J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

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Créé le 29 novembre 2004
Dernière mise à jour le 22 novembre 2005

 

VIBRIO CRASSOSTREAE

 

Voir aussi le fichier : ¤ "Vibrionales", Vibrionaceae, Vibrio.

 

Systématique

 

En 1900, Beijerinck proposait la nomenclature de "Photobacter splendidum" (sic) pour des souches bactériennes isolées de l'environnement marin. En 1979, cette espèce a été transférée dans le genre Beneckea (Beneckea splendida ) puis, en 1981, dans le genre Vibrio (Vibrio splendidus).
Vibrio splendidus est ubiquiste dans l'environnement marin et certaines souches sont responsables de septicémie chez diverses espèces de poissons et d'une mortalité importante chez les naissains d'huîtres creuses japonaises (Crassostrea gigas*).

Vibrio splendidus est une espèce hétérogène et, depuis 1981, huit espèces phylogénétiquement et phénotypiquement proches de Vibrio splendidus ont été décrites (¤ Vibrio chagasii, Vibrio cyclitrophicus corrig., ¤ Vibrio gallaecicus¤ Vibrio gigantis, ¤ Vibrio kanaloae, ¤ Vibrio lentus, ¤ Vibrio pomeroyi et ¤ Vibrio tasmaniensis).

Dès 1995, le centre IFREMER (Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer) de la Tremblade a étudié les souches bactériennes associées à des épisodes de mortalité dans des élevages de Crassostrea gigas. Parmi les bactéries isolées, des souches de Vibrio splendidus, et notamment des souches du biovar II**, ainsi que des souches apparentées à Vibrio splendidus, se sont révélées expérimentalement pathogènes pour les naissains.
Cinq souches, potentiellement pathogènes, isolées de l'hémolymphe d'huîtres malades et formant un groupe homogène mais non caractérisé, ont fait l'objet d'une étude taxonomique.

L'étude des séquences des ARNr 16S, réalisée sur deux souches (les souches LGP 7 et LPG 8), ne permet pas de les distinguer clairement de Vibrio splendidus ou des espèces proches de Vibrio splendidus (¤ Vibrio chagasii, Vibrio cyclitrophicus corrig., ¤ Vibrio kanaloae, ¤ Vibrio lentus, ¤ Vibrio pomeroyi et ¤ Vibrio tasmaniensis). En revanche, une étude phylogénétique réalisée sur les cinq souches et basée sur la séquence du gène gyrB, montre qu'elles forment un groupe homogène et distinct de Vibrio splendidus et des espèces apparentées. Les résultats obtenus par FAFLP*** (Fluorescent Amplified Fragment Lenght Polymorphism) vont dans le même sens et différencient nettement les cinq souches isolées d'huîtres de Vibrio splendidus et des espèces apparentées.

Les hybridations ADN-ADN, réalisées sur quatre souches dont la souche LGP 7, révèlent que leurs ADNs présentent au moins 78 p. cent d'homologie et qu'elles appartiennent à une même genomospecies (voir le fichier ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne"). Par contre, les pourcentages d'homologie obtenus avec les souches types de ¤ Vibrio chagasii, de Vibrio cyclitrophicus corrig., de ¤ Vibrio lentus, de ¤ Vibrio pomeroyi et de Vibrio splendidus ne dépassent pas 61. Les cinq souches isolées de Crassostrea gigas appartiennent donc à une genomospecies distincte de Vibrio splendidus et des espèces apparentées.

Compte tenu des résultats obtenus, le 15 novembre 2004, Faury et al. valident la publication de Vibrio crassostreae (souche type LGP 7 = CIP 108327 = LMG 22240) pour les cinq souches isolées d'huîtres creuses.

 

Caractères bactériologiques

 

Les souches de Vibrio crassostreae se présentent comme des bacilles à Gram négatif, incurvés, de 2 à 3 µm de longueur sur 1 µm de diamètre, mobiles grâce a une ciliature polaire, aéro-anaérobies, catalase positive et oxydase positive.
. Une réponse positive est notée pour les tests réduction des nitrates, production d'indole, ADH et gélatinase.
. Une réponse négative est observée avec les tests croissance en présence de 0 p. cent de NaCl, croissance en présence de 8 p. cent de NaCl, bêta-galactosidase, LDC, ODC, VP, production d'hydrogène sulfuré et uréase.
. Dans le protologue, la croissance à 4 °C est notée comme un caractère positif alors que, dans le tableau B (disponible uniquement sur Internet), les auteurs indiquent que Vibrio crassostreae ne cultive pas à 4 °C.
. D'autres caractères sont présentés dans le tableau I.

Les colonies obtenues sur une gélose trypticase soja sont rondes, à contour régulier, non envahissantes et translucides.
Sur gélose TCBS****, les colonies sont translucides, jaunes et leur diamètre est d'environ 5 mm.

