J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

home

Créé le 02 mars 2010

 

VIBRIO GALLAECICUS

 

Voir aussi le fichier : ¤ "Vibrionales", Vibrionaceae, Vibrio.

 

L'élevage des palourdes est une activité économique importante pour la Galice (Nord-Ouest de l'Espagne). L'élevage des palourdes autochtones (Ruditapes decussatus) ne suffit pas à répondre à la demande et des élevages de palourdes japonaises (Ruditapes philippinarum) se sont développés. Sporadiquement, ces élevages sont victimes d'épisodes de mortalité dont les causes demeurent incertaines.

Des espèces du genre Vibrio peuvent être pathogènes pour les mollusques bivalves ce qui a conduit Beaz Hidalgo et al. à rechercher et à caractériser les souches de Vibrio spp. associées à Ruditapes philippinarum. Sept cent cinquante neuf souches ont été isolées et leurs caractères phénotypiques ont été étudiés.
Ultérieurement, la diversité génétique de 145 souches a été évaluée par AFLP (Amplified Fragment Length Polymorphism, polymorphisme de taille des fragments de restriction). Les résultats montrent que les sept souches formant le groupe 37, les trois souches formant le groupe 48 et les quatre souches formant le groupe 86 semblent constituer trois nouvelles espèces du genre Vibrio.

Les trois souches du groupe 48 ont fait l'objet d'une étude taxonomique qui a permis de décrire une nouvelle espèce, Vibrio gallaecicus, dont la nomenclature a été validement publiée le 08 juillet 2009 par inscription sur la liste de validation 128.

L'analyse des séquences des ARNr 16S montre que les ARNr 16S des trois souches du groupe 48 présentent 99,9 p. cent de similitude et qu'elles sont apparentées au groupe de Vibrio splendidus* (97,6 p. cent d'homologie avec la souche type de Vibrio splendidus et au moins 96 p. cent d'homologie avec les souches types des autres espèces du groupe).
L'étude des séquences de quatre gènes de ménage (ropA, recA, atpA et pyrH) confirme les résultats précédents et révèle que les espèces les plus proches sont Vibrio splendidus, ¤ Vibrio pomeroyi, ¤ Vibrio gigantis et ¤ Vibrio crassostreae.
Les hybridations ADN-ADN, réalisées avec la souche VB 8,9 (souche type de Vibrio gallaecicus) et les souches types des quatre espèces les plus proches, permettent d'obtenir des pourcentages d'homologie inférieurs à 61, ce qui permet de proposer une nouvelle espèce.

Les souches de Vibrio gallaecicus sont constituées de bacilles à Gram négatif, mobiles, non luminescents, aéro-anaérobies, fermentant le glucose sans production de gaz, réduisant les nitrates en nitrites, catalase et oxydase positives. Les souches sont sensibles au O/129 (150 µg par disque) et résistantes à l'ampicilline (10 µg par disque).

. Une réponse positive est notée pour les tests indole, RM, hydrolyse de l'ADN, hydrolyse de l'esculine, hydrolyse de la gélatine, hydrolyse du Tween 80, acidification du D-cellobiose, du D-fructose, de la N-acétyl-glucosamine, du 2-cétogluconate, du D-glucose, du glycérol, du glycogène, du D-maltose, du D-mannitol, du D-mannose, du D-ribose et du tréhalose.
. Une réponse négative est obtenue avec les tests ADH, LDC, ODC, VP, ONPG, uréase, utilisation du citrate, hydrolyse de l'alginate, acidification du D-adonitol, du D-arabinose, du L-arabinose, du D-arabitol, du L-arabitol, de l'arbutine, du 5-cétogluconate, du dulcitol, de l'érythritol, du D-fucose, du L-fucose, du D-galactose, du gentiobiose, du méthyl-alpha-D-glucopyranoside, de l'inuline, de l'inositol, du D-lactose, du L-lyxose, du méthyl-alpha-D-mannopyranoside, du D-mélézitose, du D-mélibiose, du D-raffinose, du L-rhamnose, de la salicine, du D-sorbitol, du L-sorbose, du D-tagatose, du D-turanose, du méthyl-alpha-D-xylopyranoside, du D-xylose et du L-xylose.
. En utilisant des galeries API ZYM, toutes les souches donnent une réponse positive aux tests estérase (C4), estérase lipase (C8), leucine arylamidase et phosphatase alcaline.
. Quelques caractères permettant de différencier Vibrio gallaecicus des autres espèces incluses dans le groupe de Vibrio splendidus sont donnés dans le tableau I.

