment donc une unique genomospecies (voir le fichier ¤ Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne). Cette genomospecies présente des homologies ADN - ADN égales ou inférieures à 31 p. cent avec les souches de ¤ Vibrio mediterranei, de Vibrio nereis et de Vibrio tubiashii.
Les caractères phénotypiques permettent d'identifier cette genomospecies pour laquelle Ben-Haim et al. valident la nomenclature de Vibrio coralliilyticus.

 

Caractères bactériologiques

 

Les souches de Vibrio coralliilyticus sont constituées de bacilles à Gram négatif, de 1,2 à 1,5 µm de longueur sur 0,8 µm de diamètre, non sporulés, mobiles grâce à un unique flagelle polaire entouré d'une gaine, non sporulés, aéro-anaérobies, oxydase et catalase positives, acidifiant le glucose, halophiles, non luminescents et sensibles au composé vibriostatique O129 (disque chargé à 30 µg).

La majorité des caractères bactériologiques ont été étudiés à l'aide de galeries API 20 NE et Biolog GN2 MicroPlate en respectant les instructions des fabriquants sauf en ce qui concerne les milieux de suspension pour lesquels la concentration en NaCl a été ajustée à 3 p. cent.
. Une réponse positive est obtenue avec les tests réduction des nitrates en nitrites, production d'indole, bêta-galactosidase, bêta-glucosidase, gélatinase, assimilation de la D-alanine, de la L-alanine, de la L-alanyl-glycine, de la L-asparagine, de l'acide L-aspartique, de l'acide glycyl-L-aspartique, de l'acide alpha-aminobutyrique, de l'acide L-glutamique, de l'acide glycyl-L-glutamique, de la L-histidine, de l'hydroxyproline, de la L-ornithine, de la L-proline, de la D-sérine, de la L-sérine, de la thréonine, de la thymidine, de l'uridine, de la dextrine, du fructose, du D-galactose, du D-mannitol, du méthyle succinate, de l'acide D-gluconique, de la N-acétyl-glucosamine, du glucose 6-phosphate, du glycérol, du D,L-alpha-glycérol phosphate, du glycogène, du maltose, du D-mannose, du D-psicose, du saccharose, de l'acide succinique, de l'acide bromosuccinique, du Tween 40 et du Tween 80.
. Une réponse négative est notée pour le test uréase.
. Une réponse variable selon les souches est observée pour les tests ADH, assimilation du citrate, du bêta-méthyl-D-glucoside, de l'acide propionique, du méthyle pyruvate, du glucose-1-phosphate et du D-mannitol.
. En utilisant le système Biolog, les caractères phénotypiques de Vibrio coralliilyticus sont proches de ceux de Vibrio harveyi, de Vibrio alginolyticus, de Vibrio splendidus et de Aeromonas encheleia. Avec des galeries API 20NE, Vibrio coralliilyticus est apparenté à Vibrio fluvialis ou à ¤ Aeromonas hydrophila.

Aucune croissance n'est observée en l'absence de NaCl ou pour des concentrations en NaCl égales ou supérieures à 8 p. cent. La température optimale de croissance semble être de 30 °C, mais le germe cultive également à 20 et 25 °C.
Après 48 heures d'incubation à 30 °C, les colonies obtenues sur gélose Marine Agar sont de couleur crème et les colonies obtenues sur gélose TCBS**** sont jaunes.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

L'habitat de Vibrio coralliilyticus est certainement l'eau de mer. Quatre souches de cette espèce ont été isolées de coraux malades (Pocillopora damicornis) et deux souches ont pour origine des larves de mollusques bivalves (Crassostrea gigas et Nodipecten nodosus). Il est intéressant de remarquer que la souche isolée de l'huître creuse, la souche LMG 10953 = NCIMB 2165, avait été incluse dans la publication décrivant Vibrio tubiashii et identifiée comme une souche de cette espèce.

Toutes les souches, y compris les deux souches isolées de mollusques, sont douées d'un pouvoir pathogène pour Pocillopora damicornis.
L'infection expérimentale de Pocillopora damicornis avec une culture pure de Vibrio coralliilyticus souche YB1 provoque une lyse de 50 à 100 p. cent des tissus en 1 à 2 semaines et, après 17 jours, la lyse tissulaire est complète chez 19 des 20 coraux inoculés. La souche peut être isolée des animaux inoculés et elle est également présente dans l'eau des aquariums.
La lyse tissulaire débute par la formation de petits points qui grandissent, deviennent coalescents et forment des taches blanches. Les taches continuent à croître jusqu'à ce que les tissus soient complètement détruits, ne laissant subsister que le squelette.
La maladie est contagieuse car des coraux sains, placés dans un aquarium contenant des coraux malades, développent une maladie similaire et, à leur tour, ils peuvent transmettre l'infection à d'autres coraux sains.

Ben-Haim et Rosenberg ont étudié l'influence de l'importance de l'inoculum et de la température de l'eau sur le développement de l'infection.
La taille de l'inoculum est peu importante et un faible nombre de bactéries (30 bactéries par mL) est capable de provoquer la lyse des coraux en deux semaines lorsqu'ils sont placés dans une eau à 29 °C.
En revanche, la température de l'eau est un facteur clé. La lyse des coraux est observée pour une température égale ou supérieure à 27 °C alors que les coraux placés à 25 °C ne présentent aucun signe clinique. L'effet de la température pourrait s'exercer soit sur la sensibilité des coraux soit sur la virulence de la bactérie. Dans le cas des coraux infectés par ¤ Vibrio mediterranei, la température de l'eau a une influence importante sur l'expression du pouvoir pathogène bactérien. Bien que les facteurs de pathogénicité de Vibrio coralliilyticus soient moins bien connus que ceux de ¤ Vibrio mediterranei, il a été montré que la synthèse d'une protéase extracellulaire, susceptible de jouer un rôle dans la destruction tissulaire, était plus abondante à 27 °C qu'à 25 °C.

