J.P. Euzéby : Dictionnaire de Bactériologie Vétérinaire

home

Créé le 22 novembre 2005

 

VIBRIO GIGANTIS

 

Voir aussi le fichier : ¤ "Vibrionales", Vibrionaceae, Vibrio.

 

La nomenclature de Vibrio gigantis a été validement publiée le 07 novembre 2005 pour quatre souches bactériennes phénotypiquement proches de Vibrio splendidus et isolées de l'hémolymphe d'huîtres (Crassostrea gigas*) cultivées à La Tremblade (Charente-Maritime).

. L'analyse des séquences des gènes rpoD, rctB et toxR révèle que les quatre souches forment un groupe homogène distinct, mais apparenté aux espèces phénotypiquement proches de Vibrio splendidus**.
. La technique FAFLP*** (Fluorescent Amplified Fragment Length Polymorphism) montre que les profils des fragments de restriction des quatre souches sont similaires. Comparés aux profils obtenus avec les espèces phénotypiquement proches de Vibrio splendidus, le pourcentage de similitude est inférieur à 60 ce qui suggère que les souches forment une nouvelle espèce. En effet, au sein du genre Vibrio, Thompson et al. ont montré que les souches d'une même espèce ont un pourcentage de similitude toujours supérieur à 60.
. Les hybridations ADN-ADN confirment que les quatre souches forment une unique genomospecies (pourcentages d'homologie supérieurs ou égaux à 89) et que cette genomospecies**** est distincte de Vibrio splendidus et des espèces phénotypiquement proches.
. Il est intéressant de remarquer que l'étude des séquences des ARNr 16S ne permet pas de distinguer clairement Vibrio gigantis et les espèces apparentées et que l'étude des séquences des gènes gyrB se révèle moins discriminante que le séquençage des gènes rpoD, rctB ou toxR.

Les souches de Vibrio gigantis rassemblent des bacilles à Gram négatif, de 1 µm de diamètre sur 2 à 3 µm de longueur, mobiles grâce à une ciliature polaire, sensibles au O129 (disque chargé à 150 µg), halophiles, aéro-anaérobies, réduisant les nitrates en nitrites, oxydase et catalase positives.
La majorité des caractères présentés ci-dessous ont été étudiés en utilisant des galeries API 20E et API 50 CH ensemencées avec une suspension contenant 2 p. cent de NaCl.
. Vibrio gigantis est indologène, il produit une arginine dihydrolase ainsi qu'une gélatinase et une souche sur les quatre synthétise une tryptophane désaminase.
. Une réponse négative est obtenue avec les tests bêta-galactosidase, LDC, ODC, uréase, citrate, VP et production d'hydrogène sulfuré.
. Vibrio gigantis assimile l'amidon, l'amygdaline, le cellobiose, l'esculine, le galactose, le D-fructose, la N-acétylglucosamine, le glucose, le glycérol, le glycogène, le mannitol, le D-mannose, le mélibiose, le ribose et le tréhalose. Trois souches sur quatre assimilent le maltose. Les autres substrats contenus dans les galeries API 50 CH ne sont pas assimilés.
. Les caractères permettant de différencier Vibrio gigantis de Vibrio splendidus et des espèces phénotypiquement proches de Vibrio splendidus sont donnés dans le tableau I.

Trois des quatre souches de Vibrio gigantis cultivent à 4 °C et une souche cultive en présence de 6 p. cent de NaCl. Aucune culture n'est obtenue à 35 °C ou en présence de 8 p. cent de NaCl. Toutes les souches cultivent à 20 °C (température optimale de croissance) et en présence de 2 ou de 4 (concentration optimale) p. cent de NaCl.
Sur une gélose trypticase soja (température et temps d'incubation non précisés), les colonies sont rondes, à contour régulier, translucides et elles n'envahissent pas le milieu. Sur une gélose TCBS***** (température et temps d'incubation non précisés), les colonies sont jaunes, translucides et leur diamètre est d'environ 5 mm.