La croissance nécessite du NaCl à une concentration optimale de 1 à 3 p. cent. Aucune culture n'est observée pour une concentration en NaCl supérieure à 6 p. cent. Toutes les souches cultivent à 4 °C.
Après 24 heures d'incubation à 24 °C, les colonies obtenues sur une gélose TCBS sont jaunes ou vertes, et leur diamètre est compris entre 1 et 1,5 mm.
Sur un milieu Marine Agar, les colonies sont rondes, de couleur beige et elles n'envahissent pas le milieu.

Les souches de Vibrio gallaecicus ont été isolées de palourdes japonaises (Ruditapes philippinarum) saines. Le pouvoir pathogène de cette espèce n'est pas documenté.
 

 

Orientation bibliographique

 

BEAZ-HIDALGO (R.), CLEENWERCK (I.), BALBOA (S.), DE WACHTER (M.), THOMPSON (F.), SWINGS (J.), DE VOS (P.) et ROMALDE (J.L.) : Genomic diversity amongst Vibrio isolates associated with clam culture in Galicia (NW of Spain). Syst. Appl. Microbiol., 2008, 31, 215-222.

BEAZ-HIDALGO (R.), DOCE (A.), PASCUAL (J.), TORANZO (A.E.) et ROMALDE (J.L.) : Vibrio gallaecicus sp. nov. isolated from cultured clams in north-western Spain. Syst. Appl. Microbiol., 2009, 32,111-117.

STACKEBRANDT (E.), FREDERIKSEN (W.), GARRITY (G.M.), GRIMONT (P.A.D.), KÄMPFER (P.), MAIDEN (M.C.J.), NESME (X.), ROSSELLO-MORA (R.), SWINGS (J.), TRÜPER (H.G.), VAUTERIN (L.), WARD (A.C.) et WHITMAN (W.B.) : Report of the ad hoc committee for the re-evaluation of the species definition in bacteriology. Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2002, 52, 1043-1047.

THOMPSON (F.L.), GEVERS (D.), THOMPSON (C.C.), DAWYNDT (P.), NASER (S.), HOSTE (B.), MUNN (C.B.) et SWINGS (J.) : Phylogeny and molecular identification of vibrios on the basis of multilocus sequence analysis. Appl. Environ. Microbiol., 2005, 71, 5107–5115.

THOMPSON (F.L.), HOSTE (B.), VANDEMEULEBROECKE (K.) et SWINGS (J.) : Genomic diversity amongst Vibrio isolates from different sources determined by fluorescent amplified fragment length polymorphism. Syst. Appl. Microbiol., 2001, 24, 520–538.

WAYNE (L. G.), BRENNER (D.J.), COLWELL (R.R.), GRIMONT (P.A.D.), KANDLER (O.), KRICHEVSKY (M.I.), MOORE (L.H.), MOORE (W.E.C.), MURRAY (R.G.E.), STACKEBRANDT (E.), STARR (M.P.) et TRÜPER (H.G.): Report of the ad hoc committee on reconciliation of approaches to bacterial systematics. Int. J. Syst. Bacteriol., 1987, 37, 463-464.

 

AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.

 

 

* Groupe de Vibrio splendidus

Le groupe de Vibrio splendidus est constitué de ¤ Vibrio chagasii, ¤ Vibrio crassostreae, Vibrio cyclitrophicus, Vibrio gallaecicus, ¤ Vibrio gigantis, ¤ Vibrio kanaloae, ¤ Vibrio lentus, ¤ Vibrio pomeroyi, Vibrio splendidus et ¤ Vibrio tasmaniensis.

Vibrio splendidus est responsable de maladies chez des mollusques (Crassostrea gigas, Crassostrea virginica, Ostrea edulis, Pecten maximus, Ruditapes decussatus), chez  des crustacés (Penaeus mondon) et chez des poissons (Scophthalmus maximus, Symphodus melops).

 ¤ Vibrio lentus est pathogène pour les céphalopodes (Octopus vulgaris).

¤ Vibrio gigantis pourrait être impliqué dans la "mortalité estivale des naissains d'huître".

Retour