 

Sensibilité aux antibiotiques

 

Dans la publication de Ben-Haim et al., les auteurs annoncent qu'ils ont étudié la sensibilité des souches vis-à-vis de l'érythromycine, de la tétracycline, du chloramphénicol, de la kanamycine, de la gentamicine, de la pénicilline et de l'ampicilline. Toutefois, les résultats de cette étude ne sont pas indiqués !

 

Orientation bibliographique

 

BEN-HAIM (Y.) et ROSENBERG (E.) : A novel Vibrio sp. pathogen of the coral Pocillopora damicornis. Marine Biology, 2002, 141, 47-55.

BEN-HAIM (Y.), THOMPSON (F.L.), THOMPSON (C.C.), CNOCKAERT (M.C.), HOSTE (B.), SWINGS (J.) et ROSENBERG (E.) : Vibrio coralliilyticus sp. nov., a temperature-dependent pathogen of the coral Pocillopora damicornis. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2003, 53, 309-315.

GRENN (E.P.) et BRUCKNER (A.W.) : The significance of coral disease epizootiology for coral reef conservation. Biological Conservation, 2000, 96, 347-361.

HADA (H.S.), WEST (P.A.), LEE (J.V.), STEMMLER (J.), and COLWELL (R.R.): Vibrio tubiashii sp. nov. a pathogen of bivalve mollusks. Int. J. Syst. Bacteriol., 1984, 34, 1-4.

KUSHMARO (A.), BANIN (E.), LOYA (Y.), STACKEBRANDT (E.) and ROSENBERG (E.): Vibrio shiloi sp. nov., the causative agent of bleaching of the coral Oculina patagonica. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2001, 51, 1383-1388.

RICHARDSON (L.L.) : Coral diseases: what is really known? Trends. Ecol. Evol., 1998, 13, 438-443.

THOMPSON (F.L.), HOSTE (B.), THOMPSON (C.C.), HUYS (G.) and SWINGS (J.): The coral bleaching Vibrio shiloi Kushmaro et al. 2001 is a later synonym of Vibrio mediterranei Pujalte and Garay 1986. Syst. Appl. Microbiol., 2001, 24, 516-519.

 

Sites Web :

Pour des informations scientifiques sur l'ordre des Scléractiniaires, voir, sur le site Invertébrés protégés et/ou menacés en France (Laboratoire de Biologie des Invertébrés Marins et Malacologie, Muséum National d'Histoire Naturelle), la page Scleractinia.

The Coral Disease Page

World Conservation Monitoring Centre, Global Coral Disease Database

 

 

 

AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.

 

 

 

* :

Aspergillus sydowii responsable de la "sea fan disease", ¤ Aurantimonas coralicida à l'origine de la peste blanche du corail (coral white plague), des cyanobactéries provoquant la maladie de la bande noire (black band disease), ¤ Serratia marcescens subsp. marcescens responsable de la maladie des taches blanches (white pox) de l'espèce Acropora palmata, ¤ Thalassomonas loyana responsable de la peste blanche de l'espèce Favia favus, ¤ Vibrio mediterranei à l'origine du blanchiment des coraux (coral bleaching) de l'espèce Oculina patagonica et Vibrio coralliilyticus responsable du blanchiment des coraux de l'espèce Pocillopora damicornis.

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** :

Classification de Pocillopora damicornis d'après le NCBI Taxonomy Browser : Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Cnidaria ; Anthozoa ; Zoantharia ; Scleractinia ; Astrocoeniina ; Pocilloporidae ; Pocillopora ; Pocillopora damicornis.

Pour une photographie de Pocillopora damicornis voir le fichier Lace Coral - Pocillopora damicornis sur le site Hawaiian Coral Index Page

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*** :

La souche AK1 = ATCC BAA-91 = CIP 107136 = DSM 13774 = LMG 19703 est la souche type de l'espèce Vibrio shilonii, initialement décrite sous le nom incorrect de Vibrio shiloi.

En 2001, Thompson et al. ont montré que Vibrio shilonii était un synonyme hétérotypique et ultérieur de ¤ Vibrio mediterranei et il est préférable de ne pas utiliser la nomenclature de Vibrio shilonii.
Il est intéressant de remarquer que quatre des auteurs ayant démontré la synonymie de Vibrio shilonii et de ¤ Vibrio mediterranei sont également signataires de l'article décrivant Vibrio coralliilyticus. Pourtant, dans cet article, la nomenclature de Vibrio shiloi (sic) est utilisée !!!

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**** : Gélose TCBS : Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose

Extraits de levure : 0,5 p. cent (poids/volume)
Peptone : 1,0 p. cent (poids/volume)
Thiosulfate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Bile de bœuf : 0,8 p. cent (poids/volume)
Saccharose : 2,0 p. cent (poids/volume)
NaCl : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de fer : : 0,1 p. cent (poids/volume)
Bleu de bromothymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Bleu de thymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Agar : 1,4 p. cent (poids/volume)
pH : 8,6

Porter à ébullition pour dissoudre les ingrédients. Ne pas autoclaver.

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