Au cours de son histoire, l'ostréiculture française a subi plusieurs épizooties importantes (voir M. Gay, 2004). La production de l'huître plate ou Belon, Ostrea edulis, a chuté de 15 000 à moins de 2 000 tonnes à la suite d'infections dues à deux protozoaires (Marteilia refringens et Bonamia ostreae). L'huître creuse portugaise, Crassostrea angulata, qui avait été introduite et cultivée à partir de 1860, a subi deux épisodes de mortalité massive dus à des iridovirus.
Depuis 1991, une forte mortalité (pouvant concerner 60 à 100 p. cent des mollusques) affecte les naissains français de Crassostrea gigas. Ces épisodes récurrents, observés en milieu naturel et dans certaines écloseries nurseries, se produisent en période estivale d'où le nom de "mortalité estivale des naissains d'huître" (summer mortality syndrome of the oyster spat) donné à l'infection. Après la métamorphose, les bivalves deviennent plus résistants, mais les adultes peuvent présenter des altérations tissulaires. Ces mortalités constituent un sujet de préoccupation pour la profession ostréicole. En effet, Crassostrea gigas a été introduite en France pour pallier la disparition de Crassostrea angulata (huître creuse portugaise) intervenue dans les années 1970 et, aujourd'hui, aucune autre espèce ne serait susceptible de remplacer Crassostrea gigas (voir M. Gay, 2004).
La souche type de Vibrio gigantis, la souche MEL 13 = LGP 13 = LMG 22741 = CIP 108656, s'est avérée expérimentalement non pathogène pour les huîtres. Toutefois, lorsque cette souche est injectée en association avec une autre souche de Vibrio spp., la souche MEL 34, elle augmente le pouvoir pathogène de cette dernière. Inversement, la souche type de Vibrio gigantis, associée à la souche MEL 35, diminue le pouvoir pathogène de cette souche de Vibrio spp. La "mortalité estivale des naissains d'huître" est donc une maladie complexe faisant intervenir de multiples interactions entre différentes souches du genre Vibrio.

 

Orientation bibliographique

 

FAURY (N.), SAULNIER (D.), THOMPSON (F.L.), GAY (M.), SWINGS (J.) et LE ROUX (F.) : Vibrio crassostreae sp. nov., isolated from the haemolymph of oysters (Crassostrea gigas). Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2004, 54, 2137-2140.

GAY (M.) : Infection expérimentale chez Crassostrea gigas : étude de deux souches pathogènes apparentées à Vibrio splendidus. Thèse de doctorat de l'université de La Rochelle, 2004, 179 pages.

GAY (M.), BERTHE (F.C.) et LE ROUX (F.) : Screening of Vibrio isolates to develop an experimental infection model in the Pacific oyster Crassostrea gigas. Dis. Aquat. Organ., 2004, 59, 49-56.

LE ROUX (F.), GAY (M.), LAMBERT (C.), NICOLAS (J.L.), GOUY (M.) et BERTHE (F.) : Phylogenetic study and identification of Vibrio splendidus-related strains based on gyrB gene sequences. Dis. Aquat. Organ., 2004, 58, 143-150.

LE ROUX (F.), GOUBET (A.), THOMPSON (F.L.), FAURY (N.), GAY (M.), SWINGS (J.) et SAULNIER (D.) : Vibrio gigantis sp. nov., isolated from the haemolymph of cultured oysters (Crassostrea gigas). Int. J. Syst. Evol. Microbiol., 2005, 55, 2251-2255.

LE ROUX (F.), GAY (M.), LAMBERT (C.), WAECHTER (M.), POUBALANNE (S.), CHOLLET (B.), NICOLAS (J.L.) et BERTHE (F.) : Comparative analysis of Vibrio splendidus-related strains isolated during Crassostrea gigas mortality events. Aquatic Living Resources, 2002, 15, 251-258.