 

Habitat et pouvoir pathogène

 

Au cours de son histoire, l'ostréiculture française a subi plusieurs épizooties importantes (voir M. Gay, 2004). La production de l'huître plate ou Belon, Ostrea edulis, a chuté de 15 000 à moins de 2 000 tonnes à la suite d'infections dues à deux protozoaires (Marteilia refringens et Bonamia ostreae). L'huître creuse portugaise, Crassostrea angulata, qui avait été introduite et cultivée à partir de 1860, a subi deux épisodes de mortalité massive dus à des iridovirus.
Depuis 1991, une forte mortalité (pouvant concerner 60 à 100 p. cent des mollusques) affecte les naissains français de Crassostrea gigas. Ces épisodes récurrents, observés en milieu naturel et dans certaines écloseries nurseries, se produisent en période estivale d'où le nom de "mortalité estivale des naissains d'huître" (summer mortality syndrome of the oyster spat) donné à l'infection. Après la métamorphose, les bivalves deviennent plus résistants, mais les adultes peuvent présenter des altérations tissulaires. Ces mortalités constituent un sujet de préoccupation pour la profession ostréicole. En effet, Crassostrea gigas a été introduite en France pour pallier la disparition de Crassostrea angulata (huître creuse portugaise) intervenue dans les années 1970 et, aujourd'hui, aucune autre espèce ne serait susceptible de remplacer Crassostrea gigas (voir M. Gay, 2004).

Les souches de Vibrio crassostreae ont été isolées d'animaux malades âgés d'au moins 18 mois*****. Expérimentalement, trois de ces souches (LGP 7, LPG 8 et LPG 15) sont pathogènes pour les juvéniles et les adultes. En revanche, les souches LGP 107 et LGP 108 semblent dépourvues de pouvoir pathogène expérimental.

 

Diagnostic bactériologique

 

Lors de mortalité chez les huîtres, Vibrio crassostreae peut être isolé à partir d'un broyat de chair de naissain étalé sur une gélose TCBS puis incubé 24 à 48 heures à 20 °C ou à partir d'échantillons d'hémolymphe incubés dans les mêmes conditions.

Le diagnostic repose sur la coloration de Gram, la mobilité, le type respiratoire, la recherche d'une oxydase, l'absence de croissance à 35 °C, la mise en évidence d'une réponse positive aux tests réduction des nitrates, arginine di-hydrolase, indole et gélatinase et sur l'obtention d'une réponse négative aux tests LDC et ODC.
Le tableau I présente les principaux caractères permettant de différencier Vibrio crassostreae de Vibrio splendidus et des espèces apparentées à Vibrio splendidus.

 

Orientation bibliographique

 

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FARMER III (J.J.) et HICKMAN-BRENNER (F.W.) : The genera Vibrio and Photobacterium. In : M. Dworkin et al., eds., The Prokaryotes: An Evolving Electronic Resource for the Microbiological Community, 3rd edition, release 3.0, 5/21/1999, Springer-Verlag, New York, http://link.springer-ny.com/link/service/books/10125/.

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WAECHTER (M.), LE ROUX (F.), NICOLAS (J.L.), MARISSAL (E.) et BERTHE (F.) : Caractérisation de bactéries pathogènes de naissain d’huître creuse Crassostrea gigas: Characterisation of Crassostrea gigas spat pathogenic bacteria. Comptes Rendus Biologies, 2002, 325, 231-238.

 

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* Crassostrea gigas (huître creuse ou huître japonaise ou huître creuse japonaise ou huître du Pacifique)

Crassostrea gigas a été importée en France dans les années 1970, suite à la disparition totale de Crassostrea angulata (huître portugaise). Pour plus d'informations sur les huîtres et leur élevage, voir le site www.ostrea. org.

Classification d'après le "NCBI Taxonomy Browser" :
Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Protostomia ; Mollusca ; Bivalvia ; Pteriomorphia ; Ostreoida ; Ostreoidea ; Ostreidae ; Crassostrea ; Crassostrea gigas.

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** : Vibrio splendidus

L'espèce Vibrio splendidus est divisée en deux biovars, le biovar I et le biovar II.

Vibrio splendidus biovar I est bioluminescent, ADH +, il assimile la L-arginine, la L-citrulline, le D-galactose, le D-glucuronate, l'heptanoate et le D-mannose. Des résultats inverses sont obtenus avec les souches du biovar II.

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*** : Pour des renseignements sur la FAFLP, le lecteur pourra consulter les articles (accessibles en ligne) ou les sites cités dans le fichier AFLP:AMPLIFIED FRAGMENT LENGTH POLYMORPHISMS du site PCRLinks.com - The Web Guide of Polymerase Chain Reaction.

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**** : Gélose TCBS : Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose

Extraits de levure : 0,5 p. cent (poids/volume)
Peptone : 1,0 p. cent (poids/volume)
Thiosulfate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Bile de bœuf : 0,8 p. cent (poids/volume)
Saccharose : 2,0 p. cent (poids/volume)
NaCl : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de fer : : 0,1 p. cent (poids/volume)
Bleu de bromothymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Bleu de thymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Agar : 1,4 p. cent (poids/volume)
pH : 8,6

Porter à ébullition pour dissoudre les ingrédients. Ne pas autoclaver.

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***** :

Les laboratoires de l'IFREMER ont réalisé plusieurs travaux sur les souches isolées de Crassostrea gigas. Faury et al. précisent que les souches de Vibrio crassostreae ont été isolées d'huîtres malades à la faveur d'une étude consacrée au pouvoir pathogène expérimental de diverses souches de Vibrio sp. Toutefois, les numéros affectés à ces souches ont été modifiés au cours du temps ce qui ne facilite pas la lecture des articles. Ainsi, les souches dénommées LGP 7, LGP 8 et LGP 15 dans l'article de Faury et al. semblent correspondre aux souches Mel 7, Mel 8 et Mel 15 mentionnées dans l'article de Gay et al. (Dis. Aquat. Organ., 2004, 59, 49-56).

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