THOMPSON (F.L.), GEVERS (D.), THOMPSON (C.C.), DAWYNDT (P.), NASER (S.), HOSTE (B.), MUNN (C.B.) et SWINGS (J.) : Phylogeny and molecular identification of vibrios on the basis of multilocus sequence analysis. Appl. Environ. Microbiol., 2005, 71, 5107-5115.

THOMPSON (F.L.), HOSTE (B.), VANDEMEULEBROECKE (K.) et SWINGS (J.) : Genomic diversity amongst Vibrio isolates from different sources determined by fluorescent amplified fragment lenght polymorphism. Syst. Appl.Microbiol., 2001, 24, 520-538.

THOMPSON (F.L.), IIDA (T.) et SWINGS (J.) : Biodiversity of vibrios. Microbiol. Mol. Biol. Rev., 2004, 68, 403-431.

WAECHTER (M.), LE ROUX (F.), NICOLAS (J.L.), MARISSAL (E.) et BERTHE (F.) : Caractérisation de bactéries pathogènes de naissain d’huître creuse Crassostrea gigas: Characterisation of Crassostrea gigas spat pathogenic bacteria. Comptes Rendus Biologies, 2002, 325, 231-238.

 

AVIS JURIDIQUE IMPORTANT : Les informations qui figurent sur ce site sont soumises à une clause de non responsabilité et sont protégées par un copyright.

 

 

 

* Crassostrea gigas (huître creuse ou huître japonaise ou huître creuse japonaise ou huître du Pacifique)

Crassostrea gigas a été importée en France dans les années 1970, suite à la disparition totale de Crassostrea angulata (huître portugaise). Pour plus d'informations sur les huîtres et leur élevage, voir le site www.ostrea. org.

Classification d'après le "NCBI Taxonomy Browser" :
Eukaryota ; Fungi/Metazoa group ; Metazoa ; Eumetazoa ; Bilateria ; Coelomata ; Protostomia ; Mollusca ; Bivalvia ; Pteriomorphia ; Ostreoida ; Ostreoidea ; Ostreidae ; Crassostrea ; Crassostrea gigas.

Retour

 

 

 

** : Espèces apparentées à Vibrio splendidus

¤ Vibrio chagasii, ¤ Vibrio crassostreae, Vibrio cyclitrophicus, ¤ Vibrio kanaloae, Vibrio lentus, ¤ Vibrio pomeroyi, ¤ Vibrio tasmaniensis.

Retour

 

 

 

*** : FAFLP
Pour des renseignements sur la FAFLP, le lecteur pourra consulter les articles (accessibles en ligne) ou les sites cités dans le fichier AFLP:AMPLIFIED FRAGMENT LENGTH POLYMORPHISMS du site PCRLinks.com - The Web Guide of Polymerase Chain Reaction

Retour

 

 

 

****

Pour une définition d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne voir les fichiers ¤ "Définitions d'une genomospecies et d'une espèce bactérienne" et ¤ "Introduction à la taxonomie des procaryotes".

Retour

 

 

 

***** : Gélose TCBS : Thiosulfate Citrate Bile salt Sucrose

Extraits de levure : 0,5 p. cent (poids/volume)
Peptone : 1,0 p. cent (poids/volume)
Thiosulfate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de sodium : 1,0 p. cent (poids/volume)
Bile de bœuf : 0,8 p. cent (poids/volume)
Saccharose : 2,0 p. cent (poids/volume)
NaCl : 1,0 p. cent (poids/volume)
Citrate de fer : : 0,1 p. cent (poids/volume)
Bleu de bromothymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Bleu de thymol : 0,004 p. cent (poids/volume)
Agar : 1,4 p. cent (poids/volume)
pH : 8,6

Porter à ébullition pour dissoudre les ingrédients. Ne pas autoclaver.

Retour